samedi 13 septembre 2008

Ike frappe, Hanna s'annonce, Edvige devient ouragan

En lisant les raisons de Me Eolas de ne pas parler d'EDVIGE, mon attention a été attirée sur le fait qu'il existe un autre fichier, CRISTINA, dont on ne sait rien parce que le gouvernement se retranche derrière le secret-défense. Me Eolas s'agace au passage des prénoms donnés à ces fichiers sulfureux, mais faut-il s'étonner que l'imaginaire des géniteurs d'Edvige et Cristina rejoigne celui des météorologues qui baptisent les ouragans : Gustav, Ike, ou Hanna ? Cela doit les amuser, de rapprocher leurs monstres administratifs des monstres de la nature. Moi, ce qui m'agace, c'est le secret-défense appliqué à une mesure qui concerne l'ensemble des citoyens. Il doit y avoir là-dessous des préoccupations anti-terroristes dont je ne conteste pas forcément le bien-fondé, mais il me semble que tout ce qui n'entre pas dans le cadre de l'anti-terrorisme —apprécié par un contrôle parlementaire—, devrait être rendu public.
De la même manière, je trouve inadmissible que l'avis du Conseil d'État sur le fichier EDVIGE nous soit caché. Il semblerait que le gouvernement ait la liberté de dissimuler à la nation l'opinion négative de cette institution suprême. Et c'est cela, comme l'usage d'un secret défense sans contrôle obligatoire et systématique, qui me révolte. La démocratie, même imparfaite comme la nôtre, exigerait que le citoyen soit informé de ce que pensent en son nom les institutions chargées de la protéger. La protéger, et protéger le citoyen, des excès de pouvoir. Avec l'avènement de M. Sarkozy, nous avons droit à un festival d'arbitraire ; on pourrait presque affirmer que son passage à l'Élysée marquera le sommet de ce qu'une république peut tolérer en la matière, avant de basculer dans une forme nouvelle de dictature. Modernisée, gouailleuse peut-être, mais non moins liberticide, comme Edvige en ouvre le chemin. Le réveil de l'opinion publique peut y faire obstacle, en commençant par exiger la publication de l'avis du Conseil d'État, afin de signifier à M. Sarkozy qu'il ne peut tout se permettre.



Sources, outre Me Eolas, voir :
le blog de Frédéric Rollin professeur de droit public
site du Conseil d'État

vendredi 12 septembre 2008

À la santé du pape

Le Benoit XVI Nouveau est arrivé, on va le boire jusqu'à la lie pendant quatre jours. Aussi généreusement distribué que le Château Sarkozy, mais plus concentré. De la télé à la moindre couverture de journal, que ce soit par dévotion ou par inadvertance, chacun aura sa dose.
Ah, le pape! impossible de passer à côté de sa visite sur la blogosphère, en particulier sur Partageons Mon Avis, qui publie un document historique méritant le détour… Et puis, ici ou , peu ou prou, tout le monde ou presque, y va de son billet. Alors, un Benoit, ça va, trois Benoit, bonjour les dégats, surtout en cocktail avec Sarkozy. Je me contenterai d'ironiser sur le fait que Nicolas Sarkozy reçoit en grande pompe un chef religieux, après avoir refusé, par pusillanimité politique, d'accueillir cette autre grande figure religieuse qu'est le dalaï lama. Rencontrer officiellement le leader tibétain eut ajouté, au simple hommage rendu à un système de pensée pacifiste, un signe fort en faveur des droits de l'homme. Dérouler le tapis rouge au pape, copiner avec lui pour dénaturer notre laïcité essentielle, c'est donner du crédit aux prétentions de l'Église à fourrer son nez dans nos lits, à s'arroger des droits sur la vie de nos femmes et de nos filles…, bref, à se mêler de ce qui ne la regarde pas. En quelque sorte, c'est partager sa tentation de châtrer les droits de l'homme.

Des nouvelles de Claviers

Le Cercle de la fraternité et le Groupement des oleïculteurs clavésiens ont organisé une collecte au bénéfice des sinistrés d'Haumont, victimes, je le rappelle, d'une tornade qui a dévasté une partie de la ville. Les dons recueillis à la boulangerie, à l'épicerie du village, et au cercle, s'élèvent à cent euros qui seront expédiés à la mairie d'Haumont. Bravo aux donateurs, aux commerçants, et à ces deux associations !

