jeudi 16 juillet 2009

Ceux qui luttent

Mediapart publie une carte saisissante des conflits sociaux en France et nous annonce que 600 000 emplois pourraient être perdus cette année. Il ne se passe guère de jour sans que la radio nous informe de la fermeture d'une entreprise importante, parfois accompagnée de sa délocalisation. En période «normale», une délocalisation, c'est choquant, en temps de crise c'est de la délinquance entrepreneuriale et les dirigeants des sociétés coupables devraient être traduits en justice. Ce n'est pas le cas, évidemment, dire cela relève même de l'incantation stérile, puisque nous vivons dans une société aux mains du monde des affaires, et que l'immoralisme de ce dernier prévaut en toutes choses. Pour le commun des mortels, néanmoins, le jugement porté sur l'ensemble des acteurs de l'injustice sociale, qu'ils appartiennent au pouvoir ou au patronat, se fait d'autant plus sévère que s'aggrave le constat de ce que nous avons perdu ces dernières années. La mondialisation, élan d'enrichissement spectaculaire de la classe des nantis, a servi d'outil pour casser petit à petit notre protection sociale au sens large, de la santé à la réglementation du travail, et au pouvoir d'achat. Dans un retour vers le capitalisme brutal du XIXe siècle, les salariés redécouvrent l'âpreté des luttes, On séquestre désormais les patrons, on mine des usines ou les richesses que l'on a produites, et l'on menace de tout faire sauter pour se faire entendre de tous les décideurs. Du coup, la presse que l'on appelait «bourgeoise», mais qui est plus simplement celle qui soutient la matraque néo-capitaliste, titre en serrant les fesses. «Le dangereux dérapage des conflits sociaux», écrivait au printemps Le Figaro, qui, maintenant traite les révoltes ouvrières avec une discrétion remarquée. Les réactions de légitime défense des travailleurs se multiplient: Chatellerault, Tonneins…
Et l'on entend s'inquiéter les spécialistes des problèmes sociaux; leurs propos sonnent comme autant d'objurgations au respect de l'ordre établi adressées aux syndicats. Un langage que les appareils syndicaux, non seulement comprennent, mais font peut-être leur, car ces actions désespérées se font souvent contre leur volonté. Les commentateurs condescendent à comprendre, tout en condamnant ces écarts de la loi, laquelle permet aux forts de faire ce qu'il leur plaît, pourvu qu'ils feignent d'y mettre quelques formes, et exige des faibles qu'ils s'inclinent toujours. On n'a pas à donner de conseils à ceux qui se battent pour leur pain quotidien quand on est soi-même plus ou moins à l'abri. On peut néanmoins décider qu'il est temps de parler de la violence sociale telle qu'elle est. Une violence exercée par le patronat de l'état sarkozyste, à l'encontre de salariés qui ne demandaient qu'à vivre en paix de leur travail, ce qui leur donne le droit de se défendre comme ils l'entendent. Quand des gens sont réduits au chômage, les dégâts infligés à leur vie familiale et sociale, à leurs biens matériels, deviennent vite perceptibles. Pourquoi devrait-il en aller autrement pour les responsables?

P-S. l'échange d'amabilités entre M. Aubry et M. Valls a suscité beaucoup de réactions dans les blogs, notamment chez Nicolas, Hypos, Slovar, et Vasseur, mais j'en oublie!
D'autre part, Peuples nous livre une réflexion sur la gauche et le PS qui mérite notre intérêt.

mercredi 15 juillet 2009

La chaîne des lamentations…

Une journée s'achève, qu'il me semble commencer à peine. J'ai l'impression qu'il est un peu tard pour prendre connaissance des nouvelles que je n'ai pas entendues, ou réagir à l'actualité du 15 juillet 1789—quand Delanoë n'était pas encore venu au monde, et qu'un certain Bailly fut proclamé maire de Paris. Quelque chose me dit que les lecteurs de blogs s'en fichent… Le mieux à faire, dans ces cas là, c'est de soulever son coude pour voir s'il n'y aurait pas, dans les papiers coincés dessous, quelque chaîne de blog en attente. Ça tombe bien, j'en ai une! C'est Skeptikos, envoyé aux galères par Kag et Nelly, qui me l'a collée au début du mois. Je ne me suis pas pressé d'y répondre, faute d'accrocher à son thème, mais le moment me paraît venu de le faire.
Il s'agit d'entonner quelques plaintes inspirées par le désormais fameux paradoxe de Sarkozy: «Est-ce qu’il est normal que le dimanche quand Madame Obama veut avec ses filles visiter les magasins parisiens, je dois passer un coup de téléphone pour les faire ouvrir ?»

