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vendredi 12 novembre 2010

Pour un référendum sur les retraites

Romain, comme Isabelle d'ailleurs, nous rappelaient récemment l'existence théorique d'un référendum d'initiative parlementaire prévu par l'article 11 de la Constitution, depuis la révision de celle-ci en 2008.

Ce n'est pas un rappel anodin puisque l'Hebdo Politis a lancé à la mi-septembre un appel à un référendum sur la réforme des retraites. Ces derniers jours, avec l'adoption de la réforme par les parlementaires, contre le souhait d'une majorité de Français, les signatures ont particulièrement afflué sur le site qui les recueille. Les 51 188 signatures sont aujourd'hui dépassées. C'est beaucoup, mais il en faut davantage encore !
C'est pourquoi je me joins aux nombreux blogueurs qui soutiennent cette démarche pour vous inciter à signer et faire signer cet appel.

(Attention : le site est submergé de demandes, il est nécessaire d'être patient et de ne pas renoncer au premier échec de connexion. Ma méthode : à l'affichage d'une «Internal Sever Error» ou «Service Temporarily Unavailable , je reviens aussitôt à la page précédente et je clique à nouveau sur «Pour signer l'appel»… Il m'a fallu recommencer deux ou trois fois et attendre 4 ou 5 minutes avant de franchir l'obstacle…)

samedi 6 novembre 2010

1100 derniers Mohicans à Draguignan

On l'ignore parfois dans les collèges et les chaumières, mais Fenimore Cooper a été dans son roman «Le Dernier des Mohicans», d'une sacrée désinvolture avec la vérité historique. Le lecteur, surtout lorsqu'il est jeune —ce qui est le cas le plus fréquent—, referme le livre persuadé qu'avec Uncas s'éteignit le peuple Mohican. C'est faux ! Il y en a toujours, notamment dans le Wisconsin, et à Draguignan, Var, où avait lieu aujourd'hui la marche des irréductibles contre la réforme des retraites du chef visage pâle Sar-ko-zy.
J'ai la fierté d'en avoir été, mais il me faut avouer que j'étais plein d'appréhension en partant de chez moi sur le sentier de la guerre. Combien serions-nous de braves à défier Sar-ko-zy, le petit chef à la langue fourchue ? Eh bien ! je dois dire qu'en arrivant au point de rassemblement, mon cœur s'est élevé comme un faucon [merci à Peau de la Vieille Hutte et à Little Big Man], car nous étions bien 1100 Mohicans farouches. Si les sages du Grand Conseil, Cé-Gé-Té, Cé-Effe-Dété, Effo, Un-Sa, Effe-Esse-Hu…, avaient dit : «Ugh! à l'attaque !» c'est sûr que d'un seul élan on serait monté à Paris prendre Fort Élysée. Mais les sages n'ont rien dit de tel, il paraît même qu'ils n'ont pas encore terminé les palabres.
C'est pourquoi nous nous sommes contentés de marcher dans la ville, pour bien montrer que nous autres, Mohicans, nous serons là jusqu'au bout, prêts à scalper Sar-Ko-Zy.

jeudi 28 octobre 2010

Résistance à Draguignan


Pour être franc, j'étais un peu inquiet en me rendant ce matin manifester à Draguignan. Déjà, l'auto-radio distillait sans surprise les habituelles informations benoîtes destinées à décourager les contestataires. Hier, sur Radio-Sarkozy, nous avions eu droit à la mise en vedette de l'absurde statistique de l'INSEE prévoyant un tsunami de centenaires en 2060… De quoi conforter le discours gouvernemental sur la nécessité de repousser l'âge de la retraite.

Mais les zélés propagandistes de la mort par le travail se sont bien gardés de citer cette autre statistique de l'INSEE selon laquelle la mortalité infantile a augmenté en France, avec 3,7 décès pour 1000 naissances en 2009. Du coup, la France rétrograde à la 14e place du classement européen, derrière la Grèce et l'Espagne. Tiens donc ! Il y a, semble-t-il, des domaines de la santé où la marche vers l'immortalité peut marquer le pas, voire reculer? Qu'en sera-t-il dans la réalité de l'espérance de vie chez nous en 2060, particulièrement après le passage d'un sarkozy ou deux au pouvoir et leur action mortifère sur notre protection sociale?

