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mardi 4 août 2009

Les paysans et nous…


À la radio, les informations de la mi-journée revenaient sur la question du remboursement des subventions par les agriculteurs. Un représentant syndical de ces derniers expliquait que sans les aides reçues de l'état français dans la période 1992 - 2002, nombre d'exploitations risquaient de disparaître, à l'époque.
Chez nous, les agriculteurs constituent un petit univers en soi, auquel s'applique des sentiments contradictoires, pour des raisons que la raison ne connaît pas. À gauche, nous ne portons pas vraiment les paysans dans notre cœur: ils sont le terreau de la droite. Et pourtant, qui d'entre nous n'a pas des origines rurales, quelques proches parents, ou des cousins éloignés, plus ou moins vissés au cul de la vache? On soupire régulièrement d'apprendre les attentions financières dont ils font l'objet, grâce à nos impôts, on les considère volontiers comme de perpétuels assistés…
Ce faisant, nous oublions que ces assistés-là travaillent durement, et surtout que nous sommes nourris par eux. Certains penseront que ce n'est plus vrai, qu'une bonne partie de ce qui atterrit dans nos assiettes vient d'ailleurs… Soit, mais je me demande si nous serions nombreux, ayant appris que «labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France», à nous résigner de gaieté de cœur à ne plus dépendre, demain, que de l'agriculture de nos voisins? Je me demande combien d'entre nous se satisferaient de voir nos hameaux, nos villages, désertés, les campagnes retourner à l'état de friches pas forcément pittoresques.
À l'époque concernée, c'était bien le moins que l'on pouvait attendre du gouvernement, dans un pays traditionnellement agricole, qu'il se porte au secours de ses paysans en difficulté. Arguer, comme l'ont fait les instances européennes, que les règles de la concurrence auraient été faussées de ce fait, c'est démontrer une fois de plus que l'Europe ne se soucie pas des êtres humains qui la composent, mais exclusivement du commerce. Seuls sont pris en compte les desiderata du monde des affaires, c'est à dire de tout ce qui est animé par les motivations les plus viles d'une société: l'enrichissement, la loi du plus fort. Une loi qui s'applique régulièrement à l'encontre du monde paysan, ainsi que le démontrent ses conflits avec les intermédiaires sur le prix des denrées .
Aussi traditionnellement qu'ils perpétuent une activité où la France fut un temps auto-suffisante, les paysans ont la colère explosive. Il est souvent impossible d'être en accord avec leur atavisme réactionnaire, l'indulgence dont le pouvoir fait régulièrement preuve à l'égard de leurs actions brutales, est tout aussi souvent révoltante —du moins par comparaison avec la rigueur appliquée aux écarts des simples salariés.
Pourtant, il arrive que l'on comprenne les bouffées de révolte de nos paysans, voire que l'on ait envie de les partager, ce qui fut récemment le cas lorsqu'ils s'en prirent à la grande distribution. Cette affaire des subventions à rembourser à l'état, pour satisfaire à la loi de la jungle des mercantis Bruxellois, en est un autre exemple. Dix sept ans après, pas un sou ne devrait sortir de leurs poches, ni des nôtres. Il ne faut pas hésiter à les soutenir.

P-S. L'affaire est évidemment plus complexe que ce billet ne le montre. Je recommande donc aux lecteurs de lire à ce sujet l'analyse de «Section socialiste de l'île de Ré»
Et pour finir sur un sourire, je vous conseille la lecture de «Ma rengaine», chez αяf…