jeudi 19 novembre 2009

Politique à la maison

Le métier politique se corse, ces derniers temps. Normalement, ce n'est qu'avec des pincettes que j'associe le mot «métier» à celui de «politique», tant cet assemblage me choque. Pour plagier la dernière lubie du mangeur de honte de la République, M. Besson, ministre de l'immigration et de l'identité nationale, je dirais volontiers qu'il s'agit là d'un mariage gris. Une escroquerie démocratique à but carriériste, comme il parle «d'escroquerie sentimentale à but migratoire» dans le dessein de stigmatiser les couples d'origines mixtes Français / étrangers… Mon intention n'est pourtant pas de m'en prendre ce soir à ceux qui fondent une carrière sur la politique, mais presque de les plaindre, pour une fois.

Imaginez: l'idée médiatique à la mode en ce moment, c'est de faire inviter un responsable politique par une famille française. La Chaîne Parlementaire et Dailymotion, s'y mettent déjà… Bientôt TF1 peut-être, puis les chaînes du service présidentiel? Oui, franchement, je les prends un peu en pitié, nos hommes et femmes politiques qui, après une journée chargée, passée à remplir les obligations de leurs mandats, sans compter les participations aux débats et interviews inévitables, vont devoir s'appuyer une soirée questions-entre-quatre-yeux (ou plus).

Ça me rappelle certaines fins de journées héroïques de mon petit métier à moi, lorsqu'on va gaiement à la rencontre de jeunes lecteurs… Trois classes le matin, trois classes l'après-midi, à répondre aux questions, à parler, parler jusqu'à la limite de l'extinction de voix… Eh bien, il arrive après ça, alors que vous êtes à des centaines de kilomètres de chez vous, que l'on vous loge chez l'habitant plutôt qu'à l'hôtel. Ah, les braves gens! Ils sont toujours sympas, accueillants, avec des enfants géniaux qui adorent la lecture… Et vous vous tapez la dernière «animation» de la journée, alors que vous rêvez de plumard et de silence.

Donc, il se pourrait bien que pendant quelque temps au moins, certains grands élus des deux sexes aient à rajouter le dîner chez l'habitant à la palette de leurs activités. Pour l'heure, il ne semble pas prévu de remake des fameux repas en famille de M. Giscard d'Estaing, avec Nicolas Sarkozy dans le rôle-titre, mais ça viendra… En attendant, Vincent Peillon a inauguré ce nouveau style de téléréalité pour Dailymotion, dont l'émission «Politique à domicile» est diffusée sur internet.

C'est toujours un peu périlleux d'essuyer les plâtres, et de servir peut-être à mettre en lumière certains défauts du concept qui seront corrigés par la suite, au bénéfice d'un adversaire politique. D'un autre côté, il a tout de même de la chance: le genre démarre, on ne se bouscule pas encore pour s'attabler chez les gens. Et puis, on lui a déniché une famille d'intellectuels aptes à tenir le débat à un niveau valorisant. Imaginez que ce soit déjà la cohue, que les vedettes politiques se retrouvent à courir la gamelle pour toutes les chaînes de télévision…

Les aléas de l'organisation auraient pu conduire à ce que M. Peillon fût invité au second étage d'une HLM, par Dailymotion, cependant que Ségolène Royal dînait au troisième pour France 2. J'entend d'ici les éclats de voix, les rires stridents de celle-ci, peut-être ses trépignements de talons, juste pour embêter son rival au-dessous. Et celui-ci, rouge de colère, qui finit par taper au plafond avec un manche à balai! Ça ferait de l'audimat, mais pas sûr que l'image de nos élus y gagnerait…

On peut évidemment concevoir des conjectures moins tragiques pour la gauche, et trouver une table pour Mme Aubry au premier, tandis que Frédéric Lefevbre devrait se contenter d'un sixième sans ascenseur, essuyant les quolibets de tout l'immeuble. Quoi qu'il en soit, si la mode s'installe, nos politiques finiront par la trouver saumâtre.

P-S. D'autres billets à lire à propos de la chaîne «Qu'est-ce qu'un blog», c'est sur Tes reins et terroirs, et chez Rimbus

mercredi 18 novembre 2009

Si on parlait blog, pour changer?

