mardi 19 juillet 2011

Je n'irai pas à Compostelle

Ce matin, en quittant la maison j'avais débranché la livebox par crainte des orages. De retour sous des trombes d'eau, comme il n'y avait pas d'éclairs, j'ai remis l'appareil en service… Plus de connexion, ou alors durant quelques secondes à peine, le temps de récupérer un mail ou deux avant la coupure. Au bout d'un certain temps perdu à débrancher, puis brancher l'engin infernal qui me narguait en clignant sans trêve de ses petits yeux rouges, j'ai appelé l'assistance à contrecœur. 

L'idée que la communication me serait facturée, de même que l'intervention d'un technicien si cela s'avérait nécessaire, me faisait souffrir. Je suis radin. Et pas de chance : la dame au bout du fil décida de m'envoyer un spécialiste «d'ici le 21 juillet, milieu d'après-midi au plus tard»

Miraculeusement, mon attente a duré moins d'une heure avant que deux hommes de l'art ne débarquent sous le soleil revenu, l'un dans une petite fourgonnette, l'autre avec un camion-nacelle. J'ai fermé les yeux et fait vœu d'aller à Saint-Jacques-de-Compostelle à pied si le dieu des télécoms m'épargnait la facturation de la nacelle.

Ils ont déployé cette dernière vers le sommet d'un poteau, et l'un des techniciens a ausculté le contenu d'un coffret fixé là-haut, avec tout un attirail électronique. De temps en temps, il émettait des constats laconiques à l'intention de son collège resté au sol : «rien sur la quatre ; la une est morte ; il est sur la six qui n'est pas terrible»… Comme je le regardais de cet air anxieux que l'on doit avoir aux urgences dans l'attente d'un diagnostic sur la santé d'un proche, celui-ci m'expliqua : «vous avez une paire un peu bancale, il cherche s'il y en aurait pas une meilleure.» J'ai failli lui dire qu'à l'approche des 65 ans ce sont des choses qui arrivent, mais je me suis retenu. On a sa fierté.

Finalement, ils m'ont laissé sur la 6, je crois, mais avec une paire revigorée par les progrès de la science. Internet remarche et, comme il semble que le câble ait été endommagé par les multiples chutes d'arbres de ces dernières années, j'échapperai peut-être à la facture. Je n'irai pas à Compostelle : s'il y a eu des tempêtes, c'est la faute du Ciel, ça change tout.


CC est rentrée de Florence, elle revient dans la brume, la pauvre…

lundi 18 juillet 2011

Pas d'accord !

Ils n'ont pas de mots assez durs, à droite, ils n'ont pas de discours assez emberlificotés, à gauche, pour éreinter Eva Joly et sa vision du 14 Juillet. Les premiers ont sauté sur l'occasion de stimuler les Français patriotes, une espèce surabondante pour remplir les cathédrales sportives et ultra-minoritaire aux heures sombres du pays. Les seconds se sont saisis des arguments xénophobes de l'adversaire pour le combattre, tout en se bouchant le nez hypocritement devant l'imprudence d'Eva Joly. 

Mais est-ce bien une imprudence après tout ? Elle s'adresse à une partie de l'opinion peu sensible au conformisme et qui n'a pas l'habitude de se vautrer dans l'ordre intellectuel établi. J'ai lu chez des blogueurs de droite que j'estime, aussi bien que chez d'autres de gauche dont je me sens très proche, des propos qui m'ont consterné. Des lunettes de Mme Joly à son accent, rien n'a été laissé de côté pour suggérer qu'elle n'avait pas sa place dans une élection présidentielle et que son parti avait été mal inspiré de la choisir. 

C'est ne rien comprendre à la mentalité fondamentalement indocile des écologistes qui pourraient bien se féliciter au contraire d'avoir désigné une Française si manifestement d'origine étrangère, dont la droiture n'est plus à démontrer. Il y avait du défi dans leur choix, il n'est pas certain que cela déplaise autant que prévu aux électeurs. 

Je ne suis pas écolo, je préfère donner mon vote à un vrai parti de gouvernement, mais rien ne pourrait m'empêcher de dire mon dégoût devant cette levée de boucliers. Dans la blogosphère où nous caricaturons tout, cela va du pernicieux au stupide selon le degré de subtilité des auteurs, et l'on aurait sans doute voulu que Mme Joly se taise, à moins de se cantonner à son fond de commerce, les OGM, le nucléaire… Elle a cependant le droit de dire ce qu'elle veut, dans les limites de la diffamation publique s'entend, comme n'importe qui. 

