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lundi 14 mars 2011

Sarkozy et le lièvre de mars

Kadhafi écrase peu à peu son peuple révolté, comme la CIA l'avait prévu, avec sans doute la plupart des services spéciaux à travers le monde. Pendant ce temps, les gouvernements européens n'en finissent plus de tergiverser sur l'établissement d'une zone d'exclusion aérienne. On dirait une tragi-comédie, sauf que le dénouement risque fort d'en être malheureux.

Et si c'était réellement une comédie que nous jouent Sarkozy et ses comparses dirigeants des autres états concernés ? Les opinions publiques européennes voient les révolutions arabes plutôt d'un bon œil, particulièrement l'insurrection contre la dictature du fou des sables libyen. Ce n'était pas le moment d'étaler au grand jour le cynisme d'états qui, au fond, s'accommodaient très bien de Kadhafi, son pétrole, ses dollars, sa poigne de fer, ses délires. Lorsqu'il l'avait invité en 2007 à venir faire du camping sauvage à Paris, Sarkozy savait parfaitement, et depuis longtemps, que son hôte était un dément sanguinaire.

Que s'est-il passé pour qu'il change brusquement d'avis ? Il y a eu le scandale tunisien de MAM, celui de Fillon en Egypte —opportunément escamoté—, et la baisse irrémédiable jusqu'à présent de sa popularité. Sarkozy, pragmatique, en tire les leçons. On sait d'autre part combien cet homme est porté à récupérer la sympathie populaire à l'égard d'un événement —souvenez-vous de la mise en scène impudente organisée autour de la libération d'Ingrid Betancourt.

Une révolte survient en Libye, regardée comme une divine surprise par les Français : l'occasion est belle de surfer sur la vague de ferveur médiatique. D'autant plus que cela peut se faire à bon compte, puisqu'il suffit d'adopter une posture théâtrale sans risque : Sarkozy appelle à clouer les avions de Kadhafi au sol. Il sait que par réflexe, la tribu des gens de pouvoir n'aime pas voir les peuples déboulonner un collègue, fut-il un dictateur. Il se pourrait même qu'aucun dirigeant au monde ne souhaite sincèrement la chute de Kadhafi : en matière de pétrole comme pour tout le reste, mieux vaut tenir que courir.

On va palabrer des jours durant, évoquer la lourde machinerie de l'ONU, s'abriter derrière les obstructions russes et chinoises, en attendant que la situation soit renversée sur le terrain. Rien ne prouve que ce soit le cas, mais on dirait que ces messieurs dames d'état se sont partagés les rôles d'une tragi-comédie.

P-S : sur la catastrophe au Japon, j'ai lu aujourd'hui les billets de Manuel, qui connaît bien ce pays, et ceux de Yann-Savidan, et Falconhill…

mercredi 15 septembre 2010

Ne pas confondre Vichy et vichy

Bien sûr que la France de Sarkozy n'est pas Vichy, quelle idée ! Rien de ce qu'on reproche à cette France n'est à l'échelle du passé. On regroupe bien les futurs expulsés dans quelques centres, mais ce ne sont pas à proprement parler des camps d'internement. On ne déporte pas des enfants vers un pays exterminateur —d'ailleurs, M. Sarkozy le souhaiterait-il, qu'il n'y en a plus dans le proche environnement européen—, on les expulse de temps en temps, ce n'est pas la même chose. On ne livre personne à la Gestapo, pour la même raison. On ne marque pas les vitrines des épiceries arabes d'un croissant infamant. On n'apprend pas aux écoliers à chanter «Sarkozy nous voilà !», mais demain la Marseillaise. On met en avant le travail, la famille, la patrie, mais c'est seulement pour liquider les 35 heures, flatter les entrailles du franchouillard, et l'inciter à vomir les critiques de l'étranger. Quand on couche avec le patronat, ce n'est pas pour matraquer le gréviste, c'est pour accoucher de lois qui nous ramèneront sans heurts au Moyen-âge. Et ainsi de suite…

Il faut aussi noter que la politique du régime de Pétain était soutenue par de solides alliés: l'Allemagne, l'Italie, la Turquie, l'Espagne dans une moindre mesure… Celle de Nicolas Sarkozy est largement réprouvée par tous nos voisins, et jusqu'à présent ni la Corée du Nord, ni la Chine, ni la Russie ne se sont manifestées pour lui apporter leur appui.

