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lundi 6 juin 2011

Mal au DSK

Autant vous avertir tout de suite : je plaide non coupable. Il n'est pas question ici de parler du débat qui s'amorce ce soir chez les écologistes entre Eva Joly et Nicolas Hulot, ni des cabrioles d'un Borloo fantasque comme une chèvre de Mars. Je ne suis pas informé et ma tête est ailleurs. 

Ma tête est farcie de DSK : tel est mon sujet de billet obligé. Que vous en ayez marre de l'affaire, je le conçois parfaitement. C'est aussi mon cas, mais un sort désormais obstinément contraire ne m'a pas laissé le choix. Ce matin j'ai quitté la maison trop rapidement, oubliant d'emporter un bouquin. Ainsi, une fois remplies mes petites obligations du lundi, lesquelles m'absorbèrent jusqu'au déjeuner, je me retrouvai bien marri ensuite, au moment d'aborder les grandes.

Je n'avais pas rendez-vous. Imaginez une salle d'attente exiguë au point que sept personnes assises la remplissent et que les surnuméraires débordent dans le couloir attenant jusqu'à l'accueil. Au dessus de la tête des sept, un écran de télé allumé, et moi coincé en face. 

DSK sort de chez lui, DSK roule vers le tribunal, DSK descend de voiture, DSK donne le bras à Anne Sinclair, des cris saluent DSK, acclame-t-on DSK ? DSK se fait-il vilipender ? DSK est hué, une manif de femmes de ménage conspue DSK, que va-t-il se passer pour DSK, qu'en disent les invités sur le plateau ? L'avocat américain répète ce que l'on nous a expliqué depuis des jours, le chroniqueur de la chaîne redonde… 

Le son est réglé à la perfection : juste ce qu'il faut pour que les sourds puissent entendre, et rendre vain le recours à mon nouvel iPod. Au fond à droite, une jeune fille a ouvert un roman sur les genoux —c'est un roman, puisqu'il porte la tenue blanche à filets rouge et noir de la NRF. Dans l'espoir de virer DSK de ma tête, sinon de mes oreilles, je tente de déchiffrer le titre, qui tient sur deux lignes, chaque fois qu'elle soulève plus ou moins le bouquin… 

À cette distance, il me faudrait les lunettes, je ferais aussi bien de lui demander carrément ce qu'elle lit. Oui, mais… Les avocats de DSK vont-ils prouver que Nafissatou était consentante, quand il lui a proposé de lire quelques pages ensemble ?  Imaginez que cette fille prennent mal ma question, l'ambiance aidant. Pas envie de jouer avec le feu, moi ! 

DSK entre dans la salle du tribunal, DSK est debout, DSK s'assied, DSK se relève, recueilli comme à la messe… J'ai mon DSK qui commence à remonter dans le DSK, je transpire. Je me lève et gagne la porte tandis que quelqu'un se précipite sur ma chaise. Je fends la foule des journalistes, parviens à la barre devant le bureau de la juge. C'est une jeunette rieuse qui ne fait aucune difficulté pour me réserver une audience la semaine prochaine. Je sors en secouant la tête pour chasser les acouphènes : dskdskdskdskdskdsk… Le soleil, les moteurs de bagnoles, la vie normale, quoi !

samedi 21 mai 2011

Présomption de sincérité

Ce matin, je suis allé au marché du village voisin. Il n'est pas très grand, mais coloré et agréablement animé, dans la tradition des marchés provençaux. En circulant entre les étals me parvenaient des bribes d'une même conversation qui semblait se dérouler simultanément dans tous les coins de la place, comme par miracle. Je n'ai pas tout entendu, les gens parlaient à mi-voix, mais il était question de cul, de fric, d'américains qui ne rigolent pas. Je parierais que les Danois, nombreux dans nos parages, causaient aussi entre eux de l'affaire. Sûr qu'il s'est passé quelque chose dans la tête des gens.

Ce matin encore, mais beaucoup plus tôt, j'ai regardé sur Agoravox la vidéo d'une interview de Tristane Banon, qui date d'octobre 2008. Elle y parle longuement des épreuves qu'elle a traversées après avoir accusé DSK de viol en 2007. On l'a soupçonnée notamment de chercher à se faire de la publicité pour ses livres, soupçon relancé par certains ces derniers jours. Si je n'ai aucun avis sur l'actuelle affaire DSK, il n'en va pas de même pour l'histoire de cette jeune femme. Dans son cas, c'est une présomption de sincérité qui s'impose à moi. Présomption seulement, puisqu'il lui serait difficile de fournir une preuve de ses assertions, si loin des faits. En dehors de la franchise que je lui prête, la simple exposition des manœuvres déployées pour imposer à la presse le silence sur cette affaire, dont Agoravox témoigne avec humilité ( le site ayant lui-même à l'époque appliqué la censure aux propos de la jeune femme), démontre que quelque chose de grave était bien survenu entre elle et le leader politique. Le fait que ce dernier ne l'ait pas poursuivie en diffamation me semble un argument supplémentaire en ce sens.
Et puisque je pense ainsi, je n'ai pas de raison de le taire.

jeudi 19 mai 2011

Un complot pour la route ?


Le complot, c'est comme un train fantôme qui tourne en rond une fois lancé et ne s'arrêtera jamais. Dans les siècles à venir, il y aura encore des gens pour expliquer que les attentats du 11 septembre 2001 ne sont pas l'œuvre d'Abd El-Kader, mais une machination de Georges Washington.

Cette semaine, voilà le complot contre DSK sur les rails… On ne va pas tarder à s'écharper virtuellement dans les blogs à ce sujet. Déjà des avis divergent, par exemple entre Yann qu'un complot laisse sceptique et Hermes qui semble presque y croire, sans parler de Nicolas qui accuse carrément les multinationales de la lessive.