C'est en agitant ces pensées moroses que j'ai rejoint le point de rassemblement, devant la sous-préfecture de Draguignan. Et là, heureuse surprise: si les vacances et le trouble jeté par la trahison du parlement votant la réforme, avaient réduit la mobilisation, comme prévu, nous formions encore une sacrée foule. C'est en effet un cortège fort de plus de 1500 personnes qui a défilé. De quoi assurer la continuité de la protestation populaire dans notre petite ville et attendre sereinement le réveil du pays.




P-S Et 3000 manifestants à Guingamp ; 40 000 à Rouen !

mercredi 27 octobre 2010

Virage glissant

Hier, sur radio Classique, Christine Lagarde voyait le conflit sur la réforme des retraites atteindre un tournant… Celui qui mène les cortèges et les grèves au garage, évidement, et non l'autre, tout aussi envisageable, d'où les manifestants débouleraient sur l'Élysée pour en chasser Sarkozy. Parmi ceux qui exercent des responsabilités à un titre quelconque dans le pays, personne ne croit à cette dernière éventualité, ni d'ailleurs ne la souhaite. Pour la plupart des gens qui défilent, moi y compris, ce n'est pas non plus le but, quand bien même nous nous réjouirions si, par miracle, Sarkozy démissionnait du jour au lendemain —le seul geste gaullien que l'on imagine à sa portée.

Mais comme on ne change pas de République d'un coup de cuillère à pot, et qu'une république imparfaite vaut mieux que le chaos, ce sont les lois de la Ve qui continueraient à s'appliquer en cas de vacance du pouvoir. Nous nous retrouverions avec le président UMP du Sénat assurant l'intérim jusqu'à l'élection d'un nouveau président… La gauche, encore loin d'être en ordre de bataille, M. Fillon disposerait d'un vrai boulevard pour entrer à l'Élysée.

Il n'empêche pourtant que la journée de mobilisation de demain, quel que soit son degré de réussite, marquera en effet un tournant. Celui de la rupture définitive du dernier lambeau de confiance unissant encore beaucoup de Français à leurs élus. Dans cette affaire des retraites, la volonté des citoyens français aura été méprisée de manière criante par le pouvoir et les parlementaires de la majorité. Mais la cacophonie qui règne au PS sur les retraites n'est pas faite non plus pour nous rassurer quant à l'avenir. On a le sentiment que chez les politiques, voire les leaders syndicaux, bien peu ont envie d'entendre ce qu'exprime la colère populaire. La colère populaire exige un retour aux valeurs fondamentales proclamées par notre devise: liberté, égalité, fraternité.

P-S: sur les contradictions qui semblent perdurer au sein du PS à propos des retraites, du moins en matière de durée de cotisation, un ancien billet de YannSavidan me semble toujours valable… À lire chez Seb Musset : «Tu es au courant ?»

mardi 26 octobre 2010

Rien de perdu, rien de gagné

Est-ce bien la fin du mouvement contre la réforme des retraites ? Le gouvernement essaie d'y croire en tout cas, puisqu'il annonce aujourd'hui l'essoufflement de la révolte. Comme hier, comme avant hier, et comme depuis des semaines, avec une mauvaise foi incantatoire bien relayée par une partie des médias. Sur Radio-Sarkozy pour ne prendre qu'un exemple, on ne ferme plus vraiment son clapet les jours de grève nationale. Le matin, il s'y trouve toujours de bonnes âmes pour animer un bout de journal au cours duquel on met hypocritement en doute à l'avance l'ampleur de la mobilisation, ou les dangers encourus par les jeunes… De quoi décourager les flemmards de sortir dans la rue et inciter les parents à garder leurs ados à la maison.

