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samedi 28 mai 2011

Nicolas 1er, retour du G8+1

Une fois de retour à la maison, après le G8+1, la deuxième chose que fit le Bien Aimé Nicolas 1er fut de consulter son miroir magique (pour la première, il avait pissé un coup dans la cour d'honneur du palais).
— Miroir, mon brave miroir, dis-moi la vérité : est-ce que je suis épatant ?
— Tu l'es, ô Empereur ! Je n'ai encore reçu aucun postillon de ta part.
— C'est pas ce que je te demande, connard ! Est-ce que j'ai épaté mon peuple ?
— Hélas, Mon Empereur, le peuple franchois a zapé le G8+1, il était fasciné par l'affaire de ce président français que les Américains ont jeté en prison.
— DSK ? D'abord, il n'était pas président, mais un simple petit directeur de merde, et d'une ! Ensuite, qu'est-ce que les franchois auraient à foutre d'un prénocensitumé du pays à côté, hein ? Et de deux !
— J'ai dit cela parce que tes sujets sont mal informés, sire : ils le croyaient président. Les mésaventures de ce monsieur passionnent le monde entier, les franchois comme les autres. Sa prénocensitumence fait l'objet de débats passionnés entre ceux qui le disent prénocensitumé par principe et celles qui le jugent d'emblée pénitumescent…
— Dis donc, si je voulais éclaircir des subtilités juridiques, je m'adresserais au sapir des Punitions et remontrances, pas à mon miroir magique ! Je veux savoir si mon ramassis d'abrutis de peuple m'a vu sur Télé-Nicolas quand j'avais Obama à ma droite et le petit Sarkozy à ma gauche ?
— À peine sire, après la visite de la maison du prénocensitumé à New-York, le peuple attendait surtout les résultats de Roland-Garros…
— Et il n'a pas remarqué la fermeté dont j'ai fait preuve à l'égard du maréchal Kadhafi ?
— Hem sire…
— Oui ?
— Eh bien, Mon Empereur, les franchois pensent que tu les prends pour des idiots : ils ont compris que tu voulais les épater, mais ils se souviennent que Kadhafi et toi étiez encore des amis de trente ans à Noël dernier.
L'empereur serra les dents et se regarda dans le miroir magique d'un air mauvais, mais en réalité c'était le miroir magique qu'il regardait de cette façon.
— Je me demande ce qui me retient de te briser en morceaux à coups de tatane !
— Sept ans de malheur, sire, c'est ce qui te retient.
— Saligaud, déloyal !
— Ces choses là ne dépendent pas de moi, ô Empereur. Si cela était, je serais le plus heureux des miroirs magiques de finir ma vie en morceaux pour te plaire.
— Tu m'aimes, alors ? Il y a au moins un peu d'amour pour moi dans ce putain d'empire !
— Sa Gracieuse Lala t'aime aussi, et M. Cloclo le Béant, sapir des Choses du dedans, t'apprécie beaucoup…
— Arrête, tu vas encore m'énerver. T'aurais pas plutôt une petite idée de ce qui cloche, côté popularité…, mes cravates ? Qu'est-ce que je pourrais faire pour que le peuple m'aime, jouer du piano ?
— Tu m'as déjà posé cette question une fois, sire… Est-ce bien utile que je répète la réponse ?
— Ah oui, je me souviens… Celle-là tu peux te la garder, tu n'aurais pas une autre solution à me proposer ?
— Il faudrait demander à madame ta mère de reprendre l'éducation de son fils à zéro, dans l'œuf. Je crois que ça pourrait marcher, Majesté.


mardi 22 février 2011

Une contrariété pour Nicolas 1er

Ma chère femme,

j'étais de garde ce matin au palais, il y a eu une nouvelle exécution dans la cour d'honneur. Ça faisait un moment qu'il n'y en avait plus, deux ou trois mois à ce qu'on dit. Ces temps-ci, une rumeur traînait à la caserne comme quoi, la prochaine tête à valser serait celle de la Sapir des Choses du dehors. Elle multiplie les bourdes dans ses fonctions et ça commence à énerver l'Empereur. Tu sais comment il est de près, Nicolas 1er, je t'ai déjà raconté : quand il pique sa crise, il vaut mieux porter la tenue de camouflage !

J'en viens aux faits, ma femme… La cour était pleine de beau monde ce matin, à l'aube de l'Empereur, sur les coups de dix heures. Tout ce qui compte en ville s'était déplacé, parce qu'on s'attendait au décollement de la Sapir des Choses du dehors : sacré spectacle.
Et puis non, finalement, ils ont été déçus. C'est bien la tête d'une femme que le bourreau a décollée, mais celle d'une dignitaire de troisième catégorie. Dirlote aux Vieux papiers de l'empire, qu'elle était de son vivant. Nicolas 1er lui reprochait de chercher à saboter son projet de musée de l'Histoire

Donc, voilà une tête au panier, en bon état, j'ai pu m'en assurer, et pour une fois d'un prix abordable. À cette heure, elle appartient à la fameuse Adèle dont je t'ai parlé aussi, la boniche de Nicolas 1er et de l'Impératrice Lala, qui nettoie la cour après les exécutions. Adèle veut 800 de la de cujus : il me semble que c'est un bon prix, pour nous offrir une tête montée en lampe de chevet, comme les gens de la haute.
Qu'en penses-tu ?
Ton Loulou qui t'aime

source lointaine d'inspiration

P-S : «Les syndicats enseignants n'ont jamais été aussi faibles qu'aujourd'hui», à lire chez Mathieu le Privilégié

lundi 20 décembre 2010

Nicolas 1er pense au réveillon

Un matin, Nicolas 1er s'approcha de bonne humeur de son miroir magique.
— Miroir, mon brave miroir, dis-moi la vérité : est-ce que je suis le plus jeune ?
—Tu l'es, ô Empereur ! J'ai été fabriqué à Venise il y a 402 ans, cinq heures, et huit minutes.
— Je ne parlais pas de toi, connard ! Plus jeune que mes ennemis, j'veux dire.
— Ah ! Tu es jeune Mon Empereur, davantage que Gros Dodo, Tartine Dunord, Gaspard Lemanchon, et même Serpolène Yaya, mais Nono Montelà est bien plus jeune que toi encore…

Alors, l'empereur entra dans une grande colère et appela le chef des gardes.
—Attrapez Nono Montelà et ramenez-moi son foie sur un croc de boucher !
— Oui, sire… Et que fait-on du reste ?
— Le reste ?
— Les autres viscères, majesté, et la carcasse…
— Réservez, on verra avec ma femme comment les accommoder pour le réveillon.

Puis l'empereur revint devant son miroir et questionna :
—Miroir, mon brave miroir, dis-moi la vérité : suis-je le plus beau ?
— Tu l'es, Ô Empereur, mais Serpolène Yaya est bien plus belle encore.
— Ça ne se peut pas ! Tu es sûr ?
— Hélas, oui, Mon Empereur : tu as l'air d'un teckel, avec des cernes sous les yeux, alors qu'elle a la peau lisse et les dents blanches
Furieux, l'empereur ouvrit la fenêtre et appela le chef des gardes qui traversait la cour du palais :
— Attrapez aussi Serpolène Yaya et ramenez-moi son cœur sur le même croc de boucher, on fera des brochettes.
— Et pour le reste, majesté ?
— Réservez, mon ami, réservez ! Il y aura deux réveillons, hein !

L'empereur referma la fenêtre et retourna près du miroir magique.
— Miroir, mon brave miroir, dis-moi la vérité : suis-je aimé de mon bon peuple?
Comme le miroir restait silencieux et se couvrait même d'une légère buée, Nicolas 1er s'impatienta :
— Eh bien ! qu'est ce que tu attends pour répondre ?
— Cela fait beaucoup de Franchois, ô mon Empereur… J'essaie de distinguer ce qu'ils pensent, ce n'est pas aisé…
— Ils n'ont pas besoin de penser pour m'aimer ! Alors, ça vient ?
— Il y a quelques Franchois qui t'apprécient fort, mais les autres pour plupart, ne t'aiment pas.