Est-ce qu'il est normal que le mercredi, quand la moitié de la blogosphère parle d'Orelsan, et que l'autre moitié s'injurie en commentaires, je doive chercher sur internet de qui on cause?
En tout cas, j'ai cherché, et j'ai trouvé chez Marc Vasseur qu'il s'agit peut-être, selon Frédéric Mitterrand, d'un Rimbaud de notre temps.
Vasseur cite des vers d'Orelsan, tirés de «Sale pute», dont j'ai retenu celui-ci:
«T'es juste bonne à te faire péter le rectum, même si tu disais des trucs intelligents t'aurais l'air conne»
Et mon confrère blogueur a l'excellente idée de rapprocher une œuvre de Rimbaud de celle d'Orelsan. Pour ce faire, il a choisi «Le bateau ivre»… Pour ma part, je citerai deux vers rimbaldiens empruntés au «Sonnet du trou du cul», afin de rester dans le contexte périnéo-anal:
«Obscur et froncé comme un œillet violet
Il respire, humblement tapi parmi la mousse»…

Est-ce qu'il est normal que toute l'année, quand un avion se crashe, et qu'on nous raconte que le transport aérien est le plus sûr en nombre de passagers / kilomètres parcourus, je doive réfléchir si longtemps? Dans le crash Rio-Paris, par exemple, j'aimerais savoir combien chacune des 228 victimes avait parcouru de kilomètres en aéronef dans sa vie, et combien en voiture depuis sa naissance?

Est-ce qu'il est normal, quand M. Valls est menacé d'exclusion pour des propos peu charitables envers son parti, le PS, que je doive passer un coup de fil à Martine Aubry pour lui rappeler que Jack Lang et Michel Rocard ont fait pire? Est-ce qu'il est normal qu'on m'ait refilé un faux numéro aux renseignements, je vous le demande?

Est-ce qu'il est normal, qu'aux urgences de l'hôpital de Draguignan, le 14 juillet, il faille attendre quatre heures et demie pour savoir si vous avez un poignet cassé, et qu'on vous renvoie chez vous sans radio, parce qu'il faudrait attendre au moins quatre heures de plus?

Est-ce qu'il est normal, quand je pense qu'il est temps de refiler cette chaîne à deux ou trois personnes et de passer à autre chose, je doive redémarrer mon ordinateur parce que mon navigateur s'est planté? Ce sera donc Bah!?by cc, Peuples, Ruminances, Manuel, Eric

mardi 14 juillet 2009

L'étoffe des présidents

La France est dirigée par un président cabotin, incapable de lâcher les feux de la rampe un seul jour. Ce 14 juillet 2009 en fournit une illustration supplémentaire. Après la représentation du château de Versailles, devant le Congrès, on aurait pu penser qu'il se contenterait du succès d'estime remporté ce jour là auprès du public de droite, et qu'il limiterait son activité à signer quelques autographes par ci par là, en des lieux peu propices au lancer de tomates… Eh bien, non! hier soir, nous eûmes une reprise à la télévision, et aujourd'hui on nous annonce un bis de notre vedette nationale dans son show présidentiel…
Je ne sais pas pourquoi, songeant à cela, je me suis demandé quelle vision de l'histoire de France pouvait bien avoir ce cancre élevé au trône républicain —je sais, les deux mots ne vont pas ensemble, comme Sarkozy et démocratie. Et sur cette lancée, me sont revenues en mémoire les paroles d'un possible politicien en herbe, rencontré un jour dans une école. Comme on lui demandait ce qui était arrivé le 14 Juillet 1789, il médita quelques instants la chose intensément, les joues gonflées d'un soupir retenu, le regard perdu dans la contemplation d'un train qui passe au loin, puis se jeta à l'eau et nous livra avec aplomb une réponse dont je n'ai jamais oublié l'essentiel: «c'est quand les tiers états ont fait le serrement du jus de pomme contre le riverain, à la Bastille»… Il se trompait de mois et de vocabulaire, bien entendu, mélangeait la prise de la Bastille et le serment du jeu de paume, mais on pouvait y retrouver l'essentiel de la mélodie patriotique. Si l'on tient compte de son jeune âge, une dizaine d'années environ, ses propos n'étaient par ailleurs guère plus vaseux que ceux de M. Sarkozy en certaines occasions, comme la fameuse réponse au sujet du mystère Karachi. Avec le recul et les nouvelle normes républicaines, je me dis que cet enfant là sera peut-être un jour président, il en avait l'étoffe.

