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vendredi 11 septembre 2009

Nicolas 1er et le sapir des choses du dedans.


Ce jour là, le Bien-Aimé Nicolas 1er, Empereur des Franchois, arpentait les allées du parc derrière son palais, de méchante humeur. Le bon Saint-Henri, son conseiller préféré, lui tenait compagnie, silencieux et le regard oblique, attentif à un toujours possible mouvement de colère impérial dont il aurait fait les frais. Comme ils parvenaient aux abords du potager, où s'affairait le jardinier en chef, pourvoyeur de ces poireaux et carottes que Sa Gracieuse Majesté Lala sait comme personne transmuer en sublimes potages, on entendit un bruit de pas précipités. Les deux hommes se retournèrent l'Empereur d'abord —c'est l'étiquette—, le conseiller ensuite, pour voir accourir le Sapir des choses du dedans, hors d'haleine et cependant plus pâle que la mort à la fin des temps. On aurait dit que tout son sang s'était réfugié dans ses pieds, conjecture à laquelle le port de souliers à clous surmontés de hautes chaussettes rouges donnait de la crédibilité. Quoi qu'il en soit, arrivé devant l'empereur, le Sapir esquissa une douloureuse révérence, la main gauche étreignant sa rate, et dit d'une voix mourante:
—Vous m'avez fait appeler, Sire?
—Et comment, Maurice! Ça fait deux heures que j'attends! Non, mais, tu te rends compte? Deux heures… Moi…
D'indignation, notre Phare de la pensée suffoquait presque, et du sang injectait ses yeux à l'azur profond, tel un coucher de soleil en plein midi au bord de la mer.
—J'implore votre mansuétude, Sire: mon mobile était déchargé. Je n'ai trouvé votre Impérial SMS qu'il y a dix minutes…
—Bon, je m'en fous! Tu l'as échappé belle, mon cochon, demande à Riton… Hein, Riton, qu'il est pas passé loin de couic!
—C'est exact, Maurice… Sa Majesté voulait qu'on vous coupe la tête, ce matin.
—Mais, mais, mon Empereur Bien-Aimé, en quoi vous ai-je déplu? hoqueta le Sapir.
«Quand y en a un, ça va, c'est quand il y en a beaucoup qu'y a des problèmes», c'est bien toi qui a dit ça?
Le Sapir ouvrit de grand yeux d'où s'écoulait l'étonnement bleu le plus vif, pareil aux eaux pétulantes où frétillent des truites vagabondes éberluées.
—J'ai dit ça, moi?
—Oui tu l'as dit.
—Je m'en souviens pas…
—Arrête de déconner, Maurice… Y a une vidéo qui circule sur internet, je l'ai vue, je t'ai entendu de mes propres oreilles…
—Si c'est sur internet, alors c'est une menterie, Sire…, et puis c'est pas bien grave, vu que vos sujets n'ont pas le droit de regarder n'importe quoi, ils seraient dans leur tort.
—Tu me fatigues, je sens que je vais rappeler le bourreau! Figure-toi que je l'ai renvoyé parce que t'arrivais pas, j'avais pas envie de lui payer des heures supplémentaires, à cette feignasse. Il me coupe une tête par quinzaine à tout casser, et ça me coûte la peau du cul. Bon, tu as toujours perdu la mémoire?
—Sire, vous ne voulez pas dire qu'ils m'ont filmé à la fête des Nicoliens de la Gaule du Milieu?
—Si, c'était là.
—Pff! Les salauds! Je vais vous expliquer, majesté… Ma secrétaire venait juste de m'enlever un point noir sur le nez, quand y a ce moricaud qui me demande un autographe. Je lui signe son papier, et en même temps je dis à Solange: quand y en a un, ça va, c'est quand il y en a beaucoup qu'y a des problèmes. Voilà, c'est tout: je parlais de mes points noirs.
—Faut pas dire un moricaud, et d'une! Ici, on est entre nous, tu peux, mais sinon faut pas dire ça. On dit: «un Franchois comme les autres», et de deux! Parce que maintenant, on a la ligue de défense des Franchois comme les autres qui nous tombe dessus. Faut faire gaffe, Maurice: ils paient la taxe sur les chaussures eux aussi, tu vois pas qu'ils décident de rester pieds nus en représailles?
—Ils ne tiendraient pas longtemps, Sire, si je puis me permettre, intervint le bon Saint-Henri: l'hiver arrive, et ils sont encore plus frileux que les autres Franchois.
—Possible, mais de quoi j'ai l'air, moi? À ta propre demande, j'ai fait décapiter le bailli d'Outrepart le mois dernier, tu te souviens? Il avait traité des Franchoises comme les autres de «gnaquedesnoix», et ça avait fait un scandale gros comme le cul de Mangeline… Et t'avais déclaré: «je ne tolérerai pas de propos racistes dans l'empire», c'était dans Le Journal, même!
Le Sapir des choses du dedans baissa piteusement le nez, en se grattant la fesse droite d'embarras.
—Voulez-vous ma démission, sire?
—Tout de suite les grands mots, comment tu y vas! Non, je te garde. Remarque, si t'étais arrivé à l'heure, c'est sûr, on te la coupait…T'as bien fait d'arriver en retard, j'ai eu le temps de réfléchir. Je me suis rappelé qu'on a été à l'école ensemble, que tu me faisais mes rédacs, tout ça… C'est pas rien, quand même, d'avoir un bon copain pour le dedans! Il me faut quelqu'un de confiance, avec le peuple, on sait jamais, et s'il faut lui rentrer dedans, j'aime autant que ça soit toi qui t'en occupes. Je vais dire au Premier sapir de convoquer le journaliste et Télé-Nicolas pour leur raconter ton histoire de point noir. Et après ça, le premier qui ricane, on l'ébouillante et on l'écorche sur la place publique pour l'exemple!

