lundi 30 juin 2008

Une chance pour la planète.

Le baril de pétrole dépasse 143$ . Les routiers bloquent les routes, les pêcheurs disent qu'ils vont couler, les taxis, les ambulanciers s'affolent, et l'automobiliste ordinaire ne sait plus à quel saint se vouer. Pour ce dernier, hébété déjà d'inflation, de baisse du pouvoir d'achat, d'inquiétudes multiples sur l'avenir, il n'y a guère de soulagement à espérer d'une quelconque autorité quant au prix du carburant. Mais il n'est pas interdit de croire au Père Noël en été, et l'on pourrait imaginer une action revendicative nationale pour crier sa colère contre Esso, Total, et les autres qui, eux, continuent de faire des bénéfices monstrueux avec le pétrole et se foutent bien des routiers, des taxis, des ambulanciers et des automobilistes. L'action consisterait, chacun dans sa voiture, à rejoindre les routiers afin de bloquer toutes les routes du pays. Les pêcheurs, qui doivent bien avoir une bagnole, eux aussi, arriveraient à la rescousse avec les agriculteurs en tracteurs, les taxis bien sûr, et les terrassiers, les tondeurs de pelouse, les motards : tout le monde motorisé, quoi ! Pas une route de France sans protestataire, dans le plus fantastique bouchon de tous les temps. Et attention ! N'imaginez pas un mouvement de ras-le-bol d'une journée, non. On aurait des provisions de bouche en suffisance pour tenir, car il s'agirait d'un bouchon illimité dans la durée. Ce serait une nouvelle révolution de Juillet. Dès la nuit du premier jour, la nouvelle a fait le tour du monde, le baril est à 200$ —au lieu d'atteindre ce niveau l'an prochain—, le lendemain tous les pays européens nous imitent et les gouvernements démissionnent les uns après les autres. Ce qui fait grimper le baril encore plus haut, plus vite… Parce que, plaisanterie mise à part, nous sommes pris dans une logique folle : la fin du pétrole se rapproche, le pétrole bon marché n'existe plus, des milliards de gens ont une bagnole et veulent l'utiliser. Tout et son contraire devient de nature à emballer les cours. Et simultanément, nous sommes placés devant l'obligation de réduire considérablement notre utilisation du pétrole si nous voulons laisser à nos proches, très proches descendants, une Terre encore habitable. Ce choc pétrolier nous prend de court, gens ordinaires, parce que nos gouvernements n'ont pas su l'anticiper, promouvoir quant il en était temps des modes de locomotion moins polluants et alternatifs au pétrole. Ils auraient dû le faire, car ils savaient, mais la même logique folle à l'œuvre depuis longtemps faisait que l'industrie pétrolière s'y opposait. Nous payons leur manque de clairvoyance ou de courage. Il reste qu'un prix du carburant élevé est une nécessité, indépendamment de la crise actuelle. Il va contraindre le monde entier à lutter contre le changement climatique plus fort et plus vite. Et ça c'est une chance.

dimanche 29 juin 2008

Patrimoine clavésien

J'avais omis d'en parler : le patrimoine de Claviers vient de s'enrichir d'une fresque. Enfin, il s'agit plutôt d'une simple peinture murale décorative qui orne désormais l'extérieur du Cercle de la Fraternité. La scène représente une partie de pétanque : inspiration logique puisque le mur donne sur le terrain de boule. Il y a un spectateur dans lequel un œil autochtone peut reconnaître le doyen du village, des joueurs, des boules, et les fesses d'une jeune femme. J'aurais dû faire une photo, mais je n'ai pas osé —il y a peut-être des droits, et puis au Louvres, c'est interdit. Alors dans le doute…
J'inscris sur le livre d'or : c'est moche, mais ça se voit bien.

Fait divers en Chine

Des émeutes viennent de secouer une petite ville chinoise du Guizhou ; ont-elles quelque chose a voir avec le respect des droits de l'homme ? Elles ont éclaté, nous dit-on, à la suite de la mort d'une adolescente qui aurait été violée par le fils d'un notable. Le conditionnel recommandé dans ces affaires s'impose d'autant plus que cela s'est passé au bout du monde. On sait que partout les déshérités, ou ceux qui se jugent tels, sont prompts à laisser libre cours à la haine quand le mépris à leur égard devient intolérable. Que les jeunes chinois acteurs de ces émeutes aient eu tort ou raison sur les faits importe peu. Partout ailleurs, lorsque les gens sont confiants dans les autorités de leur pays —gouvernement, justice, police—, ils n'éprouvent ni suspicion à priori ni tentation de la violence. Ils attendent que justice passe, assurés qu'elle surviendra en temps voulu. Dès lors que l'on croit être tous égaux devant la justice, les pulsions de révolte faiblissent. En Chine, ce sont les abus d'un pouvoir oppresseur qui ont nécessairement engendré ces troubles, parce que l'élémentaire justice a failli à son devoir. Les maîtres de la Chine, au fond, étaient bien naïfs quand ils ont voulu faire des jeux olympiques le sacre laïque de leur régime. Ils nous donnent chaque jour ou presque le spectacle de leur brutalité. Et nous fournissent une occasion de leur administrer la gifle qu'ils méritent. Ce n'est pas si souvent que les peuples libres peuvent embarrasser une dictature. Nos hommes politiques sont toujours prêts à condamner les despotes à la maison, et pressés de les féliciter à l'extérieur. Mais cette fois, la réprobation est si universelle que nous devrions pouvoir empêcher les hommes et les femmes qui parlent en notre nom de s'asseoir à la tribune officielle des jeux olympiques avec les droits de l'homme pour coussin.

