mardi 30 septembre 2008

Conte bancaire

La bourse avait la crève dans ce petit matin gris, mais Gédéon Doré n'en sifflotait pas moins en sortant de la salle de bains. À l'heure où la Coronel Bank ouvrait ses guichets, il appela Trouchon, son gestionnaire attitré à la banque, tout en jetant un coup d'œil sur internet aux derniers cours connus.
«Comment va, mon cher Trouchon?
—Ça yoyote, M. Doré, ça yoyote !
—Aïe! Madame avait loupé la ratatouille, hier soir ?
—Non, les Zaxia, lâcha Trouchon d'un ton mourant.
—Oui, bon ! pas de quoi gémir : ils reprennent 8% déjà.
—Hélas, M. Doré, ma femme a vendue nos Zaxia dans mon dos, HIER. Au plus bas !
—…
—Vous êtes toujours là, questionna Trouchon ?
—Qu'est ce qui lui a pris ? dit Doré.
—On avait eu des mots, parce que je trouvais que ce n'était pas le moment qu'elle s'achète des bottes, des Balanciaga à 400 euros… Eh bien, elle a vendu les Zaxia pour se les offrir ! Cent titres à 7,30 M. Doré. Avec la monnaie, elle a pris des escarpins en plus.
—Pfff ! Je compatis Trouchon, mais remettez-vous : tant qu'il y a de la vie…
—Y a de l'espoir, c'est ce que je me dis aussi, soupira le banquier.
—Bon, Trouchon, vous allez me vendre du Pikou.
—Pikou ? Vous n'avez aucune action Pikou en portefeuille… Vous jouez la vente à découvert ?
—On ne peut rien vous cacher, sacré Trouchon !
— Pikou cote à 8 € en ce moment, vous en vendez combien?
— Mettez-m'en dix kilos, dit Gédéon Doré.
— Heu…, 10000 titres ?
— Voilà, 80000 € tout ronds !
— Mmm, c'est faisable, quoiqu'un peu osé par les temps qui courent, si je puis me permettre, estima le gestionnaire.
— Parfait, mon bon Trouchon, vous m'arrangez ça tout de suite.»
Gédéon Doré raccrocha sans attendre de confirmation, assuré que son gestionnaire favori traiterait scrupuleusement son ordre de vendre 10000 Pikou qu'il ne possédait pas.
Il termina son café, prit sa raquette de tennis et son petit baise-en-ville sportif, puis s'en alla dépenser son trop plein d'énergie au Cercle de Lutèce. À l'heure du déjeuner, il vérifia que le cours de Pikou poursuivait sa dégringolade, telle qu'il l'avait conjecturé dans son analyse de la veille.
6,10 € au dessert, 5 € en rentrant chez lui…
Vers 16h Pikou cotait 1,6 €, soit une chute de 20% qui le plongea dans un état proche de l'extase, éperdu en tout cas d'admiration pour lui-même. Il rappela le bon Trouchon et le pria d'acheter ses 10000 Pikou sur le champ.
Il les paya 16000€. Soit le montant exact de ses liquidités du matin. Une pure coïncidence qui les fit rire aux larmes l'un et l'autre. Sauf qu'ayant vendu pour 80000 € de titres inexistants au matin, il liquidait à présent sa position vendeuse et se retrouvait avec un solde de 32000€ sur son compte : joli coup, non ?
L'histoire ajoute une chose fort curieuse en guise de morale : le portefeuille de Gédéon Doré ne se retrouva même pas encombré de ces Pikou foireuses, puisqu'elles n'existaient pas. Il n'y eut que le bénéfice.

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P.S. tardif : J'informe mes lecteurs clavésiens que le site de l'opposition municipale, Claviers Ensemble est à nouveau ouvert, tout beau, tout nouveau.
Mon billet d'aujourd'hui ne me permettait guère de créer des liens vers les blogs que j'apprécie. Mais je vous recommande encore une fois la lecture d'un texte de Monsieur Poireau, décidément en verve, et de Nicolas : «obèse quand on veut». Enfin, j'ai lu comme chaque jour la page de Didier Goux, presque invariablement impeccable sur le plan littéraire, souvent peu en phase avec mes idées, ce qui ne me gêne pas.




lundi 29 septembre 2008

M. Fillon la main dans le sac de la république.

Grâce à un infortuné petit avion passé trop près du Falcom de M. Fillon, nous saurons désormais que le premier ministre part en week-end privé en avion, aux frais de la nation. Pour sa défense, M. Fillon, pris la main dans le sac, argue qu'un voyage en TGV serait impraticable en raison des mesures de sécurité que sa présence à bord nécessiterait. Voire ! À quoi lui sert sa voiture personnelle ? Je ne parle pas d'un véhicule de fonction, non, non. Puisqu'il s'agissait d'un déplacement privé, je fais allusion à la Twingo du ménage Fillon, dont celui-ci doit forcément disposer pour ses besoins personnels.