Yann Savidan et Nicolas se sont demandé ce qu'est un blog, et le premier, qui est un professionnel du blogage, m'a invité à vider mon sac à ce propos. C'était la semaine dernière, il faut que je me dépêche de gratter les restes d'intérêt qu'ils ont abandonnés pour combler mon manque d'inspiration aujourd'hui. Non, je n'ai pas envie de parler de l'actualité politique, particulièrement rébarbative en ce moment. Rébarbatif ne veut pas dire sans importance, notez bien, simplement je trouve les derniers événements trop rudes et ennuyeux.

Prenez le clash entre Ségolène Royal et Vincent Peillon… Il me navre comme si je voyais après un accident grave, deux éclopés de ma famille se bagarrer à l'hôpital avec leurs béquilles. Pas envie de parler de ça, j'ai un peu honte. Ce qui me ferait plaisir et me stimulerait sans doute, ce serait que le PS nous annonce qu'il va livrer bataille pour bâtir une 6e République, complètement différente des précédentes. Aussi gouvernable que l'ancienne, mais réellement contrôlée par les représentants du peuple, et lui reconnaissant le droit d'avoir le dernier mot. Je parierais que la paix reviendrait vite entre les candidats à l'investiture pour la présidentielle. Et si ce n'était pas le cas, cela n'aurait aucune importance: on s'en ficherait, vu que n'importe qui ferait l'affaire.

Donc je ne parle pas de ça, ni du grand emprunt qui sera réservé aux marchés, parce que je n'ai pas encore compris à quoi il va servir et qui va le rembourser, étant donné le niveau actuel de la dette nationale. Les enfants des enfants des enfants de nos enfants?

Un moment, j'ai cru entrevoir une lueur d'espoir du côté de François Fillon au congrès des maires de France. C'était hier, du réchauffé certes, mais il y avait de quoi en tirer peut-être une fiction amusante. Nos magistrats municipaux priés de se déchausser avant d'entrer dans la salle, pour éviter au premier ministre de succomber sous des tirs nourris de tatanes… Et pendant ce temps, l'autocrate qui s'est mis au vert —enfin, au sable plutôt… Inutile de m'étendre: l'idée s'est étiolée à peine envisagée. Comment restituer les affres de ces braves maires, affolés de devoir encore augmenter nos impôts locaux, après la disparition de la taxe professionnelle? C'est souvent sympathique, et en principe toujours utile, un maire.

Ce n'est pas par hasard, d'ailleurs, que j'ai parlé de maire à ce point de mon billet: ce blog est né en réaction à l'élection contestable de celui qui fut à la tête de mon village jusqu'au printemps dernier. Pendant quelques mois, après les municipales, je dois reconnaître qu'il a été la cible privilégiée de mon ironie, tandis que je m'étais joint à ceux qui voulaient obtenir sa démission. Je ne regrette pas d'avoir fait ce choix, mais lorsque je regarde en arrière, il y a une justice que je voudrais rendre à cet homme…
J'ai perdu des amis avec mes premiers billets, des fossés se sont creusés avec certaines personnes, des gens ont cessé de me saluer du jour au lendemain: rien d'extraordinaire, au fond, mais cela engendrait quelquefois une tension éprouvante. Il y avait pourtant quelqu'un qui ne détournait jamais la tête sur mon chemin, qui offrait à l'occasion une poignée de main, répondait à mon bonjour, et rendait sourire pour sourire, une lueur malicieuse dans le regard: c'était l'adversaire, le maire.
Il se trouve qu'il choisit plus tard de démissionner, mais c'est la maladie qui l'y poussa, car le conflit s'était assoupi depuis longtemps…

Pour moi, un blog c'est d'abord ça, un outil pour ouvrir sa gueule, dire ce que l'on pense de la marche des choses: celles de sa commune, celles du pays si l'on se passionne pour la politique, celles du monde, quand on a un gros appétit.
C'est accessoirement un endroit pour m'obliger à écrire quotidiennement ou presque, en m'amusant autant que possible, mais c'est une autre histoire.
Puisque je suis revenu à la chaîne de Nicolas, il me faut dire aussi la différence que je vois entre un blog, et un site comme LePost… Et je vais botter en touche: ce n'est pas comparable. Le Post est une grosse machine avec une équipe de vrais journalistes produisant du contenu, au même titre que les blogueurs qui y sont hébergés. J'ai moi-même une page chez eux, et chaque article y trouve apparemment beaucoup plus de lecteurs que sur le Coucou… Néanmoins, ici, je gère le blog, le décore comme il me plaît, j'applique ma propre charte morale. Je suis chez moi.

