samedi 1 novembre 2008

Lignes sans Sarkozy

Je ne sais plus quel illustre homme de lettres avait fait graver sur le manteau de sa cheminée «Nulla die sine linea». Pas un jour sans une ligne… À vue de nez, il pourrait bien s'agir du père Hugo. C'est à cause de lui que j'ai écrit homme de lettres : ça chausse plus grand qu'écrivain. Et puis, j'imagine que le fameux vers d'Horace (65—8 av. J.C.), a du beaucoup lui plaire. Il était non seulement doué de fécondité, mais il aimait aussi les belles devises à graver.
Donc : nulla die sine linea ! Une injonction que les blogueurs devraient inscrire au feutre indélébile au-dessus de leur écran d'ordinateur. C'est une saine discipline, et très efficace, voyez : déjà onze lignes. Merci Horace, merci Victor ! C'est ensuite que les choses se corsent, une fois la décision prise et la règle posée. Parce qu'en tenant un blog orienté sur la chose politique, il y a forcément des jours où vous butez sur une actualité maussade comme le temps qu'il fait à votre porte. Auriez-vous été un carnétiste expérimenté et parisien, peut-être vous seriez-vous joint à ceux qui viennent de s'entretenir à l'Assemblée avec une personnalité politique en vue, afin d'en tirer matière à billet? Il y aurait bien la fois où vous avez approché Jacques Chirac… Ah oui! C'était lors de l'inauguration de la Fondation Vasarely. Il vint à vous bras ouverts, fendu d'un sourire tranché au sabre… Mais c'était pour étreindre une sommité placée juste derrière vous. Passons sur le fard, et puis, Chirac, c'est de l'histoire ancienne.
Vous voulez que je vous dise? C'est presque du vice de "carnétiser" un samedi férié de Novembre, à la veille de la fête des morts. Tiens, cela me fait penser qu'il y aurait bien les spasmes intellectuels de Michel Rocard, dans Le Monde d'aujourd'hui, à propos de la crise. Seulement, j'ai déjà écrit ce que je pense de sa survie médiatique… À propos de la crise encore, j'ai lu dans Le Figaro que les chercheurs en mathématiques financières se plaignent amèrement du mauvais usage que la banque a fait de leurs modèles. Toutes choses égales d'ailleurs, il me semble que l'on pourrait comparer leur cas avec les théoriciens de l'atome, qui ne sont pour rien dans la bombe d'Hiroshima. Si leurs modèles ont permis aux Docteur Folamour de la finance de nous mener où nous sommes, on comprend que les chercheurs en mathématiques financières se fassent du souci pour leur réputation.
Quant à la retraite des pilotes et des hôtesses repoussée jusqu'à 65 ans dont on cause également aujourd'hui, j'avais eu un moment l'intention de lancer une pétition. Au nom du principe de précaution. Exiger que les équipages ainsi maintenus aux commandes soient exclusivement affectés aux charters du troisième âge. Et puis, je me suis avisé que j'y étais presque, à cet âge fatidique. J'ai changé d'avis, ne me demandez pas pourquoi, je ne répondrai pas. Du reste, j'ai terminé mon billet et j'aime pas l'avion.

vendredi 31 octobre 2008

OGM et retraite-chapeau

Sur le site Contre Info, que Marc Vasseur m'a permis de découvrir il y a peu, je trouve une mauvaise nouvelle. Il me semble qu'elle mérite d'être largement diffusée. La voici : Jose Manuel Barroso, président de la Commission européenne, a composé une commission de travail, secrète celle-ci, chargée d'étudier les moyens d'imposer les OGM dans nos pays, malgré la méfiance des opinions publiques. En dépit aussi de l'opposition des organisations écologistes. Les gouvernements, à commencer par celui de Nicolas Sarkozy, ont délégué des représentants aux réunions de cette commission occulte.
Un groupe de personnes dont l'identité est soigneusement cachée, a donc reçu mission d'imaginer comment on pourra faire accepter aux citoyens des produits agricoles dont ils ne veulent pas. C'est beau, ce qu'ils font de la démocratie, non?