Pourtant, cette fois, il y a des signes encourageants pour la Maison Sarkozy: voici la CFDT qui chuinte l'entrée «dans une nouvelle étape», du moins si l'on a bien compris les propos de François Chérèque. De quoi en effet rendre espoir au gouvernement, d'autant que Bernard Thibaut dit à peu près la même chose pour la CGT, avec des mots différents : «le mouvement prendra d'autres formes»… Ce n'est pas une vraie surprise, puisqu'en repoussant la prochaine journée d'action en milieu de semaine, les dirigeants syndicaux avaient délibérément choisi d'isoler les salariés du pétrole bloquant raffineries et dépôts. Les notables du syndicalisme, comme ceux de la politique ont peur en fait de la nature véritable de la protestation cristallisée par les retraites. Ce qui pousse les gens de tous âges dans la rue c'est le rejet du sarkozysme, de son bilan de régression sociale, et au-delà, le rejet des mœurs politiques de ce pays.

Est-ce à dire que, pour autant, la colère va retomber comme un soufflé avec l'adoption de la loi ? Il y a des bornes pour la capacité des instances dirigeantes d'un syndicat à imposer leur analyse à la base. S'il existe réellement dans le pays une volonté d'en découdre plus longtemps encore avec le pouvoir, elles devront suivre, sous peine d'en payer le prix en désaffection, comme cela a déjà été le cas pour la CFDT. Ce serait une bonne surprise que cette résistance d'un mouvement dont rien ne dit qu'il ne ferait pas tache d'huile ailleurs en Europe : en témoigne la grève bloquant deux dépôts pétroliers en Belgique, par solidarité avec les travailleurs français.

Cependant, on peut comprendre aussi la perplexité des responsables à l'idée de prolonger une crise qui pourrait leur échapper —à supposer que l'ardeur à manifester ne retombe pas. Quelle en serait la perspective, face à un pouvoir qui s'assoit sur la volonté de son peuple ? Nicolas Sarkozy adossé à la fiction d'une légitimité tirée des urnes, peut s'obstiner à son aise, avec la crânerie de l'autocrate disposant de la force d'état. Le retour vers le XIXe siècle que nous impose cet homme, peut aussi déboucher sur la violence des temps de conquêtes sociales chèrement acquises.

Si les Français tiennent à leurs acquis sociaux, on peut douter qu'ils aient le goût de l'aventure ailleurs qu'au cinéma. En découvrant pour mon billet d'hier, les taux de l'endettement des ménages et des propriétaires de leur logement, je me disais que j'avais sous les yeux les limites de la protestation populaire dans la France du XXIe siècle. Nos arrières-arrières-grands-parents n'avaient rien à perdre et beaucoup à gagner. Il est toujours possible de se tromper, bien sûr, et que les gens se rendent compte qu'une certaine classe politique a mis en route un processus de paupérisation qui épargnera très peu de monde. Sauront-ils s'en souvenir en 2012 lorsqu'on leur prêtera, l'espace d'une seconde, la fraction de souveraineté nationale qui revient à chacun et chacune ? C'est si proche et c'est si loin, 2012 !

P-S Le Petit Monde de Gildan nous fait découvrir avec une ardeur passionnée l'album de Stefen K. Je ne suis pas du tout compétent pour juger ou parler de chanson, mais vous aimerez peut-être? En tout cas l'enthousiasme de Gildan éclate…

vendredi 22 octobre 2010

Régression sociale, dit-il

Lepoint.fr revient aujourd'hui sur des propos tenus hier par Benoist Apparu, secrétaire d'état au Logement. Ce dernier, dans un moment de candeur a reconnu au cours d'une interview que la prolongation jusqu'à 62 ans de l'âge du départ à la retraite était «une forme de régression sociale». Cet élan de sincérité a dû lui valoir une admonestation du dur à cuire de la République, car il est revenu aujourd'hui sur son appréciation qu'il a qualifiée de «boulette». Il voulait simplement dire que c'était une mesure impopulaire, «mais nous considérons que c'est de notre devoir de le faire pour ceux qui vont suivre»… Bien entendu, la rectification s'accompagne des clichés de propagande officielle en faveur de la réforme.

