mardi 2 septembre 2008

Clavier : une affaire mal tempérée

Je ne sais pas si cela est vrai, mais on raconte que dans son entourage professionnel, Nicolas Sarkosy est jugé arbitraire, despotique, et qu'il ne fait pas bon avoir raison contre lui. Comme c'est aussi l'image que l'on se fait de sa personne, vu de loin, ça pourrait bien être exact. Si ce billet revient sur ce drôle de petit bonhomme, c'est bien entendu en raison de sa dernière foucade : le limogeage de Dominique Rossi, Contrôleur général de la sécurité intérieure en Corse. Vous me direz qu'il y a des choses plus graves, et que d'ailleurs, les blogs en parlent peu, laissant ce sujet aux grands médias. Possible, mais je suis toujours choqué de voir à l'œuvre le bon plaisir d'un autocrate, et d'ailleurs je ne suis pas le seul. On sait que ce policier s'était rendu coupable d'un double outrage à l'égard du Consul Sarkosy : tolérer l'invasion de manifestants dans le jardin de l'acteur Christian Clavier, et s'être abstenu d'en informer personnellement le consul. Christian a été obligé prévenir son ami Nicolas lui-même. Nous avons un président qui ne badine pas avec le respect dû à son clan. Son sang n'a fait qu'un tour : allez, Mam, tu me vires Rossi ! Il n'a pas cherché à savoir si la manifestation s'était déroulée sans dégât ni violence grâce au discernement du contrôleur, il ne s'est pas non plus attardé sur les états de service de M. Rossi, son parcours professionnel impeccable, non : les corses ont piétiné les plates-bandes de son pote Clavier. C'est comme s'ils avaient pissé sur la pelouse de l'Élysée, sous sa fenêtre. Et puis, vous voulez comparer les états de service ? Qui connaissait M. Rossi à part Nicolas Sarkosy et Mam, hier encore ? Christian Clavier, toute la France voudrait dîner avec lui, enfin la France qui a du goût, je veux dire, et ça fait du monde ! Vous avez vu le nombre d'entrées de ses films ? Que des chefs d'œuvres ! Si on publiait les rapports administratifs de M. Rossi, combien croyez-vous qu'il s'en vendrait, hein ? Une dizaine d'exemplaires au maximum. Christian Clavier, je vais vous dire, c'est l'honneur de la France, pétant d'humour, subtil. Des bons flics, il y en a plein les rues, suffit de les envoyer en Corse.
Rue89
Nouvel Obs
P.S. (20h22) Tout le monde ne voit pas les choses ainsi… Voyez par exemple par ici, le blog de Luc Mandret


lundi 1 septembre 2008

Quatre candidats, trois enterrements

Je ferais mieux d'arrêter la clope, je le sais, mais ce n'est jamais le bon moment. Le PS est un peu comme moi avec le tabac, mais chez lui, c'est plus grave, parce qu'en plus d'enfumer ses militants et sympathisants, il picole. Une espèce d'ivresse du pouvoir avant l'heure tient une poignée de prétendants qui ont le vin perfide. On vivra sainement à partir de Novembre, après le congrès de Reims, juré. En attendant, ceux qui se font du mouron pour le PS ne comprennent rien à ce qui se passe, trop de fumée, d'oscillations nauséeuses. Aux dernières présidentielles, j'avais pris le parti de Ségolène Royal —qui garde mon soutien, pour ce qu'il vaut… D'abord parce que j'avais apprécié le succès d'une candidature imposée par la base et la mise à l'écart de carriéristes devenus insupportables, et puis, j'étais ravi que ce fut une femme, jeune. Elle ne sortait pas du néant, évidemment, et côté carrière, on se doutait qu'elle avait su naviguer, mais elle incarnait un possible renouveau de la politique qu'on ne pouvait attendre d'un Fabius ou d'un D.S.K., non plus que d'un Jospin. Son ouverture aux désirs des citoyens, sa promesse d'une démocratie participative rejoignaient trop bien mon raz-le-bol de notre système politique confiscatoire pour ne pas m'enthousiasmer. Et cela reste toujours valable, car de toutes les figures du PS en compétition pour prendre les commandes, elle seule porte cet espoir d'une démocratie en marche. Son principal rival actuel, Bertrand Delanoë, imprégné de jospinite autoritaire en sa mairie, et de prudence faussement consensuelle au dehors, m'énerve. J'ai lu sa contribution au congrès sans y trouver le moindre germe de participation des citoyens à la vie publique, au delà des élections. Le reste, ma foi, ne me bouleverse ni plus ni moins que le contenu des autres contributions. Et puis, j'ai encore en tête sa déclaration lors de la libération d'Ingrid Betancourt : «On vous aime, Ingrid ! » Qu'est ce que cela veut dire ? D'où sortait cet amour dégoulinant qui le hissait tout près du sommet de démagogie atteint par Nicolas Sarkosy dans cette belle histoire ? On se serait contenté d'un «bienvenue Ingrid», enfin, de quelque chose de simplement sincère. Presque au même moment, Ségolène Royal était la seule à parler vrai… À quoi tiennent sympathie et confiance ! J'avoue que cet élan artificiel de M. Delanoë, ajouté à sa raideur d'apparatchik et son manque d'audace en matière de démocratie, suffisent à me détourner de lui.