Hier, les députés ont refusé de soumettre l'essentiel de la panoplie de "survie" des grands patrons aux taxes et cotisations sociales diverses payées par les salariés "normaux". La presse annonce que le parachute sera taxé au dessus d'un million d'euros, mais elle oublie d'attirer l'attention sur les 999 999 € laissés aux patrons en détresse pour voir venir.
En réalité, rien n'a été fait pour mettre un terme définitif aux privilèges de ces gens. La page de la crise tournée, nous pouvons être certains que leurs revenus s'envoleront de plus belle —mais auront-ils seulement marqué une pause pendant la tempête?
On connaît bien les chatteries qui s'ajoutent au salaire de base d'un grand patron, comme les stock options, et le fameux "golden parachute" de plusieurs millions d'euros en cas de licenciement. On pense moins aux avantages en nature qui ne s'arrêtent pas à la voiture avec chauffeur, mais comprennent aussi souvent l'appartement de fonction, et des babioles comme une carte bleue sans limite d'utilisation. On ne pense guère non plus aux actions gratuites, bien plus confortables d'utilisation pour le dirigeant que les stock options. On oublie le "Golden Hello", clin d'œil de bienvenue, négocié par contrat, comme les 2,2 millions de prime d'embauche versés au nouveau directeur général de Sanofi-Aventis. Un avant goût des bonus et de la retraite-chapeau, en quelque sorte…




D'autres blogueurs ayant rencontré Julien Dray publient aujourd'hui leur point de vue : Crise dans les médias, Piratage(s), Hervé


jeudi 30 octobre 2008

L'UMP tente la caricature

Après l'échec retentissant, quoique provisoire, de Nicolas Sarkozy dans l'affaire des fameuses poupées vaudou à son effigie, la droite a réagi. Il fallait bien tenter d'atténuer l'effet négatif que ce camouflet pouvait avoir sur l'opinion. Un porte-parole de l'UMP s'est donc fendu d'un communiqué.
La meilleure défense étant toujours l'attaque, il s'en est pris à Ségolène Royal qui, visée aussi par les poupées, a choisi d'en rire. «Mme Royal s'est érigée elle-même en caricature ambulante sur la scène du Zénith», a t-il dit. On comprend que le refus de S. Royal d'en appeler à la censure gêne l'entourage du chef de l'état. Pourtant, la médiocrité et le toupet de l'argument avancé m'étonne. De quoi peut-on rapprocher la réunion organisée au Zénith par l'ex candidate à la présidentielle, sinon de celle organisée à la Concorde par Sarkozy pour fêter sa victoire?
En revanche, la fête qui suivit au Fouquet's, affichant le champion de la droite et la crème de ses amis était en soit une véritable caricature. La caricature d'un chef de clan douteux, accoutumé à se parer d'accessoires aussi coûteux que clinquants, entouré d'une camarilla symbolisant la France du fric et de la réussite médiatique. C'était aussi une fête du cynisme que cette façon de s'isoler entre privilégiés et d'exclure ostensiblement les idiots du peuple artisans de son succès. Et s'il n'y avait eu que cela ! Mais M. Sarkozy, s'attacha par la suite à multiplier les occasions de singer les parvenus, sans crainte de rabaisser sa fonction. Pour le coup, il ferait mieux de s'abstenir d'attenter à «ce droit [la caricature] qu'[il] fait vivre régulièrement avec beaucoup de constance».



PS. Des membres du groupe des leftblogs ont rencontré hier Julien Dray à l'Assemblée nationale. Ils ont eu un long entretien avec lui, notamment sur sa vision du PS. Ils commencent à publier aujourd'hui les fruits de cette entrevue.

Une souscription est ouverte par les amis de Fansolo pour le soutenir financièrement dans le conflit qui l'oppose au maire d'Orléans. Vous trouverez toutes les informations sur le site en lien ici.

mercredi 29 octobre 2008

Rocard menace les socialistes

Année après année, j'ai développé comme d'autres français une allergie au pouvoir politique qui m'a rendu irritable devant les moindres abus commis par celui-ci et rétif devant les hiérarchies. C'est à mon avis la conséquence de la professionnalisation de la politique, et de la formation d'un sérail qui en découle. La complicité de certains grands élus de tous bords est devenue trop manifeste pour ne pas donner l'impression de larrons partageant la même soupe, par delà le jeu public des différences d'analyses. Je me suis encore surpris à penser cela en découvrant les déclarations de Michel Rocard menaçant de quitter le P.S. si Ségolène Royal l'emportait à l'issue du congrès socialiste. Voilà un bonhomme que j'ai beaucoup admiré dans le temps, qui est devenu un parfait exemple de ce politique de métier qui m'insupporte. J'ai dis la même chose ici de Jack Lang…
Tout le monde connaît la carrière de Michel Rocard, pas la peine d'y revenir. Maintenant, que sa sévérité partisane à l'égard de S. Royal s'accompagne parallèlement de propos complaisants, frisant le léchage de cul, pour N. Sarkozy, est une chose qui me semble achever de le disqualifier.
Sans doute ne peut il pardonner à Ségolène d'avoir ignoré son injonction de lui laisser la place à la présidentielle?
Sans doute, suivant l'issue du congrès, peut-il attendre quelques consolations de retraité actif, de la part d'un président plus habile à miner le PS qu'à conduire le pays? Sinon, avec la rigueur qui le caractérisait dans sa jeunesse PSU, il n'aurait pas manqué de souligner la responsabilité de N. Sarkozy dans la fragilisation du pays face à la crise.
On peut penser que ce genre de propos a des relents populistes, j'en suis conscient. Mais ce n'est pas ma faute si le personnel politique, faisant de plus en plus ouvertement carrière, s'est coupé du pays réel. C'est ce qui m'a porté à choisir Ségolène Royal, ces dernières années, bien qu'elle appartienne à cette espèce de caste, car elle seule propose les moyens d'en finir avec ce système. Interdire le cumul des mandats et instaurer en France un véritable référendum d'initiative populaire sont des préalables à une nouvelle politique. Ce n'est pas B. Delanoë ni M. Aubry qui feront fleurir la démocratie demain. Si Rocard s'en va, faudra-t-il pleurer sa perte, son intelligence, l'éclat dont il se servit naguère pour séduire l'opinion, comme Ségolène hier? Pas moi, en tout cas.