Cette réponse causa un chagrin considérable à l'empereur, qui se laissa choir sur son trône de toilette en sanglotant. Il pleura de désespoir pendant plusieurs heures, et finalement, le manteau d'hermine et la chemise trempés de larmes, il retourna devant le miroir.
—Miroir, mon brave miroir magique, est-ce qu'il y a quelque chose que je peux faire pour qu'ils m'aiment ?
— Oui, Ô Empereur : tu peux abdiquer et partir habiter à l'autre bout de la terre.
On raconte que Nicolas 1er hésita entre faire embrocher tous ses sujets sur des crocs de boucher et briser le miroir magique. Le conte ne dit pas ce qu'il choisit, peut-être qu'il y réfléchit encore ,


P-S: Neverlands nous parle de la «Géographie de Sherlock Holmes» un beau livre à paraître en janvier, mais qui peut déjà se commander ici Chez Wikio, l'aventure des e-blogs s'arrête, c'est bien dommage, merci à l'équipe les animait !

jeudi 2 décembre 2010

Le roi ******* et les deux princesses charmantes

Les parisiens ont la chance de pouvoir emmener leurs enfants au 26e Salon du livre et de la presse jeunesse à Montreuil. Cette année, le salon est placé sous le signe du conte de fée. Comme je n'irai pas, je propose néanmoins au lecteur un petit texte de cette nature…


Il était une fois deux princesses charmantes qui vivaient dans un pays lointain dont le roi était abominable. C'était un roi si mauvais qu'il était impossible de prononcer son nom, *******, sans se couvrir aussitôt de boutons et sans cracher des scorpions et des araignées grasses qui laissaient pendre ensuite des fils visqueux aux coins de votre bouche. C'est pourquoi personne n'avait seulement pensé dire un jour : Sa Majesté *******. Les sujets du royaume avaient assez de misères à supporter comme ça, ils préféraient se taire.

Donc, il se trouvait quelque part dans ce pays, loin du palais royal où elles n'étaient jamais invitées, deux princesses charmantes. La première se nommait Solène, elle aimait rêver toute éveillée à des choses aimables du matin au soir. La seconde avait nom Matine et rien ne lui plaisait autant que de dormir dans son boudoir. Son sommeil était ravissant : tous ceux qui venaient à passer sous sa fenêtre en étaient enchantés et se mettaient à bâiller des violettes embaumées. Comme ils attrapaient aussi les songes merveilleux de Solène, ils rentraient vite se coucher chez eux afin de prendre une heure de bonheur. Tout le monde aimait à prononcer les noms des princesses, car ils vous mettaient à la bouche une saveur de chocolat truffé et de vanille naturelle, sans conservateur.

Cela permettait d'oublier les tourments infligés par le roi *******. Celui-ci en inventait chaque jour de nouveaux, car c'était un homme très actif. «Prenez tous les vieux du royaume et qu'on les attelle aux charrues pour labourer, ça économisera l'essence», disait-il par exemple à son Grand Chancelier. Ou bien il ordonnait au Moyen Chancelier : «Que toutes les horloges avancent désormais d'une heure le matin et retardent d'une autre le soir, afin que mes sujets fainéants travaillent plus !» Il n'y avait pas de Petit Chancelier, mais un simple Chancelier du Tabouret, parce que le roi avait fait découper le mot petit aux ciseaux dans tous les dictionnaires. Il était interdit de le prononcer sous peine de finir accroché au mur du palais par son trou le moins grand.

Les deux princesses voyaient bien que le peuple était très malheureux : Solène entendait ses plaintes quand elle sortait rêver sur le balcon, Matine ne pouvait les ignorer au moment de prendre son petit déjeuner ou sa collation de la mi-journée. «Mon Dieu, comme ces gens souffrent ! Je vais dormir, parce que je ne sais pas quoi faire pour les aider», disait-elle.

Or, il advint une nuit que les rêves de Solène s'installèrent dans le sommeil de Matine, comme cela peut aisément arriver lorsque deux princesses sommeillent dans des chambres voisines. Matine s'éveilla en sursaut à potron-minet (ainsi appelait-on dans le royaume ce moment où le jour n'est pas encore grand), et courut trouver Solène. Lorsqu'elle ne dormait pas, c'était en effet une princesse énergique, ce que nous découvrons avec elle, car elle courait pour la première fois. «J'ai trouvé comment sauver le peuple : il faut couper la tête au roi, et puis faire des édits pour concrétiser toutes ces belles choses dont tu rêves !»

Couper la tête du roi, elles auraient bien voulu le faire, mais il y avait loin de l'intention au tranchant de l'épée… Comment affronter le roi lorsqu'on n'est que belles princesses fragiles et sans épée ? Elles sortirent du château et appelèrent le peuple à la rescousse : «Venez avec nous, et allons décapiter le roi !» cria Solène.

Le peuple les regarda d'un air hésitant, les têtes se baissaient et les pointes de souliers grattaient le sol avec gêne. Un homme moins timide finit par répondre: «Mon œil, jolies princesses ! Où sont vos muscles, où sont vos épées tranchantes ? On va se faire étriper par les chevaliers de *******, c'est tout !» Il ne prononça pas le nom, bien sûr, mais il cracha par terre et se gratta vigoureusement, parfaitement compris de tous.

Les choses en étaient là, et les princesses se disposaient à rentrer tristement au château, lorsque la nouvelle se répandit que le prince charmant Mimidoux venait de débarquer au port du Couchant. Le prince Mimidoux était un voisin de Solène et Matine, ils avaient souvent joué ensemble aux princesses et au docteur dans leur enfance. À l'âge adulte, le prince avait été envoyé par le roi combattre le dragon Krizz en pays sauvage, une façon de se débarrasser de lui. Depuis lors, on était sans nouvelles de Mimidoux.

Les princesses et le peuple se précipitèrent alors à sa rencontre… Après les bisous d'usage, le goûter de quatre heures, et quelques menues dispositions exigées par la situation, Mimidoux marcha sur le palais royal à la tête du peuple. Il bouscula les deux ou trois chevaliers qui n'avaient pas pris la fuite, puis du tranchant de son épée, il décolla le roi *******. Dans le pays entier ce ne fut qu'un cri d'allégresse : vive le roi Mimidoux !

Alors Mimidoux prit de sa main gauche celle de la princesse Solène, de sa main droite celle de la princesse Matine, et il les mena dans la chambre royale. Il les baisa et leur fit des tas d'enfants.

mardi 23 novembre 2010

Vingt ans de service public en bloguant

20 novembre 2030… C'est poisson, il me revient un truc… Non, je me goure de mot, on ne disait pas poisson. On disait…, on disait : amusant, ou marrant. Marrant c'est plus amusant, en fait. Donc c'est marrant, il me revient un truc… Enfin, au départ je crois qu'il me revenait quelque chose en mémoire, mais je ne sais plus quoi.

21 novembre 2030. Ça y est, je l'ai retrouvée ! Elle était tombée derrière le bureau, dans la baignoire… C'est que j'y tiens, à ma clef USB, je ne sais pas ce que je deviendrais sans elle. Comme ça faisait à peu près un mois ( ou peut-être deux, allez savoir) que je m'abstenais à cause du froid, ce matin j'ai décidé de me laver les pieds. Donc, j'ai poussé de côté la caisse du bureau pour dégager la bassine… Avec la douceur des jours derniers, la glace a fondu et qu'est-ce que j'ai vu au fond de l'eau ? Du rouge…, ma clef USB !

N'allez pas croire que je l'ai reconnue tout de suite, non : je n'avais pas mes lunettes sur le nez. Remarquez, même avec les lunettes, ça demande un effort, vu que le verre gauche est fêlé en étoile. Bon, en tout cas, j'ai fini par me réjouir d'avoir retrouvé la clef, et pour fêter ça, j'ai ouvert immédiatement une boite de soja à l'armoricaine. Avec la clef, c'est facile à ouvrir : vous glissez la languette de la boite dans la prise USB, et vous poussez doucement pour dessouder tout autour du couvercle. Avec les doigts, on n'y arrive jamais, et avec un caillou tranchant vous bousillez tout. Ces nouveaux systèmes de conserves ne valent rien.

22 novembre 2030. Le fait d'être à nouveau en possession de ma clef m'a drôlement secoué, mine de rien. J'ai passé toute la nuit éveillé, à m'agiter dans le lit, tellement qu'à un moment j'ai roulé du matelas… Faut comprendre mon émotion : il y a un sacré bout de ma vie, dans cette clef ! Des fois, j'ai envie de m'offrir un porteur du Service à la personne pour qu'il m'emmène sur son dos à la ville. Je trouverais bien un coin d'ordinateur où enfiler ma clef : à la Poste, il paraît qu'il n'y a plus que ça, quatre murs couverts de machines.
J'ai rêvé éveillé à tout ce que contient ma clef —je veux dire : le trésor de mon passé, parce que bien sûr il ne faudrait pas me demander d'en dresser le catalogue, ni même un résumé. J'ai oublié. Exprès. Il me semble qu'il y a plein de choses écrites, et puis des images avec des gens que j'ai aimés, des trucs d'avant, quoi.

