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mercredi 4 mars 2009

Ça ira mieux demain.

Dans ce petit coin tranquille du chomvil de Marignane, deux hommes assis près du feu grillaient paisiblement une cigarette, suivant rêveusement de l'œil les gestes de la Marie-Christine touillant le pot-au-feu de poireaux sauvages aux cuissotins de surmulot. Chacun tirait une bouffée puis passait le clope à son voisin, retenant sa respiration pour mieux savourer le bouquet des goudrons, toluène, phénol, nicotine, pyrène, acroléine, et autres arômates, dans la grisante sensation d'un retour au paradis perdu. Quoique barbus et chevelus pour les hommes, la face congestionnée et la tignasse brune hirsute pour la femme, on voyait à la façon distinguée dont ils arboraient bracelets et collier de crasse comme Rolex ou rivière de diamants, qu'ils n'étaient pas n'importe qui. Le premier des hommes répondait au sobriquet de Gégé Pédégé, le second à celui de Popaul. Ils avaient été banquiers et leur compagne conseillère en finances dans une autre-vie.
Comme toujours quand venait l'heure de la soupe, à un moment, Popaul, le plus âgé, ne put s'empêcher de céder à la nostalgie et dit en secouant la tête : «Voyez-vous Gégé, ce qui nous a perdus à la SUPT, ce sont ces putains de subprimes… Les déficits grimpaient… Avec le gouvernement, on pompait, on pompait, mais ça montait toujours! À mesure, on découvrait des nouvelles flopées de salauds de pauvres qui payaient plus les traites de leur maison et les titres pourris de chez Pourri nous submergeaient…
— Ah, taisez-vous, Popaul! le coupa Gégé Pédégé. Ça me rappelle que chez nous, à la Copipal, on se croyait à l'abri… Mais vos pauvres dans ces maisons au-dessus de leurs moyens, nous, on leur avait refilé des crédits à la consommation, pour acheter le salon en simili-cuir, la machine à laver, la bagnole. Et quand vous avez coulé, forcément, nous n'avons pas tardé à suivre.
—Bon, les hommes, bouclez-la! aboya Marie-Christine. Ce n'est pas le moment de nous rappeler comment la fin du monde a commencé, vous allez encore nous gâcher le repas! …»

source image


PS. à la relecture, au moment de publier, je constate que j'ai cédé au cliché machiste classique: la femme à la tambouille… Mes excuses à Marie-Georges, et aux Femmes engagées!

mardi 9 décembre 2008

Que faire du trou dans nos finances?

Cet après-midi, coincé devant la cavité béante creusée par la souche d'un grand pin déraciné que deux braves gars essayaient vainement de déplacer, je me faisais du souci. Du souci pour eux d'abord, parce que les câbles de leurs tireforts étaient tendus à rompre, et aussi parce que la souche de ce pin m'appartenant risquait de tomber sur le chemin communal. Du souci enfin, car je ne fichais rien pendant ce temps. Les tireforts ont rendu l'âme, la souche n'a guère bougé de place, et le trou qu'elle a laissé me paraît encore plus gros. En prime, la nuit tombée, je me retrouvais, il y a quelques instants, sans la moindre idée de billet pour ce soir. Et soudain, la lumière s'est faite dans ma tête! Je vais vous parler d'un trou, bien plus impressionnant que le mien.
Les observateurs les plus téméraires et les moins sujets au vertige se penchent régulièrement sur lui avec fascination. Il est large, profond, majestueux même. Vous l'aurez sans doute compris: il s'agit du déficit de l'État français, descendu en octobre à la cote moins 60,7 milliards d'euros!
Que faire d'un tel gouffre ouvert au cœur de la patrie, qui finira par engloutir jusqu'à l'Élysée si l'on n'y prend garde? Je ne connais pas grand chose à l'économie, mais je me dis qu'il y a peut-être moyen de rentabiliser notre trou. Certains d'entre-vous sont suffisamment âgés pour avoir connu le trou des halles de Paris, et se souvenir que Marco Ferreri y tourna une désopilante parodie de western: «Touche pas à la femme blanche». Eh bien! le gouvernement devrait s'inspirer de cet exemple en produisant un film dont l'action se déroulerait en extérieur, dans le trou. «Le Kid contre la crise», par exemple. François Fillon et ses ministres tiendraient les rôles des bons, assiégés par les méchants. Comme je suis de gauche, je vois plutôt M. de Villepin en chef de ces derniers. À la fin, le Kid (Nicolas Sarkozy) arrive à la tête de la cavalerie.… Enfin, rien que des stars de la politique à l'affiche en tout cas. Et je vous parie que cela ferait un record d'entrées en salles, peut-être une palme d'or au festival de Cannes. Nous serions le premier pays au monde à rentabiliser son déficit, et du moins, les quelque pelletées d'euros ainsi jetées dans le trou contribueraient-elle à nous regonfler le moral. Astucieux, n'est-ce pas?