Le site de l'opposition, Claviers Ensemble est provisoirement inaccessible. Un dysfonctionnement qui devrait rentrer dans l'ordre dès le retour de la personne compétente…

jeudi 11 septembre 2008

Deux anniversaires

Aujourd'hui, 11 Septembre, il y a sept ans que les attaques terroristes d'Al Quaïda contre les USA ont ébranlé les démocraties, conduisant nos pays à mener une guerre à priori légitime en Afghanistan, ainsi qu'à imposer des mesures intérieures d'auto-défense entravant parfois nos libertés individuelles. L'émotion ayant ouvert la porte à l'arbitraire, l'Amérique de G. Bush a lancé dans la foulée la guerre d'Irak, scélérate celle-ci, car motivée par d'inavouables raisons, sans rapport avec les événements précédents, et les gouvernements démocratiques ont parfois accru leurs pouvoirs au détriment des libertés individuelles —comme c'est encore le cas chez nous avec le fichier Edvige associé à la réorganisation d'une police politique, unique en Europe.

Aujourd'hui, 11 Septembre, c'est aussi le trente-cinquième anniversaire de la mort de Salvador Allende, président socialiste du Chili, renversé par le coup d'état du général Pinochet. Le dictateur Pinochet est mort gâteux dans son lit, répugnant légume, emporté sans gloire. Lorsqu'il avait perpétré son putch, avec l'assistance des américains, contre le gouvernement démocratique d'Allende, je me souviens que nous étions, ma femme et moi, collés à la radio, submergés d'amertume et de rage impuissante. Les putchistes chiliens, se conformant à la tradition de l'Amérique latine de l'époque, avaient offert à Salvador Allende, disait-on, la possibilité de fuir en hélicoptère, vers cet exil drôlatique des caudillo de romans de Garcia Marquez. Ils se trompaient d'homme, Salvador Allende était un démocrate. Il a résisté jusqu'au bout dans le palais présidentiel de La Moneda. L'Histoire dit qu'il s'est suicidé, le 11 Septembre 1973.

plusieurs blogs rappellent la mémoire de Salvador Allende :
Antoine B
Daud
Marc Vasseur

mercredi 10 septembre 2008

Edvige bouge encore

Le fichage policier à visée de prévention ou de répression de la délinquance est une chose. Il s'agit d'un outil dont l'utilité est évidente —à ceci près qu'il existait déjà un tel outil, et qu'il paraît monstrueux de condamner des enfants à traîner toute leur vie le rappel d'une faute, unique dans la plupart des cas. C'est leur infliger une peine supplémentaire dont aucun juge n'aura pesé le bien-fondé, pour autant que j'ai compris le fonctionnement de ce fichier. Il semble cependant que le gouvernement soit disposé à revenir plus ou moins sur cet aspect d'Edvige, ce qui ne changera pas grand-chose à son caractère liberticide.
Le fichage politique et la collecte d'informations dérobées à la vie privée des individus, dans le domaine bancaire, et ceux de la santé, de la sexualité, etc., sont d'une autre nature, inadmissibles. Aucun pays démocratique ne dispose d'une police politique comme nos Renseignements généraux, ni d'un fichier politique, tel celui dont M. Sarkozy et son gouvernement souhaitent se doter. J'ai déjà relevé, ainsi que beaucoup d'élus et de citoyens vigilants, le tour autocratique pris par le pouvoir de M. Sarkozy, qui ne fait en cela qu'abuser davantage des moyens quasi discrétionnaires accordés au président par la constitution. La mise en place d'Edvige lui ouvrira, via sa police, l'intimité de n'importe qui, car les règles retenues pour ficher une personne peuvent, à vrai dire, s'appliquer à tout citoyen. Sous prétexte de prévenir des atteintes à l'ordre public —ce qui est une démarche policière parfaitement normale, concernant par exemple des individus ou des groupes potentiellement violents—, le fichier Edvige élargit de fait cette visée aux troubles à l'ordre public. Avec un dessein aussi flou, toute contestation politique, syndicale, sociale, des actes d'un gouvernement devient virtuellement illicite. Dans une société démocratique, chaque citoyen, qui possède comme premiers biens sa liberté de parole et de pensée, doit pouvoir en user sans s'exposer aux soupçons de l'autorité et faire l'objet d'un «marquage» préventif. Le décret instituant le fichier Edvige doit être purement et simplement annulé, parce que les français ne veulent pas vivre dans une république bananière, à la merci d'un « Général Tapioca y Sarkozy», assis sur des montagnes de fiches de citoyens suspects.

