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lundi 21 mars 2011

Je resterai à la maison dimanche


Tout bien considéré, je vais faire moi aussi un petit billet sur les cantonales, parce que je ne voterai pas dimanche prochain. Dans le département, comme il était à prévoir, l'UMP et le Front National font quasiment le même score : 27,77 % l'une, 27,54% l'autre. L'abstention bat le record précédent : 57,42%.*

Bref, le Var renforce son image de bronze-cul ultra-réactionnaire. La force du vote de droite m'étonne pourtant chaque fois, car enfin, ce département est loin d'être exclusivement peuplé de vrais riches et de retraités florissants, j'ai même l'impression qu'il abrite une majorité de gens des classes moyennes et laborieuses. Dans le passé, c'était une terre rouge, et j'ai encore connu sur la côte des vignerons communistes dont l'aisance dialectique m'étonnait, rapprochée de la rusticité des paysans aveyronnais de mon enfance. Mais c'est déjà une vieille histoire, bientôt une légende du train où vont les choses.

Donc, la droite est impériale par ici, et le Front National avance. Sauf dans un petit canton gaulois de l'arrière pays où j'ai le plaisir de vivre, celui de Callas. Imaginez-vous que nous résistons si bien que nous nous sommes offert le luxe d'élire notre Conseiller général au premier tour avec 52,51% des voix, le seul du département. Et quel Conseiller ! Pierre-Yves Collombat, l'unique grand élu de la gauche varoise puisqu'il est également sénateur socialiste.

Peut-être vaudrait-il mieux ne pas trop se réjouir quand même, car dans le même temps, le Front National a obtenu chez nous 23,82% des suffrages, contre 9,15% au candidat de l'UMP/Nouveau Centre… Quoi qu'il en soit, je resterai chez moi dimanche, et j'en suis fier.

*les chiffres cités sont ceux de Var Matin
P-S : je ne résiste pas au plaisir de vous recommander la magistrale leçon de Realpolitik pour les nuls de Dedalus.

lundi 15 mars 2010

Abstention

Elle dormait quand il est entré dans la chambre avec le café et des croissants sur un plateau. L'arôme du café la réveille, son regard coule à travers les cils à peine soulevés et l'observe. Il pose le plateau au bord du lit, tire les doubles rideaux. C'est comme s'il lui avait jeté une pleine bassine de soleil à la figure. Elle plisse les paupières douloureusement, résiste à l'envie de donner un coup de pied au plateau, à l'envoyer au diable, lui, son petit déjeuner d'amoureux transi et ses fausses bonnes intentions. C'est le parfum subtil des croissants frais mêlé à la senteur plus forte du café qui la retient. Elle aime trop les croissants, il le sait, ce salaud. Prudemment, elle le regarde ôter sa veste et relâcher son nœud de cravate. Quelle heure est-il? Assez tard pour qu'il soit douché, rasé, habillé, et qu'il ait envoyé un garde à la boulangerie.

«Allez hop! Il va être dix heures, Douce, on se réveille, il est temps de faire son devoir…» Elle s'étire, s'adosse à la tête de lit, assise, sans répondre ni le regarder. Faire son devoir, qu'est-ce qui lui prend? Quand il avait envie de baiser, avant, il ne parlait jamais de cette manière… Oui, mais c'était avant justement. Maintenant, il n'aurait pas tout a fait tort d'invoquer la loi conjugale. Pff! est-ce qu'il y a une loi, seulement? De toute façon ça ne lui ressemble pas.

Et puis, ça lui revient d'un coup: les élections bien sûr, c'est aujourd'hui! D'ailleurs, dans le bourdonnement des paroles qu'il prononce et qu'elle n'écoute pas, tandis qu'il s'installe près d'elle avec le plateau, tout habillé, ses Richelieu luisantes sur le lit, elle saisit quelques mots: vote, participation en baisse, sondage… Elle attrape un croissant et croque une pointe pendant qu'il dévide son baratin, comme s'il s'adressait à ses électeurs.

