À propos de la grippe A, sur France Inter, ce soir, on a pu entendre un intervenant qualifié (j'ai oublié son nom) évoquer les
soupçons qui pèsent sur l'indépendance de l'OMS vis-à-vis des grands laboratoires. L'alarmisme de l'Organisation Mondiale de la Santé pourrait bien avoir été encouragé par ces derniers… Il ne serait pas étonnant que cette organisation se retrouve bientôt à porter le chapeau de la gabegie financière qui en a découlé. Cela ferait une belle bouée pour le gouvernement français, noyé dans la polémique sur le coût des vaccins.
Ceci dit, le débat à propos des excès d'application du principe de précaution dans l'épidémie de grippe porcine a quelque chose de surréaliste. Frédéric Lefebvre et ses pareils ont beau jeu de s'exclamer qu'il vaut mieux trop de précautions que pas assez, et que des accusations féroces n'auraient pas manqué dans une situation inverse. Si l'épidémie avait été aussi ravageuse que certaines du passé, et si le gouvernement n'avait rien prévu, en effet, cela lui aurait sans doute valu au minimum un scandale comparable aux suites de la canicule meurtrière en 2003. C'est un fait, il faudrait être de mauvaise foi pour le nier.
Il reste cependant que la maladresse des exécutants de M. Sarkozy a été considérable. On est déjà gêné que
la ministre de la santé, ancienne employée de l'industrie pharmaceutique, puisse passer d'aussi faramineux
contrats avec les laboratoires dans des conditions si obscures, que les parlementaires eurent de la peine à simplement en prendre connaissance. Surtout, l'organisation de la vaccination s'est révélée en définitive un véritable échec, puisque notre pays est un de ceux où le pourcentage de la population vaccinée a été le plus bas (7%, contre 61% en Suède, d'après le Figaro).
Il est probable que la manière autoritaire de mener l'opération vaccinale, symptomatique de l'autocratie sarkozyste, y est pour beaucoup. Si au lieu d'être obligé de se rendre dans des centres souvent éloignés du domicile, de devoir attendre des bons de vaccination dispensés, non par la caisse de sécu locale, mais par on ne sait quelle autorité supérieure, le médecin généraliste avait pu prescrire à chacun le vaccin, sans doute le résultat aurait-il été meilleur.
Les rumeurs de défiance vis à vis de la vaccination, multiples, souvent absurdes, encouragées par la méthode caporaliste adoptée, ont joué aussi un rôle, c'est évident. Rien n'empêchait de laisser aux médecins et aux patients l'appréciation de l'intérêt d'une protection, et la pratique de l'injection. Il n'était peut-être même pas nécessaire, en dehors évidemment de l'indication médicale, d'être «piqué» par un professionnel… Mon épouse ayant besoin de cette protection, elle se vaccine et je me vaccine, chaque année contre la grippe classique. Nous le faisons nous même, c'est enfantin…
Quoi qu'il en soit, dans ce cas précis, l'application du principe de précaution à grande échelle a été un fiasco. Non seulement des sommes énormes ont été dépensées en vain, mais insuffisamment de gens auraient été immunisés (du moins on l'espère), en cas d'épidémie grave. Je ne trouve pas indifférent d'apprendre que la vaccination a été mieux accueillie dans les quartiers aisés que dans les autres. Cela me rend plus odieux les discours fumeux qui se sont répandus sur internet pour en dénier l'utilité. Cette grippe est bénigne pour la majorité des personnes, mais le contraire était possible, et dans ce cas, nous serions mal partis aujourd'hui.
P-S. sur le blog de Dedalus, je vous recommande la présentation d'un spectacle intitulé «Fièvre», dont il dit le plus grand bien. Grâce à lui, ces veinards de parisiens auront même la possibilité de le voir à prix réduit au théatre des Mathurins, entre le 13 et le 22 janvier. Et si cette période ne leur convient pas, la location c'est par là…Sarkofrance tourne la page de la disparition de Philippe Seguin… «Panique à la défense!» un récit à lire sur PMÂ, mais «Entre la cave et le salon», c'est chez Arf…