Pages

samedi 3 avril 2010

Martine dessine la gauche

Mediapart publie une interview exclusive de Martine Aubry, interrogée sur la gauche qu'elle veut. De ce long article, ma lecture s'est surtout attachée à la page cinq, qui en constitue la fin. Avec un peu de mauvais esprit, je suis tenté d'y voir la cinquième roue de la charrette, ce que Mediapart et Martine Aubry appellent «la question démocratique».

Je ne doute pas que mes collègues blogueurs, proches du PS ou non, disséqueront les propos de Mme Aubry sur les quatre conventions socialistes qui plancheront sur de nouveaux modèles de société et de développement, sur l'égalité réelle, et la doctrine internationale. Mais je crois qu'ils se fichent pas mal de savoir si la cinquième roue sera bien gonflée ou non: à quelques détails près, tout le monde à l'air de trouver que nous sommes une démocratie.

Ce n'est pas mon cas, et c'est la raison pour laquelle je sens monter mon taux d'adrénaline quand je lis certains propos de Mme Aubry.
D'abord ceci: «Je crois pour ma part par exemple fortement au rôle des universités populaires et des grands débats de société. Il y a un besoin des gens de comprendre, de se saisir des débats publics»
On chercherait en vain dans le prolongement de ces paroles la promesse que ces universités, ces débats, puissent déboucher sur l'expression de la volonté des Français. Au moyen d'un instrument référendaire mis à leur disposition, par exemple…
«Je pense qu'il est bien difficile de changer une société en étant élu pour cinq ans».
On craint de comprendre ainsi qu'il est envisagé, en cas de retour au pouvoir, de ressusciter le septennat et les mandats présidentiels sans limitation en nombre. Voter, comme je le souhaite, pour un(e) candidat(e) de gauche, implique au contraire que le pouvoir de la présidence soit définitivement cassé, au profit du Premier ministre et du Parlement. Qu'il ne soit plus possible de présenter notre pays comme une monarchie républicaine. Dans tout autre cas, personnellement, je préfèrerais garder la droite au pouvoir dans l'espoir d'accélérer une inévitable insurrection populaire. En d'autre termes, je voterai contre une gauche prostituant la démocratie.

«…le second élément majeur est celui des contre-pouvoirs institutionnels. Donner un vrai poids aux collectivités territoriales […] et […] au Parlement en terme de débat démocratique.»«On est aujourd'hui un pays qui nie totalement le débat démocratique»…

Voilà à quoi se résumerait l'horizon démocratique? Bien sûr, je laisse de côté une partie de son discours, et non la moindre, puisqu'elle évoque aussi le non-cumul des mandats, la liberté de l'information, l'indépendance de la justice, pièces d'importance, et les primaires… Mon point de vue est partial, mais je l'assume.
Tôt ou tard, si le personnel politique refuse de comprendre que les citoyens veulent en finir avec les privilèges des élus, et avoir leur mot à dire sur toute chose de la vie publique à travers un référendum d'initiative populaire, ce personnel sera balayé. Et ce sera démocratique.

Source Mediapart: La gauche que veut Martine Aubry


P-S Côté boulevard lance un appel aux dons en faveur de FansoloSee Mee publie l'exclusivité du classement général Wikio et Dagrouik celle des politiques.

10 commentaires:

  1. Je vais lire de ce pas l'intégralité de l'interview.

    RépondreSupprimer
  2. "Votre point de vue est partial, vous l'assumez" et je le partage amplement avec vous.

    Bon week end de Pâques, mais peut-être à demain, si je suis perspicace.

    RépondreSupprimer
  3. Le Coucou,

    C'est ton cheval de bataille (et je le conçois), mais le referendum d'initiative populaire est aussi un leurre dans le sens où il ne suffit pas : il ne pourrait, par exemple, jouer sur le budget sauf par populisme.

    RépondreSupprimer
  4. Quand il a été élu, notre New yorkais, on ne savait pas que le pays basculerait dans ce semblant de monarchie.
    Donc il faudra faire attention la prochaine fois que ce soit pour 5 ou 7 ans, à droite ou à gauche !
    Il faudra faire passer les candidats au détectomonarchiomètre !
    ...
    Préférer une démocratie de 7 ans ou une monarchie de 5!
    Bouh, tu me fais me poser de ces questions toi, ce soir !
    ;^)

    RépondreSupprimer
  5. Yann, tu fais bien de lire l'original: mon point de vue néglige pas mal de choses importantes…

    Bérénice, merci, bon week-end vous aussi… Demain, je crois que nous serons dans le très facile.

    Nicolas, j'ai terminé le billet un peu vite. En fait, il est évident qu'un référendum d'initiative ne peut porter sur tout, l'exemple du budget le montre: trop technique. De même qu'il devrait exister des garde-fous…, mais il y a des gens compétents pour concevoir ces choses, rendre compatible régime représentatif et démocratie.

    RépondreSupprimer
  6. Gildan, tous les présidents, sous la 5eme, finissent par s'installer un peu trop royalement dans leur fauteuil républicain. C'est une tare de la constitution.

    RépondreSupprimer
  7. J'interromps ma lecture pour souligner : «Je crois pour ma part par exemple fortement au rôle des universités populaires et des grands débats de société. Il y a un besoin des gens de comprendre, de se saisir des débats publics»
    Ce qui revient à dire que les gens sont au départ extérieurs au débat ? Que ce sont les élites, les élus qui décident des débats et que les gens peuvent, à l'occasion s'en saisir ?
    Merde, je pensais que les politiques étaient les représentants du peuple !!!
    :-))

    Je reprends ma lecture !

    RépondreSupprimer
  8. Je reviens donc.
    Je l'avais écrit quelque part sur mon blog, la gauche se grandirait à sortir de la logique de "l'homme providentiel" (même si c'est une femme) pour proposer une direction collégiale du pays. Qui mieux que le PS pour casser la monarchie ? Et bien non, la voilà qui se cherche un héros !
    Tiens, je cherchais un sujet d'article, j'ai trouvé !
    :-))

    RépondreSupprimer
  9. Je n'ai pas trouvé la solution. Mais je pense à un(e) socialiste qui mettrait la démocratie et l'imagination en oeuvre concrètement pour entrer dans le XXIIème siècle.

    RépondreSupprimer
  10. M. Poireau, ce sont en effet les élites politiques qui décident de l'ouverture d'un débat. Et il est rare que les gens ordinaires puissent y participer (il y a eu celui sur l'identité nationale de Besson, auquel la population était conviée, mais on sait ce qu'il en était… Ce qui ne doit pas pour autant inciter à rejeter tout débat)
    Le PS, et particulièrement dans son projet de reconstruction, serait mieux placé que d'autres partis en effet, pour nous proposer autre chose. Mais il reste dans la logique des leaders providentiels et présidentiables…

    Mtislav, un leader décidé à changer vraiment la vie politique, oui ce serait bien. Une sorte de Mendès France, revu et corrigé par l'Histoire récente…

    RépondreSupprimer

Les commentaires ANONYMES ne sont pas acceptés. Merci de prendre au moins un pseudonyme.