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lundi 21 février 2011

Mouammar, Bernard, et Nicolas

En passant par l'actualité arabe, avec mes sabots, j'ai ouï parler des menaces proférées par Saïf Al-Islam Kadhafi contre ses compatriotes à la télévision lybienne. Saïf est l'une des perles de la nombreuse progéniture du tambour-major Kadhafi, le fameux dément des sables.

Personne n'a sans doute oublié qu'Hannibal Kadhafi, quatrième perle de la famille, fit aussi en 2008 les gros titres de la presse mondiale après sa mise au trou par la police de Genève. Suivit alors une interminable crise diplomatique entre nos amis Suisses et le maréchal Mouammar Kadhafi soi-même, lequel n'hésita pas à prendre des ressortissants helvétiques en otages. C'est là que je voulais en venir : au rappel de cet épisode peu glorieux de la diplomatie européenne et, en particulier, française.

Aujourd'hui que chancelle le pouvoir de ce fieffé terroriste de Mouammar, il ne faudrait surtout pas oublier l'indignité de nos gouvernants. Lorsqu'il y eut un choix à faire entre les pétro-dollars du caporal sanguinaire et la solidarité avec nos voisins civilisés, le pouvoir sarkozyste, mû par son tropisme naturel, opta pour le fric. On vit alors notre ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, reniant une fois de plus les valeurs de sa jeunesse, traiter la Suisse avec mépris et soutenir de fait la vengeance de Mouammar Kadhafi.

Aujourd'hui, on ne sait trop où ira la Lybie, et si elle parviendra à se débarrasser de son chancre kadhafiste, mais gardons en mémoire ce proche passé. N'oublions pas que parmi les liens honteux qui unissaient étroitement la Maison Sarkozy aux dictatures arabes, il y avait aussi celui-là. Nicolas Sarkozy a les amis qu'il mérite, rêvons qu'il puisse en partager le sort d'une façon ou d'une autre !

mercredi 19 janvier 2011

Paris lâche la bombe C sur Haïti

N'êtes-vous pas étonnés par le chassé-croisé de dictateurs dans l'actualité de ces derniers jours ? Moi, si. Il y a d'un côté Ben Ali qui s'enfuit de son pays, et de l'autre Bébé Doc Duvalier retournant dans le sien par surprise… Dans les deux cas, le moins que l'on puisse dire, c'est que la Maison Sarkozy n'a pas brillé par son flair —il vaut mieux laisser la morale de côté.

Prenons l'exemple de Bébé Doc : en Haïti, et sans doute dans beaucoup de capitales, certains se demandent à quoi joue la France. L'Élysée a-t-il vraiment laissé partir Duvalier par simple incompétence, ou bien visait-il à semer un peu plus de désordre dans un malheureux pays au plus mauvais moment, et pourquoi ?

Quand un personnage de l'acabit de l'ancien dictateur haïtien réserve un billet d'avion, on ne peut douter que le gouvernement et la présidence en soient immédiatement informés. On nous dit que «la France» n'a pas l'habitude de contrôler les mouvements de ses citoyens ou des résidents étrangers… Voire ! Il faut bien admettre cette explication, à défaut de comprendre l'intérêt que la Maison Sarkozy pourrait trouver à lâcher une bombe de corruption sur un pays déjà dévasté.

Les médias haïtiens évoquent la possibilité que Jean-Claude Duvalier soit rentré pour rétablir ses finances en très mauvais état… Songez que les Suisses ont gelé les fonds qu'il détenait chez eux : peut-être a-t-il fini de vider ses poches chez nous, dans sa longue villégiature niçoise?
Et à propos de sous, de ceux des dictateurs en particulier, notons que Mme Lagarde prétend qu'il n'est pas possible de bloquer chez nous la fortune de la famille Ben Ali. Pendant ce temps, en Suisse, le Conseil fédéral vient justement de bloquer les fonds de Ben Ali et Laurent Gbagbo, avec effet immédiat…

P-S : j'ai obtenu le portefeuille des Institutions et d'un tas de trucs rigolos dans le gouvernement Wiko de Nicolas. Sans tarder, comme premières propositions, je vous recommande trois lectures : le Journal de Turquie chez Zoridae, Marre chez Dedalus, qui fait écho à Fachée de Christophe…

mardi 27 juillet 2010

La main de la Suisse dans la culotte d'Éric

On en apprend de belles aujourd'hui à la lecture de la Tribune de Genève! Dans une interview accordée le 14 juillet à l'Oise-Hebdo, Éric Woerth accusait les «intérêts suisses» d'être à l'origine de sa déroute politique. Selon lui, il aurait «fait très très mal» à des intérêts suisses, et du coup, il se trouverait chez nos voisins des gens qui l'ont «mis au premier rang des hommes à abattre»…

Comment a-t-il fait mal aux intérêts en question? Ben, souvenez-vous des fichiers de fraudeurs du fisc français volés à une banque de Genève… M. Woerth les a utilisés quand il était ministre du Budget.
Au passage, la Tribune nous rappelle un détail savoureux: M. Woerth s'est servi de fichiers de provenance délictueuse malgré «les protestations véhémentes des autorités helvétiques». Il est donc parfois normal d'utiliser des documents obtenus par des méthodes illicites, à des fins de justice —fiscale dans le cas présent…
On appréciera le rapprochement avec les enregistrements clandestins qui rendent douteuse la moralité de M. Woerth, et partant inopportune sa présence au gouvernement.

Revenons toutefois à la main des intérêts suisses poursuivant M. Woerth de sa haine implacable. Le ministre ne dit pas comment elle a procédé pour lui nuire, mais on peut l'imaginer…
En janvier 2009, dès qu'ils eurent vent de la saisie des fichiers bancaires litigieux (effectuée à la demande des autorités judiciaires suisses), les pernicieux intérêts d'Helvetie ne perdirent aucune seconde. Entrés en contact avec le majordome de Mme Bettencourt —sans doute un agent dormant des services du secret bancaire suisse—, ils le persuadèrent d'enregistrer en cachette les conversations de la dame avec ses collaborateurs. Afin de ne rien négliger et de s'assurer qu'il y aurait matière à embarrasser sérieusement M. Woerth, ils activèrent un autre espion de leur réseau: Patrice de Maistre. C'est ainsi que dès le mois de mai suivant, l'enregistreur était sous la table, tandis que M. de Maistre commençait à émailler ses propos de «le ministre» par ci, «M. Woerth qui est très gentil» par là…
Il ne restait plus aux Suisses qu'à donner l'ordre de publication à leur agent autorisé à tuer: Mediapart.fr…

Evidemment, M. Woerth, ligoté par son sens du devoir, n'a pas tout révélé à l'Oise-Hebdo: ainsi on ignore officiellement quel doigt de la main helvéte a décidé de sacrifier une grande amie de la Suisse comme Mme Bettencourt. L'index s'appellerait Netslé, que cela n'aurait rien d'étonnant: la vengeance se doublerait alors d'une préparation d'artillerie en vue d'une OPA hostile à venir contre un fleuron de notre industrie nationale. Conclusion: Éric Woerth prend les français pour des cons.

