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mardi 15 mars 2011

Les biturés du ciel et moi

Par les temps qui courent, il vaut mieux avoir de la chance. Je ne sais pas si vous êtes bien dotés de ce côté, moi non. Remarquez, la déveine est une notion très relative : en ce moment par exemple, il est préférable d'être SDF à Paris qu'au Japon. Vu sous cet angle, un coin de trottoir parisien devrait suffire au bonheur. Vous me direz que ce qui se passe là-bas, qualifié d'apocalypse par le commissaire européen à l'Énergie, n'incite pas à partager ce genre d'humour. Vous aurez raison, et d'ailleurs je ne me fais même pas sourire : le malheur des Japonais me remplit d'effroi et de compassion comme tout le monde.

Néanmoins, j'étais d'humeur ce soir à me prouver que j'ai de la chance, la méthode Coué ayant nombre de miracles à son actif. Cette disposition d'esprit était en définitive la bonne, car je viens de constater que je n'ai pas eu envie d'aller en Amérique Centrale, ces temps derniers. J'aurais pu, notez bien: quand on n'a pas de veine, on peut céder à ce genre de lubie, lourde de conséquences. Tenez, en pareil cas, j'aurais choisi d'aller au Mexique via le Costa-Rica. Et j'aurais forcément pris ce Boeing d'Aeromexico dont les deux pilotes étaient bourrés.

Vous imaginez ? Avec moi dans l'avion, ils auraient décollé à tous les coups, adieu la blogosphère ! Tandis qu'étant resté chez moi, le destin contrarié a permis au reste de l'équipage de remarquer l'ivresse des automédons du ciel, puis de les persuader de rentrer à l'auberge. Mon absence à bord était par conséquent une aubaine pour les passagers et le petit personnel navigant qui l'ignoreront toujours, à moins d'atterrir par extraordinaire sur ce blog. On a rarement la possibilité de jeter un œil sur toutes les cartes du destin, mais puisque la faculté m'en est donnée ce soir, me voilà tout remué de constater que la roue tourne enfin : dans cette histoire, moi aussi j'ai eu la baraka !

mardi 22 février 2011

Une contrariété pour Nicolas 1er

Ma chère femme,

j'étais de garde ce matin au palais, il y a eu une nouvelle exécution dans la cour d'honneur. Ça faisait un moment qu'il n'y en avait plus, deux ou trois mois à ce qu'on dit. Ces temps-ci, une rumeur traînait à la caserne comme quoi, la prochaine tête à valser serait celle de la Sapir des Choses du dehors. Elle multiplie les bourdes dans ses fonctions et ça commence à énerver l'Empereur. Tu sais comment il est de près, Nicolas 1er, je t'ai déjà raconté : quand il pique sa crise, il vaut mieux porter la tenue de camouflage !

J'en viens aux faits, ma femme… La cour était pleine de beau monde ce matin, à l'aube de l'Empereur, sur les coups de dix heures. Tout ce qui compte en ville s'était déplacé, parce qu'on s'attendait au décollement de la Sapir des Choses du dehors : sacré spectacle.
Et puis non, finalement, ils ont été déçus. C'est bien la tête d'une femme que le bourreau a décollée, mais celle d'une dignitaire de troisième catégorie. Dirlote aux Vieux papiers de l'empire, qu'elle était de son vivant. Nicolas 1er lui reprochait de chercher à saboter son projet de musée de l'Histoire

Donc, voilà une tête au panier, en bon état, j'ai pu m'en assurer, et pour une fois d'un prix abordable. À cette heure, elle appartient à la fameuse Adèle dont je t'ai parlé aussi, la boniche de Nicolas 1er et de l'Impératrice Lala, qui nettoie la cour après les exécutions. Adèle veut 800 de la de cujus : il me semble que c'est un bon prix, pour nous offrir une tête montée en lampe de chevet, comme les gens de la haute.
Qu'en penses-tu ?
Ton Loulou qui t'aime

source lointaine d'inspiration

P-S : «Les syndicats enseignants n'ont jamais été aussi faibles qu'aujourd'hui», à lire chez Mathieu le Privilégié