S. Royal combative, Delanoe capitulard

Pour brocarder à sa manière le «rassemblement de la fraternité» organisé par Ségolène Royal au zénith, Bertrand Delanoë a déclaré «J'ai tellement le sens de la fraternité que je n'avais pas besoin d'aller au Zénith pour être fraternel». Un sens en effet si développé qu'il vient d'annoncer que la ville de Paris participerait à la lutte contre le droit de grève, conformément à la loi de Sarkozy, en organisant l'accueil des enfants dans les écoles les jours de grève des enseignants.
Martin Luther King disait qu'il y a «deux sortes de lois : les lois justes et les injustes». Et il soutenait «qu'un homme qui refuse d'obéir à une loi lui paraissant injuste (…) exprime en agissant ainsi son très grand respect pour la loi». Consultez l'excellent texte de Jean-Marie Muller sur la désobéissance civile, peut-être vous convaincra-t-il, comme moi, que toutes les lois ne sont pas légitimes, parce que pas forcément respectables. En cédant sur ce point, M. Delanoë fait bon marché de la valeur républicaine de fraternité qui, à mon sens, est sœur jumelle de la solidarité. Ce faisant, il trahit non seulement les futurs grévistes de l'éducation nationale, mais aussi le PS, car il avalise un abus de pouvoir de M. Sarkozy au lieu de s'opposer vigoureusement à lui sur un terrain exemplaire. Peut-être veut-il se donner des airs d'homme d'état raisonnable, pour soutenir son ambition de faire main-basse sur ce parti? Mais nous avons besoin à la tête du pays d'un homme ou d'une femme ne transigeant pas avec la justice sociale et les valeurs républicaines si malmenées depuis l'élection de Nicolas Sarkozy.
Pour revenir au mépris affiché par le maire de Paris envers Ségolène Royal, associé en cela aux autres parrains du PS, il me semble évident que leurs réactions trahissent surtout le dépit de la voir toujours combative, et capable de mêler le sourire à l'espérance.


P.S. Stephane Rousson a échoué dans sa tentative de traverser la Manche en dirigeable à pédales, en raison d'un vent contraire trop puissant. Bravo quand même, et souhaitons lui de réussir bientôt !

dimanche 28 septembre 2008

De la crise à la liberte de parole menacée, en dirigeable à pédales

Épidémie financière
La grippe américaine vient de faire un premier malade en Europe, touchant la banque Fortif, belgo-néerlandaise. Des analyses sont en cours pour savoir si elle a bien contracté le virus des subprimes, ou une variante mutante, mais elle va mal en tout cas, puisqu'à son chevet on parle déjà de récupérer ses organes encore sains en vue de transferts…

Exploits.
Il y a quelques jours, un suisse vaillant traversait la Manche avec une aile à réaction… En pleine crise de l'énergie, sous la menace du réchauffement climatique, et alors que tous les hommes et femmes de bonne volonté réclament une diminution drastique des émissions de gaz à effet de serre, comme exploit symbolique, il fallait l'oser. Il l'a fait.
Aujourd'hui, dimanche 28 septembre, un autre adepte du beau geste gratuit, français celui-ci, s'est élancé à son tour pour traverser the Channel (il est parti d'Angleterre). Sa tentative m'est nettement plus sympathique, puisque c'est aux commandes d'un dirigeable à pédales que Stéphane Rousson devait tenter l'aventure. Lors d'un précédent essai, au mois de Juin, Stephane Rousson avait dû renoncer en raison de vents trop forts… À l'heure où j'écris ce billet, j'ignore s'il aura réussi ou non, mais je le lui souhaite. Je lui dédie ces vers d'Apollinaire, qui a hélas méconnu les séductions du dirigeable à pédales :
Avec ses quatre dromadaires
Don Pedro d'Alfaroubeira
Courut le monde et l'admira.
Il fit ce que je voudrais faire
Si j'avais quatre dromadaires.