P-S : les farines animales reviendront-elles dans nos assiettes? Deuxième épisode du feuilleton de l'été chez CC… Mise en route d'Hadopi, chez Falcon…

mardi 16 mars 2010

Les médias aimeraient-ils Kadhafi?

Il y a tout juste une semaine, Éric, de «Crise dans les médias», relevait que le vrai pouvoir des médias est de taire un sujet. Leur silence est en effet souvent assassin, et c'est juste dans tous les domaines, à commencer par la culture où il n'est pas rare, par exemple, de les voir enterrer des bouquins qui dérangent.

En ce moment, on parle peu dans nos médias du bras de fer en cours entre nos voisins suisses et le maréchal Kadhafi… Pourtant, parmi les sujets concernant l'Europe, celui-ci n'est pas sans intérêt ni importance. L'Europe y est impliquée du fait des accords régissant l'Espace Schengen, dont fait partie la Suisse.

En mesure de rétorsion à la prise en otage d'un citoyen Suisse, Max Göldi, retenu à Tripoli depuis 2008 —je rappelle, qu'il s'agit pour le dictateur Libyen de venger la brève interpellation à Genève de son fil Hannibal—, la Suisse a interdit d'accès à l'Europe plus d'une centaine de personnalités libyennes.

Or, cette situation compromet les juteuses relations que les hommes d'affaires et les gouvernements des 27 pays de l'Espace Schengen étaient en train d'établir avec le maître de Tripoli. Ils ont beau se prêter à toutes les bassesses pour amadouer Mouammar Kadhafi, celui-ci menace de distribuer ailleurs qu'en Europe ses merveilleux dollars…

L'Italie, dont on connaît les relations anciennes avec la Libye, avait offert sa médiation. Son ministre des Affaires étrangères, Franco Frattini, s'est rendu à Tripoli pour négocier sous la tente du despote. Et surprise: le médiateur en ramène un ultimatum qu'il fixe lui-même à la Suisse: lever le blocage des visas libyens d'ici au 5 avril, sous peine de voir les autres pays de l'Espace Schengen ne plus tenir compte de l'interdiction helvétique.

L'Italie, l'Espagne, le Portugal, Malte, seront les pays les plus empressés à servir des visas aux libyens, mais on peut compter sur la France pour ne pas traîner à suivre l'exemple. Il s'agira non seulement du viol flagrant d'accords entre états, mais en plus d'une rupture répugnante de la solidarité européenne.

De cette affaire scandaleuse, nos médias ne parlent presque pas. Les consignes du pouvoir sarkoziste pourraient bien être passées par là. Et c'est comme si toutes les rédactions se joignaient à messieurs Kouchner, Frattini, et quelques autres pour lécher le cul vieillissant du caporal des sables.

P-S, je vous invite à lire le beau texte de Dedalus pour le «Jeu d'écriture», objet du billet d'hier.
J'ai bien aimé aussi les billets chez Le-goût-des-autres, Le temps suspendu, et Lait d'Beu…

vendredi 26 février 2010

Merlin l'enchanteur contre kadhafi l'emmerdeur


Si j'étais breton, ces jours-ci j'irais me balader dans la forêt de Paimpont, qui, comme aucun blogueur ne l'ignore, est un vestige de l'ancienne Brocéliande. Je m'y mettrais en quête de cette grotte, ou de cet arbre creux pour le moins millénaire, on ne sait, ce lieu en tout cas facile à trouver puisque marqué de neuf cercles, où la fée Viviane emprisonna Merlin l'enchanteur pour l'éternité.

Pourquoi faire? D'abord par humanité, pour délivrer ce brave homme qui doit trouver le temps long depuis l'époque d'Uther Pendragon. Je n'ignore pas qu'un tel geste aurait pour moi de lourdes conséquences, puisqu'il me faudrait ensuite prendre ce vénérable vieillard en charge. Lui obtenir un titre de séjour, le statut de réfugié politique, ce qui devrait pouvoir se faire, en l'ayant tout juste tiré de geôle. Ce serait bien le diable s'il n'obtenait pas la nationalité française à la fin, à moins que messieurs Besson et Sarkozy ne lui demandent de prouver une filiation gauloise impeccable, ou que les Anglais ne veuillent le récupérer…

Bon, il serait toujours temps de voir ça, une fois l'homme ramené dans le monde et qu'il m'aurait rendu le petit service motivant mon intervention en sa faveur. Je ne crois pas qu'il me le refuserait, pour lui ce serait si simple: un claquement de doigts, une formule magique, et hop!

Hop quoi? Dès cet instant, Mouammar Kadhafi, ce lièvre de Mars tombé sur la terre, ne pourrait prononcer une phrase sans cracher trois petits boudins noirs en ponctuation. Oui, oui, je trouve ça plus adapté à son cas que les crapauds. Nul doute que plus d'un lecteur (dans la mesure où il y en aura plus d'un, ce qui n'est jamais gagné), trouvera ce sortilège bien cruel pour un musulman. C'est un fait, et que l'on me comprenne bien: je n'ai rien à reprocher ici aux musulmans, mais au tambour-major Kadhafi, si.

Des années après avoir commandité des attentats contre les pays occidentaux —comme l'explosion d'un Boeing 747 au dessus de Lockerbie, dans laquelle disparut, entre 270 autres, une jeune fille amie de ma fille—, on le croyait rangé des voitures. Il avait fait amende honorable et les chefs d'entreprises à la tête de nos républiques, voulant croire à ses bons sentiments, à son pétrole, à ses dollars, l'avaient réintégré dans leur club.