23 novembre 2030. C'est bizarre, depuis que j'ai la clef, on dirait qu'un pêne a glissé dans la purée de mon cerveau. Quelque chose s'est entrebâillé et il y a de la mémoire qui coule… Par exemple, le truc qui me revenait l'autre fois et qui s'est envolé aussitôt, eh bien, je le tiens : c'est un souvenir du temps où je bloguais. Une jeune femme m'avait demandé sur le web d'exprimer mon attachement au service public, et le même jour, d'autres m'avaient mis au défi : «imaginez-vous blogueur en 2030»… J'avais haussé les épaules derrière mon écran, en grommelant : «jeunes couillons, ce n'est pas une idée pour moi, ça !».

Eh bien, 2030 j'y suis ! Quatre-vingt-quatre ans, et quoique je me sois juré autrefois d'en finir avant d'être vieux, je blogue encore… Comme quoi, le verbe crâne, les nerfs décident, et je blogue. Tous les matins, quand j'ai réussi à me mettre debout, je me traîne devant le bureau, je m'assieds comme autrefois, et j'ouvre le couvercle de mon portable. Je passe mon coude sur l'écran pour enlever la poussière, et aux jeunes rayons du soleil qui filtrent par les interstices de la cabane, je me mire dedans.

L'écran est sombre, évidemment, mais cela donne à mon reflet une certaine distance. On dirait que quelqu'un me regarde d'une pièce à côté. «Alors, quelles nouvelles ?» je lui demande. Il me répond n'importe quelle sottise, histoire d'alimenter un brin de conversation. On se moque tous les deux de nos généreux engagements de jadis, la démocratie, la sécu, la défense du service public, et le reste… Toutes ces choses qui rendaient la vie confortable dans notre jeunesse, et qui se délitèrent en une grosse dizaine d'années. Je ris avec cet autre moi dont la bouche est un trou noir dans le noir moiré de la barbe blanche, je ris parce que j'ai oublié comment on fait pour pleurer. Au bout d'un moment, quand j'ai fini d'envoyer des mails vers l'en-dedans, l'ailleurs, et l'au-delà, je referme le couvercle du portable et je sors pisser à pas comptés.


Cette fiction a été inspirée par deux tags : d'abord celui de See Mee, qui me demandait de dire mon attachement au Service public —c'est une sorte de réponse en creux… Ensuite, celui de Nicolas qui, en écho à Lomig, proposait de s'imaginer toujours blogueur dans 20 ans…
J'invite Gildan, M.Poireau, Le solitaire de la lune, Ruminances, Elmone, à prendre la suite…

lundi 30 août 2010

Retour de bal à Brégançon

Un tweet de Patageron, aperçu par hasard cet après-midi, m'a glacé le sang. Il disait : «Cet homme revient de vacances. Est-ce le même qu'ici »?

Pour me mettre dans cet état, il avait fallu évidemment que je regarde au préalable les deux photographies de François Fillon mises en liens dans ce message…

La première nous offre un portrait récent du premier ministre, traits tirés, front labouré, yeux agrandis d'horreur avec des cernes profonds comme des tranchées de Verdun, l'air vidé. Le costume lugubre, genre pompe funèbre à Neuilly-sur-Seine, n'arrange rien. On se dit : «tiens! il fatigue enfin… Va pas tarder à démissionner, celui-là !»

Et puis, un coup d'œil à la seconde photo rappelle que le même François Fillon arrivait dix jours plus tôt à Brégançon, sémillant dans sa veste bleue de partie de campagne au bon chic. On aurait juré qu'il esquissait un pas de danse dans ses petits mocassins mignons comme des escarpins…

C'est là que mon hémoglobine a blanchi soudain et s'est figée d'épouvante, quand j'ai compris.

Regardez la photo, observez ce majordome en redingote noire qui précède l'innocent ministre… L'homme est voûté et l'on devine à sa jambe trainante qu'il boite. Le bout de profil flou que l'on aperçoit sous le crâne rasé, dissimule certainement un sourire sardonique derrière l'épaule massive…

Ça ne vous rappelle rien ? Regardez donc la mousse verdâtre qui couvre le bas des murs du château et le sol. Regardez dans l'ombre de la poterne qui s'ouvre quelques pas en avant du domestique… On voit luire faiblement l'encadrement d'une porte sur la droite. Où croyez-vous qu'elle mène, sinon à la crypte ?

La vérité ne vous apparaît toujours pas ? Alors apprenez ceci : longtemps avant de devenir roumaine, la Transylvanie était une principauté soumise au royaume de Hongrie. La Transylvanie ou Valachie intérieure, qui eut comme prince le fameux Vlad Ţepeş dit l'Empaleur. Vlad Tepes, devenu comte Dracula dans l'œuvre du vampirographe Bram Stoker…

Si vous m'avez suivi de Hongrie jusqu'ici, je pense que vous m'avez compris, à présent.

M. Fillon a bel et bien été mordu, et le voici en passe de tourner vampire, comme l'attestent les deux documents reproduits ici.

Je n'ai de conseil à donner à personne, mais pour ma part, j'ai déjà tressé de l'ail en colliers pour toute la famille. Désormais nous les porterons nuit et jour, à la maison comme à la ville, jusqu'en 2012 je pense. À moins que le Ciel nous vienne en aide d'ici là, comme le souhaite je ne sais plus quel petit curé.

sources photos 1: Voilà.fr 2: L'Express.fr

mardi 24 août 2010

Lettre au Saint-Père

Cher Benoît,

qu'est-ce que j'apprends ? Mon conseiller spécial pour les affaires du Ciel, qui a une tante mariée à un immigré italien dont la cousine va à la messe le dimanche, m'a rapporté que tu dis du mal de moi. Cette cousine du mari de la tante de mon conseiller t'a entendu avec ses oreilles, et en plus c'est dans tous les journaux, alors inutile de nier, hein ! L'autre jour, dans une espèce de discours de l'Angelus, tu as condamné ma politique de sécurité à l'égard des romanichels.

C'est pas sympa de ta part de chercher à faire un petit dans le dos à quelqu'un comme moi, qui t'avais à la bonne. T'as oublié que je suis même venu te serrer la paluche au Vatican, moi, le chef de "la fille aînée de l'église"? Je trouve ton attitude dégueulasse et idiote: si tu crois que les Roms vont aller davantage à la messe après ça, tu te goures! Même si y en a une poignée qui irait, genre pour te renvoyer l'ascenseur, c'est les bons citoyens chrétiens de droite qui ficheraient le camp, parce que les Roms, ils sentent, ils volent, les gens qui votent comme il faut, ils les aiment pas.

Plus grave encore: à cause de toi, y a les évêques Français et plein de curetons qui se permettent de critiquer ma politique. Il y en a même un qui a fait des prières pour que j'aye une crise cardiaque. Non, mais tu te rends compte de ta responsabilité? Un cureton de rien qui souhaite la mort du chef de la fille aînée de l'église, on aura tout vu, Benoît! Il paraît que, depuis, il a mis de l'eau dans son vin de messe, mais n'empêche qu'il a posté sa prière au Ciel, c'est parti!
Est-ce que je souhaite la mort de quelqu'un moi? Je sais, tu vas me sortir Villepin, mais moi je te répondrai que j'ai jamais souhaité sa mort. Je veux juste l'accrocher à un croc de boucher, nuance. S'il venait à clamser parce qu'il trouverait le temps long, ça serait la faute à sa constitution chétive, j'y serais pour rien.

Alors, mon cher Benoît, j'espère que tu vas m'arranger cette affaire d'ici dimanche prochain, sinon je démissionne de mon siège de chanoine de Saint-machin-chose.
Bien à toi,
Nicolas

P-S un nouveau texte chez Arf: La maison familiale

mardi 10 août 2010

Abolition du privilège de la taille dans l'empire

Bonne nouvelle pour les photographes officiels, il leur sera bientôt loisible de tirer le portrait de Sa Majesté l'Empereur baignant dans son élément naturel : materné par un ou deux bataillons de gardes du corps. C'est aussi une information réconfortante pour les chômeurs de petite taille que nous donne Le Journal : les gabarits d'aptitude à la fonction impériale sont tous revus à la baisse.

Il faut dire que les exigences absurdes qui prévalaient jusqu'à ce jour dataient du temps de la Gueuse, l'infecte république dont le Bien Aimé Nicolas 1er nous a débarrassés. Que l'on imagine un peu : il fallait jusqu'à l'Édit Impérial de ce jour, mesurer plus de 1, 60 m pour intégrer les rangs de la garde et de la police en général ! Comme si quinze centimètres en plus ou en moins avaient le moindre rapport avec le sens du devoir. De même, il est mis fin au concours d'éloquence sélectionnant les guichetiers au contact des sujets franchois, et l'emploi de douanier impérial sera désormais accessible aux sujets privés de l'usage des quatre membres, pourvu qu'ils disposent d'une tête en bon état.