La vérité, c'est que Sarkozy a délibérément choisi, par calcul de classe, de renier toutes les paroles rassurantes qu'il avait tenues à ce sujet depuis des années. Parce que nous vivons une nouvelle flambée de la lutte des classes, que l'on croyait éteinte. Après avoir vidé les caisses de l'état par les cadeaux fiscaux offerts à ses amis fortunés, et contribué au sauvetage de la banque à nos dépends, Sarkozy s'est effrayé du montant de la dette Française (1500 milliards d'euros). Un montant dont l'énormité, soit dit en passant, est relativisée par certains, eu égard aux richesses cumulées des Français (9000 milliards d'euros), mais la question n'est pas là.

Le président et son entourage redoutent que les agences de notation abaissent la note de la France, si le gouvernement ne fait pas preuve de rigueur budgétaire. Allait-il faire porter l'effort jugé nécessaire par le monde de la finance sur les revenus du capital, et d'une façon plus large sur les milieux les plus favorisés? Jamais de la vie, évidemment, puisqu'il est leur homme et que cela lui aurait de surcroît attiré les foudres des fameux marchés !

Comme toujours, quand le pouvoir est au service des nantis, c'est dans la grande masse des gens modestes qu'il va sucer des ressources. La réforme des retraites permettra au président de réduire sensiblement les déficits du pays en peu de temps, tout en épargnant les gens aisés et les fortunés. Au passage, cela donnera l'occasion au frère du président et à ses amis de s'enrichir davantage à l'aide du régime de retraite par capitalisation qu'ils vont mettre en place. Surtout, ce sera un gage apprécié de ces censeurs des nations que sont les marchés financiers internationaux.

Les premiers mots de M. Apparu étaient les bons : on veut nous imposer une régression sociale. Les Français vont-ils échanger la révolte et la justice contre un plein d'essence?

P-S: «Thelma à L'Épée de bois» — le dernier billet théâtre de Martine ; «mn (XVI)», comme mauvaises nouvelles, encore un beau texte de Xavier Fisselier ; et «Puisqu'il en est ainsi», allez donc lire chez Christophe…

mardi 19 octobre 2010

Draguignan ne faiblit pas


Impossible de donner le nombre de manifestants à Draguignan, puisque je ne le connais pas. Le chiffre officiel des organisateurs, veux-je dire, car avant de quitter prématurément le cortège, vers midi et demi, je ne disposais que des estimations données par deux militants CGT. La fourchette est large: entre 2700 et 3500, ce qui maintient la mobilisation de la dracénie au niveau des dernières journées d'action (dernière minute: d'après Var Matin, nous étions 3000)…

Quoi qu'il en soit le rassemblement était fourni, le soleil du Midi, toujours républicain, s'était joint à nous, et la combativité n'avait pas faibli dans les rangs, loin de là. Des lycéens du Muy et de Draguignan ouvraient le cortège, derrière la banderole intersyndicale. J'essayais de remonter vers leur joyeuse troupe, quand je suis passé près d'un groupe de jeunes femmes…

L'une d'elle lançait des slogans dans un mégaphone, et sans doute grisée par les rimes riches de son texte, elle a jeté soudain: «(…) mobilisation jusqu'à, jusqu'à la révolution !» Autour d'elle on protestait en s'esclaffant, elle a corrigé : «jusqu'à la renégociation !», ce qui est moins poétique, on en conviendra.

Comme tout le monde, j'ignore jusqu'où nous irons ainsi, la victoire ou l'échec relatif, mais pour le moment, nous y allons en tout cas dans la bonne humeur et avec conviction. Quoi qu'il advienne, le petit coq Sarkozy semble bien promis à finir son quinquennat plumé.

P-S: outre le grand rassemblement de Toulon qui a réuni 33000 personnes, plusieurs manifestations de lycéens étaient signalées aujourd'hui dans le Var, à Brignoles, Saint-Tropez-Gassin, Hyères…

P-P-S en attendant 2012, je vous propose de vous entraîner à voter ici, pour Isabelle B (lire sur son blog l'explication du Golden Blog Awards)






samedi 16 octobre 2010

Encore 3000 à Draguignan


Un beau soleil d'été indien sur Draguignan pour cette n-ième manif contre la réforme des retraites. Disons-le tout de suite : ce n'était pas une mobilisation comparable à celle de mardi dernier, mais justement, nous n'étions pas un mardi… Les samedis sont curieusement moins propices chez nous aux grands rassemblements. Il y avait néanmoins nettement plus de monde que le samedi 2 octobre où l'on avait tout de même atteint le cap des 2600 personnes. Aujourd'hui nous étions entre 2700 et 3000 manifestants, ce qui me semble démontrer que la mobilisation ne faiblit pas.

