lundi 16 juin 2008

Pour vivre heureux, vivons muets.

Il n'y a pas de vérité parfaite, ou si peu, nous le savons tous au fond de nous. Rien qui puisse garantir que nos espérances valent d'exister et qu'elles ne portent pas en germe pires travers que ceux qui nous ont révoltés. Il y a juste une sorte d'hygiène de la conscience, tant bien que mal à l'œuvre en chacun, qui prétend nous éclairer sur le juste et l'injuste, le droit et le déloyal, tous ces choix inconfortables à faire parce que nous sommes d'instinct rétifs à la vertu, si peu folichonne compagne. La vie publique est le lieu privilégié où se manifeste cet état d'esprit embarrassant, parce que des vérités contradictoires y sont à l'œuvre, qui toutes recouvrent de fortes réalités : celles de l'économie, de la démographie, de l'immigration, du chômage, du pouvoir d'achat, de la croissance, de la concurrence des entreprises, de la concurrence entre salariés, de la misère galopante… Les chiffres y règnent en maîtres dans tous les cas, mais tous n'ont pas la même valeur. 100 000 sans logis valent beaucoup moins que 10 points du CAC 40 ; 3 861 400 chômeurs impressionnent davantage que 23 millions de salariés ; 1,97 nouveau né par femme, c'est peu pour 1427 milliards d'euros de dette publique ; un homme ou une femme à la rue, ça se remarque moins que l'augmentation du litre d'essence… En résumé, il y a des vérités qui nous intimident et d'autres qui nous emmerdent. La plus fâcheuse de toutes est qu'une personne dans la misère contient à peu près la même quantité de sang que nous pour survivre, le même kilométrage de nerfs pour souffrir, un estomac semblable au nôtre pour avoir faim. Mettre la main à la poche nous demande un effort que nous ne sommes pas prêts à faire chaque jour, pas plus que nous ne sommes disposés à nous reconnaître une part de responsabilité dans leur déchéance. Nous avons choisi les gens qui gouvernent le pays en notre nom, et si la valeur abstraite des choses pèse à leurs yeux invariablement plus que l'humain, c'est que nous les y encourageons par nos silences. Nous n'aimons pas regarder les vérités en face.

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