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samedi 27 juin 2009

Karachi, et maintenant?

L'affaire de Karachi n'est pas près de quitter l'actualité, ou du moins le bruit de fond qui accompagne celle-ci lorsqu'un dossier brûlant met le pouvoir et les grands médias mal à l'aise. Je reviens pour ma part sur l'essentiel de ce que l'on sait, ou croit savoir, des circonstances troubles qui ont précédé et suivi cet attentat dans lequel 11 Français ont trouvé la mort. Des familles de ces victimes ont d'ailleurs ouvert un site qui expose les faits et publie les informations dont elles disposent… En attendant que la vérité se fraye un chemin vers nous, si cela est encore possible dans notre république, on peut s'interroger sur l'importance que revêt l'élucidation complète de l'affaire.

Elle avait débuté en 1994 avec la vente par la France de trois sous-marins au Pakistan —une vente à perte, qui plus est! Le premier ministre d'alors était Édouard Balladur, et Nicolas Sarkozy le ministre du budget. C'est l'époque où M. Balladur, trahissant la confiance de Jacques Chirac, se prépare à affronter celui-ci dans l'élection présidentielle. C'est dire qu'il aura besoin d'argent pour faire campagne!

Dans les négociations qui accompagnèrent le contrat d'armement, il fut convenu le versement de commissions à des officiers Pakistanais. Nicolas Sarkozy, ministre du budget, aurait alors donné son accord à la création d'une société écran au Luxembourg, pour faciliter la sortie des bakchichs. Le paiement de commissions à des tiers était, semble-il, légal à l'époque du marché, ce qui ne laisse pas d'étonner, puisque leurs bénéficiaires furent par la suite condamnés au Pakistan.

Comme l'on sait, M. Balladur fut battu en 1995, et Jacques Chirac, une fois élu, donna l'ordre d'annuler le versement des bakchichs restant à payer. Ce que confirme Charles Millon, son ministre de la défense. Une décision qui aurait motivé l'attentat contre les ingénieurs Français de la DSN en poste à Karachi, attentat après lequel le président Chirac déclara qu'il ne «céderait pas au chantage»…

Ici commence l'incertitude, puisque l'on nous dit aujourd'hui que M. Chirac comptait assécher ainsi le trésor de guerre amassé par M. Balladur pour sa campagne électorale, qu'il soupçonnait d'être alimenté notamment par des rétro-commissions d'origine pakistanaise. Cela reste à prouver, d'autant que, M. Balladur étant battu, on ne voit pas ce qu'il aurait pu faire d'une cagnotte douteuse, mais c'est une explication plausible. Comme il paraît illusoire d'attendre de M. Chirac qu'il la confirme, ce ne peut-être qu'en remontant la piste des rétro-commissions que les enquêteurs pourraient éventuellement déboucher dans les comptes de campagne de M. Balladur…
Auquel cas, Nicolas Sarkozy, directeur de campagne du candidat à la présidentielle Balladur, se retrouverait également impliqué. Et si les bakchichs dans le sens France-Pakistan n'étaient pas illicites, il en irait tout autrement de ceux ayant accompli le trajet inverse. Pour vous et moi, cela se terminerait en prison. Pour le plus haut personnage de l'état, dès lors mêlé à une affaire de corruption, disons que ce serait inadmissible. Oui, mais voilà: le domaine du Secret Défense protégeant les documents délicats, déjà souvent opposé aux enquêteurs, sera prochainement étendu et renforcé…
La vérité est d'abord due aux familles qui ont perdu un être cher dans l'attentat de Karachi, mais elle est due aussi aux Français, qui doivent savoir si celui qui les gouverne est digne ou non de sa fonction.

Les blogs traitent largement du «Karachigate», je vous propose une sélection de billets qui constituent autant de sources du mien:
Ce que l'on sait de l'affaire Karachi

De l'attentat de Karachi à Nicolas Sarkozy

Karachi, ce que Nicolas Sarkozy savait
Le mystère Marin du panier de crabes

Karachigate: On nous prend pour des cons
Et une superbe fiction sur le même sujet:
Les raisons [dans mon état !]

