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mercredi 3 février 2010

Yes he can


Ce qui se passe en ce moment entre l'Amérique d'Obama et la Chine me semble fascinant. Sans faire à Barak Obama l'injure de prétendre qu'en réalité il se fiche complètement du sort des tibétains —son attachement à des valeurs humanistes semble évident—, on peut penser que sa fermeté affichée à l'égard de Pékin a des causes différentes.

Le «yes we can» serrer la main du dalaï lama tombe opportunément pour moucher les prétentions chinoises à se poser en nouveaux maîtres du monde. C'est la domination américaine qui est l'enjeu de ce bras de fer avec une Chine qui se verrait bien reprendre le rôle à la sortie de la crise.

On ne sait combien de siècles encore les pays devront s'accommoder du leadership de la nation la plus puissante, peu importe laquelle. En attendant l'apparition d'un hypothétique gouvernement mondial, nous restons bon gré mal gré sous l'influence des USA…

Au pire, j'aime mieux ça que d'imaginer le China Way of life s'imposant à nous. Donc, les quelques épreuves de force qui se profilent ces jours-ci entre Washington et Pékin me rassurent. Tous les dirigeants occidentaux ne sont pas disposés à ramper devant les despotes chinois, comme le fit Nicolas Sarkozy confronté au même diktat lors des Jeux Olympiques, et de la visite du dalaï lama chez nous. Bonne nouvelle.

Il fut un temps de notre histoire de France, où nos rois et leurs ministres se transmettaient d'un règne à l'autre comme un devoir, la lutte contre la Maison d'Autriche et son «empire universel» (si je dis une bêtise, merci à un prof de rectifier). La monarchie était une saleté, mais du moins, dans l'édification de sa puissance, ses acteurs savaient voir à long terme. Ce n'est plus le cas aujourd'hui où nos politiques sont incapables de penser plus loin que les contrats d'Air-bus, de TGV, ou de centrales nucléaires à signer avant la fin d'un mandat.

Il y a belle lurette que la Chine est une menace économique. En fait, elle est même un cataclysme actif, puisque les trois quarts des biens que nous fabriquions nous-mêmes, le sont aujourd'hui par elle, en moins bien. Avec tous les drames économiques et sociaux que cela a entraîné.

Si Nicolas Machiavel conseillait encore nos gouvernements occidentaux, je suppose qu'il les aurait depuis longtemps incités à serrer la main du dalaï lama, et à ficher la pagaille chez les despotes chinois. Probablement même qu'ils n'auraient pas laissé envahir le Tibet en 1950.

Évidemment, cette vision des choses est très cynique. Il est plus sain et réconfortant de penser qu'en ce moment des milliards de Chinois voient leur niveau de vie s'élever, et que c'est un juste retour des choses. Leur civilisation qui a tant donné à l'humanité dans un lointain passé, en reçoit d'une certaine façon à présent les dividendes.

Il n'empêche qu'un monde dominé par la paranoïa chinoise, sa mentalité policière, et ses valeurs petites-bourgeoises haussées au niveau d'un idéal, fiche la frousse. Demain, un Ubu rouge régnant sur la planète? Vraiment, j'aime bien le sursaut de volonté de M. Obama devant les prétentions chinoises.

P-S. L'événement des derniers jours, c'est le retour de Balmeyer avec «Derrick»!
J'ai brièvement parlé la semaine dernière des manœuvres insidieuses des opposants à l'IVG : Hypos a publié un billet qui relaie efficacement la riposte…
Sarkofrance dresse un constat toujours aussi net des derniers accidents du pouvoir…
Enfin, j'ai beaucoup apprécié aussi le dernier billet d'Hermes : «La police religieuse… en France?»

lundi 10 août 2009

Les Conventions de Genève ont 60 ans…


Mercredi prochain, le 12 août, les Conventions de Genève auront 60 ans. Les dernières, en fait: quatre textes ratifiés alors par 59 états, à la suite d'une conférence réunie à l'initiative de la Suisse. La toute première Convention, née de la volonté acharnée d'Henry Dunant, fondateur de la Croix Rouge, date, quant à elle de 1864. Quatorze pays européens seulement l'avaient signée. Il a existé quatre traités, corrigés par trois protocoles additionnels en 1977 et 2005.