P-S. L'heure tardive m'a empêché de lire mes confrères… Pour une fois, c'est vers un autre billet de moi que je vous renvoie, publié sur Le Post, en soutien à Sarkofrance

19 commentaires:

  1. Pour visionner la vidéo de Brice Hortefeux dans son intégralité, c’est à cette adresse :

    http://www.20minutes.fr/article/346855/Politique-Hortefeux-Public-Senat-sort-ses-images-du-placard.php

    Quand on regarde cette vidéo dans son intégralité, la ligne de défense de Brice Hortefeux s’effondre.

    Brice Hortefeux, démission.

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  2. C'est vrai que s'il y a du grabuge, il vaut mieux un homme de confiance pour tenir les matraques !
    :-))

    [Je le redis ici, pour moi, Hortefeux est en mission pour capter les électeurs du FN au moment où Le Pen quitte son bébé !].

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  3. BA, je vais regarder ça… Démissionnons Brice Hortefeux!

    M. Poireau,
    un ami de trente ans, c'est ce qu'il faut. Moins, on peut se méfier ; pile trente, ça se discute ; plus, c'est l'idéal parce qu'il ne devrait plus avoir d'illusion ni d'ambition personnelle, l'ami.

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  4. Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.

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  5. Comme à chaque fois, les aventures de l’empereur me font me gondoler. Et lorsque cela arrive tôt le matin, c’est important pour le moral de la journée. Merci Coucou !

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  6. Gwendal : oui. Il faut lire ça au réveil !

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  7. Gwendal,
    je n'aurais jamais cru pouvoir faire rire qui que ce soit à l'aube… Merci de cette information capitale pour mon moral.

    Nicolas,
    mais comment faites-vous pour être d'attaque si tôt? Avant de lire la moindre chose à ces heures sauvages, il me faudrait remettre la main sur ma tête, mon cul, et mes pompes, les uns et les autres en maraude je ne sais où…

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  8. Quand tu auras mon âge, tu seras insomniaque aussi...

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  9. "tu vois pas qu'ils décident de rester pieds nus en représailles"

    Entre d'autres bons morceaux de cet article, celui-ci m'a bien amusée...
    Comme d'habitude, du travail d'orfèvre...

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  10. Le patron de la chaîne « Public Sénat » a voulu enterrer la vidéo de Hortefeux.