samedi 28 juin 2008

Les droits de l'homme côté cuisine

J'ai appris récemment que la Déclaration universelle des droits de l'homme, sans doute jugée trop simple, marche en quelque sorte de concert avec un Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, et un Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Des sortes d'annexes pragmatiques au Cantique des droits…
Les textes du Haut-Commissariat aux droits de l'homme qui énoncent les articles de ces pactes, sont eux-mêmes assortis d'appendices instructifs, en particulier ceux intitulés "déclarations et réserves".
Et là, on tombe de haut ; du haut d'une liste qui va de A comme Afghanistan à Z comme Zambie. On y découvre l'énumération des restrictions et des intentions interprétatives des états signataires. Il va sans dire que la totalité des observations formulées par divers pays, notamment occidentaux, n'est pas de nature à limiter les droits de l'homme, mais il y a de quoi s'indigner dans bien des cas. La Chine, ainsi, ne s'engage pas à grand chose si ce n'est sur les droits économiques et sociaux —et encore passés au crible de sa propre législation—, les États Unis pour leur part font la fine bouche sur les droits civils et politiques… Les droits de l'homme cachent une sacrée cuisine !

Déclaration universelle des droits de l'homme


Pacte international relatif aux droits civils et politiques (voir le lien «déclarations et réserves»)

Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels
(voir le lien «déclarations et réserves»)

Coucou !

Claviers ruisselle de bonheur sous un soleil de plomb. Pourtant, ce matin, il manquait quelque chose au mien en allant chercher mon pain au village : je n'ai pas eu droit aux sourires bons enfants de la majorité municipale. Aucun de ses élus en vue aux abords de la place du marché. Auraient-ils renoncé à prodiguer généreusement des risettes aux administrés ? À moins que, convaincus d'avoir gagné la bataille des cœurs, ils n'aient décidé d'arrêter les frais du samedi. Cette victoire, pourtant, reste largement à démontrer. On peut même supposer le contraire. La dite majorité avait une occasion en or de tester l'opinion des clavésiens : il suffisait de les consulter à propos de cette salle de réunion à la mairie refusée aux élus de l'opposition. Était-ce juste ou injuste ? Cette crainte de vérifier si l'on bénéficie du soutien de la population, au delà de sa petite clientèle d'inconditionnels, constitue déjà en soi une réponse. Lors de la dernière réunion publique, j'avais cru comprendre qu'un arrangement satisfaisant avait été trouvé entre les deux équipes, mais il n'en est rien. La situation demeure inchangée à la veille du prochain conseil municipal. La seule chose qui ait progressé sur cette question symbolique, c'est que nous connaissons la raison du refus du maire nouveau : il n'a pas confiance dans l'opposition. Craint-il que les élus de celle-ci piquent la tirelire municipale, qu'ils déménagent nuitamment le mobilier pour aller le fourguer aux greniers dans la rue de Bargemon, ou Callas ? Ou bien qu'ils aillent saupoudrer son bureau et celui des adjoints de poudre à éternuer ? On se demande ce qu'il peut bien avoir à cacher, à peine mal élu, le maire nouveau ! Pourquoi s'obstiner à camper sur une position aussi choquante pour beaucoup plus de gens qu'il ne le croit ? Il ne suffit pas de poser à l'homme affable pour panser toutes les blessures, éloigner tous les orages qui couvent. Il faut aussi vouloir réparer les dégâts, ce qui commence par un réel respect de ses adversaires.