Comme aux meilleurs jours, un groupe de lycéens d'une belle énergie ouvrait le cortège dans un joyeux tapage. Je n'ai pas relevé le détail des organisations syndicales ni des partis politiques représentés… Pour ces derniers il suffit de mentionner l'absence des centristes, de l'UMP, du Front National, et autres groupuscules villiéristes pour constater par soustraction que l'opposition de gauche était au complet.



Une nouveauté, du moins pour moi: la présence remarquée dans la manifestation d'une délégation de l'UnSa Police, qui regroupait du personnel de la Défense, auquel s'étaient joints des sous-officiers et officiers de police.








C'est du côté des «gauchistes» qu'il m'a semblé entendre une fois ou deux le seul slogan désormais à la hauteur du conflit en cours : «Sarkozy démission !» Mais le tapage était tel que je ne suis pas certain d'avoir bien compris.



P-S On apprend que le 3 septembre les députés ont refusé d'aligner leur retraite sur le régime commun…

vendredi 15 octobre 2010

Sarkozy en crise

Hier, Nicolas Sarkozy visitait le site d'un futur laser mégajoule. Pose photographique obligée auprès de scientifiques qui courbent le chef et l'échine de leur mieux, sans doute par respect de la dimension présidentielle de l'événement.

Ensuite petit discours indispensable… Et là surprise : le chef de l'état a célébré l'esprit de réforme qui le tient, sur l'air de: «Je ne suis pas un obsédé de la réforme, mais… » Cela ne faisait à vrai dire que renforcer les propos qu'il avait tenus la veille à l'Élysée devant des députés centristes : «Jusqu'à la dernière minute de mon quinquennat, je mettrai des idées nouvelles sur la table et des réformes».

Du coup, les journaux en ligne, comme le NouvelObs ne manquent pas de relever aujourd'hui ce revirement capricieux d'un homme qui annonçait en mars dernier la «pause» dans les réformes pour 2011. Comment expliquer un tel changement de cap ?

La tentation sera forte pour les commentateurs serviles de trouver une explication rationnelle à cette attitude. Pourtant, à l'évidence, nous sommes simplement confrontés à la dernière foucade d'un caractériel. Sarkozy, vexé par le rejet massif de sa réforme des retraites, nous fait une crise de rage.

Certes, il ne trépigne pas la bave aux lèvres, les yeux hors de la tête devant nous, mais c'est tout comme. «Ah! vous ne voulez pas que je bousille vos retraites pour engraisser ma famille et mes amis? Eh bien, on va voir qui c'est qui commande ici ! Des réformes, je vous en ferai bouffer encore…»
Voilà ce qui arrive lorsqu'on installe un agité primaire à la présidence. La seule question qui vaille d'être posée, c'est : faut-il vraiment le subir «jusqu'à la dernière minute de [son] quinquennat» ?

jeudi 14 octobre 2010

Le sarkozy® ne sera pas bio

Nicolas Sarkozy est un grand homme. Si, si, ne souriez pas ! Le mot grand peut se comprendre de plusieurs manières, et ici c'est du point de vue historique qu'il faut le considérer. En fait, l'expression qui conviendrait le mieux à sa personnalité serait «grande figure», car celle de «grand homme» est trop associée à l'idée d'une action positive pour lui convenir. I

Il y a eu dans le passé des hommes qui méritaient les deux épithètes, comme de Gaulle, belle figure de notre histoire qui fit grande impression de par le monde. Il y en eut aussi dont la renommée traversa les siècles, portée par une légende pittoresque comme Dagobert et sa culotte à l'envers —ou charriant au contraire l'horreur depuis le fond des âges, tel Attila.