P.S. aujourd'hui on fête bon anniversaire avec trois bougies à Partageons mes âneries.

mardi 28 octobre 2008

Ma pompe funèbre

Quand je pense à la récession, moi je me bidonne. Ça vous en bouche un coin, hein? Dans ma partie, on n'est jamais en crise —ou alors c'est une crise à l'envers : trop de boulot, comme l'été de la canicule… Remarquez, faut pas croire que tout baigne dans le turbin, non. Y a les impedimentas, comme il dit, le patron. C'est un mot pour dire la concurrence, il paraît, et de la vacharde, même! Tenez, rien qu'ici, à Sarkoville où je bosse, on est six entreprises pour 50000 habitants. Eh bien, même avec la récession, les plongeons de la bourse, la vicissitude de l'humain, la vieillerie, tout ça…, on n'a pas forcément deux macchabées par jour. Des fois, juste trois ou quatre pour la semaine. Alors à six croque-morts, vous imaginez bien qu'il faut se bouger le cul. Être les premiers sur un bon coup. Le patron, il a ses informateurs. «Achille, va au 98 avenue Fillon, y a une phase terminale.» J'y go avec mon collègue Louis, on se met en planque pas trop loin de l'entrée. Pas trop près non plus, pour repérer si les enfoirés d'Hygiène et compassion, ou de Pompe Eco sont pas déjà sur le terrain. Ça arrive. Une nuit, j'ai appelé à la rescousse une copine qui michetonne au Paddock, une boîte d'ici. Elle a si bien allumé les mecs d'Eco, qu'ils étaient tous occupés à l'arrière du corbillard au moment stratégique… En plein jour, c'est plus emmerdant, parce qu'on peut pas grand chose, sauf aller faire un tour dans l'immeuble de temps en temps. On hume l'atmosphère, on tend l'oreille, comment vous expliquer ça? Des trucs qu'on apprend sur le tas, incommunicables, comme on dit. Quand c'est bon, on frappe carrément à la porte… «Vous avez fait vite!» qu'ils disent la veuve, ou le grand fils, d'un air égaré. «Célérité et miséricorde, sincère condoléances, madame.» On va jeter un coup d'œil apitoyé au client, on murmure de pas s'en faire, s'il a une mine terrible, qu'on va arranger ça. Et puis on va s'installer sur un coin de table pour le dossier. Y en a des fois qui demandent timidement un devis. Là, on répond avec douceur : bien sûr, on vous fournira ça demain, quand le premier choc sera passé. En attendant, voyons ce qu'il faudrait pour ce pauvre monsieur. C'est là qu'il faut être psychologue, deviner en quelques instants ce qu'on peut leur fourguer au maximum : une caisse de peuplier vernis, ou la bière d'acajou grand standing, poignées plaquées or ; la simple plaque inox, ou le crucifix en laiton massif, la garniture papier recyclé, ou le satin blanc matelassé… Bon, je ne vais pas vous faire l'article, on a deux pages d'options. Et puis, ça presse pas pour vous tout de suite, hein? Remarquez, on ne sait jamais… Je vous laisse ma carte, ça porte bonheur.

Muse : le Nouvel Obs
Ça n'a rien à voir avec ce billet, mais j'ai aimé lire Zoridae, et pour d'autres raisons encore, les blogs de Gael et PMA qui attirent notre attention sur la menace du projet Hadopi.

lundi 27 octobre 2008

Des intellos de droite et du racisme.