Comme il arrive avec certains grands nerveux, M. Kadhafi rechuta, hélas, à la suite du traumatisme que fut pour lui le bref emprisonnement de son fils Hannibal à Genève. Il prit deux otages suisse en représailles. Les Suisses répliquèrent en empêchant 180 personnalités libyennes d'entrer sur le territoire européen jusqu'à nouvel ordre.

Et là, Mouammar péta les plombs une fois de plus: il appelle désormais à la guerre sainte de l'islam contre la Suisse, se référant à l'interdiction de construction de minarets que l'on sait. Bien entendu, c'est une plus belle cause à présenter à ses coreligionnaires enflammés, que l'interpellation de son voyou de fils… Et cela vous donne après coup, une drôle de coloration guerrière à l'affaire des minarets: voilà que par le verbe djihadiste du quartier-maître Kadhafi, ces malheureuses constructions vous prennent un air d'invasion venue du désert. Kadhafi est une plaie du monde: s'il vous plaît, qu'on lui fasse cracher des boudins afin que son propre peuple se détourne de lui avec dégoût!

source Merlin et Viviane dans Brocéliande

P-S comme moi sur l'annexe, M. Poireau se risque dans le concours de billets d'amour lancé par See-Mee… Après Dedalus et Gauche de combat, Rimbus fait le point sur la journée du No Sarkozy Day…

jeudi 18 février 2010

La Suisse entre l'Europe et Tripoli

S'il faut en croire Rue89, «c'est la saison des foires à Tripoli»… Le maréchal Mouammar Kadhafi a 70 milliards de dollars à dépenser dans la reconstruction de son pays. On devine la fébrilité des gens d'affaires dans le monde, et en Europe particulièrement. Voilà sans doute pourquoi ces jours-ci, Franco Frattini, diplomate en chef d'Italie, d'abord, puis Bernard Kouchner, ministre de Nicolas Sarkozy pour les choses étrangères, se sont irrités contre la Suisse.

Les Suisses, se prévalant des règles de l'espace Schengen, dont ils font partie, ont en effet interdit de séjour en Europe 180 personnalités Libyennes. En particulier, nos voisins se sont opposés récemment à la visite privée à Berlin de l'un des fils chéris du capitaine-général Kadhafi. Chaque fois qu'un Suisse ose toucher si peu que ce soit à sa progéniture sacrée, le lieutenant-colonel de Tripoli voit rouge.

Dans le temps, quand il était un peu plus jeune, pour une offense de ce genre, il vous aurait fait sauter en vol un aéroplane de la Swiss International Air Lines. Souvenez-vous de la destruction d'un appareil de la PanAm au-dessus de Lockerbie, en 1988, et de la destruction d'un DC-10 français d'UTA dans le désert, en 1989. Bilan: 270 morts dans le premier cas, 170 dans le second.

Bon, l'adjudant Mouammar a vieilli, ce n'est plus le fringant démiurge de ses débuts putchistes, quand il voulait remodeler l'Afrique, et faisait battre le cœur des femmes au rythme de ses longs cils —si, si, j'en connais! Maintenant, il a des poches sous les yeux, même quand il voit rouge. C'est pourquoi il a simplement bloqué l'octroi de visas à tous les résidents de l'espace Schengen. Privés de foire, les hommes d'affaires italiens, les français, les belges, les allemands, les espagnols, et j'en passe…

Intolérable! La Suisse, ce pays minuscule, tout juste plus grand que Monaco ou le Luxembourg, et même pas membre de Union Européenne, nous empêcherait de conclure de juteuses affaires avec le major Kadhafi? Ben oui, les accords internationaux sont faits pour être respectés, et j'espère qu'il tiendront bons, les petits suisses!

Les hommes d'affaires sont fâchés? Que diraient-ils s'ils étaient retenus en otages à Tripoli depuis plus d'un an, comme le sont deux autres hommes d'affaires, suisses?
Souvenons-nous qu'à l'origine, comme je le rappelais dans le billet d'hier, c'est l'interpellation à Genève de l'autre fils adoré du caporal Kadhafi qui alluma le conflit entre la Libye et la Suisse. Hanibal Kadhafi s'était conduit dans une démocratie comme un fils de dictateur brutal. On l'avait fichu au trou… Espérons que l'Europe saura garder sa dignité et qu'elle ne fera pas pression sur la Suisse pour s'incliner devant un despote criminel.


P-S Abadinte s'intéresse à: «10 propositions pour améliorer le bien-être au travail», Jean nous offre deux vidéos rafraîchissantes, Hermes a publié deux très bons billets, je ne sais lequel choisir, enfin Balmeyer nous ouvre un abîme d'incertitudes avec «Vétérinaire pour les poissons»…

mercredi 17 février 2010

Quand Bernard Kouchner sert le couscous à Kadhafi


Je viens de lire ça dans la Tribune de Genève, et je balance entre dégoût et accablement. L'homme qui inventa un jour au Biafra l'humanitaire laïque et entreprenant, moderne, mais en contracta le mal des dents longues, l'homme au sac de riz, l'homme du dos officiellement tourné au dalaï lama, le commis aux petites affaires étrangères du président, Bernard Kouchner enfin, en est la cause…

C'était hier soir sur TSR, la télévision suisse romande, on venait de lui demander si la France ne devait pas faire preuve de solidarité dans le conflit qui oppose la Suisse à la Libye. B. Kouchner le prit de haut, ironisant sur le mot solidarité et le fait que la Suisse n'appartient pas à l'Union européenne.

Par contre, avec un culot digne de son maître Nicolas Sarkozy, M. Kouchner a dénoncé les restrictions de visas que la Suisse impose aux Libyens. «Cela ne peut pas durer», a dit le prince de l'opportunisme, comme si sa parole bénéficiait encore du moindre crédit où que ce soit. De la situation des deux otages suisses du colonel Kadhafi, il n'a rien dit, passant donc sous silence l'origine du différent qui empoisonne les relations Suisse-Libye depuis plus d'un an.