dimanche 31 août 2008

Touche pas à ma poste

Le 12 Août 1871, Paul Verlaine écrivait à Émile Blémont : «Mon cher ami, je profite du retour de ma mère à Paris pour lui confier cette lettre qu'elle mettra dans les boîtes dès son arrivée et qui par ce moyen sera probablement remise ce soir même, ou demain dès l'aurore»… J'arrête là ma citation, mon propos n'étant pas de vous parler poésie, mais plus prosaïquement de la poste. Avez-vous remarqué l'admirable confiance du poète envers cette administration ? Notez que si la France disposait en 1871 de ses premières compagnies de chemins de fer, déjà, au XVIIe siècle, au début de l'administration des postes, il n'était pas impossible qu'une lettre partie à cheval de la capitale, fut délivrée le lendemain en province. J'ai souvenir d'avoir lu ça quelque part… Aucune idée du tarif appliqué alors au destinataire (c'est lui qui payait), mais ça ne devait pas être donné, cet hippogramme aussi véloce qu'un chronopost d'aujourd'hui, et peut-être pas plus aléatoire. Qui, de nos jours, serait assez naïf pour attendre qu'une lettre postée en ville soit distribuée le jour même ? Nos postiers croulent sous la pub, le courrier commercial, dans le flot desquels nos épanchements épistolaires font de plus en plus figure d'anomalies. Il est vrai aussi que nous écrivons de moins en moins de lettres, mais ce n'est pas une raison pour que ma bafouille trimestrielle à la tante Berthe traîne quatre ou cinq jours en chemin. Et cela ne va pas s'arranger, puisqu'on nous mijote une privatisation de la poste… Les dirigeants concernés ont beau nous promettre, la main sur le cœur, qu'il n'en est rien, on ne comprend pas la nécessité de contaminer un service public par des capitaux privés si la privatisation n'est pas le but final. D'ailleurs, les mœurs du privé sont déjà en place : la postière essaie régulièrement de me fourguer des enveloppes pré-timbrées et illustrées d'une vue du village, hors de prix, et les murs du bureau sont davantage couverts d'incitations à des placements financiers mirobolants que d'informations utiles. On ne voit pas pourquoi, si la commission européenne exige l'ouverture de la poste à la concurrence —ce qui est du reste fait depuis longtemps, les entreprises de messagerie rapide sont partout—, pourquoi il faudrait renoncer à notre service public ? C'est à dire à une administration qui n'est pas là pour faire des bénéfices à priori, mais pour rendre des services indispensables aux usagers. Être présente dans le moindre village, remplir patiemment sa fonction de tirelire des vieux privés de moyen de transport, des gens modestes qui passent voir avec inquiétude s'ils peuvent tirer encore vingt euros pour tenir… Avoir encore des préposées qui s'aventurent au bout des chemins de campagne, en prenant le temps, non seulement de distribuer convenablement le courrier, mais aussi de relever celui que les gens ont glissé dans la boite jaune, parfois avec des pièces de monnaie pour que la factrice y colle le timbre qui leur manquait… Ces choses là, et beaucoup d'autres encore, tout aussi essentielles, disparaîtront inéluctablement lorsque la poste sera devenue un commerce comme les autres. Les commerciaux des guichets, les techniciens de la distribution, n'auront plus de temps à perdre. Seulement du fric à récolter.