Privilèges en péril
Des amis sénateurs de Christian Poncelet, président du sénat qui doit quitter cette fonction prochainement, ont eu une idée de cadeau d'adieu touchante. Elle ira droit au cœur de tous les français mal logés ou tirant le diable par la queue, et plus généralement de tous les citoyens soucieux de morale. Il s'agit d'attribuer un appartement à vie à ce vénérable serviteur de la république. Aux dernière nouvelles, le ministre du travail, Xavier Bertrand s'est déclaré indigné par cette proposition. Espérons que cet avis sera partagé jusqu'au sommet du pouvoir, mais rien ne prouve que l'attribution ne se fera pas en douce, par d'autres voies.

Liberté
En Egypte, Ibrahim Eissa, rédacteur en chef d'un journal d'opposition au président Moubarak a été condamné à deux mois de prison, pour avoir évoqué une rumeur sur l'état de santé du pharaon. Ce n'est pas le premier procès visant des journalistes de ce pays, et dans la même veine, le pouvoir égyptien avait déjà déclenché l'an passé une vague d'arrestations de blogueurs gênants. La liberté de la presse, la liberté de parole tout court, n'est pas la tasse de thé de M. Moubarak. Ce n'est pas chez nous que des choses pareilles pourraient arriver, n'est-ce pas!
Chez nous, on ne met plus quelqu'un en tôle pour ses critiques depuis longtemps. Non, c'est exact, mais nous avons tout de même par-ci par-là des petits féodaux qui, régulièrement, essaient d'imposer le silence à leurs détracteurs. Le plus souvent, cela ne leur réussit pas, et ils sont déboutés par les juges. Le dernier cas en date est celui d'Antoine Bardet, poursuivi par le maire d'Orléans, et qui sera jugé le 1er Octobre à propos de plaisanteries satiriques tenues dans le blog FanSolo, ce dont je me suis déjà fait écho dans le billet d'hier. Pour le soutenir et soutenir avec lui la liberté d'expression, vous pouvez toujours signer la pétition ici.

samedi 27 septembre 2008

Soutenir FanSolo, blogueur menacé.

Il était une fois, dans la bonne ville d'Orléans, un maire UMP appelé Serge Grouard, accessoirement député du pays de France. Je dis député accessoire, car il ne fit guère d'étincelles dans cet état au cours de son premier mandat, puisque L'Express le classa naguère parmi les élus les moins actifs de la studieuse Assemblée. Il faut lui reconnaître toutefois assez de vaillance et de talent pour avoir produit deux essais et quelques articles de considérations stratégiques sur la guerre en orbite. Ce point n'est pas anodin, car l'homme semble avoir une fierté d'auteur des plus chatouilleuses.
Il s'agit donc tout de même d'un élu expérimenté, qui n'aurait pu bénéficier des conseils que je prodiguais au départ de ce blog au maire débutant. Aussi est-ce avec un étonnement navré que je viens d'apprendre, comme toute la communauté blogueuse, que Serge Grouard n'a aucune idée de ce que signifie la liberté d'expression. C'est un droit défini par une Convention des Libertés fondamentales du Conseil de l'Europe (bon, j'abrège la formulation exacte que l'on peut retrouver sur le site de Maître Eolas). Ça raconte grosso-modo que «toute personne a droit à la liberté d'expression», et notre pays s'est fait à plusieurs reprise taper sur les doigts par la Cour Européenne des Droits de l'Homme pour l'avoir oublié.
Revenons donc aux aventures de notre maire Grouard, père communal d'une flopée d'orléanais. La rumeur lui prête un tempérament de père fouettard et des réactions peu en rapport avec son portrait officiel, lequel nous propose une image d'intellectuel posé, mais basta, oublions la rumeur. Avant d'être élu maire pour son deuxième mandat, M. Grouard mena sa campagne électorale comme n'importe quel candidat. Et là, savez-vous ce qui arriva ? Un blog apparut, animé par un certain FanSolo, qui, prenant l'apparence parodique d'un groupement des «amis de Serge Grouard» entreprit de railler férocement ce dernier. Pour ce faire, FanSolo publia force images inspirées de «La guerre des étoiles», le film fameux, et des photos publiques du candidat Grouard.
Mal lui en prit, car à peine élu, le maire d'Orléans se lança dans une enquête aussi onéreuse que ridicule pour découvrir qui se cachait sous le pseudonyme de FanSolo. Ridicule, car la loi fait obligation à tout blogueur de donner son identité à l'hébergeur de son blog, point n'est besoin de recourir à des limiers appointés. Aujourd'hui, M. le député-maire sait que FanSolo se nomme Antoine Bardet et il le poursuit en justice pour diffamation, utilisation frauduleuse de ses photos et de son identité, etc., et lui réclame le remboursement de 7000€ de frais d'enquête… Ne cherchez pas le blog de FanSolo, il est fermé. Je ne sais ce que le juge décidera le 1er Octobre prochain sur le fond de cette affaire, mais je me demande ce qui se serait passé si M. Grouard, au lieu d'être un quelconque député-maire de province, s'était retrouvé président de la république, comme Nicolas Sarkozy, et de ce fait la cible privilégiée d'un torrent de satires impitoyables. À mon avis, il aurait rappelé nos troupes d'Afghanistan pour ratisser la France de long en large et en extirper jusqu'au dernier blogueur de gauche. Une pétition de soutien à Antoine Bardet a été ouverte à cette adresse… À vous de voir !