Rappelons les ici, ces origines: en 2008, Hannibal Kadhafi, digne rejeton du dictateur son père, est interpellé pour avoir maltraité deux employés de maison dans un grand hôtel de Genève. Détenu un moment, ainsi que sa femme, il sera libéré après versement d'une forte caution. Hannibal le voyou est un habitué des violences contre les faibles —comme son épouse qu'il frappa en 2005 à Paris, dans un hôtel déjà. La nuit de Noël 2009, c'est encore dans un palace, londonien cette fois, qu'il dérangea la police, et que sa femme partit sur une civière, le visage ensanglanté à cause d'une «mauvaise chute»…

Kadhafi père, le grand Mouammar démocrate et pacifiste bien connu du monde, retira de l'humiliation infligée à son fils par les genevois une rancune tenace. Deux hommes d'affaires suisses en firent les frais, retenus de force à Tripoli sous des accusations de fantaisie. Depuis lors, les relations entre les deux pays passant par les hauts et les bas de la diplomatie sinueuse de Kadhafi, et ses renvois d'aigreur, cette affaire des otages traîne.

Kadhafi, on le sait, cherche à isoler la Suisse en Europe ; va-t-il y réussir, avec l'aide d'une France servile ? On se doute que ce ne sont pas les frasques du fiston Hannibal qui choqueraient le locataire de l'Élysée. Dans le fond, et toutes proportions gardées, ils sont un peu du même monde.
source image

P-S. j'ai lu et bien aimé: «Sacré MEDEF» chez Gaël, ce billet d'Éric de Mulhouse, et puis un texte de Zoridae, découvert aujourd'hui seulement: «Il faudra décrocher le père Noël»

samedi 5 décembre 2009

Une semaine très suisse

La semaine de ce blog a débuté avec la votation en Suisse, et c'est encore avec une information qui nous vient de chez nos voisins que je vais la conclure. En effet, j'apprends à la lecture du Temps, que le patron de La Poste suisse médite d'introduire une petite révolution dans la taxation du service de base. Il s'agirait de faire payer l'acheminement du courrier deux fois: par l'expéditeur et par le destinataire. Pour ce dernier, cela pourrait prendre la forme d'une redevance annuelle, sur le modèle de la télévision…

Vous me direz: ça se passe en Suisse, c'est pas chez nous que des énormités pareilles peuvent arriver, alors on s'en fiche. Erreur! Car si vous allez lire ce petit article, comme je vous y invite, vous découvrirez que selon M. Kunz, patron de La Poste helvétique, c'est «une idée qui circule dans la tête de plusieurs patrons postaux en Europe»…

Vous y êtes? Il faudrait peut-être nous inquiéter de savoir ce qui circule sous le crâne du notre, patron… En l'occurrence, chez nous, c'est Nicolas Sarkozy. Si, si! Le président est le grand patron qui décide de tout, tout, tout. Par exemple, je ne serais pas étonné qu'il donne son aval au menu de la cantine scolaire du village.

Oh! bien entendu, dans un premier temps, mettons jusqu'à la prochaine élection présidentielle, si la question venait à être posée, on nous répondra qu'il n'en est pas question. Chez nous, le patron est contre les taxes et pour un véritable service public postal, donc ce genre d'idée ne passera jamais la frontière. Je suis rassuré à l'avance, surtout en sachant que le président occupe ses soirées à recompter une à une les voix du référendum d'insolence populaire contre la privatisation. Il ne nous fera pas ce coup là, avant l'élection de 2012. Après?


P-S. Pour bien achever cette semaine, ne pas oublier le billet traditionnel de Sarkofrance. Si vous n'avez pas encore découvert Le Roman d'Arnaud, αяf vous donnera toutes les clefs pour le faire avant la fin de l'aventure… Et que diriez vous d'un petit tour vers Une vie d'ange, chez Le-goût-des-autres?

jeudi 3 décembre 2009

Sondages en stock

Ce n'est pas que ça me réjouisse, mais je suis un type un peu dans le genre de Nicolas Sarkozy: j'aime bien les sondages quand ils tombent dru et que ce n'est pas moi qui les paie. M. Sarkozy les aime plus que moi encore, il y est même accro au point d'avoir imaginé une combine pour continuer à s'en gaver aux frais du contribuable, tout en ayant l'air de diminuer le budget correspondant. Pourtant, il sait bien que ça lui fait du mal, qu'il risque une enquête des députés, et que les Français comprendront qu'il essaie de les manipuler. Seulement voilà, quand on souffre d'une addiction, on veut conserver son toxique quel que soit le danger. Tant pis pour lui…

Donc, finalement, moi aussi j'aime bien les sondages, et aujourd'hui je suis gâté. Avez-vous vu tout ce qui est tombé comme pourcentages et questionnements de l'opinion publique ces dernières heures? Tout ça parce que les Suisses ont fait rougir la moitié de l'Europe au moins… et en tout cas les 54% de Français qui seraient contre l'organisation d'un référendum sur les minarets.

Il est vrai que dans un autre sondage, 41% des mêmes Français font une majorité opposée à la construction de mosquées. On comprend bien que sans mosquée, il est inutile de voter pour ou contre les minarets. Où sont passés les 13% de différence entre les deux études? Sans doute dans la proportion de 19% favorables aux dites mosquées.

Un autre détail chiffré me donne envie de rire… jaune, celui du pourcentage des pourfendeurs de minarets (majoritaires) chez les partisans d'Olivier Besancenot : 48%. Comme on pouvait s'y attendre, les anciens électeurs ségolénistes et bayroutins sont quant à eux plus tolérants. Tant qu'à nous donner une indigestion de chiffres absurdes, les sondeurs auraient pu nous détailler les tabous architecturaux et religieux chez les villepenistes, les villieristes, et les différents courants du PS. Je n'en serais pas moins parvenu à la conclusion, que s'il me fallait choisir une compagnie de quelque importance pour finir mes jours sur une île déserte, je pourrais avoir du mal à la réunir dans ma famille de pensée naturelle, la gauche.

Cette salade de pourcentages démontre simplement que personne ne peut dire ce que l'on trouvera à l'arrivée du procès en identité nationale ouvert par Nicolas Sarkozy contre les «estrangers», les estrangers du dedans et ceux du dehors, comme on dit dans nos campagnes… Il voulait piquer des voix à Le Pen, il pourrait bien ouvrir à sa fille une voie royale vers l'avenir. Les Suisses, sans y songer bien sûr, auront bien aidé à pourrir l'atmosphère chez nous. Simplement eux, ils ont piqué une crise de démocratie, comme ils ont le privilège de pouvoir le faire. J'aurais aimé avoir la chance de pouvoir voter contre l'interdiction des minarets, c'est pour ça que je me refuse à crier au scandale devant leur votation. J'aime la démocratie.