Les auteurs de blogs et leurs commentateurs se sont souvent passionnés pour cette question, la plupart condamnant le fichier, comme ici. Plusieurs, ne trouvant rien à redire à Edvige, l'écrivirent. Sur l'air de : moi, je n'ai rien à cacher, donc je m'en fous ! Ce que pourraient répéter la plupart des gens…, jusqu'au moment ou l'on mettrait sous leur nez leur intimité mise à nu. De toute façon le problème me semble être dans la volonté de mettre sous surveillance toute personne susceptible d'exercer une influence à un niveau quelconque, celui de l'économie comme celui de la politique, ou de la vie sociale. Que nous soyons élus, citoyens ordinaires, babillards en public, ou vieillards taiseux qui n'ont jamais jeté un œil sur internet, un ventre d'ordinateur nous catalogue déjà sous divers motifs : sécu, caisse de retraite, assurances, poste, banque… Si nous restons passifs aujourd'hui, demain les gens au pouvoir décideront peut-être de rassembler tout sur tout le monde dans un super Edvige, et l'on pourra nous fliquer de l'école au cimetière. Edvige, c'est un balbutiement d'état policier.



Voir Rue89
Le Monde

mardi 9 septembre 2008

Portrait chinois

Pas de billet aujourd'hui pour cause d'impondérables, mais je vous propose à la place un portrait chinois :

si c'était des chaussures elles seraient à semelles épaisses
si c'était un appareil domestique, ce serait un téléviseur
si c'était un instrument de musique, ce serait une trompette
si c'était un tableau, ce serait «Arrivée du ministre de l'intérieur» d'Henri Rousseau
si c'était un chapeau, ce serait un Stetson
si c'était un style, il serait kitch
si c'était une couleur, ce serait le bleu
si c'était une qualité, ce serait l'esprit de famille
si c'était une fleur, elle serait carnivore
si c'était un défaut, ce serait l'esprit de clan
si c'était un art, ce serait le patinage artistique
si c'était un poème, ce serait La chèvre du Thibet de Guillaume Apollinaire
si c'était un mérite, ce serait la conviction
si c'était un personnage, historique ce serait Pépin le Bref
si c'était un instinct, il serait de domination
si c'était une voiture, ce serait la Buggati Veyron d'un ami
si c'était un comportement, il serait agité
si c'était un chien, ce serait un pittbull
si c'était un excès, il serait d'autorité
si c'était une maison, elle s'appellerait «La Lanterne»
si c'était un objet, ce serait une montre
Si c'était un bateau, ce serait un yatch de 60 mètres
si c'était un roman, ça ne serait pas «La Princesse de Clèves»
si c'était un cocktail, ce serait «Presidente»
Qui est-ce ?

lundi 8 septembre 2008

M. Sarkozy et le sang-froid

Récemment, pour relativiser l'importance de l'affaire Clavier, un billet de blog soulignait qu'il est compréhensible, lorsque votre maison est envahie de manifestants et que vous avez la chance d'être un pote du président, de l'appeler à l'aide. Vu sous cet angle, c'est humain, d'accord. En revanche le problème est différent lorsqu'on considère le cas de M. Sarkozy. Moi, si j'étais président, j'aurais dit à mon ami de s'adresser à la police, ou au préfet, bref, j'aurais refusé d'accorder un passe-droit. Et j'aurais félicité le responsable de la sécurité d'avoir évité un affrontement inutile. Je ne suis pas président, c'est facile à dire, je sais. Il n'empêche qu'en remâchant cette histoire, quelque chose me frappe : il est possible que Nicolas Sarkozy ait obéi à un réflexe d'homme d'état ennemi du désordre et adepte de la fermeté. Il en a depuis longtemps le langage et en sait mimer la manière quelquefois. Cela ne me rassure pas, lorsque je me souviens d'un passé guère reculé : Mai 68. Pour ceux qui n'ont pas connu ces événements, ou les ont oubliés, je rappellerai un gros détail de l'histoire. Ce printemps émeutier s'est achevé dans la déception pour certains, dont j'étais, et le soulagement pour d'autres, presque sans drame. Grâce au sang-froid d'un premier ministre, M. Pompidou, et surtout d'un préfet de police, Maurice Grimaud, qui surent rétablir l'ordre républicain en faisant passer l'intérêt général avant leur orgueil bafoué par la rue. Si cela devait se reproduire demain, je me demande combien M. Sarkozy laisserait de victimes sur les pavés.