On le voit, le pays franchois s'humanise davantage chaque jour sous la main ferme du Bien-Aimé Nicolas 1er, qui n'hésite pas à jeter à bas les privilèges hérités des temps obscurs. «Les grands ont pas à avoir plus de droits que les petits, c'est pas pasqu'on est petit qu'on est moins travailleur, ou qu'on peut pas tirer au pistolet.»

Bien sûr, cette réforme n'ira pas sans provoquer quelques grincements de dents ici ou là… Au palais même, certains auront à se reclasser, tel l'officier du Tabouret impérial, mais n'en doutons pas, une révolution est en marche. La prochaine étape pourrait bien être l'éradication du mot petit de tous les dictionnaires.

Source innocente: Le Monde.fr

P-S: à lire chez Melclalex, le
Recensement de toutes les lois de Sarkozy sur la sécurité depuis 2002 ; Des-pas-perdus nous parle de La politique de la mémoire

vendredi 30 juillet 2010

L'abus de vertu est dangereux, au volant de la république

La république irréprochable n'a pas que des qualités, ses excès de vertu peuvent se révéler aussi choquants que certains abus d'une république pervertie. Ainsi, aujourd'hui, le monde politique et les citoyens ordinaires se rejoignent-ils dans la réprobation des méthodes dont a usé la police, diligentée par le procureur de Nanterre, à l'égard du ministre Éric Woerth.

C'était hier matin, vers neuf heures. Monsieur le ministre prenait son petit-déjeuner au lit, encore tout ensommeillé dans son pyjama de jogging, quand soudain des policiers ont fait irruption dans sa chambre. Ils lui signifièrent sèchement qu'à fin d'interrogatoire, il allait être placé en garde à vue, et refusèrent de lui permettre de se changer, ainsi qu'il le demandait timidement. On lui passa des menottes aux poignets, on l'entraîna en jogging blanc jusque dans la cour du ministère. Sous les yeux de tout le personnel agglutiné aux fenêtres, personnel qui contenait à grand peine son indignation, on l'embarqua dans un fourgon à destination du lieu de son interrogatoire. Le calvaire de M. Woerth se prolongea huit heures durant, tandis que la nouvelle semait la consternation à travers le pays.

Sont-ce là des manières d'agir envers un grand serviteur de l'État, jusqu'à preuve du contraire? Fidèle à sa réputation d'intransigeance, le président Sarkozy n'a pas levé un petit doigt en faveur de son ministre. Il ferait bien cependant de méditer sur l'émoi suscité par cette affaire, et de faire violence à son sens du devoir pour mettre un peu d'humanité dans la société sans reproche qu'il souhaite nous léguer. Ce n'est pas parce que l'on est puissant et haut placé que l'on a moins de droits que les autres, non mais!

mercredi 21 juillet 2010

kk +1 cool bz Adl: Nicolas 1er tel qu'en lui-même…


Mon cher papa, ma chère maman,

Je suis désolée que vous ayez pas compris mon SMS de ce matin: «kk +1 cool bz Adl». La gouvernante du palais m'a dit que vous avez eu peur qu'il me soit arrivé quelque chose. Eh bien, pas du tout! Ça voulait dire: «Couic! J'en ai une autre, les affaires reprennent, bisous, Adèle. » C'était pas plus tragique que ça. J'étais tellement contente de pouvoir vous l'annoncer que j'ai vite envoyé un message pour vous prévenir. J'étais dans mon coin habituel de la cour avec mon seau, le balai et la serpillière, en attendant que ça se passe: c'est pas commode pour écrire un roman.

Bref, l'essentiel est que l'Empereur a fait couper une autre tête ce matin, celle du bailli de l'Ysara, qu'il a eu la main molle avec les émeutiers de son coin. Le bourrel a bien travaillé, c'est tranché propre, ça me fera un must à la vente. Un de cujus bailli, pour équiper en lampe de chevet, c'est classe! Pas la peine d'en parler à M. Biscochu, chez nous, c'est pas une tête dans ses moyens d'apothicaire. Celle-là, je la caserai chez quelqu'un de la cour, j'ai déjà de la demande. Pendant que j'étais en train de nettoyer les dalles, le sapir des Choses du dedans s'est approché du seau de glace avec le bailli, il l'a regardé un moment en silence, puis il m'a dit:
«Si vous ne trouvez pas à la placer, faites moi signe, Adèle… »
Je le vois venir cuilà, il s'imagine qu'il aura la tête au rabais, le radin, mais y a pas que lui qui a envie de l'avoir! Et moi, j'ai mon trousseau à compléter, alors c'est pas demain que vais solder.

En tout cas, ça fait drôlement plaisir de voir que le Bien-Aimé Nicolas 1er reprend un peu du poil de la bête. Il était tout abattu ces temps derniers. On aurait dit qu'il osait plus faire couper des têtes, à cause du climat délétère qui règne dans l'empire, comme dit le Bon Saint Henri. Vous savez, ça vient de ces médisances qui circulent en ville, comme quoi la vieille Mme Sotenlong aurait financé l'élection du Bien-Aimé à la présidence de la République franchoise. C'était avant qu'il devienne empereur, vous vous rendez-compte? Pourquoi qu'on remonterait pas au déluge aussi, savoir si Noé il aurait pas touché une enveloppe de la famille Sotenlong pour se construire une arche! Ces ragots ont coupé l'appétit de notre Bien-Aimé, il dort mal (l'impératrice Lala me l'a dit l'autre jour, mais le répétez à personne, c'est confidentiel).
Vous voyez en tout cas que je pouvais pas vous raconter tout ça en SMS, en attendant l'exécution au petit jour…
Je vous embrasse fort, votre fille aimante,
Adèle

P-S La lumière brûle chez Arf…

vendredi 16 juillet 2010

On demanderait, il dirait

«Monsieur le président, selon des informations qui s'accumulent depuis le 21 juin, votre ministre E. W. et vous-même auriez reçu en 2006 et 2007 des enveloppes de billets destinés à financer illégalement votre campagne électorale… Qu'avez-vous à dire aux Français à ce sujet?

—C'est pas la peine de vous mettre à ma gauche pour parler de ça… Écoutez, franch…, franchement c'est ridicule! Pas vous, hein, je me permettrais pas, hein! Je vous respecte, M. Japedoux… Écoutez, soit y a des éléments, donnez-les nous… Pffff… C'est grotesque ! Voilà ma réponse, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise? Alors, raisonnement, là: pour mon financement, avec Éric, on aurait accepté des enveloppes d'une mamie que sa fille elle veut la mettre en tutelle, et ça a donné cette calomnie? Enfin, respectons le déchirement des familles, monsieur, s'il vous plaît. Qui peut croire à une fable pareille? Puis si vous avez des enregistrements, donnez les à la justice, puis demandez à la justice qu'ils les enterrent. Non, qu'ils enquêtent. Franchement, qu'est-ce que vous voulez que je réponde là-dessus? Mais honnêtement, qu'est-ce que vous voulez que je réponde là-dessus? Il y a quatre ans, de surcroît! Non, mais! On est dans un monde où tout se répète, où la notion de secret de famille n'existe plus… Quatre ans après vous venez me dire: il paraît qu'on préparait des enveloppes à une mamie pour qu'elle vous les remette en main propre, dans le cadre des dîners entre amis… Non… Et vous, vous étiez peut-être majordome à cette époque là? Vous comptiez pas les billets? Non? Peut-être à ce moment là, je vous aurais… non… Non, mais je vous en veux pas, mais enfin, écoutez: franchement ! Pfff… Si on cherche le propriétaire de l'île des Seychelles, c'est moi, c'est incontestable (rires). Non, pardon, je ris pas du tout, parce que cette affaire, c'est la douleur d'une famille, et des trucs comme ça… Mais qu'est ce que vous voulez que j'aille répondre là-dessus?»

Fiction inspirée des propos de M. Sarkozy à propos de l'affaire de l'attentat de Karachi.

P-S revoilà Martine, avec un billet sur le off d'Avignon…

lundi 24 mai 2010

Dr Retraite a le remède

Ma femme et moi avons rencontré le dr Donald S. Klem, en villégiature dans le canton. Le célèbre économiste a bien voulu nous accorder une brève interview, le temps de siroter son café à la terrasse du bar-tabac.

