mardi 12 janvier 2010

La fin du Biafra, il y a 40 ans

Le Monde vient de me remettre en mémoire l'anniversaire de la capitulation du Biafra le 12 janvier 1970. Pour des raisons personnelles notre famille en avait été affligée, mais c'était ce qui pouvait arriver de mieux dans cette guerre civile baroque et terrible.
Baroque, parce que l'Union Soviétique et la Grande Bretagne s'étaient retrouvées quasiment main dans la main pour soutenir l'état fédéral du Nigéria contre la sécession de la province du Biafra. La France avait choisi quant à elle d'aider les Ibos sécessionnistes sans le reconnaître officiellement…
Vers la fin du conflit, les Ibos, en particulier les enfants, mouraient chaque jour de faim par milliers. Les images atroces d'enfants Biafrais réduits à la peau et aux os, s'étalaient dans la presse. C'est dans ce contexte d'urgence extrême, que des médecins français présents sur le terrain, exaspérés par les contradictions des organisations humanitaires officielles, comme la Croix-Rouge Internationale, méditèrent la création de Médecins sans frontière.. C'était il y a plus de 40 ans…


lundi 11 janvier 2010

Les actionnaires du ciel et de la terre

Mediapart et Libération font écho à la chronique de Sephane Guillon, aujourd'hui. Avec sa verve mordante, l'humoriste y brocardait une phrase prêtée à Philippe Val, directeur de France Inter, par un article du Monde.

La vidéo de cette chronique est visible un peu partout, notamment chez Dedalus. Comme moi, ce dernier se demande combien de temps encore Stephane Guillon sera maintenu à l'antenne de la station, avant que «l'actionnaire» n'obtienne sa tête… L'actionnaire, tel qu'en parle P. Val, c'est l'état, ou plus évidemment dans l'esprit des hommes qui le servent: Nicolas Sarkozy. On voit tout de suite l'énormité de la gaffe qu'a reproché S. Guillon à l'ancien patron de Charlie… L'actionnaire, ce sont les citoyens français, ce sont eux que France Inter doit traiter avec respect —ce que fait S. Guillon en ayant l'audace de dénoncer les travers du régime et de ses serviteurs.

Dans un tout autre domaine, Benoït XVI n'est pas mal non plus comme provocateur. Il paraît qu'il vient de prétendre: «la liberté ne peut être absolue, parce que l'homme n'est pas Dieu»… «le chemin à suivre ne peut être fixé par l'arbitraire ou le désir». On voit bien que l'idée générale n'est pas mauvaise en soi: après tout, le pape en connaît un rayon, question morale… Sauf, qu'il s'agissait là de flétrir les lois qui tendent à bouleverser la famille catholique, comme hier l'avortement, et aujourd'hui le mariage homosexuel que vient d'autoriser le parlement portugais. Du coup, on a envie de lui répondre (comme on pourrait le faire à l'autre vicaire du seigneur, Philippe Val), à propos de ce maître qu'il voudrait nous imposer: le monde, la vie, appartiennent à ceux qui sont plongés dans leur dureté et y souffrent. En plus l'avenir de l'homme est dans la démocratie, on ne peut plus entendre le discours du pape sans rire. L'humanité pourrait peut-être, s'il a un bon programme, décider de réélire Dieu comme dieu, mais certainement pas pour un mandat éternel.

sources Mediapart, Le Parisien.fr

P-S les journalistes ne sont pas, loin s'en faut, toujours amis des blogueurs, c'est ce que constataient récemment Eric et Rimbus dans leurs billets. Au classement Blogonnet que j'ai vu chez Nicolas, il est à noter la spectaculaire place de n°l conquise par Mtislav dans la catégorie Culture. Jusqu'à présent, pour rêver de grands anciens fabuleux, nous n'avions guère que l'Atlantide, mais Ferocias nous offre une nouvelle civilisation, Amazonienne celle-ci, dont l'existence pourrait bien être plus facile à prouver que celle de la cité engloutie.

dimanche 10 janvier 2010

Trop dur, le rébus?

Je ne connaissais pas l'effet phi.
En lisant la réponse d'un visiteur au jeu du rébus, au demeurant exacte, j'ai cru un moment que j'avais fait de l'effet phi comme M. Jourdain de la prose… En fait il n'en est rien: Wikipédia m'a appris que l'effet phi est la sensation de mouvement que peut donner une succession d'images. Les mannequins représentés auraient pu à la rigueur symboliser cet effet, mais ce n'est pas le cas. La solution passait par des voies beaucoup plus terre à terre…

Jfgarsmeur l'a trouvé le premier, sans explication, suivi par Madame.B, qui de plus a déchiffré l'énigme parfaitement, perspicace comme toujours. Enfin, Philzone, tout en trouvant la solution, m'a appris qu'il existait un effet phi… Bravo à ces trois fines mouches, et merci à tous ceux qui ont participé, de près ou de loin!