Elle prend la tasse de café qu'il vient de lui servir et trempe le croissant dedans. Il n'aime pas qu'elle trempe, surtout en public, quand ça arrive, mais c'est justement ce qu'elle aime, tremper. Il dit qu'il l'a attendue pour aller voter, qu'il y aura la presse. «J'irai pas», dit-elle la bouche pleine. Il la regarde, fronce les sourcils d'un air peiné, et repart dans une tirade sur le civisme, l'importance pour une citoyenne de participer à la vie de la nation. Mon cul, elle pense. La vie de la nation, c'est comme notre vie de couple, connard. Tu décides de tout, et quand tu fais semblant de demander mon avis, si ce que je dis ne te plaît pas, tu me soûles de reproches et d'arguments contraires avant de choisir à ta guise.

Finalement, le café est bu, les croissants sont mangés. Il se lève et arpente la chambre nerveusement, remet dix fois son nœud de cravate en place en passant devant le miroir. «Tu te douches et on y va, d'accord? —Je veux prendre un bain, et je n'irai pas voter. Cette fois, je m'abstiens. —Pas toi, c'est impensable! Tu peux voter blanc, si ça t'amuse, ou gribouiller sur ton bulletin… Mais ça ne serait pas malin, le parti n'a pas de voix à perdre, Douce, même la tienne! —La prochaine fois que j'approcherai d'une urne, ça sera pour un référendum populaire…» Il lève les yeux au ciel, et dit d'un ton mauvais: «Ça n'arrivera jamais, idiote, t'es bien une blonde, tiens! —Alors, ça sera pour tous les politiques comme pour toi: bientôt, plus personne ne vous aimera.» Il lui jette un regard glacial, ramasse sa veste. «Je t'attendrai dans mon bureau jusqu'à onze heures et demie, pas une minute de plus».

Après son départ, elle s'est levée nonchalamment et s'est livrée à tous les soins de sa toilette. Il est midi moins le quart lorsque, vêtue de blanc, elle écarte le rideau pour suivre des yeux sa voiture qui part. Après quoi, sourire aux lèvres, elle jette quelques affaires indispensables dans une petite valise, avant de descendre jusqu'au bureau. Sur une carte à l'angle frappé des armes de la République, elle écrit à l'encre noire: «je t'emmerde, Douce».

Elle laisse le message en évidence sur le buvard, et quitte la maison. Dans la rue, elle a un instant d'hésitation, puis elle part tranquillement du côté gauche, son fourre-tout à l'épaule, tirant sa valise à roulette. Elle est libre.
Crédit photo : Robert Lubanski (voir le blog de Mme Kevin)

Cette fiction, inspirée de la photo d'illustration, a été écrite après un tag de Gaël, pour la chaîne «Jeu d'écriture n°3». On trouvera d'autres textes de ce jeu chez Mrs Clooney, CC, et Juan, désolé pour ceux que j'ai oubliés…

jeudi 28 janvier 2010

L'âge charnière

Cinquante-cinq ans est un âge charnière pour un homme. Comme trente-trois, quand on cache encore tant de dons au monde, qu'il risque de ne jamais connaître parce qu'on va mourir à l'âge du Christ. Comme quarante, sept ans plus tard, parce que la jeunesse tirée, on commence à se demander combien de gouttes il peut bien en rester. Cinquante-cinq ans, c'est autre chose.

Avec l'allongement de la durée de la vie, pour un non fumeur buveur d'eau sans nitrates, nourri au bio, et adonné au jogging matutinal depuis des lustres, on peut dire que c'est la mi-parcours. Ce type là, l'œil clair fixé sur l'horizon des 110 balais, se fiche des charnières. En revanche, pour le commun des quinqua + 5, c'est le moment où l'on comprend que ces longues études de la vie ne valent pas tripette: pour pas grand chose, la charnière soulève le couvercle de la poubelle. On vous fourre dedans, la société n'a plus besoin de vous.

À cinquante-cinq ans, on ne s'en rend pas compte immédiatement, mais il va falloir s'habituer à devenir vieux, s'habituer à ce que chaque année s'ouvre sur un nouvel âge charnière. La somptuosité du cadeau que l'on peut recevoir ne change rien à l'affaire, sauf s'il est pourri, le cadeau.