Source image

17 commentaires:

  1. J'ai vraiment le plus grand mal à comprendre comment vous faites, tous, pour vous passionner pour cette affaire. En dehors de l'occasion pavlovienne de taper un peu sur Sarkozy, franchement je ne vois pas.

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  2. Didier,
    s'il y a bien eu versement de rétro-commissions pour alimenter une caisse noire (mais c'est à prouver), c'est tout de même énorme! Et onze morts en conclusion provisoire de l'affaire…

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  3. j'ai comme l'impression que chaque président a SON AFFAIRE.
    il paraitrait qu'on est là celle de M Sarkozy et quelque chose me dit qu'il en aura d'autres.

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  4. Une grosse casserole aux fesses c'est peut-être une des raison de le voir boitiller?

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  5. αяf,
    oui, ça doit être la rançon d'un pouvoir excessif…
    Quant à savoir si Karachi sera vraiment la casserole de M. Sarkozy, c'est encore un peu tôt, mais pour le moment, cela y ressemble!

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  6. Macao,
    nos commentaires se sont croisés… Monsieur boitille? Et on ne me disait rien! Je vais finir par croire que c'est une erreur de ne pas regarder la télé. :-)

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  7. Mais enfin, coucou, "qui peut croire à une pareille fable" ?

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  8. Bon résumé de l'affaire en cours.
    Juste une légère erreur, on ne sait pas pourquoi et dans quel but, mais le secret défense a déjà était étendu par le vote d'une loi le 16 juin dernier.
    Par ailleurs, Morin, le ministre des soldats, s'est engagé par contre à lever ce même secret-défense (de regarder) si la Justice lui demande des documents. Encore faut-il qu'elle sache quoi chercher !
    :-))

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  9. Serge,
    on se le demande! De grands enfants, sans doute…

    M.Poireau,
    à ma connaissance, le projet de loi de programmation militaire a été adopté en première lecture. Ce n'est pas terminé, sauf erreur, et en tout cas pas encore promulgué…

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  10. Le 19 juin, un journaliste interroge Nicolas Sarkozy sur l’attentat de Karachi.
    [...]
    Nicolas Sarkozy se met alors à rire avant de reprendre : "Non pardon, hein, je ris pas du tout parce que Karachi c'est la douleur de familles et de trucs comme ça… mais… qu'est-ce que vous voulez que j'aille répondre là-dessus."

    http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/20090620.OBS1240/?xtmc=karachi&xtcr=6

    Cette dernière phrase de Nicolas Sarkozy : « Karachi, c’est la douleur de familles et de trucs comme ça » a été reprise par les familles des victimes elles-mêmes.

    Les familles des victimes répondent à Nicolas Sarkozy :

    En mémoire de nos proches, nous demandons maintenant la complète collaboration de l’Etat français avec les juges d’instruction, afin que ceux-ci se voient dotés des moyens humains et financiers qui leur sont nécessaires ainsi qu’un accès facilité, passant par une déclassification des documents « Secret Défense ». Le « respect de la douleur des familles de victimes » serait qu’il nous soit permis de connaître la vérité !!!

    http://www.verite-attentat-karachi.org/

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  11. BA,
    du calme! J'ai déjà, dans un billet précédent, renvoyé à la vidéo du NouvelObs montrant la réponse de N. Sarkozy.
    Quant à l'attente des familles, leur site est en lien sur le blog, dans deux billets, et permanent dans la marge…

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  12. Dimanche 28 juin, Edouard Balladur est interrogé sur le financement de sa campagne électorale de 1995 et sur l’attentat de Karachi. Cette affaire est abordée à la minute 41 jusqu’à la minute 49 :

    http://www.rtl.fr/fiche/5468221/edouard-balladur-etait-l-invite-du-grand-jury-rtl.html

    Jean-Michel Aphatie : « On évoque le financement de votre campagne électorale de 1995. Etes-vous certain aujourd’hui, Edouard Balladur, êtes-vous certain, le savez-vous, vous êtes vous renseigné, que votre campagne électorale s’est déroulée sur le plan financier de manière régulière ?