P-S C'est à lire, Aventures en mer, et c'est chez Mtislav

mardi 1 décembre 2009

Les Suisses et nous

Il est bien difficile de garder la tête froide face un choc d'importance, comme celui produit par le vote des citoyens Suisses contre leurs minarets. Sur le moment, j'ai surtout été frappé par le parti qu'allaient pouvoir en tirer tous les adversaires de la démocratie, c'est à dire, en gros et pour simplifier: la classe politique et sa séquelle.
Cela n'a pas manqué, c'est pourquoi je ne regrette pas d'avoir pris hier sommairement la défense du référendum populaire, estimant que la responsabilité d'un mauvais choix incombe aux autorités qui n'ont pas été capables de démontrer son inanité.

Sur le fond et le tort que ce genre de dérive peut faire subir à un pays et à la cause de la démocratie, j'ai trouvé aujourd'hui deux textes de Suissesses qui l'illustrent parfaitement. Il y a d'une part l'article de Nadine Haltimer, à lire sur Courrier International, qui envisage les conséquences probables du vote en matière économique, ses répercussions sur les exportations, l'emploi, le tourisme… D'autre part, il y a le très bel éditorial de Joëlle Kuntz, pour Le Temps: Protéger la démocratie…

Enfin, puisque l'onde de choc de cette bombe nous atteint en plein débat truqué sur l'identité nationale initié, par un Nicolas Sarkozy jouant avec les allumettes pour réchauffer sa tambouille électorale, j'ai envie de clore le billet sur la France. Plus précisément un coin de France où tous les symboles architecturaux religieux épousent le paysage sans heurter la sensibilité de personne: La Réunion.

Il y a au moins une mosquée, là-bas, celle de Saint-Denis, que j'ai visitée un jour, et qui se trouve être la plus ancienne de France. Il y a des temples protestants, des temples tamouls particulièrement hauts en couleurs, des églises bien entendu. La population n'est pas exactement à l'image de ces édifices très caractérisés, elle est souvent métissée. J'ai presque envie d'ajouter: et par conséquent belle, mais ce serait un peu gratuit, quoique je n'ai jamais vu autant de filles superbes à la fois —pour les hommes, je n'ai pas fait attention: mon côté machiste.
En tout cas, ces Français là vivent en bonne intelligence, et les plus religieux d'entre eux trouvent le chemin des édifices dédiés à leurs croyances apparemment sans méditer de jeter à bas ceux des voisins. Je me demande à quoi ressembleront les discussions à propos de l'identité nationale à la Réunion?

P-S. À lire: Rimbus qui revient sur l'éviction de Julien Dray pour les Régionales…

lundi 30 novembre 2009

Les surprises de la démocratie

Le résultat du référendum suisse fait hurler d'effroi le monde politico-médiatique de Kouchner à Libé. On crie au scandale et à la honte, tout en jubilant sournoisement de la bonne occasion qui s'offre de flétrir une prétendue dérive de la démocratie. Je dis démocratie, mais les squatters de la République —qui s'en voudraient propriétaires sous prétexte d'en occuper palais et fonctions depuis la Révolution—, l'appellent démocratie directe. Comme si le régime dévoyé qu'ils nous imposent en était une sorte de sœur jumelle, quand il ne s'agit que de l'enfant bâtard de la monarchie et de la grande bourgeoisie.

On apprendra bien quelque jour les motivations des citoyens suisses qui ont rejoint la droite populiste… Il se peut que celles-ci traduisent de l'intolérance religieuse. Il y a d'autres explications possibles, comme l'exaspération engendrée chez eux par l'affaire Kadhafi et la mollesse de leurs autorités, mais retenons cette éventualité de l'intolérance religieuse, la plus antipathique à mes yeux. Cela signifierait simplement que les Suisses voient dans les minarets des symboles d'une religion perçue comme conquérante, à tort ou à raison. Pourquoi auraient-il tort, si personne n'a été capable de leur démontrer le contraire? Pourquoi un gouvernement devrait-il leur imposer une chose qui les heurte?

De tous les billets de blogs et les commentaires ayant fleuri aujourd'hui sur cet éclat qui embarrasse tant de monde, c'est le point de vue d'Hermes dont je me sens le plus proche. Faute de temps pour m'exprimer vraiment là-dessus, c'est donc ses deux billets, Vive la Suisse, et La fin de la démocratie que je recommande à vos lectures.


mercredi 7 octobre 2009

Racaille sans frontière


Ça chauffe chez nos voisins suisses, parmi lesquels nous n'avons pas que des amis. Prenez l'UDC par exemple, un parti politique de droite, libéral, difficile à définir autrement que par les mots d'ultra-conservateur. Pour trouver des équivalents chez nous, il faudrait peut-être procéder à un mélange du MPF, de P. de Villiers, et du FN, puisque, outre le nationalisme, la xénophobie fait partie de son fond de commerce. Mais ce rapprochement reste très imparfait, car il y a une différence de taille entre l'UDC et ces partis Français: UDC est représentée à tous les niveaux politiques du pays, jusqu'au conseil fédéral. On pourrait presque dire la même chose du MCG, ou mouvement des citoyens genevois, qui se prétend ni de droite ni de gauche, et fait du travailleur étranger son bouc émissaire favori.
Donc, ces jours-ci, la fièvre monte chez nos voisins qui sont en campagne d'élections législatives. Le MCG a tiré le premier, au moyen d'affiches apposées sur les bus, invitant à réserver les emplois aux Genevois. Et voilà que l'UDC, tenté par la surenchère contre son rival en xénophobie, vient de mettre le feu aux poudres par la publication d'un sympathique encart publicitaire dans la Tribune de Genève:
«Le CEVA? Un nouveau moyen de transport pour la racaille d’Annemasse! Expulsons les criminels étrangers! Ne leur offrons pas encore un accès à Genève!»