Rue89

samedi 30 août 2008

De l'usage du Kamasutra en politique

L'art du blog est difficile, dès lors qu'en plus d'émettre sur la vie publique, coram populo, des avis d'un intérêt précaire, vous vous piquez d'en approfondir les subtilités, à commencer par la façon d'élargir son audience. Parce que, parler de prise de parole coram populo, c'est vite dit, alors qu'en réalité l'écho de vos premiers billets porte à peu près autant que celui de votre voix braillant dans la salle de bain. C'est déjà pas mal, mais puisque billets il y a, on leur voudrait davantage de lecteurs. C'est ainsi qu'en étudiant les rouages virtuels d'un blog, dont le bon fonctionnement requiert quelques gouttes d'huile, j'ai appris l'existence des mots clefs. Non que mes billets fussent dépourvus de ces termes phares, précieux pour qu'un moteur de recherche m'aperçoive à la dérive sur l'océan du web, mais ils s'y trouvaient semés par la nécessité, sans que j'eusse conscience de leur importance. J'usais en somme des mots clefs comme monsieur Jourdain faisait de la prose. Depuis peu, me voici déniaisé et je franchis sans tarder le passage de la théorie à l'application. Un blogueur d'expérience, dont j'apprécie les écrits régulièrement, et chez qui j'ai puisé le miel de mon nouveau savoir, a remarqué le fumet puissant que dégagent certains mots pour appâter les lecteurs, en partant du constat que les internautes plébiscitent le cul par leurs recherches. Remarquez que ce verbe ne signifie nullement que tous les internautes sont en quête de sexe, de même que les électeurs ayant quasiment plébiscité M. Sarkosy sont loin de rassembler la totalité des français. Heureusement. Pour illustrer son propos, Nicolas, c'est son prénom, citait le mot «kamasutra» en exemple, ayant constaté que son emploi fortuit dans le corps d'un billet —sur le corps serait tentant, mais inapproprié—, valait un surcroît de visites à son blog. Ce qui m'a fourni le thème de ce premier exercice appliqué. Toutefois, la complexion politique de mon blog ne laisse pas de me poser un problème au moment de retomber sur mes pattes : laquelle de mes cibles favorites se prêterait-elle à un accouplement avec le titre de cet ouvrage, certes philosophique, mais aussi fortement connoté de fesse débridée ? Le maire de mon village ? Ce ne serait pas crédible. M. Sarkosy, Jack Lang, l'éditorialiste du Figaro dont je parlais hier ? Pas évident. Il y aurait bien Claude Allègre, qui s'est vendu récemment à M. Sarkosy. Il y a de quoi les égratigner, ces deux là : aller confier l'organisation des Assises européennes de l'innovation à un type qui nie la réalité du réchauffement climatique ! Les énergies renouvelables sont bien parties. J'imagine déjà M. Allègre qui s'entraîne :
Assis face à elle, [l'innovation]
Saisissez ses chevilles et fixez-les, ainsi qu'une chaîne, derrière
votre cou…
Elle mêle ses orteils tandis que vous lui faites [un discours],
c'est le délicieux Lotus.
(adaptation d'un extrait du Kamasutra)




(le connaisseur remarquera, j'espère, que ce billet est parsemé d'appâts robustes : kamasutra, cul, fesse, débridée, chaîne…)