«Docteur Donald S. Klem… Hem, comment faut-il vous appeler, exactement? demandai-je pour débuter.
—Mes amis disent DSK, soyons amis, dit-il avec affabilité et une pointe d'accent de Brooklyn.
—Dr DSK, comme vous le savez sans doute, l'avenir des régimes de retraite est un sujet de grande inquiétude dans notre pays…
—Vous vivez trop vieux, c'est la cause!
—Certes, mais nous n'y pouvons rien…
—Bien sûr que si ! Il faudrait annuler vos lois anti-tabac, les limitations de vitesse sur les routes, et celles sur la conduite paf-paf!
Le docteur DSK accompagna cette dernière remarque d'un geste enjoué, faisant mine de visser son nez, d'ailleurs imposant et fort rouge, puis il éclata de rire.
—Je plaisante, n'est-ce pas? Vous avez raison, la question des retraites est un grave problème dans beaucoup d'endroits. Dans mon prochain livre, presque terminé, j'avance pourtant des solutions efficaces…
—Pourriez-vous nous en dire quelques mots?
—Eh bien, le point le plus important, c'est d'élire un président qui a…, comment vous dites? Une veine de cocu, voilà! Un type tellement chanceux qu'il réussirait n'importe quoi… C'est pas facile de mettre la main dessus, mais ça existe
—Il faudrait donc tester l'aptitude à la chance de nos leaders politiques?
—Si vous voulez, mais ça pourrait-être vous, moi, ou même un bonhomme stupide, du moment qu'il a…, comment vous dites?
—Une veine…
—Non, du pot! Faut du pot, voilà.
—Vos préconisations se résument à ceci?
—C'est très important, lisez le dr Westlake, vous verrez. Un veinard à l'Élysée vous ferait remonter le taux de croissance rien qu'en se curant le nez. Mais bien sûr, c'est insuffisant, il faut aussi de nouvelles recettes…
—Ah! nous y voilà.
—Pour l'argent, je suggère d'ajouter trois jours de solidarité au mois de février. Il ne fait que 28 jours, 29 tous les quatre ans: c'est du gaspillage. Actuellement, votre journée de solidarité rapporte plus ou moins 2,29 milliards d'euros. Rien qu'en février, il est possible de récupérer 6,87 milliards, mais ce n'est pas tout. Il y a aussi ce mois de mai plein de ponts ridicules, on doit pouvoir y gagner encore 6 ou 7 milliards. Enfin, vous avez encore quatre mois par an qui ne font que 30 jours, une absurdité: il n'y a que dans les pays latins comme la France ou la Grèce qu'on voit ça. Ça fait encore 9,16 milliards, soit 23,03 milliards en tout !
—C'est encore insuffisant, mon cher DSK.
—Vous oubliez le président, comment dites-vous?
—…
—verni! Qu'est-ce que vous croyez? Avec un président verni, c'est un taux de croissance proche de 7 ou 8 assuré, et fini les soucis de retraite! Comme moi mon café…
Il se leva de table et fouilla ses poches d'un air préoccupé.
—Zut, j'ai oublié ma monnaie! Je vous laisse ma consommation, hein? C'est cool
Il s'en alla d'un pas léger.

J'aurais dû faire ce post-scriptum avec le billet, mais je n'avais pas encore vu le reportage sympa réalisé par Gildan sur Paris verdure… Allez donc voir ça !

lundi 10 mai 2010

Exclusif: l'Œurope saute sur Standard & Poor's !

Il était 3 heures du matin l'autre nuit, lorsque le président Sirkozo, les yeux rougis par la fatigue et par toutes ses crises de colère de la soirée, tapa du poing sur la table.
«Bon y en a marre!» s'écria-t-il.
Retroussant sa manche de chemise gauche, il découvrit la demi-douzaine de Rolex couvrant son bras, tapota de l'index un cadran.
«Ça fait neuf plombes du soir aux States, c'est plus le moment de tergiverser… Vous marchez avec nous, ou on y va seuls, l'Hexagone et la Péninsule ?
—Je comprends pas bien quoi tu veux dire, Nicolo? objecta Sa Chandeleur d'Austrasie en réprimant un bâillement.
—Tu piges pas quoi, Angèle, tergiverser?
—Na, na! J'ai appris l'hexagonal à mon école, mais quand tu parles, Nicolo, je reconnais rien. Les palombes du soir… Ces choses… Tu vois?
—Ok, il va être neuf heures à New-York, on a plus le temps, t'as pigé cette fois?
—Ah, vi, vi!
—Faut faire le plein des avions, embarquer, décoller… Ajoute huit plombes de vol, à peu près, ça fait du onze heures à l'arrivée…
—Mmm… Mais cinq palombes seulement, là-bas, avec le décalage horaire, Nicolo. Trop tôt, les bureaux seraient vides! Tu vois bien qu'on peut encore bien réfléchir.
—Et moi, je dis qu'on a assez réfléchi, maintenant faut sauver l'Œurope, merde!
—Mais tout le monde le veut bien, Nicolo.
—Objection, Angèle! intervint le premier ministre péninsulaire, qui ajouta avec de grands gestes de bras: toute la monde est contre nous autres!
—Vi, vi! Mais ici toutes les seize, on va sauver Œurope.
—Qu'est-ce que tu veux dire, Angèle, tu es d'accord maintenant? questionna le président Sirkozo.
—Vi, si tu demandes pardon à l'Austrasie pour quand tu as dit que je suis qu'une rgrssoffpuolmaséebai (en Austrasien dans le texte)…
—Bon, bon! Si y a que ça c'est ok : je m'excuse Angèle…
—Na, na ! À genoux, puis ma télé, elle filme.»

La transcription de ce sommet crucial des pays de la zone Nœuro s'achève ici, le reste du débat s'étant déroulé à huis-clos, en présence d'un seul cameraman. Quoi qu'il en soit, l'ordre de passer à l'action fut donné et l'état-major de l'armée œuropéenne intégrée reçut ses instructions à six heures trente du matin, heure d'été…

Les troupes déjà sur le pied de guerre embarquèrent au pas de gymnastique à bord de seize appareils gros porteurs… À quatorze heures et des poussières, heure de Lutèce, huit heures et des poussières locales, les avions œuropéens survolaient New-York, alors que les bureaux commençaient à se remplir.

Un commando parachutiste Haxagono-austrasien atterrissait sur la terrasse de Standard & Poor's, dans les rues environnantes, ainsi que par-ci par-là, et prenait rapidement le contrôle de l'agence de notation. Les hommes, au nombre desquels figuraient trois jeunes femmes hexagonales, rencontrèrent une certaine résistance. Les premiers rapports font état d'une quinzaine d'agents de Standard & Poor's abattus, dont un sous-directeur de brigade et M. Didier Valseur-Dada, plus communément désigné par ses initiales familières de DVD. On se demande ce que l'ambassadeur d'Œurope auprès du FMI faisait dans ce sinistre repaire?

Simultanément, d'autres troupes aéroportées des pays de la zone Nœuro, péninsulaires et celtibères notamment, s'emparaient sans coup férir du reste des cibles de l'opération: les sièges de Moody's, de Fitch Ratings, et autres agences terroristes de moindre importance. À dix heures locales, seize de Lutèce, tout était terminé et le président Sirkozo pouvait fièrement annoncer aux télés de l'Hexagone:
«Mes chers compatriotes, tous les fauteurs de spéculation sont morts, ou arrêtés. Y seront jugés et punis comme y le méritent… L'Œurope unie a vaincu le terrorisme financier international ! »

P-S. Yann nous fait part d'un témoignage qu'il faut lire et faire lire… Avec «Aérien» Arf revient aux Jeux d'écriture… Et Balmeyer a publié depuis jeudi dernier trois textes que je n'ai pas encore lus… Une honte!

mardi 27 avril 2010

Le Journal de l'Empire


C'est la tristesse au cœur que je, soussigné Le Journaliste, directeur du Journal, rédacteur en chef, secrétaire de rédaction, pigiste, et balayeur honoraire des locaux, prends la plume en service commandé. Le palais m'a en effet confié mission de mettre un terme à une rumeur pernicieuse qui empoisonne notre beau pays Franchois depuis quelque temps, et alimente même des articles venimeux de la presse étrangère. Rendons grâce à notre Empereur d'avoir épargné à son peuple la pollution de l'âme que constitueraient ces feuilles de rien, en interdisant leur vente dans les frontières de l'Empire. Il a plu au Bien-Aimé Nicolas 1er d'accorder l'exclusivité de nos kiosques aux seules pages, salubres, du JOURNAL, et à la prose de son dévoué serviteur Le Journaliste. C'est pourquoi je me propose aujourd'hui d'abattre la rumeur d'une plume impitoyable.