Ils en parlent :
Circe, Trublyonne, le Post

vendredi 26 septembre 2008

Jehane et la crise

Ils m'ont dit d'un ton grave : «Jehane, il faut sauver la banque !»
Et un peu plus tard, en fronçant les sourcils :
«Tu sens l'oignon, Jehane !»
Cependant, ils ne m'ont pas renvoyée.
L'héroïsme est compatible avec la mauvaise haleine.

Lorsque l'Administrateur Délégué fut parti, deux barons du Tapis Vert me conduisirent vers mon destin par des corridors feutrés, puis un ascenseur dérobé.
«Tu as de belles fesses, Jehane», me dit le premier baron, du rang de DRH.
«Jamais ne vis plus beaux nichons», ajouta le second qui siégeait à l'exécutif, je crois.
L'héroïsme, c'est avant tout une question de formation, mais pour marcher à la gloire par l'escalier d'honneur, il faut s'abstenir de manger de l'oignon.

Je me suis dévêtue sur le palier, ils n'ont pas détourné les yeux. Lorsqu'il s'agit de sauver la banque, l'heure n'est plus à la pudeur.

Quand je fus prête à entrer dans l'histoire par la petite porte, le DRH me l'ouvrit et me poussa doucement dans la Sainte Finance, jusqu'à l'alcôve profonde où se caressaient aux jours heureux des rêves de résultats d'exploitation flatteurs. Il crédita mon séant d'une prime furtive, et je me glissai suavement entre les draps satiné comme on se glisse entre deux pages. Un grand destin n'exclut pas le goût du confort.

Les barons s'en allèrent. La pièce était vaste, des écrans papillotaient d'indices en déroute, le matelas n'était ni trop ferme ni moelleux à l'excès. Je m'étirai et heurtai de la cheville le genoux sec d'un compagnon. Dès que l'on vous demande de sauver la banque, il faut s'attendre à être baisée.

Il dormait, jaune et fiévreux sur le satin blanc. Il me sembla plus jeune que franchement vieux, et il émanait de lui une forte senteur de faillite. Je soufflai dans sa narine pour l'éveiller, mais il ne bougea pas.
Lorsque je vis dans la ruelle, son costard rayé de gris, ses derby à trois ans de SMIC, sa légion d'honneur, sa cravate à nulle autre pareille, je compris que je venais d'exhaler la fragrance de l'oignon dans le nez du Président suprême. Et le PDG se mourait, l'aiguillette nouée par la crise des marchés. L'héroïne se tient au fait de l'actualité.

Soudain, il ouvrit l'œil et réclama à boire d'une voix faible. Je me levai et lui servis une flûte de champagne qu'il vida d'un trait. Après quoi je retournai au champ d'honneur. C'est seulement alors qu'il parut s'étonner de ma présence.
«Que fais-tu, blanche guichetière, à t'ébrouer en cette couche de désespoir ?
— Président, je viens sauver la banque.»
La banque était au plus bas, nous eûmes beau faire, le PDG et moi, rien ne put lui redresser l'indice. Au chant du coq —ai-je dit que c'était une nuit, après la fermeture des guichets ?—, au chant du coq qui monta de son mobile, j'étais rendue et toujours vierge. Entre l'héroïne et la gloire, il peut y avoir l'épaisseur de l'hymen.
Lorsqu'il eut repris haleine, le pédégé me dit que c'était bien ainsi, qu'il n'avait plus envie de reprendre goût aux affaires. «Les barons voudraient que je me relève pour partir en croisade, en quête de bon argent pour nous renflouer… Mais nous renflouer ne peux, car il n'y a plus de fond au bateau! Tout est pourri, il prend l'eau de toutes parts.» Il se tut un instant, puis me fit un clin d'œil. «Et puis, veux-tu savoir, blanche guichetière? Je m'en tape, de la banque, j'ai mon parachute! Il y restera toujours de quoi l'ouvrir à l'atterrissage… » Sur ces paroles énigmatiques, il se traîna vers son bureau, s'enquit de mon patronyme, et rédigea un certificat de grande compétence professionnelle, qu'il me donna en recommandant que j'en fis honnête usage à réception de ma lettre de licenciement.

