lundi 28 février 2011

N-ième acte

Pendant l'entracte du weekend, les machinistes de l'Élysée ont retouché le décor de la comédie du pouvoir. Ce lundi, le rideau s'est levé sur un nouvel acte, le public se frotte les yeux : qu'est-ce qui a changé sur scène ? On a remplacé la grande potiche Ming de l'arrière-plan par un porte-parapluie, repeint l'escalier praticable côté cour, et les spectateurs les plus attentifs ont remarqué que ce n'est plus la même capote militaire qui pendouille côté jardin. Chose inhabituelle, l'auteur-metteur en scène s'est fendu d'un petit speech afin d'expliquer que des courants d'air en coulisse ont justifié ces corrections, alors qu'on les croyait suscitées par les ricanements de la salle …

Nicolas Sarkozy n'en finit donc plus d'aménager son quinquennat : il ne renonce pas à persuader les Français qu'il a du talent. Sur le fond, rien ne change bien entendu, ou peu de choses… Sauf, tout de même, la manière d'introduire ses décisions, une évolution sensible depuis le précédent remaniement gouvernemental, à laquelle on n'a guère prêté attention.

«Avec François Fillon, nous avons décidé de réorganiser…» Voilà un repeint de pudeur sur l'autoritarisme présidentiel que Sarkozy aimerait certainement faire remarquer. Désormais il attire son premier ministre près de lui à l'avant-scène, chaque fois que l'occasion lui en est donnée. Il doit s'agir de faire naître l'illusion qu'il n'est pas seul à décider de tout, pour grappiller si possible quelques millièmes de point sur la popularité de Fillon, dont la cote reste meilleure que la sienne. Malheureusement, ces temps derniers, l'image du premier ministre s'est passablement détériorée, au point que l'on aurait trouvé justifié qu'il accompagnât MAM dans la disgrâce. À quelque licence près, ce que l'on reprochait à Michèle Alliot-Marie pouvait s'appliquer à François Fillon. Il n'est pas impossible également que Sarkozy espère redonner au premier ministre le rôle de fusible qu'il avait naguère, en donnant l'apparence d'un partage du pouvoir décisionnel. À la veille de la fin de son mandat, c'est bien tard !

Ce matin, les commentateurs qualifiés de l'actualité relevaient par ailleurs l'irruption d'un nouvel homme fort dans le gouvernement, en la personne d'Alain Juppé. On ne voit pourtant pas très bien en quoi le fait de passer des armées aux affaires étrangères aurait accru l'autorité de M. Juppé ? La coutume de la Cinquième République, jamais démentie, veut que ces deux ministères appartiennent au «domaine réservé» du président, et l'on a toujours vu leurs titulaires suivre au plus près les directives élyséennes. Certes, Juppé n'aura plus Claude Guéant sur le dos, comme ses prédécesseurs, mais s'il fallait dénicher à tout prix un homme fort dans la nouvelle couvée du gouvernement, ce serait plutôt à ce dernier que l'on penserait. C'est à lui qu'il reviendra de mener la politique sécuritaire sur laquelle compte Sarkozy dans sa fuite en avant pour assurer sa réélection. On ne voit pas pourquoi, une fois en pleine lumière, Guéant réussirait mieux ce qu'il a été incapable d'accomplir depuis des années, en tirant les ficelles dans l'ombre.

dimanche 27 février 2011

Toponymie rébusienne


Comme je n'aurai vraisemblablement pas le temps de commenter les résultats du rébus ce soir, à la fin du jeu, il me faut prendre de l'avance. J'ignore encore à cette heure si les gagnants seront rares ou nombreux… Il y en a quatre pour le moment, tous ont identifié le héros du jour, mais ils ont aussi hésité sur la manière de former le titre du personnage, sans doute parce qu'ils faisaient une fixation sur l'article défini, alors qu'on pouvait l'oublier.