    La chaîne Public Sénat, chargée d’une « mission de service public, d’information et de formation des citoyens », aura mis 6 jours pour diffuser les images de Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur, pris en flagrant délit de blague « lepéniste » dans les coulisses de l’université d’été de l’UMP, samedi 5 septembre à Seignosse.

    Alors que cette vidéo avait été filmée par un journaliste « maison », Thomas Raguet (envoyé spécial dans les Landes), il aura fallu qu’elle « fuite » jeudi 10 septembre sur le site internet du Monde et déclenche une polémique nationale pour que le PDG de la chaîne, Gilles Leclerc, donne son feu vert à sa programmation, vendredi 11 septembre, dans le JT de 18 heures de la chaîne.

    « On a enfin fait notre travail ! », soufflait dans la foulée un membre de la rédaction, soulagé. Tandis qu’un second lançait : « On aura évité la censure totale... »

    Car jusqu’à l’exfiltration jeudi des images vers le site du Monde, l’équipe de Public Sénat s’était heurtée au veto du « patron », Gilles Leclerc, nommé par le bureau du Sénat, l’actionnaire unique de la chaîne, en avril.

    http://fr.news.yahoo.com/70/20090912/tfr-le-patron-de-public-snat-a-voulu-ent-0b4fd8a.html

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  11. En fait, il y a deux scandales.

    1- Premier scandale : Brice Hortefeux est filmé en flagrant délit de racisme anti-arabe. Le cameraman qui filme ce flagrant délit travaille pour la chaîne de télévision PUBLIC SENAT.

    2- Second scandale : le patron de la chaîne PUBLIC SENAT Gilles Leclerc visionne la séquence le 5 septembre. Gilles Leclerc comprend aussitôt que cette séquence est explosive. Gilles Leclerc ordonne de ne pas diffuser cette séquence à l’antenne. C’est un cas de censure caractérisé.

    Heureusement, un membre anonyme de PUBLIC SENAT fait fuiter la séquence vers le site Le Monde.fr le jeudi 10 septembre.

    Face au scandale qui ne peut plus être étouffé, Gilles Leclerc accepte que la séquence soit enfin diffusée sur PUBLIC SENAT, le vendredi 11 septembre à 18 heures. La séquence a donc été diffusée par PUBLIC SENAT six jours après avoir été filmée !

    Si la séquence n’avait pas été transmise au site Le Monde.fr, cette information aurait été définitivement enterrée.

    Gilles Leclerc est un sarkozyste qui muselle l’information sur PUBLIC SENAT.

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  12. Je fais partie de la France qui se lève tôt, moâ môsieur !

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  13. Pour les aventures de l'empereur : BRAVO !

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  14. Nicolas,
    ne noircis pas le tableau: j'ai hâte d'atteindre ton âge!

    Epamin,
    merci, mais je suis plein de confusion d'avoir oublié ton étude sur les pieds, que j'avais pourtant bien aimée! À ma décharge, je dois dire que j'ai écrit ce billet juste avant de dîner, dans la précipitation… Je n'avais plus le temps de peaufiner les liens..

    BA,
    j'aurais presque envie de transformer tes commentaires en billet… À la réflexion, c'est moins le dérapage de B.H. (réel, mais qui ne contenait pas d'agressivité), qui me choque, que la tentative de censure sur Public Senat.

    Gwendal,
    et moi je fais partie de la France qui se lève relativement tôt (autour de 7h), mais qui garde la tête dans le cul tard…

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  15. Au fond, je suis ravie que Nicolas Sarkosy soit Président. Sinon, nous n'aurions jamais connu Nicolas 1er ! Sutétédomage !

    (Comme le coucou, ce qui me choque le plus, c'est la censure ! )

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  16. Mlle Ciguë, merci. Pour la peine, je vous ai fait un rébus facile…

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  17. Extra...
    Apparemment cela réveille en fanfare et en riant le matin....
    Vais voir si je peux demarrer ma journée avec une prose aussi décontractante...

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  18. Jeffanne,
    j'ai failli vous oublier! Je suis bien content de vous avoir amusée…

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