P-S. Puisque je suis dans une chaîne, je vous invite à lire le billet de Constance, sur le thème de mon billet d'hier…

P-S du 19 novembre: l'une des personnes évoquées sur un ton de plaisanterie dans la première version de ce billet, ancien maire de Claviers, est décédée ces jours derniers. Je l'ignorais ce matin encore, et du coup, j'ai modifié un paragraphe qui me paraissait soudain malvenu. Je présente mes excuses et mes condoléances à la famille.

lundi 16 novembre 2009

Vous prendrez bien une page d'édulcoré?

Cela vaut-il la peine de polémiquer sur la manière de s'opposer au pouvoir actuel avec le média populaire qu'est internet? Non, parce qu'il s'agit généralement de se renvoyer des monologues à la figure, et que le blogueur moyen est une personne hautement inflammable. Qu'il soit jeune ou vieux, il est en effet, le plus souvent, un écrivassier brutal envers le contradicteur, et d'une sensibilité exquise pour tout ce qui le concerne —comme l'on parle en médecine de douleur exquise. Car le blogueur qui se respecte n'a pas que lire à faire, il doit commenter, et mener aussi une vie hors du web. C'est pourquoi, même lorsqu'il sait lire un peu, il saisit une intention au vol, butine quelques mots, avec un goût prononcé pour des épithètes jugées significatives, et dégaine aussitôt. Avez-vous effleuré par dessein ou inadvertance le siège de sa vanité? Il vous fusille, et tant pis si vous cohabitez dans la même famille de pensée: sur le web comme en Chine, il est capital de sauver la face.

D'un autre côté, oui, cela vaut la peine de polémiquer, dès l'instant où l'on aimerait qu'au moins la blogosphère amie, plus gribouille que sauvageonne, ne lui en déplaise, devienne une compagnie présentable à la ville…

Ces jours-ci, j'ai supprimé de ce blog un commentaire dont la dernière partie était à l'évidence d'une hargne assassine (autant par mesure de prophylaxie destinée à m'épargner d'éventuelles poursuites, que par désaccord profond avec l'idée exprimée).
Le lendemain, la question de la censure étant récurrente dans la blogosphère, j'ai apporté mon soutien à Nicolas qui s'exprimait précisément sur le sujet dans un article. Une polémique en découla sur l'opportunité de se «lâcher» vis à vis du président de la République, afin de le ridiculiser dans l'esprit du lecteur par des mots visant son physique.

C'est une vieille arme que le pamphlet, et l'on pourrait, remontant le temps, en trouver de particulièrement grossiers. Il faut se souvenir qu'ils s'attaquaient à de réels despotes, à la différence de notre autocrate d'opérette appelé à disparaître de la scène à l'issue du deuxième acte électoral, au plus tard. Leurs auteurs risquaient la Bastille, quand on ne les saignait pas au coin d'une rue. Le châtiment encouru, l'iniquité absolue du régime en place, inclinent à respecter jusqu'à la bassesse de certains propos.

C'est aussi une ancienne tradition dans certains milieux politiques ou cercles de pensée que de railler les particularités physiques de l'adversaire ou du bouc émissaire. Une spécialité d'extrême droite pour caricaturer les juifs, notamment. Se retrouver à partager le plat de merde de ces gens là dénote pour le moins un manque de flair navrant. C'est pourtant ce que font nombre de blogueurs qui m'inspirent par ailleurs de l'estime, avec lesquels du moins, je crois avoir en commun certaines espérances.