    Edouard Balladur répond : « Les comptes de ma campagne ont été établis, déposés, contrôlés, validés par l’organe compétent à cet effet. C’est tout ce que je peux vous dire. »

    Fin de citation.

    Rappel : l’organe compétent était le conseil constitutionnel, dont le président était à l’époque Roland Dumas, un modèle d’honnêteté.

    Edouard Balladur conclut : « Si le juge le décide, je me rendrai devant le juge. Je ne lui en dirai pas beaucoup plus que ce que je viens de vous dire. J’en dirai même pas plus. »

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  13. Affaire Karachi : Edouard Balladur est directement impliqué.

    Abdulrahman El-Assir a été l'un des principaux intermédiaires payés par la France dans le cadre de plusieurs grands contrats d'armement internationaux, dont celui de la vente de sous-marins au Pakistan. Il est suspecté de longue date par les services secrets français de s'être livré à des activités illégales (blanchiment, trafic de drogue et d'armes...), mais aussi d'entretenir des « relations financières » avec l'ancien premier ministre Edouard Balladur, selon des informations recueillies par Mediapart.

    Ces éléments sont confortés par des notes de la Direction générale des services extérieurs (DGSE), un rapport secret d'un ancien agent de la DST, Claude Thévenet, et par le témoignage de l'ancien directeur financier de la Direction des constructions navales (DCN). Ce dernier, Gérard-Philippe Menayas, a confirmé devant la justice la proximité du réseau El-Assir avec l'ancien chef du gouvernement français, et a évoqué le rôle qu'aurait joué Renaud Donnedieu de Vabres.

    http://www.mediapart.fr/journal/france/020709/xxxx-ne-pas-prendre

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  14. BA,
    oui, l'article de Mediapart est intéressant. Il y a aussi celui-ci dans Le Temps (Suisse) .

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  15. Coup de tonnerre !

    Sur leur blog, les familles des victimes de l’attentat de Karachi ont mis en ligne un article de Mediapart. Voici cet article de Mediapart, publié le jeudi 2 juillet 2009 :

    Affaire Karachi : Edouard Balladur est directement impliqué.

    Par Fabrice Alfi et Fabrice Lhomme.

    http://www.verite-attentat-karachi.org/?p=162

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  16. Attentat de Karachi : les juges demandent la levée du secret défense à Hervé Morin.

    Les juges antiterroristes chargés de l'enquête sur la mort de salariés de la DCN à Karachi en 2002 ont demandé au ministre de la Défense Hervé Morin de lever le secret-défense sur des documents relatifs à cet attentat, a-t-on appris samedi de source proche du dossier, confirmant une information du Point.

    http://www.boursorama.com/international/detail_actu_intern.phtml?num=e68f3c8e7e65bc076925ecf0ce26129e

    Rappel : Hervé Morin faisait partie du clan Balladur-Sarkozy de 1993 à 1995. Hervé Morin était le conseiller du ministre de la Défense François Léotard.

    Sarkozy a nommé Hervé Morin ministre de la Défense en 2007. Sarkozy a reconduit Hervé Morin comme ministre de la Défense en juin 2009 : le clan Balladur tient le couvercle de la cocotte-minute parfaitement verrouillé.

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  17. Aujourd’hui, vendredi 10 juillet, le journal Libération fait sa une et son dossier sur le scandale de Karachi et sur le scandale de Taïwan.

    Ventes d’armes : tout est deal.

    Par RENAUD LECADRE

    http://www.liberation.fr/societe/0101578931-ventes-d-armes-tout-est-deal

    Secret défense, interdit de savoir.

    Par FABRICE TASSEL

    http://www.liberation.fr/societe/0101578927-secret-defense-interdit-de-savoir

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