De quoi s'agit-il? Le prétexte de cette affaire est à rechercher fort loin, à l'époque héroïque où l'Empire n'était encore qu'une idée vague, mûrissant dans l'esprit du génial Nicolas. Le lecteur âgé se souviendra que dans les dernières années de la gueuse, un certain Oscar Billamol fut premier sapir de l'avant-dernier président de la république Albert Papillon, un socialiste —que l'on me pardonne ce mot grossier! Or, notre Bien-Aimé se trouvait exercer les importantes fonctions de sapir de la tirelire dans le gouvernement Billamol. Le cadre ainsi posé, j'ajouterai qu'Oscar Billamol projetait de se porter candidat à la présidence de la république franchoise.

Que dit la rumeur?
Pour avoir des fonds, afin de faire campagne, M. Billamol aurait obligé notre industrie d'armement à vendre à perte plusieurs dirigeables à une nation orientale. Mais l'argent public ne pouvait entrer directement dans les poches de M. Billamol: on aurait donc imaginé de gonfler les pots-de-vin qu'il est d'usage de verser dans ce genre de transaction, et de récupérer une bonne partie de ces derniers. Pour ce faire, et brouiller les pistes, le sapir de la tirelire, notre bon Nicolas, aurait facilité la création d'une société fictive à l'étranger. Les intermédiaires recevaient les dessous-de-table par les soins de cette société, puis, avant de graisser la patte aux acheteurs orientaux, en reversaient une fraction non négligeable au trésor de campagne de M. Billamol.

Je vous demande un peu: n'aurait-il pas été plus simple d'empocher tout de suite cet argent, sans se fatiguer à l'envoyer à l'étranger? Certes, on peut objecter que dans un gouvernement républicain, toute somme doit pouvoir être suivie en écritures diverses jusqu'à un certain point. Il fallait donc qu'elle partit intégralement à l'étranger et que la trace en fût perdue par les comptables de l'état, avant d'en récupérer la moindre fraction.

Soit, mais je vous prie de considérer cet argument imparable: a-t-on bien regardé les visages de M. Billamol et du Bien-Aimé Nicolas 1er en sa jeunesse? Il y a des photographies… L'un comme l'autre rayonnent de probité, et leurs yeux loyaux regardent droit dans le sens de l'état! S'il était encore besoin de preuves, que l'on considère ce que ces hommes sont devenus: le premier est aujourd'hui Cardinal de l'Église Impériale, le second n'est rien moins que notre Empereur. Imagine-t-on que le peuple Franchois, vous, moi, serions assez naïf pour élever en honneurs des individus corrompus?

Je me trouvais il y a quelques mois à bord du Nicolas One, lors d'un voyage de l'Empereur. Je me souviens encore qu'un petit journaleux d'un pays dont je tairai le nom par courtoisie, lui avait fait part de cette rumeur naissante avant de lui demander avec insolence ce qu'il pouvait dire à ce sujet. Eh bien, le croiriez-vous? L'Empereur fut pris d'un fou-rire inextinguible qui dura jusqu'à la fin du vol! Avant de descendre de l'avion, il fit cette forte réponse: «franchement, mon garçon, franchement, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise? C'est grotesque, voilà ma réponse!»
Et paf!
signé: Le Journaliste

à lire : Libération, Mediapart.

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samedi 17 avril 2010

Nicolas 1er montre l'exemple

Soucieuse d'améliorer sans relâche les conditions de vie de son peuple, Sa Majesté Impériale Nicolas 1er, dans sa grande bonté, a paraphé ce matin un décret de Mme Mangeline Rachalot, sapir de la bien-portance.

On sait que tous les pays nœuropéens adoptent les uns après les autres de strictes mesures anti-tabagisme, ceci afin d'alléger le poids financier des maux qui en découlent, en protégeant la santé des populations par la même occasion.

Notre génial Empereur, en vrai visionnaire, a décidé pour sa part d'aller beaucoup plus loin dans la prévention de la mort. D'ici un an à compter de la publication du décret, les constructeurs automobiles auront obligation de mettre en vente des véhicules dont 40% de la carrosserie extérieure seront couverts d'images choc d'accidents de la circulation ou des conséquences de ces derniers.

Notre Bien-Aimé Nicolas, premier Franchois, premier à montrer l'exemple a choisi d'anticiper pour lui-même cette obligation. Le dernier véhicule officiel, flambant neuf, dont nous dévoilons ici une photo prise dans le Garage Impérial, est en effet revêtu des illustrations dramatiques prévues par le décret. Sur le côté du conducteur on peut voir ainsi une berline réduite en bouillie, barrée de l'inscription: «Rouler tue», cependant que le capot est orné d'un fauteuil roulant sur fond jaune. Le flanc droit, non photographié, montre un pompier impérial occupé à désincarcérer des enfants à l'arrière d'un véhicule, avec cette inscription rouge: «la voiture met vos enfants en péril». La porte du coffre affiche quant à elle un cul-de-jatte nu, en couche culotte, avec l'avertissement: «l'accident peut vous rendre impuissant»…

Mme le sapir de la bien-portance a déclaré que dans sa grande mansuétude, l'Empereur accorde un délai de quelques mois aux constructeurs pour écouler leurs stocks actuellement inadaptés, mais dans un délai d'un an, tous les véhicules en circulation, y compris les anciens modèles et les voitures de collection, de même que les jouets pour enfants devront satisfaire aux dispositions du décret. Le cas de l'équitation est encore à l'étude, mais il se pourrait que l'obligation soit étendue aux chevaux.

lundi 29 mars 2010

Blog de Lala: bon baisers d'Amérique

Coucou, Franchoises et Franchois, vous ne devinerez jamais où je suis! Ah, vous le savez déjà? Par Télé-Nicolas et Le Journal, bien sûr! Je suis étourdie parfois, mais je vais vous le dire quand même, sinon je ne saurais pas quoi écrire sur mon blog impérial. Donc, Nicou the first et moi, nous sommes en Amérique, et savez-vous quoi? Demain nous dînons private chez les Obama.

Et comme me l'a fait remarquer Nicou: «attention, eh! pas dans la salle à manger officielle de the white house, non, mais intou the life intimitate of the big président, pas son bedroum, mais presque…» C'est vous dire tout le chemin que le Bien Aimé Empereur de nos cœurs a parcouru. Vous n'êtes pas au courant de certains détails, parce que l'on ne vous dit pas tout dans Le Journal, par égards diplomatiques, mais ça n'a pas été toujours facile entre mon homme et le président des states.

Au début, mister Obama avait tendance à snober mon Nicou the first, because il trouvait l'Empire franchois trop petit. Pourtant, peu à peu, il s'est rendu compte de la supériorité du Bien Aimé. Quand il perdait de son côté trois élections partielles, Nicolas 1er désignait qui lui plaisait pour siéger à l'Assemblée impériale et à l'Amicale Œuropéenne. Mais je ne vous ferai pas la liste de toutes les occasions où le génie de notre empereur a étincelé aux yeux du monde.

En guise d'exemple unique, je vous rapporterai ce que mon Nicou a raconté ce matin devant un amphithéâtre d'étudiants bourré à craquer. En réponse à une question, comparant l'ampleur des réformes réalisées chez nous depuis son couronnement à l'unique chantier ouvert par l'américain sur la santé, l'Empereur a dit sobrement: «Qu'on change un truc dans un pays où qu'on en foute cinquante en l'air, la pression du populo c'est du pareil au même.» Et il a ajouté avec ce petit air malicieux qui le rend à croquer: «Excusez-moi, mais nous, ça fait belle lurette qu'on a résolu le problème.» Ça c'était envoyé!

À mon avis, il aurait dû préciser que c'est surtout depuis son accession au trône que la santé, est une affaire qui roule dans l'Empire franchois. N'oublions pas que c'est Nicou qui a réorganisé l'hôpital, grâce aux soins à la chaîne et à la fermeture de tous les centres qui ne servaient à rien. C'est lui qui a trouvé le moyen d'empêcher tous les faux malades de coûter si cher au pays en les obligeant à ouvrir sérieusement leur porte-monnaie… Mais je bavarde, je bavarde, et l'aiguille tourne sur ma Rogex! Je dois vous quitter, car nous avons un drink à l'ambassade dans vingt minutes à peine. À bientôt, mes amis, et vive Nicolas 1er!