Certes, il y aurait le fait que le pays est largement composé d'héritiers des Français pétainistes, dont on pourrait attendre, dans l'ensemble, les mêmes réflexes de passivité coupable. Ce serait alors oublier trop vite que nous sommes également héritiers des sans-culotte de 1789, et que Nicolas Sarkozy n'est pas à l'abri d'un salutaire coup de sang national. En attendant, la France n'est pas plus vichyste que le Canada Dry n'est whisky. C'est une question d'époque: aujourd'hui les choses se font en petit.

P-S À lire chez Constance: L'homme sur le banc…

mercredi 28 juillet 2010

Des vaches folles à la Commission Européenne

Chère Commission Européenne, comme elle veille maternellement sur nos petites santés! Après avoir autorisé le maïs de Monsanto en 1998, puis la culture des pommes de terre OGM au mois de mars dernier, et fait au début du mois des propositions visant à faciliter carrément la culture d'OGM en Europe, la voici qui se préoccupe encore de notre nourriture…

Il s'agit cette fois d'autoriser le retour des farines animales pour l'alimentation des poissons, porcs, et volailles. Nous avons encore des frissons dans le dos au souvenir de la vache folle et du spectre de la maladie de Creutzfeldt-Jakob planant sur nos assiettes, et voilà que l'on nous repasse le plat interdit! Si vous n'aviez que 10 ans lorsque la peur de la viande de bœuf a saisi les ménages, fait grimper en flèche le prix du poulet et du poisson, peut-être ne connaissez-vous pas l'origine de ce cauchemar?

Autour des années 90, en Angleterre suppose-t-on, des génies de l'élevage avaient eu l'idée de nourrir les vaches (et autres bestiaux), avec des farines tirée sde… la barbaque de vache. Comme il est inévitable que cela arrive dans le monde des marchands, quelqu'un trouva plus lucratif de moins chauffer la viande de bœuf au cours de la préparation de ces farines. Le prion responsable de la maladie dite: «encéphalite spongiforme bovine» en profita pour contaminer le bétail. Les vaches se mirent à crever par centaines de milliers, d'innombrables troupeaux furent sacrifiés par précaution. Et la viande vendue au cours des années précédentes contamina 200 et quelques personnes en Europe, atteintes de la forme humaine du mal, appelée maladie de Creutzfeldt-Jacob… Certes, l'hécatombe que certains prophétisaient ne s'est pas produite, mais il y a eu de nombreuses victimes un peu partout en Europe, et actuellement encore, une italienne de 42 ans souffrant de cette maladie se trouve dans le coma.

Les éleveurs réclament paraît-il le retour des farines animales, source commode de protéines, et la Commission envisage de les satisfaire, moyennant le respect de strictes mesures de précaution. On est d'avance rassurés, connaissant le sens inné du profit de tous ceux qui font métier de nous tondre comme des moutons.

P-S un peu d'auto-promotion: le 7e épisode des Poussegrain est en ligne dans la pièce à côté; Quant à CC, son feuilleton de l'été en est à la 3e livraison; Arf évoque son aïeul, l'ami Faucon pleure le sien; Constance salue en images la fin de la corrida en Catalogne…

jeudi 20 mai 2010

D'une chaîne, un billet

Isabelle.b et Yann Savidan m'invitent à poursuivre une chaîne relayée par See-Mee, qui pose quelques questions sur ma façon de bloguer…
Qu'est-ce qui vous inspire?
S'agissant d'un blog politique, et comme il ne m'arrive jamais de rêver ni de Nicolas Sarkozy, ni de François Fillon, de Martine Aubry, de DSK, ou même de Ségolène Royal, ce ne sont pas mes rêves qui m'inspirent. Les informations entendues à la radio, la lecture d'un hebdomadaire, un quotidien, ou plus souvent d'un journal en ligne, alimentent en revanche mes réflexions, ou déclenchent mes humeurs…