Ce qui m'amène naturellement à penser aux cinquante-cinq ans de ce pauvre Nicolas Sarkozy. Je me demande quelle gueule il fera ce soir, dans l'intimité. Est-ce qu'il va casser la vaisselle du mobilier national pour calmer la rage qui doit l'habiter? La justice vient de lui faire un présent particulièrement pourri avec la relaxe de Dominique de Villepin. Et du même coup, elle a peut-être fait une fleur divine à l'opposition dans ce pays.

Imaginez: le PS semble sortir doucement de sa longue maladie, les élections régionales devraient être un échec pour l'UMP sarkoziste… La cote du président laisse, certes, à désirer —je veux dire qu'elle pourrait être légitimement plus mauvaise encore—, mais ne chipotons pas… En toute hypothèse, M. de Villepin devrait se porter candidat à la présidentielle de 2012. Ou mieux: refaire à son ennemi le coup de Jacques Chirac à Giscard d'Estaing, en favorisant mine de rien la candidate de l'opposition ( je considère le cas idéal — de mon point de vue—, où M. Strauss Kahn ne se sent pas désiré, et ne quittant pas la bonne auberge du FMI, il ne m'oblige pas à voter contre lui).

Bref, cinquante-cinq ans, c'est un âge charnière, comme 2010 est une année charnière dans le mandat de Nicolas Sarkozy. Cela pourrait sonner son entrée dans une période crépusculaire, tandis que pour les Français fatigués de sa personne viendrait l'aube.

mardi 8 décembre 2009

Nicolas Sarkozy change l'Europe pour nous

Le Monde a publié aujourd'hui une tribune du président-candidat aux élections régionales. Il ne doit y avoir que du côté de Repentir, dans les profondeurs de la Guyane, entre Dagobert et Cambrouze, que l'on ignore l'entrée en campagne de Nicolas Sarkozy. Encore un département où ils vont bien s'amuser pour débattre de l'identité nationale avec les 12% de métropolitains et les 40% originaires de tous les coins du monde, sans parler des Créoles (40%), et des purs autochtones amérindiens —lesquels sont d'ailleurs privés de droits sur la terre de leurs ancêtres, mais c'est une autre histoire. Ceci dit pour simplement noter que M. Sarkozy consacre l'essentiel de sa tribune à caresser la xénophobie de son électorat de base, à la faveur d'un retour sur le vote anti-minaret des Suisses.

Toutefois, ce n'est pas la pause faussement républicaine de ce ravageur de la République qui m'a particulièrement agacé. Ce sont ses propos hypocrites sur la démocratie, dont on peut prendre connaissance sur le site du Monde. En particulier l'incroyable culot avec lequel il feint de s'attendrir sur les Français qui rejetèrent la Constitution européenne.
«Je me souviens des paroles parfois blessantes qui ont été proférées contre cette majorité de Français…»
Et de faire ensuite le constat que cette majorité avait rejeté «une Europe dont elle ne voulait plus parce qu'elle donnait le sentiment d'être de plus en plus indifférente aux aspirations des peuples». M. Sarkozy en conclut qu'il «fallait changer d'Europe».

C'est donc sans doute la raison qui le poussa à batailler afin d'obtenir l'adoption du Traité de Lisbonne, reprenant pour l'essentiel les traités existants, dont celui de Maastricht, qui avait particulièrement déplu au peuple français. Rien de ce qui faisait de l'Europe la chose des marchands et des financiers ne fut changé. Pas un des reproches que les populations pouvaient adresser à son organisation si peu démocratique, ne fut pris en compte. Pour faire bonne mesure, et bien montrer le peu de cas que l'on faisait du peuple chez nous, on se garda d'organiser un nouveau référendum et le texte fut ratifié par le Parlement, comme on sait…

Cela n'empêche pas aujourd'hui Nicolas Sarkozy de prétendre que «la France a pu prendre la tête du combat pour changer l'Europe.»
Le culot de cet homme est sans limite.


mardi 9 juin 2009

De l'air, du nouveau, du PS!

