Dans ce petit coin tranquille du chomvil de Marignane, deux hommes assis près du feu grillaient paisiblement une cigarette, suivant rêveusement de l'œil les gestes de la Marie-Christine touillant le pot-au-feu de poireaux sauvages aux cuissotins de surmulot. Chacun tirait une bouffée puis passait le clope à son voisin, retenant sa respiration pour mieux savourer le bouquet des goudrons, toluène, phénol, nicotine, pyrène, acroléine, et autres arômates, dans la grisante sensation d'un retour au paradis perdu. Quoique barbus et chevelus pour les hommes, la face congestionnée et la tignasse brune hirsute pour la femme, on voyait à la façon distinguée dont ils arboraient bracelets et collier de crasse comme Rolex ou rivière de diamants, qu'ils n'étaient pas n'importe qui. Le premier des hommes répondait au sobriquet de Gégé Pédégé, le second à celui de Popaul. Ils avaient été banquiers et leur compagne conseillère en finances dans une autre-vie.Comme toujours quand venait l'heure de la soupe, à un moment, Popaul, le plus âgé, ne put s'empêcher de céder à la nostalgie et dit en secouant la tête : «Voyez-vous Gégé, ce qui nous a perdus à la SUPT, ce sont ces putains de subprimes… Les déficits grimpaient… Avec le gouvernement, on pompait, on pompait, mais ça montait toujours! À mesure, on découvrait des nouvelles flopées de salauds de pauvres qui payaient plus les traites de leur maison et les titres pourris de chez Pourri nous submergeaient…
— Ah, taisez-vous, Popaul! le coupa Gégé Pédégé. Ça me rappelle que chez nous, à la Copipal, on se croyait à l'abri… Mais vos pauvres dans ces maisons au-dessus de leurs moyens, nous, on leur avait refilé des crédits à la consommation, pour acheter le salon en simili-cuir, la machine à laver, la bagnole. Et quand vous avez coulé, forcément, nous n'avons pas tardé à suivre.
—Bon, les hommes, bouclez-la! aboya Marie-Christine. Ce n'est pas le moment de nous rappeler comment la fin du monde a commencé, vous allez encore nous gâcher le repas! …»
source image
PS. à la relecture, au moment de publier, je constate que j'ai cédé au cliché machiste classique: la femme à la tambouille… Mes excuses à Marie-Georges, et aux Femmes engagées!
— Ah, taisez-vous, Popaul! le coupa Gégé Pédégé. Ça me rappelle que chez nous, à la Copipal, on se croyait à l'abri… Mais vos pauvres dans ces maisons au-dessus de leurs moyens, nous, on leur avait refilé des crédits à la consommation, pour acheter le salon en simili-cuir, la machine à laver, la bagnole. Et quand vous avez coulé, forcément, nous n'avons pas tardé à suivre.
—Bon, les hommes, bouclez-la! aboya Marie-Christine. Ce n'est pas le moment de nous rappeler comment la fin du monde a commencé, vous allez encore nous gâcher le repas! …»
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PS. à la relecture, au moment de publier, je constate que j'ai cédé au cliché machiste classique: la femme à la tambouille… Mes excuses à Marie-Georges, et aux Femmes engagées!