P-S, après avoir bataillé en vain avec blogger pour insérer l'illustration de ce billet, j'ai renoncé à faire des liens vers mes lectures du jour…

jeudi 25 mars 2010

Dernières nouvelles de Nicolas 1er



Ma chère maman, mon cher papa,
Ça y est, j'en ai une! Vous pouvez dire à monsieur Biscochu que, s'il est toujours intéressé, on peut arranger l'affaire. C'est une belle, alors faudra lui demander un max. Ici, à la capitale, je les place jamais pour moins de 1500, des fois plus. Le de cujus (c'est le Bon Saint-Henri qui les appelle comme ça, pour rire), le de cujus était commandant du guet, c'est pas rien!
J'étais dans un coin de la cour avec mon seau et mes serpillières quand notre Bien Aimé Empereur l'a fait décapiter. Pendant que le bourrel aiguisait sa hache, Nicolas 1er a fait un petit speech à ceux qui étaient là:

«J'ai décidé que le guet serait désormais placé sous l'autorité du sapir des Choses du dedans, comme ma police. Ça n'a pas plu au commandant, qui s'est permis de critiquer ma décision en public… Vous vous rendez-compte? Dire du mal de son Empereur! Fallait qu'il aye perdu la tête, non? Eh bien, comme ça, il va la perdre pour de bon, sa tête!»


Le bourrel a bien travaillé, elle a pas été du tout abîmée et je l'ai mise dans mon panier spécial avec de la glace dès que j'ai fini de tout nettoyer. Prête pour le voyage, s'il faut… Alors donc, je compte sur vous, le Biscochu a les moyens de lâcher de la thune, avec son apothicairerie qu'est toujours pleine de clients…

À part ça, y a eu du rififi au palais, hier… L'Empereur, qui avait dû se lever tôt pour le Conseil des sapirs, était de mauvaise humeur. Normalement, il se lève vers dix heures, après son câlin avec l'impératrice Lala, alors 9 heures, vous imaginez… En tout cas, à la sortie du Conseil, il a fait le discours que vous avez forcément écouté, vu que c'est obligatoire, puis il a pris le Premier sapir mange-couleuvre à part.

«Qu'est-ce que Riton m'apprend, dis-donc: tu t'es invité au journal de ce soir sur Télé-Nicolas? Non, mais, pour qui tu te prends? Je cause dans le poste à midi, et toi, tu voudrais faire le beau le même jour? Pas de ça, mon saligaud! Tu crois que je te vois pas venir, avec ta petite gueule de faux cul? Je te laisserai pas cirer les pompes de ces connards de Franchois pour me préparer un coup d'état!
—Mais Sire, je vous assure qu'il n'y a aucune malice dans cette intervention télévisée! C'était prévu depuis une semaine, alors que ni moi, ni Télé-Nicolas à plus forte raison, ne savions que vous parleriez aujourd'hui.
—En tout cas, tu m'annules ça ou je te remanie… Je te trouve un peu long, si tu vois ça que je veux dire…»

Moi, j'étais pas loin, je ramassais les canettes de bière dans la salle du Conseil. J'ai vu l'empereur qui promenait un doigt autour du cou du sapir mange-couleuvre. Le sapir est devenu tout blanc. Il a dit avec une chèvre dans le gosier: «Vouii… vouii… Votre Majesté… J'a j'a, j'annule… Promis juré!» Et il a craché une petite anguille sur le tapis.
En résumé, pour la tête, faites-moi savoir assez vite, j'aurai peut-être d'autres clients si ça tarde trop. Y en a au palais qui font collection.
Bisous de votre fille affectionnée,
Adèle
Sans rapport, mais sur un thème voisin

P-S. J'ai lu chez Mathieu un bon billet sur «l'affaire Zemmour», comme du reste ceux de Falconhill et de Nicolas… Après Balmolok et pas mal d'autres blogueurs, Éric nous offre sa version du Jeu d'écriture n°3, dont les textes sont rassemblés sur le Blog à 1000 mains

samedi 20 mars 2010

Une semaine magique

C'est le lundi 15 mars au matin que tombait la nouvelle, alors que débutait sans que je le sache encore, ce qui allait se révéler pour moi une merveilleuse semaine. On apprenait que François Fillon venait d'être hospitalisé d'urgence au Val-de-grâce, victime du syndrome de la langue de bois. Selon son entourage, les premières atteintes du mal s'étaient manifestées quelques minutes après sa déclaration du dimanche soir, à la clôture du premier tour des élections régionales: «la faible participation ne permet pas de tirer un enseignement national du scrutin». Au cours de la nuit suivante, son état s'aggravait au fur et à mesure de la lignification de cet organe buccal, justifiant au petit matin son transport à l'hôpital. Les médecins se déclaraient toutefois optimistes…

Mardi 16, dans l'après-midi, j'ai reçu un coup de fil de Jean Ferrat. Oui, un appel posthume; c'est assez rare quoique le phénomène ne date pas d'aujourd'hui, souvenez-vous de Jeanne d'Arc. Comme on ne se connaissait pas de son vivant, j'ai été épaté qu'il m'appelle, mais si j'ai bien compris le hasard y était pour beaucoup. En tout cas, il est bien arrivé, c'est ce qu'il voulait dire, et rien ne pouvait me faire autant de plaisir.

Mercredi 17, coup de théâtre dans la soirée: on nous avait annoncé le Jeu de la mort, sur France 2, et ce fut le Jeu de la vie! Le fameux documentaire sensé nous renvoyer à la figure l'image de notre asservissement à l'ordre établi, fit un flop magistral! Réduit à quelques minutes d'émission, on put y voir la totalité des candidats refuser les uns après les autres d'infliger la moindre souffrance à un être humain, sous prétexte d'obéir au règlement. À la place du jeu, France 2 nous offrit la diffusion en version française de «Noblesse oblige», le chef d'œuvre d'humour noir (et blanc, pendant que nous y sommes), de Robert Hamer, qui date de 1949.

Jeudi 18, réunion en sommet extraordinaire à Bruxelles des chefs d'états de l'Union européenne. Ils décidaient dans un communiqué commun de se tenir fermement aux côtés de nos voisins suisses dans le conflit qui les oppose au sergent-chef Mouammar Kadhafi. D'autre part, tous les journaux publiaient en Une l'extraordinaire photo prise par le télescope spatial. Le cliché de Hubble présente en gros plan une planète rocheuse, compagne d'un astre éloigné de nous de quelques poignées d'années lumière seulement. Comme vous tous sans doute, j'ai été ému aux larmes par cette image d'une verte prairie au bord d'un lac bleu, avec ces jolies filles qui souriaient sous l'objectif de Hubble, en agitant leur banderole «Bienvenue aux terriens!»

Vendredi 19, en conclusion d'un discours prononcé devant l'Internationale philatélique, dont il est un membre éminent, Nicolas Sarkozy annonce qu'il a bien reçu le message des électeurs et des abstentionnistes aux élections régionales. «Si le second tour confirme le désaveu dont je suis été l'objet, y aura pas besoin de me faire un dessin…» Pressé de questions sur la signification des ces propos sibyllins, M. Sarkozy a répondu qu'il songeait sérieusement à occuper dans un proche avenir, à titre régulier, l'une de ses fonctions de chanoine honoraire. Il n'a pas encore décidé s'il occuperait sa stalle de l'abbaye de Cerizay, ou bien s'il irait jusqu'à s'exiler à Saint-Jean-de-Latran: tout dépendra de l'ampleur de la défaite.

Samedi 20, on nous annonce que les troupes chinoises ont été refoulées hors du Tibet lors d'une nouvelle révolte de la population de ce pays. Le dalaï-lama est en route pour Lhassa, alors qu'à Pékin le président Hu Jintao a démissionné devant un soulèvement populaire concomitant. Dans la foulée, Mahmoud Ahmadinejad ainsi privé de l'un ses plus solides soutiens, s'est enfui d'Iran, tandis qu'Oussama Ben Laden se serait livré ce matin aux américains…

Dimanche sera à la hauteur de cette semaine de rêve, je n'en doute pas!

P-S, je me demande ce que pourrait être la semaine rêvée de Nicolas, Romain, et Trublyonne?

lundi 15 mars 2010

Abstention

Elle dormait quand il est entré dans la chambre avec le café et des croissants sur un plateau. L'arôme du café la réveille, son regard coule à travers les cils à peine soulevés et l'observe. Il pose le plateau au bord du lit, tire les doubles rideaux. C'est comme s'il lui avait jeté une pleine bassine de soleil à la figure. Elle plisse les paupières douloureusement, résiste à l'envie de donner un coup de pied au plateau, à l'envoyer au diable, lui, son petit déjeuner d'amoureux transi et ses fausses bonnes intentions. C'est le parfum subtil des croissants frais mêlé à la senteur plus forte du café qui la retient. Elle aime trop les croissants, il le sait, ce salaud. Prudemment, elle le regarde ôter sa veste et relâcher son nœud de cravate. Quelle heure est-il? Assez tard pour qu'il soit douché, rasé, habillé, et qu'il ait envoyé un garde à la boulangerie.