Sauf en Suède et en Grèce, les sociaux-démocrates européens ont perdu des sièges aux dernières élections, et le PPE, qui regroupe les partis conservateurs au parlement, dominera ce dernier demain comme hier. Si l'Europe ne vous plaisait pas, elle n'est pas près de changer, que vous soyez responsable de la débâcle par l'abstention, ou non.
C'est dans l'analyse de ces élections par un socialiste Suisse, Andreas Gross, que j'ai trouvé l'explication globale de cette défaite qui me paraît la plus juste. Les socialistes européens, les nôtres singulièrement, «ont oublié les exigences de la démocratie.» Selon lui, nos socialistes sont «trop élitistes, ils travaillent «pour» les gens, non pas «avec». Ils considèrent les citoyens comme des consommateurs de la politique et non comme des acteurs.»

Certes, ils ont manqué de cette vision européenne qui ne faisait pas défaut à Europe Écologie, mais ce n'est pas tout, de mon point de vue.
Avec cette autre défaite, interne celle-ci, que fut son congrès de Reims, le PS est passé à côté des propositions qu'il aurait fallu faire au pays pour lui donner à espérer au-delà du sarkozysme. Aller à la rencontre des citoyens, être à l'écoute de leurs attentes réelles, et mettre en chantier une réhabilitation future de nos institutions. Être capable d'offrir un projet de société enfin démocratique, dans le cadre d'une république où il en serait terminé des licences "bananières" permises à la présidence. Et pour mieux en communiquer le désir à la population, illustrer cette promesse d'une autre France par l'exemple d'un PS transformé de fond en comble, récuré de ses repoussoirs, à l'écoute de ses militants. On pourrait même y gagner l'envie de le rejoindre.

vendredi 5 juin 2009

Humeur rogue, en bref

J'avais l'intention de dire tout le mal que je pense de François Bayrou après son attaque d'une rare bassesse contre Daniel Cohn Bendit. Voilà un marathonien de l'élection présidentielle de 2007 qui débarque sans savoir que la course est finie. Il parade sur le stade des européennes, cherchant son second souffle, dans l'espoir qu'en continuant à courir il arrivera en tête la prochaine fois, en 2012… Mais bon, j'ai perdu l'envie de rire en essayant de remplir ma déclaration des revenus en ligne… Alors, c'est chez Ruminances et Les coulisses de Sarkofrance que j'invite mes lecteurs à goûter une rondelle de bayrou.
Pendant que j'y étais, j'aurais bien écrit aussi sur le peu d'estime que m'inspire Jean-Luc Bennahmias. Vous savez, c'est un type, actuellement député Vert, qui est devenu en réalité tête de liste du MoDem dans le sud-est… Les traitres, ce n'est pas nouveau, mais sous le règne de M. Sarkozy, ils prolifèrent. Il paraît que l'ambition est utile en politique comme ailleurs, c'est un peu comme le fumier qui fait pousser les meilleurs légumes en quelque sorte. Sauf que personnellement, je supporte mal l'ambition quand son odeur l'emporte sur le talent.
Il y a heureusement, et enfin, un appel de Ségolène Royal à voter dimanche, que je souhaite relayer pour terminer ce bout de billet sur une note moins morose…

PS. Rimbus se fait l'écho, après Birenbaum, d'une émission de la télé Suisse-Romande, révélatrice du regard que portent nos voisins sur la liberté de la presse sous Nicolas Sarkozy…

jeudi 4 juin 2009

Bizareries électorales à Claviers, Var

Dans l'enveloppe contenant le matériel de propagande électorale, que j'ai reçue avant-hier, copieusement fournie en documents présentant les listes de candidats aux européennes, il manquait la profession de foi du Parti Socialiste. Mon épouse est dans le même cas, nos voisins aussi.

S'agissant d'une élection où beaucoup de personnes n'ont pas d'opinion arrêtée et se décideront au dernier instant, l'absence de présentation de la liste socialiste peut jouer en défaveur de celle-ci.
Cinq oublis ne font pas une mauvaise intention, mais dix ou vingt peut-être…

Sommes-nous les seuls du village, voire du canton, à avoir reçu un envoi incomplet?