vendredi 29 août 2008

Rendre l'AME pour le RSA

Dans un éditorial du Figaro, un certain Yves de Kerdrel dénonce la perversité du futur Revenu de Solidarité Active de Martin Hirsch et Nicolas Sarkosy, qui va tripoter honteusement l'intimité du capital, en instituant une taxe de 1,1% sur ses revenus. Oh, bien entendu, l'éditorialiste convient qu'il y a du bon dans le RSA —non pas sur le plan de la solidarité, d'une main tendue aux très pauvres par les français à l'aise, mais plutôt du point de vue moralisateur cher à la France profonde : un outil judicieux pour remettre au travail les hordes d'assistés.
Ceci admis, ce monsieur lance une longue plainte à la pensée du capital prochainement martyrisé. Seront frappés «une fois de plus ceux qui créent des richesses», écrit-il, «ces français ordinaires qui détiennent quelques actions souvent au nom d'un patriotisme économique…» Alors là, j'en reste baba. Au lieu de décorer de la légion d'honneur tous ces braves patriotes actionnaires qui tirent de la richesse du néant —selon la définition du verbe créer—, va-t-on les pressurer, les taxer à mort ? Assez plaisanté. M. Kerdrel remarque aussi, que «taxer le capital, ce n'est pas taxer les capitalistes, ce n'est pas étêter les plus grosses fortunes françaises qui s'organisent avec soin pour sanctuariser leur capital», ce qui n'est pas entièrement faux, mais il se garde bien de relever que les gros capitaux en question ont été «sanctuarisés» en partie par le paquet-fiscal de M. Sarkosy. C'est d'ailleurs le seul véritable défaut de cette initiative du président, de ne pas mettre à contribution les vrais riches. Les syndicats demandent qu'à l'entrée en vigueur de la nouvelle taxe, celle-ci soit appliquée aux revenus avant le calcul du paquet-fiscal. M. Sarkosy les entendra-t-il ? Cela effacerait l'iniquité du projet actuel et simplifierait le financement final du RSA.
Pour finir en beauté, M. Kerdrel, que j'ai cité ici quelque peu en désordre, mais il sera facile de retrouver sa prose intégrale en son gîte, M. Kerdrel ose une proposition révoltante : Nicolas Sarkosy, dit-il, «aurait pu penser aussi à faire contribuer les travailleurs clandestins en tirant un trait sur l'aide médicale d'État, qui coûte 800 millions d'euros par an». Là, on atteint l'abject, car cela signifie en clair : laissez donc crever les travailleurs sans papiers lorsqu'ils sont malades. Après tout, du point de vu des patrons qui les font bosser à créer de la richesse, ces gens deviennent inutiles en tombant malades, alors pourquoi dépenser du bon argent à les soigner ! Pourquoi M. Kerdrel ? Mais déjà, parce que ça ne serait pas propre, des hommes et des femmes qui se mettraient à mourir dans tous les coins, faute de soins. Ensuite, peut-être aussi, un peu, parce que nous sommes une nation civilisée, non ?

AME* : aide médicale d'état.

Voir aussi le Nouvel Obs

jeudi 28 août 2008

Nicolas Sarkozy revu solidairement actif

M. Sarkozy a donc annoncé la création du Revenu de solidarité active, cher à Martin Hirsch. Vous voyez bien que notre président a un cœur, mais si, mais si ! Regardons de plus près sa déclaration…
«Dans un contexte où depuis plusieurs années les salaires progressent beaucoup moins vite que les revenus du capital…»
Exact, exception faite du salaire de M. Sarkozy, qui s'est octroyé une augmentation de 172%, et des gros revenus, protégés par le cadeau présidentiel du «paquet fiscal». Avant l'arrivée de leur président —car, il ne faut pas se leurrer : Nicolas Sarkozy gouverne au bénéfice exclusif des français les plus riches, grands patrons, cadres supérieurs, blingos non réfugiés en Suisse—, l'impôt de ces contribuables ne pouvait dépasser 60% de leurs revenus. Désormais, il s'agit que l'impôt direct, plus l'impôt sur la fortune, plus la taxe foncière et la taxe d'habitation de la résidence principale, plus la CSG et la CRDS ne dépassent pas 50% des revenus. Prenons le cas, au hasard, d'un grand patron d'entreprise du CAC 40 qui accumulerait 161 millions d'euros dans l'année… Quand l'état lui prend 50% de revenus, il lui reste 80,5 millions d'euros, soit 527 millions de francs et de grosses poussières, si je ne me trompe pas. Eh bien, ce français là ne paiera pas 1 cent de plus au titre du tout nouveau tout beau RSA qui lui aurait coûté 0,8855 million d'euros.
«…au même moment, on augmente la distribution des actions et les dividendes en haut, il n'est quand même pas anormal que les revenus du capital soient mis à contribution pour revaloriser le travail des plus démunis et des plus exclus…»
Exact encore, cette mesure a l'apparence de la justice, à ceci près que les plus riches en seront exemptés, tandis qu'un bon nombre de français moyens, de condition modeste, y seront assujettis.
«S'il y a de l'argent pour le haut, il doit aussi y avoir de l'argent pour le bas, pour soutenir le revenu de ceux qui font l'effort de se lever chaque matin. J'assume»
Il faut donc comprendre : s'il y a de l'argent pour le haut, il doit aussi y avoir de l'argent au milieu pour le bas
Certes, les futurs contributeurs au RSA ne sont, à première vue, guère à plaindre en regard des vrais pauvres, bénéficiaires du nouvel impôt, mais M. Sarkozy ne manque pas de culot lorsqu'il décrète un effort de solidarité nationale dont il a exempté par avance ses amis. Une fois encore, on peut constater que le verbe généreux de cet homme cache des comportements de chef de clan, une démagogie sans pudeur.
Ce n'est pas la création d'un prélèvement supplémentaire qui est critiquable : il faut bien d'une manière ou d'une autre tendre la main à la France qui coule ! Par contre l'accumulation des choix inéquitables, comme cette taxe sélective ou l'aggravation des franchises médicales, qui est une punition infligée aux malades, viennent s'ajouter au passif déjà lourd de M. Sarkozy. Chaque jour est ainsi un peu plus démontré que les français ont fait le mauvais choix lors de l'élection présidentielle.