Lorsque l'on veut épingler les ridicules de Nicolas Sarkozy, puisqu'il est notre cible favorite, on doit le faire en situation, lorsqu'il prête lui-même le flanc au trait blessant, et non pas en émaillant des billets plus ou moins bâclés de perles injurieuses dont la répétition finit par lasser le lecteur. Je n'ai jamais manqué pour ma part les occasions de le caricaturer, puisque la satire m'amuse. Cependant, qui peut croire que l'opposition l'emportera parce que quelques poignées de convaincus incultes et à l'appétit peu délicat, se seront tapé sur le ventre devant leurs écrans, en déchiffrant la prose haineuse du taulier? Certains imaginent que la chute de Nicolas Sarkozy à 39% de popularité sonne sa défaite trois ans à l'avance, mais avec 39% de voix au premier tour, il l'emporterait encore largement devant n'importe quel adversaire. Il faut convaincre bien au-delà de nos minuscules cercles de sympathies, si l'on veut que l'opposition l'emporte demain. Faire des blogs de gauche des médias citoyens de meilleure qualité peut modestement y contribuer.

C'était un essai de réponse à la chaîne sur «l'édulcoré», lancée par Poison-Social. Ah! Ce n'était pas une chaîne? Alors je ne tague personne, sauf Wallen, Jeffanne, Constance, et M. Poireau, qui de toute façon s'en fichent…


dimanche 15 novembre 2009

Nicolas Sarkozy n'est pas joueur

On sait que notre président, lorsqu'il ne court pas, et n'a rien de particulier à annoncer aux médias, s'assoit volontiers au salon, près de sa romantique épouse qui caresse sa guitare d'une main gracile car romantique, en fredonnant une chanson forcément romantique. Le président a le sourire bénin d'un homme qui s'apprête à savourer une heure ou deux d'intense bonheur romantique, bercé par la voix de la première dame de France, tandis qu'il mettra de l'ordre dans sa collection de timbres. Eh bien, sachez-le: jamais Nicolas Sarkozy n'a profité de ses loisirs pour se pencher sur les rébus de ce blog! Il n'est pas joueur. Ou bien, il a eu peur de signer une bêtise? En tout cas, vous ne trouverez pas son nom dans les commentaires laissés par les joueurs de cette semaine. À moins que ce ne soit lui, l'Anonyme dont j'ai supprimé la réponse —exacte au demeurant, mais l'anonymat n'est pas accepté ici. C'est pourquoi, je vous informe sans regret que vous ne trouverez pas Nicolas Sarkozy parmi les gagnants de ce soir, qui sont, par ordre d'arrivée: la Mère Castor et monsieur, Fidel Castor, qui se sont associés pour résoudre le rébus, suivis de Céleste, puis de Macao, et enfin Epamin'


Le rébus du dimanche




Trouverez-vous dans ce rébus le prénom et le nom d'une personnalité du monde politique —qui peut être vivante ou décédée, et appartenir à n'importe quelle région du monde? Si nécessaire, cliquez sur l'image pour l'agrandir… À vous de jouer!
(les commentaires sont modérés pour tenir les réponses secrètes jusqu'à ce soir)…


samedi 14 novembre 2009

La République de Nicolas Sarkozy

Cette semaine notre président, qui n'est jamais aussi grand que lorsqu'il monte sur les épaules de Charles de Gaulle, et n'a d'aussi hautes vues qu'en s'exprimant à la montagne, notre président a livré sa conception de l'identité nationale. C'est du moins le sentiment que ses conseillers en communication voulaient sans doute nous transmettre, mais la réalité fut décevante.

On s'en doute, de Gaulle aurait mis sa maîtresse, la France, au sein de cette identité nationale, un idéal désincarné, réceptacle du génie de notre peuple. Je n'ai jamais eu l'impression, de son vivant, que sa France était pétrie de Français, il n'avait qu'une médiocre opinion de la masse de ses compatriotes.
De ce point de vue, je me sens un type dans son genre, en plus petit, bien sûr, mais je m'égare.… D'autant que ma France idéale est très Suisse —raison pour laquelle je ne me suis guère étendu sur le rêve français, sujet de mon billet d'hier.