Ce n'était pourtant pas insoluble ! Que représente l'image ? Une sorte d'île affectant la forme d'une lettre B, battue par des flots. Nous sommes devant le cas typique d'un lieu au statut politique indéterminé. Par conséquent, l'initiale de cette île «Bé» étant une consonne, on introduira son nom par àau à la rigueur, mais cela ne nous intéresse pas, ici— : «Merde, à B on ne doit pas se marrer tous les jours ! À B, la mer était d'encre quand le jour se leva…»

Ceci étant dit, j'ai grand plaisir à saluer la victoire définitive d'Omnibus, Nefisa, ZapPow, Suzanne, Claribelle, Mtislav, isabelle B, Solveig, et Philzone !

Rébus du dimanche n°92


Trouvez dans cette image le titre et le nom (de guerre) d'une personnalité ayant appartenu temporairement au monde politique, sur lequel elle exerça une influence durable. Comme d'habitude, cette personne peut être notre contemporaine ou bien appartenir à l'histoire —de n'importe quel pays…
Les commentaires seront modérés jusqu'aux environs de 20h30.

samedi 26 février 2011

Et après MAM ?


Donc, Nicolas Sarkozy devrait remanier son gouvernement, c'est ce que tout le monde attend, surtout ceux qui piaffent d'impatience d'arracher un ministère. MAM est réputée sortante, ce qui est la moindre des choses puisque c'est par sa personne que le scandale est arrivé. Certains de mes amis blogueurs regrettent presque son départ, ce n'est pas mon cas. Qu'elle soit post-gaulliste, ou chiraco-gaulliste, ou gaullosarkozyste de raison, me laisse totalement indifférent.

Elle est un parfait exemple de ce personnel politique qui se comporte comme s'il appartenait à une caste à laquelle tout serait permis. Comme nous sommes de plus en plus nombreux à ne plus supporter cet état de chose, chaque désillusion infligée à cette gent arrogante est une occasion d'applaudir. On peut simplement regretter que le remaniement majeur, celui qui verrait Sarkozy se congédier lui-même, soit une chimère. Il reviendra peut-être aux Français de le faire en 2012, ce qui est bien loin pour une république aussi malade que la nôtre.

Il est aussi à noter, hélas, que ceux qui rêvent de la remettre sur pied proposent simplement de combattre les symptômes du mal chronique qui la ronge depuis trop longtemps. Un monarque électif compétent, bien éduqué, à l'écoute du peuple, en un mot : présentable… Cela ne modifiera rien, ou si peu !

Combien sont-ils dans l'opposition, parmi les candidats ou candidates crédibles, à proposer de changer de république, ou du moins de remanier profondément la Constitution —cantonner le président à son rôle d'arbitre, séparer les pouvoirs, instituer un référendum d'initiative purement populaire ? Dans notre pays, les changements ne se font que dans les crises, puisqu'il faut les arracher à un personnel politique terriblement attaché à la stabilité de ses intérêts particuliers. On se prend à rêver que tous les Français découvrent que le sarkozysme est une crise.

Source de «La république nourrit ses enfants et les instruit» tableau de Daumier. (Ici, en illustration de la séparation des pouvoirs).

jeudi 24 février 2011

Le web pue

Le Monde.fr parle ce soir de la contre-offensive menée par Patrick Ollier pour sa défense et celle de Michèle Alliot-Marie, sa compagne, à propos de leurs relations avec la Tunisie de Ben Ali et la Libye de Kadhafi. Une fois de plus, comme tous les ministres sarkozystes mis en difficulté sur le plan de l'éthique républicaine, voire de l'honnêteté, c'est le Web que M. Ollier accuse de ses ennuis.

Le Monde.fr relève qu'il use notamment du même registre sentimental qu'Éric Woerth blessé par les casseroles du scandale Bettencourt. L'un et l'autre semblent avoir tiré leur inspiration de la tirade de Shylock dans le «Marchand de Venise» (Si vous nous piquez, ne saignons nous pas ? Si vous nous chatouillez, ne rions-nous pas ? Si vous nous empoisonnez, ne mourrons-nous pas ?)

Car M. Olliet et Mme Alliot-Marie ont «un cœur qui bat dans [leur] poitrine» [comme nous]… Ils souffrent. Tout cela parce que les sites de la presse internet «vont chercher leurs informations dans les caniveaux».