Les barons m'ont raccompagnée chez l'Administrateur délégué, et celui-ci m'a dit :
«Jehane, il faut sauver le Conseil d'Administration !»


Mon blog du jour : courrez chez Monsieur Poireau découvrir un sondage désopilant.

jeudi 25 septembre 2008

Dr Bush, dr Sarkozy au chevet du monde

M. Bush a un problème angoissant : persuader la masse anonyme des citoyens américains qu'il est patriotique, et de toute façon inévitable, que leurs impôts soient utilisés à racheter les pertes pourries des organismes financiers en déroute, afin que les organismes épargnés par la crise daignent se repaître du reste : patrimoine immobilier, hypothèques saines, et autres babioles… C'est un problème, parce que contrairement à une idée faussement répandue de ce côté-ci de l'Atlantique, dans leur grande majorité, les américains ne sont pas milliardaires, ni millionnaires, ni avocats, ni pasteurs, ou "marines". Aussi curieux que cela puisse nous paraître, ils ont aussi des médecins, des artisans, des employés de bureau, des paysans, des ouvriers, des facteurs, des fabricants de parapluies, des sondeurs d'opinion, et bien d'autres corps de métiers. Des gens comme vous et moi, qui ne comprennent rien à ce qui leur est tombé sur la tête, et pourquoi il faut qu'ils participent demain à la plus généreuse collecte de tous les temps en faveur de sinistrés "du marché" qui n'ont jamais fait d'aumône à personne.
M. Sarkozy a un problème : faire oublier aux français que, dans le marasme économique qui nous menace, il portera la responsabilité d'avoir réduit l'état à l'impuissance en récompensant, dès son élection, les copains et les coquins du monde des affaires, et tous les électeurs-contribuables aisés qui l'ont porté au succès. Il a vidé les caisses en cadeaux fiscaux inconsidérés, et aussi, entre autres, en se faisant octroyer un salaire en rapport avec son gros appétit d'argent. Heureusement pour lui, M. Sarkozy n'est jamais à court de trouvailles dilatoires. Quand il a un problème, en général il stigmatise un coupable potentiel, comme les faux chômeurs ou les feignants assistés responsables de statistiques déprimantes. Pour la débâcle financière, il annonce déjà qu'il est temps de faire cesser le scandale des parachutes dorés, qu'il y aura une loi, crac, boum ! Au passage, et pas fou, il nous explique aussi qu'un grand patron talentueux mérite d'encaisser plus d'argent en une année que vous et moi en plusieurs vies… En finir avec les parachutes dorés sera une bonne chose, comme il serait urgent de raboter les revenus de tout ce vilain monde, mais cela n'a strictement aucun rapport avec la récession économique probable, et avec le fait que la France n'a plus un radis pour tenter d'en réduire les effets. Si j'avais été le nègre chargé de mettre un poil de poésie dans son parler des cités HLM de Neuilly, à l'occasion du discours de Toulon, je lui aurais plutôt proposé ceci, en guise d'introduction : «Mes amis, mes chers compatriotes, la crise… La crise, voyez-vous, est une bestiole sans pattes, sans yeux, sans oreilles, ni quoi que ce soit de moustaches pour aller de l'avant, de l'arrière, ou de côté. Personne ne se méfiait… Et pourtant, sans que l'on y prenne garde, elle se faufilait partout, pire que la scarlatine ! (Non, non, Carla ! Ça n'a rien à voir avec toi, c'est juste marqué là, j'avais pas fait gaffe ). Mes amis, moi, je vous le dis : la crise est là, mais ne tremblez pas : moi aussi, je suis là!»

Visites à faire ? Ludique, ou douce-amère…