«Allez hop! Il va être dix heures, Douce, on se réveille, il est temps de faire son devoir…» Elle s'étire, s'adosse à la tête de lit, assise, sans répondre ni le regarder. Faire son devoir, qu'est-ce qui lui prend? Quand il avait envie de baiser, avant, il ne parlait jamais de cette manière… Oui, mais c'était avant justement. Maintenant, il n'aurait pas tout a fait tort d'invoquer la loi conjugale. Pff! est-ce qu'il y a une loi, seulement? De toute façon ça ne lui ressemble pas.

Et puis, ça lui revient d'un coup: les élections bien sûr, c'est aujourd'hui! D'ailleurs, dans le bourdonnement des paroles qu'il prononce et qu'elle n'écoute pas, tandis qu'il s'installe près d'elle avec le plateau, tout habillé, ses Richelieu luisantes sur le lit, elle saisit quelques mots: vote, participation en baisse, sondage… Elle attrape un croissant et croque une pointe pendant qu'il dévide son baratin, comme s'il s'adressait à ses électeurs.

Elle prend la tasse de café qu'il vient de lui servir et trempe le croissant dedans. Il n'aime pas qu'elle trempe, surtout en public, quand ça arrive, mais c'est justement ce qu'elle aime, tremper. Il dit qu'il l'a attendue pour aller voter, qu'il y aura la presse. «J'irai pas», dit-elle la bouche pleine. Il la regarde, fronce les sourcils d'un air peiné, et repart dans une tirade sur le civisme, l'importance pour une citoyenne de participer à la vie de la nation. Mon cul, elle pense. La vie de la nation, c'est comme notre vie de couple, connard. Tu décides de tout, et quand tu fais semblant de demander mon avis, si ce que je dis ne te plaît pas, tu me soûles de reproches et d'arguments contraires avant de choisir à ta guise.

Finalement, le café est bu, les croissants sont mangés. Il se lève et arpente la chambre nerveusement, remet dix fois son nœud de cravate en place en passant devant le miroir. «Tu te douches et on y va, d'accord? —Je veux prendre un bain, et je n'irai pas voter. Cette fois, je m'abstiens. —Pas toi, c'est impensable! Tu peux voter blanc, si ça t'amuse, ou gribouiller sur ton bulletin… Mais ça ne serait pas malin, le parti n'a pas de voix à perdre, Douce, même la tienne! —La prochaine fois que j'approcherai d'une urne, ça sera pour un référendum populaire…» Il lève les yeux au ciel, et dit d'un ton mauvais: «Ça n'arrivera jamais, idiote, t'es bien une blonde, tiens! —Alors, ça sera pour tous les politiques comme pour toi: bientôt, plus personne ne vous aimera.» Il lui jette un regard glacial, ramasse sa veste. «Je t'attendrai dans mon bureau jusqu'à onze heures et demie, pas une minute de plus».

Après son départ, elle s'est levée nonchalamment et s'est livrée à tous les soins de sa toilette. Il est midi moins le quart lorsque, vêtue de blanc, elle écarte le rideau pour suivre des yeux sa voiture qui part. Après quoi, sourire aux lèvres, elle jette quelques affaires indispensables dans une petite valise, avant de descendre jusqu'au bureau. Sur une carte à l'angle frappé des armes de la République, elle écrit à l'encre noire: «je t'emmerde, Douce».

Elle laisse le message en évidence sur le buvard, et quitte la maison. Dans la rue, elle a un instant d'hésitation, puis elle part tranquillement du côté gauche, son fourre-tout à l'épaule, tirant sa valise à roulette. Elle est libre.
Crédit photo : Robert Lubanski (voir le blog de Mme Kevin)

Cette fiction, inspirée de la photo d'illustration, a été écrite après un tag de Gaël, pour la chaîne «Jeu d'écriture n°3». On trouvera d'autres textes de ce jeu chez Mrs Clooney, CC, et Juan, désolé pour ceux que j'ai oubliés…

samedi 6 mars 2010

Nicolas Sarkozy remplacé par Nicolas 1er à l'exposition agricole

J'avais envie ce soir de saluer la visite à reculons de Nicolas Sarkozy au Salon de l'agriculture, à l'occasion de sa clôture… Malheureusement, je n'ai pu arriver sur place à temps pour recueillir les meilleurs moments de sa prestation. D'une part, ce farceur s'était rendu sur les lieux avant l'ouverture des portes, et d'autre part, mon réveil n'a pas sonné. Même si je n'avais pas loupé l'avion de Paris, je serais de toute façon passé à côté de la majeure partie de l'événement et mon reportage tombait à l'eau. C'est pourquoi je vous propose la relecture d'un billet que je fis l'an passé, à l'occasion d'un séjour en Franchie. Ces apparitions officielles se ressemblent toutes, et à défaut de M. Sarkozy, j'espère que la visite de l'Empereur Nicolas 1er à l'exposition agricole de son bon pays, vous fera passer quelques instants plaisants.


Nicolas 1er visite l'Exposition Agricole. (reprise du 22 février 2009)

Sa Majesté Nicolas 1er a, cette semaine, honoré de sa présence l'Exposition Agricole qui se tenait comme tous les ans dans sa capitale chérie. Une foule dense se pressait afin de l'acclamer, constituée pour une bonne part des plus racés représentants de notre cheptel national, veaux, vaches et conjoints, brebis, volailles à plumes et à poils, telles que truites, saumons, brocolis, cochons d'inde, ou poules du tandori, sans compter chevaux et concubines, poulains et poneys mérinos.

D'autre part l'assistance proprement dite, composée essentiellement des huit mille hommes et femmes de la garde impériale, tous agréablement costumés en fermiers et fermières, avec un tel réalisme qu'il était impossible d'identifier dans leur masse les paysans authentiques accrédités pour la visite impériale. Le Bien-Aimé, quoique allergique à la plume fit un arrêt remarqué devant l'enclos d'une laitière rose de Celtique Occidentale.

«Elle est magnifique! Est-ce qu'elle donne beaucoup de lait? demanda-t-il au sympathique éleveur qui veillait sur la bête. —Ma foi, Mon Empereur, j'pense qu'oui, y a quinze petits qui tètent en ce moment et y se plaignent pas… —Quinze! s'ébahit le Bien-Aimé en prenant à témoin le Sapir de l'agriculture. Soyons fiers de cette vache: c'est ça, la Nicosie qui gagne! — Mais où sont-ils, ces petits veaux? reprit Nicolas 1er avec un bon sourire, à l'intention du croquant. —À la porcherie du dehors, mon Empereur, vu qu'ils sont pas accrédités pour la visite.»

Notre magnanime souverain bavarda quelques instants encore avec ce rude éleveur, lequel tout épaté de sa considération, insista pour lui offrir du boudin frit et une tranche de saucisson en provenance de sa ferme.
«C'est du bon, mon Sire! La Luzon, l'était aussi belle que celle-là!» dit le brave homme qui tendait une assiette au fumet appétissant.
Mais le Bien-Aimé fut pris de violents éternuements, dûs sans doute aux plumes de cette Rose de Celtique Occidentale, et poursuivit sa visite d'un pas allègre.

Il s'arrêta encore, bien que moins longuement, devant un autre enclos. Malgré la presse et la ferveur bruyante entourant le monarque, nous fûmes le témoin émerveillé de l'étendue de son savoir, lorsqu'il identifia du premier regard un petit troupeau d'oies.
«Quand j'étais petit, il y en avait des comme ça dans mon livre de lecture, à l'école!» dit-il avec cette modestie à fendre le cœur le plus endurci.
Il s'enquit auprès de la fillette gardienne du troupeau, si c'était bientôt l'heure où ces équidés allaient pondre le foie gras, mais devant l'air stupide de la jeunette, comme tétanisée par son auguste présence, il passa finalement son chemin.

Nous ne saurions énumérer ici toutes les richesses qui réjouirent l'œil de notre affectionné monarque: un épais volume n'y suffirait pas, quand le lecteur de ces chroniques, nous le savons, apprécie la concision. C'est pourquoi nous résumerons cette visite de Nicolas 1er à l'Exposition Agricole à l'essentiel: ce fut une fois encore un triomphe sans égal, si ce n'est celui de l'an prochain.

P-S j'aimerais vous signaler un billet d'Éric, qui anticipait à sa manière la montée du conformisme dont je parlais hier… Et d'autre part, l'excellent point de vue de Piratages sur «le cas Peillon»… Enfin, ce serait dommage pour vous de louper la jolie série des «Questionnaires de Trub»