Comme on sait, les Conventions de Genève, qui se préoccupaient à l'origine essentiellement du sort des blessés de guerre, visent aujourd'hui à protéger aussi les civils et tentent de glisser un zeste d'humanité dans les conflits. On comprend qu'il faille autant de traités et d'addenda pour tenter d'améliorer sans cesse une matière aussi ingrate…
Sans cesse bafoués sur le terrain de combat, ils n'en marquent pas moins un des premiers pas, sinon le premier, dans l'émergence d'un droit international. Aujourd'hui, qui plus est, l'existence de la Cour pénale internationale fait échec à l'impuissance des peuples, et vient en renfort de ces textes fragiles, nos seuls remparts contre la barbarie pure.
Il faut simplement regretter l'éternelle duplicité des gens de pouvoir qui, tout en adhérant à un progrès de civilisation, tel que la création de cette CPI, s'ingénient à entraver son fonctionnement. Ainsi les crimes de guerre ne peuvent-ils être poursuivis devant la cour internationale, et sanctionnés, qu'en cas de carence de la justice du pays impliqué… Néanmoins, toutes imparfaites qu'elles soient les Conventions de Genève sont à ranger au côté de la Déclaration des droits de l'homme, elle aussi bien mal respectée, comme de précieux étalons d'un humanisme universel qui reste à fonder.

Sources: Le Temps
La Tribune de Genève
image: original des Conventions de Genève

P-S. je me demande combien de clavésiens ignorent que le village de Claviers s'enorgueillit d'avoir comme curé le père Obama, ce qui était mon cas ce matin encore. Jusqu'à ce que je découvre, via Nicolas, ce billet de l'ami Rimbus —à ne pas confondre avec cet autre texte du même Rimbus, quoique… Bien sûr, le curé ne se prénomme pas Barak, mais Santiago, et Claviers doit partager le brave homme avec trois autres villages du canton, néanmoins, ça le fait —comme on dit à Paris! Paris qui n'a qu'un banal Vingt-Trois à mettre à l'affiche de ses messes. Je me demande s'il officie avec sa casquette Obama (d'origine)? En tout cas, je crois que la saison touristique clavésienne va prendre un nouvel essor…

dimanche 8 février 2009

L'internationale de la peur

Tous les discours des dirigeants politiques des grands pays sur la crise, portent entre les lignes la même angoisse. L'angoisse du dompteur dans la cage aux fauves, quand la nervosité des gros minets à griffes et crocs devient perceptible, parce qu'ils sont mal nourris. En temps normal, le dompteur peut parader tranquille: les fauves abrutis par la captivité, l'habitude de recevoir ponctuellement leur pitance en échange du travail fourni en piste, ne sont guère portés à la révolte. Un claquement de fouet, un sucre à la rigueur, suffisent à calmer les moins dociles. Mais la crise est venue perturber le cirque géant du capitalisme. Des USA à la Chine, en passant par l'Europe et bien d'autres régions du monde, voilà que les présidents démocrates comme les despotes craignent de se faire bouffer. Le mécontentement tournera-t-il à la rage, la rage à l'explosion, et disons le mot: à la révolution? Pour exorciser le risque, côté démocrates, Barack Obama va notamment tenter d'étendre dans sa population la «couverture santé», et côté dictatures les Chinois se lancent dans une réforme comparable. Chez nous, en France, démocratie bâtarde, croyez-vous que le président va organiser le retour en grâce d'une protection sociale qui a rehaussé l'image de l'Europe aux yeux du monde? Non, M. Sarkozy ne prévoit nullement de revenir sur ses mesures antisociales, prises notamment en matière de santé publique. Il serre pourtant pareillement les fesses, mais, petit chef, le désir de prouver que c'est lui qui commande, comme un grand, l'aveugle. Il n'y a pas que la santé dans la vie, vous direz, il y a aussi la table, le bistrot, le boulot, les impôts, par exemple. Sur tous ces sujets, ou presque (pour le bistrot, il faudrait y voir de plus près), M. Sarkozy, camouflé sous un discours trompeur, a fait le choix de favoriser les Français les plus riches. Quand il feint de donner une rognure d'ongle à ronger aux pauvres, c'est qu'il offre en même temps le bras aux riches. Il est probable que de moins en moins de gens seront dupes et que l'opposition à cette politique ira croissant.
Dans les semaines et les mois qui viennent la question sera en fait de savoir si le mécontentement des Français trouvera l'occasion de s'exprimer. Quel sera le choix des organisations syndicales, et des partis de l'opposition? Leur unité tiendra-t-elle, ou bien certains feront-ils le calcul qu'il est préférable de laisser mijoter la rogne à feu réduit jusqu'à la fin du quinquennat, plutôt que de risquer un débordement dont ils ont aussi peur que le président? Il est permis de supposer que le souvenir de la déconfiture électorale de la gauche, au lendemain des «événements» de 1968, en refroidi plus d'un par avance. On les comprend, mais les temps ne sont plus les mêmes. En 68, la France baignait encore dans les «30 glorieuses» de la prospérité en marche, aujourd'hui nous nous enfonçons toujours plus loin dans les «60 merdiques» de la paupérisation accélérée, ce qui change tout.
image : flyer5