Personne ne contestera, je suppose, qu'Attila soit une grande figure de l'histoire. Tout le monde sait que partout où son cheval passait l'herbe ne repoussait plus. Eh bien ! Sarkozy, est un type dans son genre : partout où il fourre son nez, la solidarité disparaît. Les générations futures donneront un jour son nom aux pesticides de l'avenir. Les rats de bibliothèque, eux, apprendront qu'il fut un chef d'état sans scrupule ayant rabaissé le président au niveau du caïd de quartier.

Car, revenons au présent, et aux défauts de l'homme qu'il nous faut subir: le moindre de ceux-ci n'est certes pas le népotisme. La tentative partiellement avortée de favoriser le destin politique de son fils Jean n'était qu'une amusette, comparée aux intentions que l'on prête à M. Sarkozy aujourd'hui. D'après Médiapart, repris par le Nouvel-Obs, la mise en pièces du régime de retraites viserait à privilégier discrètement les affaires du frère du président, Guillaume Sarkozy.

Guillaume Sarkozy et son groupe Malakoff Médéric, associés à la Caisse des dépôts et consignations et à la Caisse nationale de prévoyance (deux entités dépendantes de l'état), s'apprêtent à lancer un fonds de pension. Misant sur l'appauvrissement des retraités que va générer la réforme en cours, ils espèrent rafler une bonne part de marché d'un futur système par capitalisation.

Faire plier Sarkozy devrait donc être d'autant plus difficile qu'à l'orgueil de l'autocrate se rajoutent les intérêts financiers de son clan, mais c'est indispensable et à la portée des Français. Samedi 16, mardi 19, à l'impudence du gouvernement Sarkozy nous pouvons répondre par une détermination plus forte encore à renvoyer ce projet aux oubliettes.

P-S : chez Dedalus, Kolyada botte le cul d'Hamlet, et Christophe a déjà publié deux textes pendant que je regardais ailleurs…

mercredi 13 octobre 2010

Et après?

Hier, la mobilisation a donc été un succès. Aujourd'hui, l'entêtement de Sarkozy a été confirmé. Ensuite ? Ensuite rien, ou l'inconnu.

Les appareils des principaux syndicats comme celui du PS sont manifestement dans leurs petits souliers. Il suffit d'écouter attentivement les déclarations des premiers ou de relever le manque d'agressivité du PS envers Sarkozy, pour comprendre qu'ils ne souhaitent pas vraiment affronter durement ce dernier.

Pour les syndicats et à des degrés divers, la réforme est d'autant plus inacceptable en l'état que la base les pousse aux fesses. Mais dans une atmosphère pourrie par la crise et le sarkozisme, ils redoutent les débordements émeutiers que pourrait entraîner un véritable durcissement.

Le PS a une hantise: 2012 qu'il lui faudra atteindre avec la faveur de l'opinion publique sans devenir l'otage des partis à sa gauche. Ce doit être chez les socialistes une sorte de syndrome de Mai 68 : après la fête de la grève générale, les Français avaient reconduit la droite au pouvoir par gratitude d'avoir retrouvé de l'essence pour faire rouler leurs bagnoles.

Du côté des socialistes, cela ressemble à un casse-tête, d'autant plus que s'il faut en croire je ne sais plus lequel de leurs anciens ministres, l'adoption de la réforme des retraites risque d'être sans retour possible en arrière. Parce qu'à la mise en application de la loi succéderont des mesures budgétaires dont les répercutions brideront les possibilités d'action d'une nouvelle majorité éventuelle. Gare aux promesses intenables !

Et la retraite à 62 ans risque de s'installer durablement dans notre société, malgré son injustice criante pour tous ceux qui ont commencé à travailler tôt dans leur vie. Ce qui va se passer désormais dépend en fait exclusivement des Français eux-mêmes, et non de Sarkozy, des dirigeants syndicaux, ou du PS…

mardi 12 octobre 2010

Draguignan : 80% de manifestants en plus !