Son histoire de suppression de la parade militaire est une curieuse idée, dérangeante pour nos habitudes —et non pour nos traditions républicaines qui n'ont rien à faire là-dedans—, mais par les réactions suscitées, elle a du moins le mérite d'attirer l'attention sur le formalisme du débat politique chez nous. Quelles que soient les priorités des uns et des autres, rien ne changera réellement, les mêmes déceptions se répéteront dans une société qui pue la naphtaline, il est temps d'ouvrir les fenêtres.


Voici une sélection rapide et incomplète de blogs qui parlent plus ou moins du même sujet :

dimanche 17 juillet 2011

Les vaillants du rébus

Le héros du rébus d'aujourd'hui tient beaucoup moins de place dans les livres d'histoire que sur Wikipédia, qui parvient à tirer une page du personnage quand les premiers l'expédient en sept ou huit lignes (j'ai perdu le lien, vous chercherez)… Il s'est même trouvé de mauvaises langues pour prétendre que son existence est une légende ; une sorte de roi Arthur sans lustre, qui n'aurait pas eu la veine d'inspirer les poètes. Venu au monde une cinquantaine d'années avant ce dernier, il fut le fruit d'une copulation de sa mère Danoise avec la mer un jour de baignade, ou avec une créature marine —les témoignages manquent de précision.

 L'histoire a été en réalité ingrate pour un homme que tout le monde connaît cependant, puisque de ses gonades jaillit notre première dynastie de souverains. Née dans le sang et la gloire avec la participation de notre héros à la défaite d'Attila, cette noble lignée s'illustra sur son déclin par un sens du progrès réellement prémonitoire, inventant la RTT royale seize siècles avant l'heure.

Si vous n'avez pas encore deviné de qui je parle, j'ajouterai encore un indice décisif en précisant que selon une autre légende notre homme, qui résidait à Tournai, a été l'inventeur des moules-frites.



Ces quelques éléments étaient bien connus des valeureux vainqueurs de ce jour, que j'ai le plaisir de nommer à présent : Philzone, Vincent, Solveig, Claribelle, Olympe,



P-S : dans la dernière version de Blogger et la page de la modération en attente, un curieux bug rajoutait des a au bout de tous les pseudonymes : Philzonea, Vincenta, Solveiga, Claribellea, Olympea…



Rébus du dimanche n° 112




Trouvez dans ce rébus le nom d'une personnalité politique d'un quelconque pays, qui peut être notre contemporaine ou appartenir à l'Histoire de n'importe quelle époque.

Publication des gagnants aux environs de 20h30 —les commentaires seront modérés en attendant.

samedi 16 juillet 2011

Je n'en parlerai peut-être jamais

« … amis blogueurs, vos interdits, vos réticences, vos sujets casse-gueules, quels sont-ils ? » Telle est la question que pose Marco après avoir pris connaissance des sujets que ne traite pas Sarkofrance. Invité à répondre, je me plie volontiers à l'exercice et j'avoue qu'il y a en effet des matières que je n'aborderai peut-être jamais, sans en être certain.

En tête de ceux-ci, je range ce qui fait partie d'un débat intime pour lequel je n'ai pas de réponse, état de fragilité que la pudeur ou un orgueil élémentaire me retiennent d'exposer, du moins sous la forme hâtive d'un exercice quotidien. Le définir plus précisément ce serait déjà me contredire.

Ensuite viennent des choses sur lesquelles je refuse tout simplement de m'exprimer, tel le conflit iraélo-palestinien qui met tant de gens mal à l'aise, ou ce qui relève du fait divers.

Je m'efforce également d'éviter les attaques à la personne physique d'un adversaire politique —ce qui signifie que je ne suis pas sûr de toujours l'éviter dans l'emballement d'un billet. C'est un procédé qui nous vient de l'extrême droite, je trouve par exemple consternant de voir Sarkozy associé à des qualificatifs ridiculisant ce qu'il est —dont il est innocent—, plutôt que ce qu'il fait —dont il est responsable.

Je parle très peu du sport devenu une arme d'abrutissement massif, et, pour le railler lorsque cela me démange, j'autocensure le dédain qu'il m'inspire.