vendredi 27 juin 2008

l'Europe pour nous

Après le non Irlandais au traité de Lisbonne, un flottement est perceptible parmi les gouvernements européens qui ont du mal à dissimuler leur amertume, mais ils se reprendront et repartiront tôt ou tard de l'avant dans la confection de quelque traité-usine à gaz à imposer aux peuples. Sont-ils bornés ces dirigeants incapables de tirer les leçons de ce rejet envers des textes illisibles. Le premier ministre irlandais lui-même aurait déclaré ne pas l'avoir lu, le jugeant incompréhensible. Il ne fait guère de doute que si tous les pays avaient organisé un référendum sur le traité, bien peu l'auraient accepté. Daniel Cohn-Bendit juge pour sa part que constitution ou traité auraient dû être ratifiés exclusivement par la voie parlementaire, et qu'une consultation directe des populations ne se justifierait que dans le cadre d'un vaste référendum se déroulant dans tous les pays le même jour. Possible, mais cela n'explique pas pourquoi il est si difficile d'accoucher d'un texte constitutionnel clair, limité à l'organisation du gouvernement de l'Europe, en laissant de côté tout le fatras économique dont les citoyens peuvent à bon droit se méfier et qui, lui, pourrait relever de simples traités. Les citoyens ne sont pas ennemis de l'Europe à priori, ils veulent comprendre où on les emmène. Et il faut bien constater que nos dirigeants politiques sont nuls lorsqu'il s'agit de nous expliquer l'Europe. Ce que nous voyons de son fonctionnement est abscons, fort peu démocratique avec un parlement à Strasbourg qui dispose de peu de pouvoir, une Commission d'hyper-fonctionnaires qui en a trop… S'il faut une constitution, pourquoi ne pas avoir organisé l'élection directe, par les peuples, d'une assemblée chargée dans un second temps de la rédiger ? Les constitutions naissent parfois ainsi, et il semble impensable de tenir les citoyens à l'écart de leur naissance sans leur ôter toute valeur. Ce qu'il manque peut-être encore pour faire de l'Union davantage qu'une administration rébarbative, c'est que nous vienne la conscience d'appartenir à une même communauté pour nous exprimer aussi en citoyens européens.
Ce qui rejoint un peu la démarche qu'avaient en tête un groupe d'étudiants de diverses nationalités lorsqu'ils lancèrent, en 2001, un magazine européen sur internet : cafebabel.com. Si l'envie de participer à la croissance d'une opinion publique européenne vous démange, plongez-vous dans les pages de ces jeunes gens enthousiastes et créatifs !

jeudi 26 juin 2008

Président ou caporal ?

Quel drôle de type, notre président ! Durant sa campagne électorale, il avait prononcé un ou deux beaux discours imprégnés d'humanisme, avec de réels accents de sincérité. Bon, il s'agissait de discours sur mesures, nés d'une autre plume que la sienne, mais il se les était appropriés en les disant publiquement : on doit donc les mettre à son crédit. Une fois en fonction, M. Sarkosy a réalisé au pas de charge une partie de ce qu'il avait promis de faire, et là, beaucoup de français qui avaient, selon toute vraisemblance, pourtant voté pour lui, ont commencé à déchanter, sans apprécier ce que cette façon de mettre en accord paroles et actes avait de novateur chez un président. Il a aussi débuté son mandat en envoyant promener de solides tabous : une manière jubilatoire et clanique de s'installer à l'Élysée, son divorce, son remariage avec Carla Bruni… C'était plutôt marrant, cet homme heureux de vivre, là où l'on attendait un commandeur compassé. Malheureusement, il y avait aussi ses mauvaises manières de parvenu : l'affichage complaisant de sa vie privée, les vacances ou escapades choquantes, les relations trop évidentes avec les milliardaires tributaires de l'état… Cela lui a coûté cher en popularité, apparemment, sans que l'on puisse clairement démêler, chez les mécontents, la part des citoyens offensés de celle des petits-bourgeois pudibonds. Passons. M. Sarkosy n'a pas hésité à mouiller sa chemise pour des causes humanitaires, comme le cas d'Ingrid Betancourt, et il importe peu de savoir si ses intentions étaient totalement désintéressées. Récemment encore, au Liban, en Israel et auprès des palestiniens, il a tenu des propos courageux et forts, tandis que parallèlement il avait initié une réforme des institutions témoignant de sa volonté de tenir encore d'autres promesses. Un poil de contrôle parlementaire en plus, une présidence limitée à deux mandats, le germe d'une moralisation du sénat… Sans oublier bien entendu sa diabolique ouverture à gauche avec la présence de Mme Amara ou de M. Kouchner au gouvernement et les approches de séduction auprès de quelques autres. On peut y voir des gadgets destinés à semer la discorde à gauche, le désir d'imposer au gouvernement une vision moins exclusive de la société, l'un n'excluant pas l'autre. Bref, M. Sarkosy est un président étrange. On trouve autant chez lui de propos sympathiques que franchement odieux, et sa volonté de moderniser la vie publique est réelle (dans les limites de ce que l'on peut attendre d'un professionnel de la politique en France). Néanmoins, il apparaît au bout du compte que certaines de ses décisions sont lourdes de mauvaises conséquences, tandis que ses bonnes paroles restent des paroles. Ainsi, lorsqu'il annonce la disparition de la publicité dans l'audiovisuel public —un pur fait du prince imposé au pays sans véritable consultation—, il torpille purement et simplement les médias de service public tout en faisant un beau cadeau à ses amis personnels du privé. Plus grave encore, lorsqu'il prétend désigner à l'avenir lui-même le président de France-Télévision, en fait de modernité, il nous renvoie des décennies en arrière et se propose de créer une télévision à ses ordres. On voit d'ici ce que deviendra le paysage audiovisuel à l'approche de prochaines élections : un service public domestiqué, avec en face les télés commerciales tenues par des copains pleins de gratitude… M. Sarkosy semble, en fait, balancer en permanence entre un verbe généreux et des actes empreints d'un bonapartisme franchement inquiétant.