Image: citoyens de Marsillargues, en route pour prendre une autre Bastille le 14 Juillet 97…

P-S. Un excellent billet sur la justice et le jury populaire est à lire chez Monsieur Poireau

lundi 13 juillet 2009

Humeurs de juillet

L'actualité de ce 13 juillet me semble morne comme celle d'un 15 août. Aucune nouvelle pour allumer chez moi la moindre envie de rire, de ricaner, de m'attrister, ou de mordre les mollets de la sarkozie sans qu'elle y prenne garde. Ce n'est pourtant pas que les informations qui suintent de l'été soient dénuées d'intérêt à mes yeux, mais elles me barbent et je n'y peux rien.
Ce soir, par exemple, Nicolas Sarkozy a décidé de jeter à bas les traditions présidentielles du 14 juillet. Il va nous faire le 13, le discours du 14. Quel homme, quand même! Il nous pond une révolution par semaine. Évidemment, je ne l'écouterai pas, et me contenterai des innombrables exégèses qui suivront sur les ondes et dans la presse… Ce soir aussi, commenceront, paraît-il, les festivités rituelles de tout ce que nos banlieues comptent de petits cons odieux, avec leurs incendies de voitures. En tout cas, c'est ce que j'ai vu annoncé ici ou là… Je peux comprendre la révolte, je peux comprendre la violence, même si je ne l'approuve pas —toujours présente au fond de nous, plus ou moins domestiquée—, mais la bêtise de celle-là, qui de surcroît s'attaque aux biens de gens modestes, m'accable. Je reproche à ces jeunes d'être sans dessin, de n'avoir aucune colonne vertébrale dans leur rébellion. D'être sans culture politique. Dans l'agitation sociale aussi bien que dans la vie normale, les gens totalement incultes me pèsent.
L'énergie de ces vrais sauvages serait mieux employée à défendre notre société contre un autre vandalisme, celui de l'état sarkozien. Par exemple, il y aurait lieu de s'opposer de front au détroussement de notre Sécu par Nicolas Sarkozy, au bénéfice de receleurs de l'assurance privée. Le fait qu'il se trouve dans son entourage familial des gens ayant intérêt à une privatisation toujours plus poussée du système de santé, est un élément aggravant. Et le fait que M. Sarkozy nous prépare des mesures scélérates en ce domaine, au moins aussi sensible que l'emploi et les retraites, est un véritable motif d'explosion. De ces explosions qui bouleversent les républiques les plus arrogantes.

dimanche 12 juillet 2009

Suber du dimanche…



Comme d'habitude, il s'agit de trouver le prénom et le nom d'une personnalité du monde politique, dans un rébus quelque peu tiré par les plumes, cette fois…

samedi 11 juillet 2009

Au pays du secret sans défense

Je me demandais si cela valait bien la peine de faire encore un billet aujourd'hui, au risque d'ajouter la goutte de trop au raz-le-bol qui monte chez moi à propos des blogs —mon blog, ton blog, son blog, vos blogs, nos blogs, les blogs.
Et puis, j'ai pensé à cette étonnante affaire qui se déroule en Démocratie, très loin de chez nous par conséquent, mais cependant tout près par la géographie. Je ne résiste pas à l'envie d'en parler un peu, comme un sourire, ou un pied de nez aux certitudes franchouillardes de la blogosphère.
Nos amis suisses, car c'est chez eux que cela se passe, désignent l'affaire par le nom de ses trois protagonistes: Tinner. Il s'agit de trois ingénieurs de la même famille, le père et ses fils, poursuivis et incarcérés pour avoir livré du matériel nucléaire à la Libye. Le cas de ces trois personnes se complique du fait qu'ils ont par ailleurs reçu un million de dollars de la CIA, en échange de renseignements sur l'état d'avancement des projets d'arme nucléaire de la Libye et de l'Iran…
Comme il faut toujours s'y attendre dans un sac de nœuds international de ce genre, l'exécutif, ou Conseil Fédéral, s'est dépêché de passer tous les documents sensibles au broyeur. En effet, outre d'éventuelles informations sur l'armement atomique, la partie la plus explosive de ces documents concernait en fait les relations entre les Tinner et la CIA.
Des noms d'agents de la fameuse centrale de renseignements risquaient d'être divulgués lors du procès à venir et pouvaient devenir une source de conflit avec les États Unis.
Là-dessus, surprise: des copies de tous les documents ont réapparu dans les archives du Ministère public de la Confédération, ce dont a eu vent le second pouvoir Helvétique, la justice. Depuis lors, se déroule entre eux une partie d'échecs visant à décider qui l'emportera du Conseil ou de la Justice. Le Conseil proclame régulièrement sa décision de détruire les pièces sulfureuses, et les a fait mettre sous clef en lieu sûr, dans cette intention. La justice, requérant l'aide et l'assistance de la police cantonale bernoise, vient pourtant de jouer un coup fumant en perquisitionnant dans les locaux de la police fédérale. Dans cette opération, les juges ont saisi en effet un coffre contenant… la clef du local où sont entreposés les documents en litige. Il faudra maintenant une décision du Tribunal pénal Fédéral pour décider de la suite.
Étonnant, ce conflit ouvert entre exécutif et judiciaire, qui se déroule sous le regard attentif du troisième pouvoir, le Parlement!
Imaginez un instant, seulement un instant, que cela soit arrivé chez nous… Le «secret défense» serait tombé dessus, comme une chape de plomb. Circulez, messieurs les juges, il n'y a plus rien à voir! Il est vrai qu'il faut comparer ce qui est comparable: la France n'est pas une démocratie. Quiconque prétend le contraire, ment.