PS. J'ai lu aujourd'hui avec intérêt : Le pavé, Le Privilégié, et Carpe diem …

jeudi 6 novembre 2008

Sarkozy perd 30 euros

«Casse toi pauvre con!» Pour le cas où vous auriez oublié l'incident, vous pouvez voir à cette adresse sur Youtube, l'une des nombreuses vidéo où l'on voit et entend notre président proférer la fameuse insulte. Or, aujourd'hui 6 Novembre, cet épisode vient de connaître une suite inique. Un militant de gauche qui, au mois d'Août dernier, se proposait d'accueillir M. Sarkozy avec une pancarte lui retournant le compliment, «casse toi pov' con», a été condamné à une amende symbolique de 30€ avec sursis, pour «offense au chef de l'état». C'est 30€ et un sursis de trop. Cet homme pouvait se croire dans son droit d'homme libre, en offrant à M. Sarkozy le reflet de sa propre médiocrité. Le juge avait l'occasion de signifier au président qu'il n'est pas dispensé du respect attendu des citoyens. Il y est même davantage astreint, car il exerce le pouvoir et dispose de la force pour impose sa politique. La population ne peut lui opposer que clameurs ou invectives dérisoires. Cette sentence va de pair avec notre piteuse image en matière de liberté de la presse. Il reste à savoir si la victime de M. Sarkozy se pourvoira en appel, et ce qu'il adviendra en pareil cas… J'espère que ces réflexions innocentes respectent les convenances d'usage vis à vis d'une décision de justice. À ma décharge, si tel n'était pas le cas, je fais valoir d'avance aux esprits critiques, le précédent et mauvais exemple que présentait la déclaration de M. Guaino, conseiller de l'Élysée, à propos des poupées vaudou. J'avais parlé de cela dans mon billet «Le scandale Fansolo».


Je ne sais pas si les quelques lecteurs d'Amérique de ce blog seront de mon avis, mais l'élection de Barack Obama me semble d'une telle portée symbolique qu'elle mériterait d'être gravée dans l'Histoire. Vous me suivez? Au Mount Rushmore National Memorial, il reste assez de granit pour sculpter l'image du juvénile héros, à droite de lincoln, il me semble… Après tout, il avait bien été question, je crois, d'y caser l'imbuvable Reagan! Vous me direz qu'il est trop tôt, qu'on ne sait pas si l'homme sera à la hauteur des espérance qu'il porte… Oui, bien sûr, je réponds, mais cette élection est tout de même un magnifique signal adressé au monde, de ce que la démocratie peut faire. Et puis, du train ou va le monde, aussi, il n'y a pas de temps à perdre si l'on veut laisser un témoignage sympathique de l'humanité aux extraterrestres qui visiteront un jour nos restes…