Donc, Nicolas Sarkozy, dont la relation à la mère patrie est vraisemblablement moins passionnelle que celle de son illustre prédécesseur, place pour sa part «la République» au cœur de l'identité nationale. S'il s'agissait des valeurs républicaines, et de l'héritage de la Révolution que l'on peut résumer par notre devise: liberté, égalité, fraternité, on pourrait presque applaudir. Presque, parce qu'il ne faudrait tout de même pas oublier que M. Sarkozy mène une politique qui met peu ou prou à mal chacun de ces termes. Cependant, la République se résume pour lui à autre chose: la souveraineté de la nation, l'autorité, l'égalité des chances, le travail, la laïcité…

On remarque d'emblée qu'il place un repeint de pudeur sur la souveraineté du peuple, en collant la nation à la place de celui-ci, un concept impeccable, certes, mais un peu glacial et de connotation ombrageuse, qui ne parle guère à l'esprit des gens.
C'est qu'il ne s'agirait pas que les Français se prennent pour les vrais patrons.

L'autorité: on ne sait où il a été pêcher cette valeur républicaine, mais incontestablement, M. Sarkozy sait en user et en abuser.
Sur l'égalité des chances, on connaît aussi sa ferveur: ce n'est pas parce que l'on est trop bien né que l'on a moins de droits que les autres.
Le travail: la république appartient à ceux qui font des heures supplémentaires, surtout le dimanche.
La laïcité: après l'avoir voulue positive, et considérablement diminué le nombre et les moyens de ceux qui sont les premiers en charge d'en inculquer les principes aux jeunes Français, les enseignants, M. Sarkozy s'est soudain avisé qu'il existe un phénomène ultra minoritaire, le port de la burqa, à dénoncer. De quoi recouvrir d'une mousse épaisse le renforcement continu de l'enseignement privé religieux au détriment de l'Education nationale.

Si l'on se rappelle ses précédents propos sur les valeurs de la famille et de la terre, mon entrée en matière est déplacée. Ce sont les mânes de Pétain qu'il faudrait plutôt convoquer ici.

P-S. Comme le temps m'a manqué pour lire des blogs, je vous conseille une visite chez Yann, qui nous propose une revue de la semaine, sans oublier Défaut d'entrain, le dernier texte de Marie-Georges, de retour au clavier.


vendredi 13 novembre 2009

Rêvez-vous Français?

Depuis quelque temps, j'ai sur un coin de bureau un sujet de chaîne que m'a collé le sympathique Boris. J'ai beau lorgner de temps à autre vers la note qui me rappelle cette attente, en espérant que l'inspiration vienne: c'est le calme plat. Il s'agit rien moins que de donner ma version de ce que pourrait être le rêve français, en écho au rêve américain, dont Boris s'est inspiré au départ. Nicolas a déjà livré à sa suite son Rêve de France…, et moi je suis bien embêté.

Ils sont jeunes, ils ont des idées bien précises de ce qui embellirait leur vie, ou de ce dont le reste des Français pourrait avoir envie. Que pourraient bien désirer les Français qu'ils n'ont déjà?
Un logis, un bon boulot, des sous: soit, mais on reste dans le terre à terre indispensable, même si je sais bien que le cœur de quantité de gens s'emballe, à juste titre, à l'idée d'être enfin propriétaire de leur maison.

Cela ne répond pas vraiment au rêve américain, qui est la réussite, soit une chose d'une toute autre envergure. Leur réussite comporte nécessairement le gîte et le couvert, si je puis dire, avec une idée d'éclat et de puissance en plus, me semble-t-il. Et comme on sait, la plupart d'entre eux n'y accèdent pas, mais là n'est pas la question: c'est un rêve qui leur permet d'aller jusqu'à la tombe sans perdre confiance dans la mère patrie.

Chez nous, il me semble difficile de définir une ambition typiquement française. La mondialisation, passée par là, me semble avoir contaminé la planète du fantasme américain: nous l'avons simplement adapté avec la cagnotte du loto en guise de couronnement. Pour ma part, je rêve d'une société qui n'est pas pour demain, ni après, hélas. Je me sens donc trop singulier dans cette attente pour avoir la prétention de la faire partager de fait à mes compatriotes.

Mais de quoi peuvent-ils rêver, en plus d'avoir un béret neuf, une baguette de pain croustillante, un logement sans traites à payer, un emploi stable, une retraite à soixante ans à taux plein? De passer à la télé? Sinon, je ne vois pas.

Je vais passer le bébé à M. Poireau, qui est presque Belge —j'ai dit presque—, à Gwendal, et à Elmone.