À l'appel de l'intersyndicale, la foule des grands jours se pressait aujourd'hui à Draguignan : 4500 personnes selon les organisateurs (contre 2500 la fois précédente). Personnellement, j'aurais estimé un nombre des manifestants plus élevé, mais il est vrai que je compte sans difficulté de 1 à 10, et au delà en «beaucoup»… Quoiqu'il en soit le cortège était dense, j'ai eu du mal à repérer les gens de mon village, et plus encore à retrouver mes habituels complices de blogage et de manif : Céleste et Hermes… D'ailleurs, nous n'avons pas tardé à nous perdre au fil d'un parcours plus long qu'à l'ordinaire. Le cortège est en effet passé devant le Lycée Jean-Moulin, avec une importante délégation d'élèves à sa tête. L'un des éléments les plus remarquables de cette manifestation, outre son importance, réside dans la diversité des âges qui s'y trouvaient représentés : des lycéens aux retraités, les jeunes actifs se sont largement mobilisés. La colère monte.

jeudi 27 mai 2010

Jour de grève



Au départ, Jean-Luc Mélenchon  déclarait sur LCI, ce matin : «C'est vrai qu'aujourd'hui on joue gros et que pour ma part, comme les autres responsables politiques de la gauche, j'appelle à aller à la manifestation, à se grouper derrière les syndicats».

À l'arrivée, Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, estime que «la faible mobilisation (…) valide la méthode du gouvernement» sur le dossier des retraites.

Entre les deux déclarations, la CGT pense que la journée aura rassemblé un million de manifestants dans toute la France… En tout cas, le coup de semonce n'avait pas la force espérée, merci à FO de ne pas s'être associé au mouvement.

À Draguignan, Var, la manifestation a réuni cependant davantage de monde que le défilé du 1er mai, soit un gros millier  de personnes… J'avais malencontreusement oublié mon appareil de photo, ce qui m'a obligé à utiliser celui de mon téléphone portable pour immortaliser la «Deuxième république-des-blogs-promenade» de notre sous-préfecture.  En plus de votre serviteur, y participaient Céleste et Hermes, notamment.  Mon téléphone portable qui est un peu brouillon, comme son propriétaire, a semble-t-il fichu le bazar  dans la scène principale. C'est fâcheux pour un document historique, mais c'est sans doute une bonne chose pour le respect de l'anonymat du blogueur.





lundi 24 mai 2010

Dr Retraite a le remède

Ma femme et moi avons rencontré le dr Donald S. Klem, en villégiature dans le canton. Le célèbre économiste a bien voulu nous accorder une brève interview, le temps de siroter son café à la terrasse du bar-tabac.