Rue89
LibéRennes
le Guide indépendant de l'épargne

mercredi 27 août 2008

Du mot guerre

«Je conteste le mot de guerre» a déclaré le ministre de la Défense, Hervé Morin, à propos de la présence de nos troupes en Afghanistan. Ah bon ? Que font les soldats français là-bas, du baby sitting, de l'assistanat en travaux public ? M. Morin et M. Kouchner ont en effet mis en valeur, devant les députés des commissions de la défense et des affaires étrangères, l'action des militaires en matière de scolarisation des enfants, de recontruction de routes. Nos soldats disparus ont dû être tués par des brigands, parce qu'ils n'avaient que des balais et des pelles à la main pour se défendre… Quel intérêt le ministre de la Défense trouve-t-il à bannir le mot guerre ? S'il s'agit de tranquilliser nos braves parlementaires et l'opinion publique, c'est prendre les gens pour des imbéciles et courir le risque d'agacer. Il y a certainement une meilleure explication, peut-être une histoire de sous ? Le fait de reconnaître un état de guerre a-t-il des conséquences pécuniaires ? Je ne sais, mais il doit bien y avoir une raison à la répugnance des gouvernants à admettre que nous faisons la guerre lorsque celle-ci se déroule loin de nos frontières. En tout cas, il suffit de relever le vocabulaire de nos hommes politiques, ces derniers jours, pour réfuter la contestation du ministre. M. Sarkosy a parlé de «combat» a plusieurs reprises, M. Morin «d'aguerrissement», «d'attaque massive»… Bref, la France fait la guerre en Afghanistan. Dans la modeste mesure de ce que je peux comprendre, je ne trouve pas cela inacceptable, à condition que ce soit pour d'autres motifs que ceux avancés par notre président : ne pas renoncer «au statut de grande puissance», ou à «l'exercice des responsabilités internationales que nous confère notre statut de membre permanent du Conseil de sécurité», ce qui revient au même. Plus convainquant, il parle aussi d'assurer d'une certaine façon la sécurité des français, et je suis pour une fois d'accord avec lui. Nous avons suivi nos alliés en Afghanistan où le régime des talibans au pouvoir donnait l'hospitalité à Ben Laden, et, depuis lors, les actes de terrorisme de grande envergure contre les démocraties ont cessé. Jusqu'à présent. Alors oui, cette «mission de paix avec des affrontements qui sont la même chose que la guerre», dont parle joliment M. Kouchner, et le dessein d'empêcher Al Quaïda de nous atteindre quelque jour en France, ne me choquent pas, non plus que le mot guerre.

Mes sources
Libération
Le Monde
Le Nouvel Obs