On veut bien, mais les informations puantes divulguées en ligne (à la suite des journaux-papier) sont-elles erronées ou non ? Comment se fait-il que le monde politique bruisse de rumeurs écœurées à l'encontre de ces pauvres victimes, et que des voix de parlementaires de tout bord réclament leurs démissions ? Le personnel politique, en plus d'avoir le cuir dur, serait-il privé d'odorat au point de se laisser abuser par les ordures tombées du Web ?

P-S : joyeux anniversaire à Gaël !
Si la Libye vous fatigue, Le Grumeau vous propose la Chine, pour changer…

Et Sarkozy retourna sa veste

Ce matin, j'écoutais France Inter en attendant que la dernière goutte de café tombe dans le pot —enfin, ça s'appelle plutôt une verseuse, je crois. J'ai entendu je ne sais quel chroniqueur expliquer que «Nicolas Sarkozy reprend la main», en matière de politique étrangère ou diplomatique… Immédiatement, j'ai sursauté et traité le bonhomme de faux-cul. J'ai beau nourrir pas mal de préventions pour la radio de MM. Hees et Val, je n'irai pas jusqu'à soupçonner ces derniers de ne sélectionner que des crétins pour parler dans le poste, sous prétexte qu'ils prennent les auditeurs pour des cons.

Il est évident que la diplomatie de la France n'a jamais quitté les mains de Nicolas Sarkozy. Il est l'unique responsable de l'état de déliquescence où elle se trouve aujourd'hui, et il n'est pas une seule des fautes commises en politique étrangère qui ne lui soit imputable.

La collusion discrète avec les dictatures arabes que l'on reproche aujourd'hui à MAM ou Fillon, est d'abord la sienne. Sarkozy a bénéficié des mêmes largesses de la part des premières, et l'on se doute qu'avec son impudence native il s'est irrité que cela fasse objet d'un débat public. Aujourd'hui, mon commentateur du matin feignait de croire que le président, impatienté par la mollesse de sa ministre des Affaires étrangères, mettait brusquement les pieds dans le plat diplomatique pour condamner Kadhafi. Comme s'il n'était pas évident que la lenteur des réactions françaises devant les spasmes sanglants du cinglé libyen était celle de l'Élysée !

La politique étrangère de la France, depuis les débuts de la Cinquième République est du ressort exclusif du président. Les ministres successifs titulaires de la fonction n'ont jamais été que les exécutants plus ou moins compétents du dit président. On devine aisément que Sarkozy et ses conseillers attendaient, serrant les fesses —siège ordinaire de la moralité chez les gens de pouvoir—, de voir comment la situation allait évoluer en Libye, avant de se déterminer. Les précédents pourtant tout proches des révolutions tunisienne et égyptienne n'ont rien appris à Sarkozy, dont on voit que l'intuition, la réactivité, bref l'instinct d'homme d'état sont proches du zéro.

mercredi 23 février 2011

Restos du Cœur…



J'ai mis du temps à forger mon opinion sur l'opération «Les blogueurs se mobilisent pour les Restos du Cœur». Comme Nicolas et d'autres, je n'étais pas enthousiaste pour soutenir une démarche caritative, alors que les gens secourus devraient l'être par la solidarité nationale. C'est l'un des premiers devoirs de l'état ; on sait malheureusement qu'il n'est plus observé depuis longtemps —s'il l'a jamais été pleinement. Et avec le règne de Sarkozy, nous atteignons presque le comble de la débandade en matière de solidarité —la seule que cet individu connaisse est celle de l'argent.
Pendant que je m'interrogeais, tous les jours des gens avaient faim, tous les jours les ONG, les associations charitables et autres Restos du Cœur distribuaient des repas, heureusement. Si l'on renvoyait l'obligation de les nourrir à Sarkozy, ils mourraient comme des mouches dans tous les coins de France.
D'un autre côté, je n'aime pas, mais pas du tout, l'idée de faire de la pub à cette enseigne de la grande distribution associée à l'opération, contre qui je peste à longueur d'année. Je me sens grugé chaque fois que je fais des courses dans ses magasins.
Toutefois, puisqu'il est question de contribuer à faire servir 10 repas pour 1 billet publié à propos des Restos du Cœur, eh bien qu'ils payent !

(une chaîne de Dadavidov)