La racaille en question, pour ceux qui ignoreraient la géographie, ce sont les frontaliers, les Français d'Annemasse et des environs qui vont chaque jour travailler en Suisse, notamment dans les hôpitaux de Genève. Quant au CEVA, c'est un projet de liaison ferroviaire entre le canton de Genève et la Haute-Savoie…
Évidemment, le maire Français d'Annemasse a réagi, et menace de porter plainte contre l'UDC. Au sein de ce parti même, tout le monde n'a pas apprécié l'initiative publicitaire de son président local, un certain Soli Pardo. Quant au reste du pays, on assiste un peu partout, et à Genève en particulier, à une explosion d'indignation des autres partis politiques ainsi que des syndicats et associations citoyennes, comme SOS Racisme, qui dénoncent un «matraquage vomitif». Une manifestation est prévue à Genève, jeudi, pour protester contre le racisme anti-frontalier. Comme quoi, on est toujours l'arabe de quelqu'un, n'est-ce pas?
Des sources:
Manifestation contre le racisme anti-frontalier Tribune de Genève Le Temps
P-S M. Poireau a publié le premier billet radioactif, qu'on peut lire dans le noir… À travers Le Monde diplomatique, Eric nous livre ses réflexions sur la crise de la presse. Et grâce à Arf, via Gaël, et Nicolas, je teste ce soir un gadget Twitophile (qui ne marche pas)…








mercredi 2 septembre 2009

Bon anniversaire, colonel Kadhafi!


Alain Joyandet est secrétaire d'Etat à la coopération dans le gouvernement de Nicolas Sarkozy. Non, pardon! Vérification faite, comme il se doit, M. Joyandet appartient plutôt au gouvernement d'un certain François Fillon.
Venons en aux faits: le ministre (on dit M. le ministre aux secrétaires d'état, c'est plus sympa. De même, si vous invitez MM. Giscard d'Estaing ou Chirac à dîner chez vous, le premier aimait bien ça, il est poli de leur donner du «Monsieur le Président», même s'ils ne sont plus rien de ce genre et si vous n'y êtes pas absolument obligé. C'est d'ailleurs la même chose avec un ancien premier ministre, comme M. Rocard, ou l'ancien président de la société de chasse de votre patelin… ), donc venons-en où je voulais en venir… Il ne faut jamais faire de longues phrases sur un blog. Ça fatigue le passant, et il passe trop vite et va voir ailleurs…

Alors voilà: ce ministre, M. Joyandet a été dépêché à Tripoli par N. Sarkozy pour souhaiter à sa place un bon anniversaire au colonel Khadafi. C'était une astuce de l'Élysée, destinée à faire plaisir au seigneur de la Lybie, sans se mettre dans une position délicate vis à vis de l'opinion Française.
Le JDD, où j'ai puisé l'inspiration de ces quelques lignes, rapporte que M. Joyandet aurait notamment déclaré: «La France doit maintenir la pression et sa présence»…
Sur l'instant, j'ai pensé que notre secrétaire d'état était chargé de la noble mission d'intervenir auprès du dictateur en faveur de nos amis suisses. Oui, il se trouve que la Suisse attend désespérément le retour de deux otages (c'est le terme approprié, quoique les hommes dont il est question ne soient pas emprisonnés), retenus par les Lybiens en représailles d'un affront fait à la progéniture du colonel.
M. Sarkozy, on le sait, avait brillamment œuvré à la libération des infirmières Bulgares par le même Kadhafi: on pouvait supposer que solidarité européenne aidant, on allait plaider la cause de nos voisins. Imaginez que le président de la Confédération Helvétique est allé en personne faire des excuses au colonel le mois dernier, et qu'il avait naïvement espéré pouvoir rentrer avec les otages… Bon, inutile de s'étendre, ces deux Suisses sont toujours là-bas. On ne sait pas s'ils ont au moins été invités aux festivités en l'honneur des 40 ans de la prise de pouvoir du génial dictateur.
Notre ministre l'était, invité. Et pour en revenir à la pression qu'il avait semble-t-il mission d'exercer, il s'agissait apparemment de fourguer au colonel ces foutus avions «Rafale», de la maison Dassaut, si difficiles à caser. Je ne sais pas s'il y a songé, mais il aurait sans doute été apprécié par ses hôtes qu'il aille prendre des nouvelles de la santé du dernier héros Lybien en date, le terroriste cancéreux libéré par la Grande-Bretagne en cadeau d'anniversaire. Nos amis Anglais doivent aussi avoir des avions à placer, ou quelque chose du même tabac…
En tout cas, si l'on ne sait pas très bien ce que M. Joyandet a pu dire à son hôte chamarré comme un maréchal d'opéra, le JDD nous rapporte ce qu'il a raconté à notre intention: «les droits de l'homme sont présents en permanence dans mon action». Nous pouvons donc lui faire confiance quand il nous informe que M. Kadhafi «est devenu fréquentable». Nous voilà rassurés.
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P-S. M. Poireau nous offre un quartier d'orange avec une méditation sur le MoDem, Rimbus nous fait partager les entrailles de son blog, et Sarkofrance planche sur la réforme du juge d'instruction…

vendredi 21 août 2009

Assez de fleurs pour Kadhafi!


Kadhafi est à la fête. Depuis qu'il a été réintégré dans le jeu diplomatique, avec les honneurs dûs à un pompiste international, il peut à nouveau tout se permettre. On l'a vu se comporter en goujat lors de ses voyages officiels en France et en Italie, s'en prendre à la Suisse avec une rare impudence, parce qu'on avait osé, dans ce dernier pays, traiter sa progéniture comme elle le méritait. Petit rappel: le fils Kadhafi, Hannibal, descendu sans éléphant dans un grand hôtel de Genève, avait été arrêté en juillet 2008 pour avoir menacé et frappé deux domestiques. Inculpé ainsi que sa femme, il avait dû verser une caution de 312 000 euros avant de retrouver la liberté. Depuis lors, la guerre était déclarée entre la Suisse et le pater familias Kadhafi, outragé par les «mauvais traitements» infligés à son rejeton, et bien décidé à faire payer «ce crime odieux»… Entre autres épisodes de la vendetta lybienne, deux citoyens Suisses se retrouvèrent pris en otages. Il le sont toujours.