«Docteur Donald S. Klem… Hem, comment faut-il vous appeler, exactement? demandai-je pour débuter.
—Mes amis disent DSK, soyons amis, dit-il avec affabilité et une pointe d'accent de Brooklyn.
—Dr DSK, comme vous le savez sans doute, l'avenir des régimes de retraite est un sujet de grande inquiétude dans notre pays…
—Vous vivez trop vieux, c'est la cause!
—Certes, mais nous n'y pouvons rien…
—Bien sûr que si ! Il faudrait annuler vos lois anti-tabac, les limitations de vitesse sur les routes, et celles sur la conduite paf-paf!
Le docteur DSK accompagna cette dernière remarque d'un geste enjoué, faisant mine de visser son nez, d'ailleurs imposant et fort rouge, puis il éclata de rire.
—Je plaisante, n'est-ce pas? Vous avez raison, la question des retraites est un grave problème dans beaucoup d'endroits. Dans mon prochain livre, presque terminé, j'avance pourtant des solutions efficaces…
—Pourriez-vous nous en dire quelques mots?
—Eh bien, le point le plus important, c'est d'élire un président qui a…, comment vous dites? Une veine de cocu, voilà! Un type tellement chanceux qu'il réussirait n'importe quoi… C'est pas facile de mettre la main dessus, mais ça existe…
—Il faudrait donc tester l'aptitude à la chance de nos leaders politiques?
—Si vous voulez, mais ça pourrait-être vous, moi, ou même un bonhomme stupide, du moment qu'il a…, comment vous dites?
—Une veine…
—Non, du pot! Faut du pot, voilà.
—Vos préconisations se résument à ceci?
—C'est très important, lisez le dr Westlake, vous verrez. Un veinard à l'Élysée vous ferait remonter le taux de croissance rien qu'en se curant le nez. Mais bien sûr, c'est insuffisant, il faut aussi de nouvelles recettes…
—Ah! nous y voilà.
—Pour l'argent, je suggère d'ajouter trois jours de solidarité au mois de février. Il ne fait que 28 jours, 29 tous les quatre ans: c'est du gaspillage. Actuellement, votre journée de solidarité rapporte plus ou moins 2,29 milliards d'euros. Rien qu'en février, il est possible de récupérer 6,87 milliards, mais ce n'est pas tout. Il y a aussi ce mois de mai plein de ponts ridicules, on doit pouvoir y gagner encore 6 ou 7 milliards. Enfin, vous avez encore quatre mois par an qui ne font que 30 jours, une absurdité: il n'y a que dans les pays latins comme la France ou la Grèce qu'on voit ça. Ça fait encore 9,16 milliards, soit 23,03 milliards en tout !
—C'est encore insuffisant, mon cher DSK.
—Vous oubliez le président, comment dites-vous?
—…
—verni! Qu'est-ce que vous croyez? Avec un président verni, c'est un taux de croissance proche de 7 ou 8 assuré, et fini les soucis de retraite! Comme moi mon café…
Il se leva de table et fouilla ses poches d'un air préoccupé.
—Zut, j'ai oublié ma monnaie! Je vous laisse ma consommation, hein? C'est cool!»
Il s'en alla d'un pas léger.

J'aurais dû faire ce post-scriptum avec le billet, mais je n'avais pas encore vu le reportage sympa réalisé par Gildan sur Paris verdure… Allez donc voir ça !

samedi 22 mai 2010

Après-demain, la retraite à 115 ans

En lisant que le gouvernement aurait déjà décidé de reculer l'âge de la retraite, on se demande ce que peut être la durée de farniente terminale acceptable pour les décideurs. En gros, si l'espérance de vie moyenne actuelle se situe entre 70 et 80 ans, c'est de l'ordre d'une quinzaine d'années. Mais certains, comme DSK, nous font remarquer que l'espérance de vie s'allongeant, nous vivrons prochainement jusqu'à cent ans —enfin, je devrais écrire: vous vivrez… Ce qui porterait à 40 ans d'oisiveté les retraites de l'avenir, soit l'équivalent du temps de travail.

Personnellement, ça ne me choque pas: j'estime que les hommes ont suffisamment produit de richesses et engrangé de savoir pour que des machines bossent définitivement à leur place. Depuis les débuts de l'humanité, ou presque, ce sont des mains humbles qui fabriquent les biens dont sont nés les profits des riches et des puissants. Faisons donc cotiser les machines pour donner à l'humanité le loisir de devenir meilleure… Vous souriez? C'est une utopie? Sans doute… Mais il n'est pas utopique de penser que vos enfants, à vous jeunes gens, verront leur espérance de vie croître encore, peut-être jusqu'à 130 ans…

Si les gens que nous engraissons de toutes les manières possibles estiment toujours qu'il n'est pas raisonnable d'accorder plus de 15 ans de pré-obsèques, nos descendants devront travailler jusqu'à 115 ans. À eux des petits boulots qui restent encore à inventer! Au lieu de libérer les hommes et les femmes avec les machines, on reviendra en arrière pour créer des emplois adaptés. Par exemple saupoudrer la pâtisserie industrielle de sucre: une tâche adaptée aux mains qui tremblent, non?

Bref, cette histoire des retraites est un casse-tête et un piège infernal qui, paraît-il, pourrait faire chuter dix gouvernements… Alors, patientons quelques semaines jusqu'à la chute du premier des dix: ça nous distraira agréablement en attendant la suite.

P-S, pendant que je pensais à autre chose, Arf a publié trois billets! Si vous aimez la poésie épique, allez donc chez Ferocias qui nous offre «Les Conquérants de l'or», de José Maria de Heredia