Chez quelques blogorrhéiques de droite on voit souvent fustigé l'antiracisme naturel aux idées de gauche. Comme il ne s'agit pas de se déclarer soi-même raciste —ils se veulent au-dessus de ça, en principe—, il n'est question dans leurs articles que de dénoncer les intentions racoleuses de la boboïtude, qui veut voir du racisme partout afin d'occuper le devant de la scène. De fait, il est arrivé plus d'une fois qu'une agression soit abusivement qualifiée de raciste. Ce genre d'erreur me semble pourtant, de loin, moins préjudiciable à la société que la propension contraire de la droite à vouloir étouffer hypocritement toute affaire où le doute n'est pas permis. Les manifestations de haine intercommunautaires pourrissent lentement la vie publique. Je me suis pour ma part engagé contre le racisme, lorsqu'en 1971 un gamin nommé Djilali Ben Ali fut assassiné à la Goutte d'Or par un adulte… J'ai oublié les circonstances exactes, ou plutôt, je crains de les rapporter imparfaitement, avec le recul des années. Toujours est-il que ma femme et moi écrivîmes à cette époque un petit bouquin destiné aux enfants, qui eut quelque écho et nous entraîna dans une sorte de tour de France du racisme ordinaire. L'histoire racontait très simplement les déboires imaginaires d'un gamin et son père, immigrés algériens de la première génération. Nous avions souhaité dédier le livre à la mémoire de cet enfant. Notre éditeur refusa, jugeant que publier un roman antiraciste pour la jeunesse (du reste sans aucun point commun avec l'événement à la source), était en soit assez provocateur. Dans le contexte des années 70, ce n'était pas entièrement faux et la décision d'éditer le texte témoignait déjà de sa part d'un certain culot. Il nous accorda de citer en exergue un fragment du "Marchand de Venise", afin de rappeler au lecteur qu'antisémitisme et racisme sont monstres siamois… Pourquoi revenir sur des choses aussi anecdotiques? Disons que j'y vois une illustration de mon propos… Parce que lutter contre le racisme ou l'antisémitisme, toujours présent comme un vieux truc ranci dans la mentalité franchouillarde, n'a jamais été de soi. Il y faut de l'effort et une attention vigilante à ces discours d'une partie de la droite qui ne renoncera jamais à dévaloriser l'idéal républicain de fraternité.

Sources (lointaines) chez Didier Goux, et NLF

Aujourd'hui, j'ai lu avec plaisir Abadinte , Police, et les trouvailles de P.M.A

dimanche 26 octobre 2008

Une semaine de crise et de sexe.

Bizarre, la semaine qui s'achève ! Je ne sais pas comment vous l'avez ressentie, mais moi je l'ai trouvée très sexe. Elle a commencé avec la vie privée de Dominique Strauss-Kahn dénoncée par la presse américaine. Le sexe n'est plus en odeur de sainteté aux États Unis, qui rejoignent là-dessus les cultures de la macération et de la convoitise honteuse. Nous y avons longtemps été soumis, quand la religion occupait une place excessive dans la société. Ce n'est plus le cas, et d'une manière générale en Europe, nous méprisons plutôt ceux qui fouinent dans l'intimité d'autrui, ou crachent sur la joie de vivre… Mais les américains n'étant pas plus cons que nous, il est probable que l'on cherchait plutôt à pousser DSK hors du F.M.I., par l'ouverture d'une enquête. C'était bien le diable si l'on ne trouvait pas quelque abus de pouvoir, ou du moins, un de ces gros mensonges qui, là-bas, ne se pardonnent pas. Apparemment c'est loupé. Je m'en félicite à double titre : les pisse-aigre sont déçus, et M. Strauss-Kahn reste en Amérique. Il parait qu'il y est très utile en ce moment, et je ne suis pas pressé personnellement de le revoir dans notre paysage politique.
Cette semaine a aussi été remarquable par les efforts déployés par M. Sarkozy et tous ceux qui comptent dans le monde, pour restaurer la confiance des peuples. La crise va mettre sur la paille des dizaines de milliers de travailleurs, peut-être même beaucoup plus que l'on n'en a jamais vus. Je ne sais plus quel important personnage a laissé paraître son angoisse de voir une explosion de fureur mondiale balayer le capitalisme. Cela, m'a immédiatement éclairé sur le sens des gesticulations sarkoziennes et de l'émoi de ses comparses : ils veulent baiser les peuples par un simulacre de réforme du système financier. Le comble, c'est que dans cette coucherie virtuelle, nous allons payer pour être baisés.
Il y eut aussi les funérailles de Sœur Emmanuelle, suivies de près, pendant que l'émotion était chaude, de la campagne de promotion de son livre posthume. Et, l'aurions nous cru, cette sainte femme au voile de travers, en a de très vertes à raconter. Ses masturbations, ses bouffées d'attirance aventureuse… Reposez en paix, Sœur Emmanuelle, les américains ne peuvent plus rien contre vous !