Par crainte de me faire trop d'ennemis dans la blogosphère, sauf lorsqu'on m'y oblige, j'évite soigneusement de médire du tapage diurne ou nocturne sous forme de chanson.

Enfin, je n'aurais jamais traité le sujet du 14 juillet 2011 un 15 juillet 2011. Mon éthique m'impose de n'y sacrifier qu'un 16 juillet 2011, ce que je m'empresse de faire pour prendre la défense d'Eva Joly. La défense des causes perdues étant une spécificité française, le lecteur y trouvera la preuve de l'authenticité de ma francitude.

Sur le défilé militaire en lui même, je n'aurais rien eu à dire à priori sans la polémique qui a suivi les propos de Mme Joly. Nos troupes défilaient : elles sont éminemment utiles à la nation, alors pourquoi pas ? C'est que je n'avais jamais pris garde au fait que notre pays bombe ainsi le torse avec la Russie, la Chine, et la Corée du Nord… Du coup, j'en suis gêné, mais je n'en ferai tout de même pas une maladie puisque je ne considère pas la France comme une démocratie.

Il faut toutefois noter que la parade militaire est une invention du Sénat et d'un gouvernement qui, en 1880, souhaitaient entretenir l'humeur belliqueuse des Français dans le dessein de reconquérir un jour prochain l'Alsace et la partie de la Lorraine arrachées en 1871 par l'Allemagne. Avant cela, quand on le célébrait (ce qui n'avait pas toujours été le cas depuis la Révolution), le 14 juillet était une fête populaire. La tradition du bal sur toutes les places du pays vient de là, c'est la seule qui me semble mériter de survivre, bien que je ne danse pas…

Restent les attaques xénophobes de la droite sur la jeunesse de la nationalité française d'Eva Joly. 50 ans, ça fait pourtant déjà un joly bail, à peine moins bien que François Fillon qui n'a que 7 ans de francitude en plus (il est né en 1954), et mieux en tout cas que Marine Le Pen. Elles sont évidemment très basses, ces attaques —voyez ce que je disais plus haut—, d'autant plus qu'il s'agit de pure tactique politique pour faire écumer le peuple de droite en période électorale.

Et restent aussi les critiques vertueuses de la gauche, de Mélenchon à Aubry, en passant par Valls (je n'ai pas entendu Montebourg ou Hollande, mais je suis dur de l'oreille gauche)… Là aussi, nous sommes dans la prise de position électoraliste, et ma nausée n'en est pas moins forte.
Il  y a une chose que je ne m'interdis pas sur ce blog, c'est de relever la profonde démagogie du personnel politique, alors qu'il n'a que ce mot à la bouche, démagogie, pour flétrir ceux qui attendent la démocratie.

jeudi 14 juillet 2011

14 juillet…


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mercredi 13 juillet 2011

Combattre la spéculation

Les météorologues sont sympas, j'aime bien en particulier les voix de Joel Collado et Jacques Kessler sur France Inter, quand elles m'expliquent ce que je vois par la fenêtre. Les économistes, c'est différent… J'ai du mal à m'intéresser à leurs propos au point de retenir leurs noms. Ils me paraissent généralement plus doués pour analyser doctement, après coup, les raisons d'une crise que pour prédire la suivante. 

Néanmoins, il arrive parfois que le bulletin d'un économiste m'interpelle, comme on dit. L'entretien d'Edouard Tétreau sur le site de La Tribune est de cette catégorie. Ce que dit ce monsieur me semble pour le coup presque limpide et conforte le sentiment que m'inspiraient les soubresauts financiers en Europe. 

Du fond de mon ignorance il me semblait bien que la spéculation et un mauvais vouloir devaient être à l'œuvre derrière les malheurs de la Grèce, du Portugal, de l'Italie, ou de l'Espagne… Il y a quelque temps, je préconisais dans une analyse énergique de la situation l'envoie de troupes aéroportées pour s'emparer des agences de notation américaines. 

La lecture d'E. Tétreau m'a montré qu'il y a urgence à intervenir, certes, mais qu'il est possible de le faire d'une manière moins mélodramatique et plus efficace. Dénonçant «une bande organisée de spéculateurs (…) anonymes», il préconise de contre-attaquer au plus vite et propose un plan d'action qu'il faudrait appliquer avant le 2 août… Son interview par La Tribune est très claire, je ne vais pas la compliquer pour le plaisir en la disséquant doctement dans ma propre rubrique économique : allez donc la lire.