Personnellement, je ne sais que penser sur la question. À priori, je ne crois pas au complot : depuis que les langues se sont déliées dans le monde politique et les médias, un portrait de DSK se dessine qui rend l'agression plausible. Pourtant, à l'heure où j'écris ces lignes, on ne sait toujours rien des faits tels que les rapportent les deux parties concernées. Il est significatif d'en être réduit à poser le problème en terme de foi : j'y crois, je n'y crois pas…

Dimanche, Mme Boutin semblait croire à un piège, mais de sa part c'est moins étonnant qu'il n'y paraît. Au bout de cinq jours, on trouve encore d'éminents strauss-kahniens comme Cambadélis pour espérer dans une conspiration machiavélique. Leur cas est, il est vrai, particulier : la piété s'impose à eux autant par fidélité que par tactique politique.

Plus troublante en revanche apparaît la position de Chevènement qui n'exclut «aucune hypothèse», évoquant même l'affaire Dreyfus. En fait, c'est surtout la présomption d'innocence que Chevènement tient à défendre. Il apporte néanmoins du même coup sa caution aux tenants du complot qui ne se priveront pas de le citer, oubliant qu'il ne réfute pas non plus l'éventualité d'une explication «pathologique».

À la réflexion, je me demande s'il ne serait pas raisonnable de garder le complot au chaud. Il faut s'attendre en effet à ce que la droite cherche à utiliser cette affaire au cours de la campagne électorale pour salir le candidat du PS. On pourra leur objecter qu'il faut chercher à qui le crime profite.

source illustration via Le Matin.ch : images de synthèse taïwanaises sur l'affaire

mercredi 18 mai 2011

Au bal des faux culs

L'affaire de mœurs qui ébranle le monde politique français et abasourdit l'opinion publique est consternante sur tous les plans. Qu'une personnalité comme DSK, porteuse d'autant d'espoirs pour autant de gens, soit jetée à bas de son piédestal d'aussi vilaine manière est un choc. C'est démoralisant pour tous ceux qui l'attendaient en sauveur de la gauche —avec sympathie ou simplement par défaut. Il n'y a rien à dire sur l'aspect judiciaire : l'homme de la rue ne peut décemment se prononcer sur la culpabilité ou l'innocence de DSK quand les défenseurs officiels de ce dernier eux-mêmes ignorent le contenu du dossier.

Il y a en revanche matière à réflexion sur le fait qu'une écrasante majorité de Français ont pris en pleine figure la nouvelle de son arrestation sans avoir le moins du monde conscience des fragilités de cette vedette politique. Pour le dire crûment : se demander s'il n'y a pas eu tromperie sur la marchandise par manque d'information est une question légitime.

Il y a aussi matière à s'interroger sur le bal des faux-culs auquel on assiste avec l'espèce d'omerta que prétendent imposer la caste politique et ses obligés sous l'appellation de présomption d'innocence.

Je ne suis pas insensible au fait qu'un homme pour lequel j'aurais certainement voté se retrouve en proie à l'opprobre du monde entier. Face aux images, j'éprouve de la pitié pour lui. Si j'étais de ses amis, innocent ou coupable, je m'efforcerais de le défendre. Mais je ne le connais pas, je ne suis que l'un de ceux qui pouvaient lui faire confiance pour battre Sarkozy à la présidentielle.

Alors, je suis écœuré des invitations au silence lancées par le pouvoir, parce que cela pourra toujours servir quand reviendront au premier plan des affaires brûlantes ; lancées par mon propre camp que j'aurais souhaité moins hypocrite ; lancées par la confrérie des puissants et de leur cour qui se serrent les coudes.

Je veux rester libre. Libre de ricaner demain comme je l'ai fait au cours des mois passés, sur l'affaire Sarkozy-Woerth-Bettencourt. Je veux pouvoir m'interroger à propos l'attentat de Karachy, des rétro-commissions, ou d'autres scandales d'état, sans me sentir tenu à une auto-censure péteuse par honnêteté intellectuelle. L'affaire DSK est également dramatique parce qu'elle piège notre société dans ses contradictions.

lundi 16 mai 2011

Et maintenant ?

Les citoyens ordinaires n'ont jamais eu à définir les règles de la vie politique. Leurs élus s'en chargent, généralement inspirés par la loi qui leur importe le plus, celle de la jungle. C'est elle qui scelle le sort politique de DSK, et non le jugement incertain à terme des citoyens français sur l'affaire.

Il ne sert à rien de se gargariser avec la présomption d'innocence : imaginez à quelle sauce aurait été accommodé celle-ci dans le cas où Nicolas Sarkozy aurait été à la place de Dominique Strauss-Kahn. Le moment venu, la droite ne manquera pas de tirer parti de l'énorme scandale, d'ailleurs elle le fait déjà.

Innocent comme je le souhaiterais, ou coupable tel que le met en scène l'enquête implacable de la police new-yorkaise, DSK n'est plus crédible pour emporter une majorité de suffrages à la présidentielle. Même s'il était blanchi demain par la divulgation d'un complot, il resterait gravement fragilisé par l'étalage d'une personnalité pour le moins complexe auquel on assiste.

Il devient important que débute un processus de primaires où l'hypothèque DSK serait levée définitivement. Qu'on le reconnaisse ou non (et c'est plutôt non, bien sûr), cet homme tenait de facto le rôle de champion de l'opposition, sa chute l'ébranle toute entière. Il devient tout aussi important que l'opposition dans son ensemble se donne les moyens d'atteindre le but désiré par tous ceux qui se reconnaissent en elle : en finir avec le sarkozysme.