Rébus du dimanche 10 01 2010



Trouvez dans ce rébus le prénom et le nom d'une personnalité politique —d'une quelconque région du monde et de n'importe quelle période historique… (cliquez sur l'image pour l'agrandir) Solution dans la soirée, la modération des commentaires est activée.



samedi 9 janvier 2010

La présidence comme bijou de famille


Quand j'ai lu sur Liberation.fr, que Mme Chirac, prenant la défense de son mari, estime qu'un «président de la République, qui a été élu par tous les Français pour cinq ans, doit être protégé», j'ai mis mes lunettes… C'est écrit petit, je pouvais avoir compris de travers, mais non, elle a vraiment dit ça.

On aimerait lui répondre que les électeurs élisent un homme qui leur semble bien au départ, et qu'ils peuvent se rendre compte en cours de route, ou plus tard, qu'il ne méritait pas leur confiance. C'est par exemple le cas de Nicolas Sarkozy, que beaucoup de Français aujourd'hui aimeraient pouvoir révoquer. Un président de la République est parfois élu sur un malentendu; quand la confiance du peuple a été trompée, pourquoi devrait-il être protégé? Un président de la République n'est pas joyau national, une idée de luxe qu'on se transmettrait entre générations, dans notre contexte c'est juste un mal nécessaire.

Les accusations dont M. Chirac est l'objet ne sont pas légères: détournement de fonds, prise illégale d'intérêt… S'il est condamné un jour, cela signifierait qu'il a dénaturé les valeurs républicaines sur lesquelles se fonde la confiance des citoyens pour leurs représentants. Il ne la méritait pas.

Bon, nous savons bien qu'il n'a pas été le seul ni le premier à jouer à ça, et par ailleurs, nous avons connu, nous connaissons des hommes politiques beaucoup moins sympathiques que Jacques Chirac. Il a la veine de jouir d'un tempérament, d'une personnalité, qui incitent à l'indulgence. Mais ce n'est pas une raison pour dispenser le chef du personnel politique d'être d'une parfaite intégrité dans l'exercice de tous ses mandats.

Chez nous, on ne demande pas aux élus d'être irréprochables dans leur vie privée, Dieu merci. Il faudrait qu'ils battent leur femme pour qu'on commence à s'émouvoir, les féministes partiraient alors en guerre —avec raison, évidemment. On pourrait attendre d'eux en contrepartie qu'ils nous rendent cette tolérance en probité dans la sphère publique.

D'après Libé, Mme Chirac pousse sa défense d'épouse humiliée par le scandale jusqu'à l'énormité. Parlant donc d'un président de la République oint par le suffrage universel, elle «ne trouve pas qu'il puisse être soumis aux mêmes obligations dans certains cas que les citoyens ordinaires.»

Là, on tombe sur le cul, parce que, si un tel argument devait être un jour jugé recevable, il nous faudrait carrément inventer un nouveau nom pour notre système politique, nous ne serions plus une république. La République qui vota au lendemain de la révolution une déclaration proclamant que «les hommes naissent libres et égaux en droits», et encore que «la loi est l'expression de la volonté générale. Tous les citoyens ont le droit de concourir personnellement, ou par leur représentant, à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse…»
source image


P-S Hier, Mathieu revenait sur la disparition de Philippe Seguin, et tandis que je vous parlais théâtre, Martine nous présentait un spectacle donné à Genevilliers

vendredi 8 janvier 2010

Fièvre post-grippale

À propos de la grippe A, sur France Inter, ce soir, on a pu entendre un intervenant qualifié (j'ai oublié son nom) évoquer les soupçons qui pèsent sur l'indépendance de l'OMS vis-à-vis des grands laboratoires. L'alarmisme de l'Organisation Mondiale de la Santé pourrait bien avoir été encouragé par ces derniers… Il ne serait pas étonnant que cette organisation se retrouve bientôt à porter le chapeau de la gabegie financière qui en a découlé. Cela ferait une belle bouée pour le gouvernement français, noyé dans la polémique sur le coût des vaccins.

Ceci dit, le débat à propos des excès d'application du principe de précaution dans l'épidémie de grippe porcine a quelque chose de surréaliste. Frédéric Lefebvre et ses pareils ont beau jeu de s'exclamer qu'il vaut mieux trop de précautions que pas assez, et que des accusations féroces n'auraient pas manqué dans une situation inverse. Si l'épidémie avait été aussi ravageuse que certaines du passé, et si le gouvernement n'avait rien prévu, en effet, cela lui aurait sans doute valu au minimum un scandale comparable aux suites de la canicule meurtrière en 2003. C'est un fait, il faudrait être de mauvaise foi pour le nier.

Il reste cependant que la maladresse des exécutants de M. Sarkozy a été considérable. On est déjà gêné que la ministre de la santé, ancienne employée de l'industrie pharmaceutique, puisse passer d'aussi faramineux contrats avec les laboratoires dans des conditions si obscures, que les parlementaires eurent de la peine à simplement en prendre connaissance. Surtout, l'organisation de la vaccination s'est révélée en définitive un véritable échec, puisque notre pays est un de ceux où le pourcentage de la population vaccinée a été le plus bas (7%, contre 61% en Suède, d'après le Figaro).