P-S. Pour en savoir davantage sur l'affaire Tinner, lire:
Le Temps, un article
Le Temps, éditorial
La Tribune de Genève

Les Tinner ont reçu un million de dollars de la CIA


P-S. j'en parlais déjà hier à ceux qui savent lire, aujourd'hui les images des regards "obliques" de MM Obama et Sarkozy sont disponibles un peu partout, notamment chez Ruminances.

vendredi 10 juillet 2009

Lala à l'Aquila, le blog 2

Ah! mes amis, je suis épuisée! J'arrive tout juste du centre-ville de l'Aquila, où notre groupe des premières dames avait une visite organisée. Pendant que nos hommes travaillaient dur au sommet, on nous a montré les conséquences du tremblement de terre. Comment vous décrire mon émotion? Les mots me manquent, il n'y en a qu'un qui me vienne à l'esprit: sublime. Pour celles d'entre vous qui connaissent un peu Rome, imaginez les ruines antiques du Forum romanum… Vous voyez? Eh bien, à l'Aquila, c'est un peu comme ça, mais en tout neuf! Des murs écroulés, des tas de pierres, des poutres… On voit que ce n'est pas encore tout à fait fini, il y a des grues et des échafaudages un peu partout. C'est dommage pour l'effet antique, mais le temps leur a sans doute manqué pour terminer avant le sommet. Et ce qui est extraordinaire, c'est que là, il y a des vrais gens qui animent le site, à la différence du Forum où l'on ne voit que des touristes. Sylvio les a fait tenir à l'écart pendant notre visite, pour les empêcher de nous assaillir de demandes d'autographes, mais on les voyait de loin, chaleureux et modestes comme savent l'être si bien les Italiens. Il y avait par exemple un petit groupe de femmes follement pittoresque, avec une banderole qui les présentait: «The last ladies». Trop chou, vraiment!
À part ça, la politique devient de plus en plus compliquée ici. Ainsi, je dois vous avouer que hier, je me suis trompée dans les G… J'avais oublié le G1, qui est formé par l'Egypte à elle toute seule… Et il y a aussi des petits g (comme garnements, hihi!) en nombre indéterminé. Parmi ces derniers, il y a le maréchal Mouammar Kadhafi. Quand on nous a dit qu'il était arrivé, avec Sarah nous avons craint de devoir partager l'autocar d'excursion avec tout un harem de premières dames… Bon, je ne voudrais pas créer un incident diplomatique en tenant des propos déplacés, alors j'arrête là-dessus.
À propos d'incident diplomatique, il faut que je vous dise que cette pimbêche de Carla choque tout le monde ici. Déjà, le premier soir, elle n'est pas venue au cocktail du Saint-Père, et depuis, elle fait bande à part. C'est bien simple: le journal de Sylvio l'accuse de goujaterie et la traite de snob! Et quand «Il Giornale» écrit ça, on peut dire que c'est Sylvio lui-même qui l'a écrit…
Entre parenthèses, elle ferait mieux de surveiller son Sarkozy de mari, la Carla, parce que entre nous, en ce moment il constitue, avec mister Obama, le principal sujet de conversation … Je sens que vous brûlez de curiosité! Allez, je vous dis tout, mais ne le répétez pas. Nicolas Sarkozy et Barak Obama ont été surpris en train de loucher sur les fesses d'une Brésilienne! Oui, oui! Un photographe a même saisi leurs regards…
Voilà, je crois que ça sera tout comme nouvelles pour aujourd'hui, sinon qu'il est question d'organiser plutôt la prochaine fois un G14, mais je ne sais pas encore s'il aura lieu après le G20 de septembre, ou avant…

P-S. À lire sur Lait d'Beu, un billet fouillé sur le travail du dimanche, et un rappel: le blog de Rébus a changé d'adresse, la nouvelle est ici