Donc Mouammar Kadhafi peut se réjouir: il vient simultanément de lui échoir deux motifs de satisfaction: à Tripoli même, le président de la Confédération Suisse lui a présenté ses excuses au nom du pays, et son homme de main dans l'attentat de Lockerbie, le terroriste Abdelbaset Ali Mohamed Al-Megrahi, a été libéré pour raisons humanitaires par les juges écossais. On avait demandé aux Lybiens de faire preuve de discrétion dans la manière d'accueillir le terroriste, mais celui-ci a été reçu, bien entendu, en héros. Qu'il ne soit sans doute pas le seul responsable d'un crime abominable pour lequel on aurait rêvé que le dictateur en personne fut interpellé à la première occasion et traîné dans un tribunal, n'enlève rien au fait que la foule saluait en lui le tueur de 270 occidentaux.
Les parents des victimes de l'attentat de Lockerbie sont révoltés par une mansuétude qui pue la compromission, la fleur de trop offerte au pompiste du désert dont on convoite le pétrole.
Les Suisses, pour leur part, essaient de comprendre et de digérer la contrition diplomatique de leur président. En réaction, le Mouvement des citoyens genevois va proposer au prochain Grand Conseil une motion demandant que le fils Kadhafi «soit déclaré persona non grata sur le territoire cantonal».
Toute l'Europe devrait les imiter, sans omettre d'étendre l'interdit à la famille entière.
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P-S. pour rester dans le domaine du terrorisme, je signale deux billets à propos de l'attentat de Karachi: «…l'esquisse d'un crime» sur le blog Section socialiste de l'île de Ré et «Karachigate continue», chez Sarkofrance.
P-P-S. Homer nous raconte comment il a sauvé sa femme des crocs d'un chien féroce…

jeudi 30 juillet 2009

Moi aussi j'aime bien les montres…


J'ai hésité. Était-il bien raisonnable en ce moment de parler de montres suisses sur un blog de gauche, sans que cela soit immédiatement interprété comme une fine allusion aux déboires de Julien Dray, ou aux goûts clinquants de Nicolas Sarkozy. C'est un problème, cette passion horlogère du monde politique, de droite à gauche: on n'ose plus évoquer un tic-tac, de crainte d'être accusé de médisance. Bon, il se trouve que l'heure tardive, justement, m'incite à passer outre mes scrupules pour avoir la possibilité d'écrire quelques lignes sur le seul sujet léger qui me vienne à l'esprit ce soir. Léger parce que le temps —justement on parle de lui—, le temps presse, et qu'en cette fin de juillet j'ai la tête aux vacances…
En fait, on comprend que des gens de tout bord soient attirés par cette petite merveille de l'artisanat européen poussé à la perfection, qu'est une belle montre. Pardon, un garde-temps! Une montre digne de ce nom, s'appelle un garde-temps, car on peut lui faire confiance pour ne pas en perdre une seconde.

Je n'ai jamais aimé les bracelets montres à piles. Il y a quelque chose de trompeur dans ces coquilles parfois élégantes, mais réglées par des mouvements que le recours au plastique moderne n'empêche pas d'être balourds. Déjà, sur le simple plan du respect de l'environnement, n'importe lequel de ces objets industriels est une hérésie, avec son circuit imprimé et sa pile bouton bourrés de poisons assez virulents pour faire crever les chevaux d'un régiment. Sur le plan technique, c'est le niveau zéro du talent et de l'ingéniosité humaine, comparativement au savoir faire minutieux que se sont transmis à travers plusieurs siècles nos horlogers.

Mon premier garde-temps, mécanique forcément, vu mon âge, m'a été offert lors de ma communion, comme cela se pratiquait à l'époque dans nos provinces ( la communion, c'est aussi toute une époque). Il était d'une grande simplicité, plaqué or, et a vaillamment fait tic-tac jusqu'à l'approche de ma trentaine. Je l'ai toujours, en état de marche, dans un tiroir où il tient compagnie à plusieurs oignons qui lui succédèrent alors que je traversais ma période rétro. J'eus ainsi la fierté d'arborer au bout d'une chaîne une montre d'argent ayant appartenu à mon grand-père —abritée dans un boîtier protecteur vitré, car il était mineur de fond—, une autre en acier héritée de mon oncle, la dernière en argent ouvré que m'offrit ma compagne…
C'est joli, une montre de gousset, mais peu pratique et capricieux au fil des années. J'ai donc adopté par la suite des gardes-temps contemporains, automatiques: l'idéal, puisqu'ils se remontent au mouvement du poignet. Pas de pile, des calibres suisses bas de gamme, d'une précision suffisante pour mes besoins, et surtout pour ma bourse, puisque je n'ai pas les moyens de m'offrir une pièce présidentielle…
Aujourd'hui, il paraît que des grands noms de l'horlogerie suisse ont trouvé le moyen de simplifier à l'extrême les composants d'un futur modèle tout public —sans que l'on puisse dire qu'il sera toute bourse… Un garde-temps jouissant à la fois de la qualité helvétique, et peut-être un moyen de réconcilier l'électeur ombrageux avec l'habit du moine qu'il souhaite élire?
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samedi 11 juillet 2009