Il est probable que la manière autoritaire de mener l'opération vaccinale, symptomatique de l'autocratie sarkozyste, y est pour beaucoup. Si au lieu d'être obligé de se rendre dans des centres souvent éloignés du domicile, de devoir attendre des bons de vaccination dispensés, non par la caisse de sécu locale, mais par on ne sait quelle autorité supérieure, le médecin généraliste avait pu prescrire à chacun le vaccin, sans doute le résultat aurait-il été meilleur.

Les rumeurs de défiance vis à vis de la vaccination, multiples, souvent absurdes, encouragées par la méthode caporaliste adoptée, ont joué aussi un rôle, c'est évident. Rien n'empêchait de laisser aux médecins et aux patients l'appréciation de l'intérêt d'une protection, et la pratique de l'injection. Il n'était peut-être même pas nécessaire, en dehors évidemment de l'indication médicale, d'être «piqué» par un professionnel… Mon épouse ayant besoin de cette protection, elle se vaccine et je me vaccine, chaque année contre la grippe classique. Nous le faisons nous même, c'est enfantin…

Quoi qu'il en soit, dans ce cas précis, l'application du principe de précaution à grande échelle a été un fiasco. Non seulement des sommes énormes ont été dépensées en vain, mais insuffisamment de gens auraient été immunisés (du moins on l'espère), en cas d'épidémie grave. Je ne trouve pas indifférent d'apprendre que la vaccination a été mieux accueillie dans les quartiers aisés que dans les autres. Cela me rend plus odieux les discours fumeux qui se sont répandus sur internet pour en dénier l'utilité. Cette grippe est bénigne pour la majorité des personnes, mais le contraire était possible, et dans ce cas, nous serions mal partis aujourd'hui.

P-S. sur le blog de Dedalus, je vous recommande la présentation d'un spectacle intitulé «Fièvre», dont il dit le plus grand bien. Grâce à lui, ces veinards de parisiens auront même la possibilité de le voir à prix réduit au théatre des Mathurins, entre le 13 et le 22 janvier. Et si cette période ne leur convient pas, la location c'est par là
Sarkofrance tourne la page de la disparition de Philippe Seguin«Panique à la défense!» un récit à lire sur PMÂ, mais «Entre la cave et le salon», c'est chez Arf…

jeudi 7 janvier 2010

Faut-il tuer les cochons corses?



C'est la faute à l'Europe! Je le dis d'emblée, pour tuer dans l'œuf les critiques de ceux qui s'étonneraient de lire une histoire de cochons sur un blog politique. Et puis, il ne s'agit pas de porcs ordinaires, mais de cochons corses —ce qui confère immédiatement au sujet un arrière-plan subversif.

Je suppose que beaucoup d'entre vous s'attendriraient, comme il m'est arrivé de le faire, à la vue des charmants gorets qui figurent sur l'illustration de ce billet… En fait, ce sont des marcassins photographiés chez moi. Il faut voir comme ils sont capables, avec père et mère, de vous éventrer un coin de champ, de vous disperser un tas d'énormes billots de bois, de vous démolir des murets séculaires —sans compter le risque que vous courez d'entrer en collision avec l'un ou l'autre d'entre eux, dès que vous prétendez sortir la nuit en voiture… Il faut voir ça pour les prendre petit à petit en grippe.

Alors, quand j'ai lu l'article de Courrier International à propos de «La Corse face au péril rose», eh bien, j'ai compati! Il paraît que depuis des années l'île paradisiaque est infestée de troupeaux de vaches et de hardes de cochons errants. Des bandes de ces animaux se baladeraient à toute heure dans les rues, sur les routes, et bien entendu, cela ne va pas sans dégâts, ni accidents graves de la circulation.

Je vous laisse découvrir dans l'article toute la difficulté que rencontre l'administration à lutter contre ce fléau, car personne ne semble disposé à tuer les encombrants animaux. Pas même Bastien Rossi, louvetier dans le prestigieux corps des lieutenants de louveterie, dont la fondation remonte à Charlemagne.

«Notre vocation, depuis des siècles, est d'éliminer les bêtes sauvages, non les animaux domestiques», se justifie-t-il. Car ces quelques 10 000 bestiaux à l'abandon sont susceptibles d'appartenir à quelqu'un —et c'est là que nous allons bientôt retrouver la politique européenne. Nous sommes en Corse.
Si vous vous portez volontaire pour en finir avec eux, vous recevez des lettres de menaces, si vous en tuez, vous pouvez être condamné à une forte amende, pourvu que tout ou partie du tableau de chasse soit qualifié de domestique…

Tout cela parce que l'Union Européenne dans les années 90 avait subventionné l'élevage bovin et porcin. De nombreux paysans, quelquefois sans terre, se sont lancés dans l'élevage, en laissant les troupeaux divaguer. Les fraudes, nombreuses, finirent par entraîner une réduction de moitié des aides agricoles à la Corse…
Les aventures du louvetier et des cochons Corse sont en ligne sur le site de Courrier International…