Au pays du secret sans défense

Je me demandais si cela valait bien la peine de faire encore un billet aujourd'hui, au risque d'ajouter la goutte de trop au raz-le-bol qui monte chez moi à propos des blogs —mon blog, ton blog, son blog, vos blogs, nos blogs, les blogs.
Et puis, j'ai pensé à cette étonnante affaire qui se déroule en Démocratie, très loin de chez nous par conséquent, mais cependant tout près par la géographie. Je ne résiste pas à l'envie d'en parler un peu, comme un sourire, ou un pied de nez aux certitudes franchouillardes de la blogosphère.
Nos amis suisses, car c'est chez eux que cela se passe, désignent l'affaire par le nom de ses trois protagonistes: Tinner. Il s'agit de trois ingénieurs de la même famille, le père et ses fils, poursuivis et incarcérés pour avoir livré du matériel nucléaire à la Libye. Le cas de ces trois personnes se complique du fait qu'ils ont par ailleurs reçu un million de dollars de la CIA, en échange de renseignements sur l'état d'avancement des projets d'arme nucléaire de la Libye et de l'Iran…
Comme il faut toujours s'y attendre dans un sac de nœuds international de ce genre, l'exécutif, ou Conseil Fédéral, s'est dépêché de passer tous les documents sensibles au broyeur. En effet, outre d'éventuelles informations sur l'armement atomique, la partie la plus explosive de ces documents concernait en fait les relations entre les Tinner et la CIA.
Des noms d'agents de la fameuse centrale de renseignements risquaient d'être divulgués lors du procès à venir et pouvaient devenir une source de conflit avec les États Unis.
Là-dessus, surprise: des copies de tous les documents ont réapparu dans les archives du Ministère public de la Confédération, ce dont a eu vent le second pouvoir Helvétique, la justice. Depuis lors, se déroule entre eux une partie d'échecs visant à décider qui l'emportera du Conseil ou de la Justice. Le Conseil proclame régulièrement sa décision de détruire les pièces sulfureuses, et les a fait mettre sous clef en lieu sûr, dans cette intention. La justice, requérant l'aide et l'assistance de la police cantonale bernoise, vient pourtant de jouer un coup fumant en perquisitionnant dans les locaux de la police fédérale. Dans cette opération, les juges ont saisi en effet un coffre contenant… la clef du local où sont entreposés les documents en litige. Il faudra maintenant une décision du Tribunal pénal Fédéral pour décider de la suite.
Étonnant, ce conflit ouvert entre exécutif et judiciaire, qui se déroule sous le regard attentif du troisième pouvoir, le Parlement!
Imaginez un instant, seulement un instant, que cela soit arrivé chez nous… Le «secret défense» serait tombé dessus, comme une chape de plomb. Circulez, messieurs les juges, il n'y a plus rien à voir! Il est vrai qu'il faut comparer ce qui est comparable: la France n'est pas une démocratie. Quiconque prétend le contraire, ment.

P-S. Pour en savoir davantage sur l'affaire Tinner, lire:
Le Temps, un article
Le Temps, éditorial
La Tribune de Genève

Les Tinner ont reçu un million de dollars de la CIA


P-S. j'en parlais déjà hier à ceux qui savent lire, aujourd'hui les images des regards "obliques" de MM Obama et Sarkozy sont disponibles un peu partout, notamment chez Ruminances.

mercredi 18 février 2009

Secret bancaire: le premier accroc

En Europe, il y a une seule démocratie, c'est la Suisse. À plusieurs reprises, j'ai exposé ce point de vue ici, je ne vais pas me répéter… La Suisse a beau être démocratique, cela ne l'empêche pas d'avoir des défauts, comme tous les pays.
En particulier, elle n'est pas irréprochable dans le domaine bancaire qui a fait sa prospérité, beaucoup plus encore que son horlogerie portée à la perfection. Deux domaines par lesquels elle exerce un irrésistible attrait sur les nantis de ce monde. Hélas oui, notre sympathique voisine aime assez les sous pour qu'on puisse bigler de son côté quand il est question de paradis fiscal.
Ah, son fameux secret bancaire! Pour paraphraser M. Séguela, on pourrait dire qu'il faut avoir une Rolex et un compte numéroté en Suisse à cinquante ans, sinon, on a raté sa vie. Eh bien, nous qui sommes si nombreux dans ce triste cas, consolons-nous, car le secret bancaire suisse va prendre du plomb dans l'aile. Sa fin n'est certes pas pour demain, ni après-demain sans doute, mais la règle d'airain du secret est fissurée.
En effet, Le Temps nous apprend que la Finma, l'autorité Suisse de surveillance des marchés aurait autorisé l'UBS, l'une des plus importantes banques du pays, à livrer à la justice américaine les noms de 250 clients fraudeurs. Ce n'est pas grand chose sur les 19000 comptes suspects pour lesquels un juge de Floride exige la lumière, pourtant si cela se produit, ce sera une révolution. Pour obtenir ce résultat, les États-Unis ont menacé d'interdire à UBS d'exercer ses activités bancaires chez eux. Ce qui signifierait la fermeture des filiales de la banque…
Des ajustements de doctrine sont en cours, qui devraient permettre de satisfaire, au moins partiellement, le juge ombrageux.
Comme on le voit, les paradis fiscaux ne sont pas totalement à l'abri d'une action énergique, et l'Amérique de M. Obama montre à Nicolas Sarkozy comment il est possible d'agir, au lieu de fanfaronner en vain.

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PS. Aujourd'hui, je vous recommande les blogs de Martine, retour de vacances, et de Didier Goux, qui tire à boulets rouges sur les films d'horreur hollywoodien …

vendredi 19 décembre 2008

Crédit Suisse : PAF dans le bonus !

Les suisses m'étonnent, vraiment. Déjà, j'admire leur démocratie, la seule d'Europe. Cependant, il ne me serait pas venu à l'esprit que je pourrais éprouver une sorte de sympathie pour la face obscure de leur pays: la banque. Et pourtant, le fait est que j'ai envie de dire du bien du Crédit Suisse, une banque Suisse. Juste une petite fleur en passant, il ne faut pas pousser, quand même!
Comme toutes les banques du monde, le Crédit Suisse s'est retrouvé dans la crise avec des produits financiers pourris —ils appellent ça des «actifs toxiques». Plusieurs milliards de pertes. Et savez-vous ce que les helvètes ont imaginé pour, sinon se débarrasser complètement des produits pourris, du moins en diminuer le poids?
Ils ont créé un machin appelé Partner Asset Facility, PAF pour les intimes, comme paf dans le pif. Et dans ce PAF, se retrouvent les fameux actifs toxiques. Jusque là rien d'original, dites-vous? Attendez! Les cadres qui ont contribué à fourrer le Crédit Suisse dans ces mauvaises affaires vont recevoir cette année une partie de leur sacro-saint bonus en titres PAF, le machin à recycler les actifs toxiques…
Autrement dit, l'éventuel bénéfice que ces cadres pourront en tirer sera fonction de l'état sanitaire des titres en question au cours des mois, ou des années à venir.
Bonne idée, non?

Sources : Le Temps -économie Coquelicot : PhotoBlog Aiguebrun

PS. Monsieur Poireau nous parle du boulot dans un billet pudique, mais fort de son humour. Vogelsong rapporte ce que fut le rassemblement pour l'indépendance de la presse, et Trublyonne pointe un bel exemple d'atteinte à la liberté de celle-ci. Enfin, si vous êtes curieux du milieu des blogueurs, je vous recommande de lire le billet d'Éric…