Qu'est-ce qui déclenche l'acte? À quel moment de la journée le faites-vous? De quels endroits? Comment et où vous installez-vous? Quel est votre environnement?
À six heures et demi du soir, parfois plus tard, je me dis: «merde! il est temps de faire un billet»… Comme je me trouve en général dans notre pièce de travail à la maison, disons: un bureau, j'y reste… C'est aussi la bibliothèque, un bazar poussiéreux parce que ce serait à moi d'en faire le ménage et que je n'y tiens pas du tout.

Quels outils utilisez-vous pour écrire (un traitement de texte ou directement dans votre éditeur de billet)?
J'utilise TextEdit, un traitement de texte Mac, léger et simple d'emploi…

Faites-vous beaucoup de recherches? Rédigez-vous beaucoup de brouillons ou d'articles que vous ne publierez pas?
Ce soir, avant de me souvenir de cette chaîne, j'hésitais entre plusieurs sujets: l'histoire révélée par Public Sénat, de Paul Dubrule, un ancien sénateur UMP et co-fondateur d'Accor, réfugié fiscal en Suisse. Le bonhomme se flatte d'avoir économisé 2,3 millions d'euros d'impôts sur ce qu'il aurait dû payer en France, s'il n'avait pas fait un transfert fiscal à Genève…
Je ne suis pas particulièrement naïf, ni facile à effaroucher, mais c'est le genre d'indignité que je supporte mal de la part d'un homme politique, fut-il au rebut…

Il y avait aussi cette décision de l'Allemagne d'interdire notamment les paris baissiers à règlement différés sur les emprunts d'états de la zone euro. Il aurait fallu que je me documente, afin de comprendre le mécanisme spéculatif visé par cette interdiction. En gros, il doit s'agir d'acheter ou de vendre de l'emprunt sans payer ou détenir le moindre titre à l'avance, en pariant que la valeur va baisser. Une saleté typique de tout ce que l'on reproche au monde de la finance depuis la crise.

Le genre d'immoralité que M. Sarkozy avait juré vouloir combattre. Qu'a t-il fait? Essentiellement semblant d'égratigner quelques bonus de banquiers, et amen. L'Allemagne se lance dans la mise au pas des milieux financiers, et que fait la France? La fine bouche.

Finalement, j'ai abandonné le sujet, faute de temps pour bien le comprendre, et faire le tour des réactions que cette décision allemande a suscité chez nous. Lorsque je commence un billet, c'est dans l'intention de le publier, sinon je n'en fais pas…

Écrivez-vous en prenant votre temps ou avec une certaine frénésie?
Comme j'écris depuis longtemps et des choses fort différentes, je rédige mes billets rapidement, avec plaisir ou amusement, mais mon enthousiasme est réservé à d'autres travaux…

Pour répondre à ce questionnaire et prolonger le petit jeu, je passerai le relais à Peuples, Hermes, CC, et Marie…

vendredi 7 mai 2010

L'euro n'a pas d'odeur

Il y a quelque temps, interviewé au cours d'un séjour à Athènes au sujet de la crise grecque, Daniel Cohn-Bendit avait critiqué le plan de rigueur imposé à la Grèce. Pour lui, la majeure partie des efforts de ce pays aurait dû porter sur le budget militaire, avec une réduction drastique de celui-ci.

Aujourd'hui, Libération nous dit que D. Cohn-Bendit est revenu à la charge ce vendredi, accusant dans une conférence de presse, MM Sarkozy et Fillon d'avoir obligé les dirigeants grecs à faire passer le militaire avant le peuple. Marchands de canons, nos gouvernants ont conditionné l'aide de la France à la poursuite des contrats d'armement. La même accusation devrait s'appliquer à Mme Merkel, puisque à côté des frégates et autres jouets français, destinés aux Grecs, on trouverait notamment des sous-marins allemands…

En somme, nous allons prêter quelques milliards à nos voisins, pour qu'ils nous achètent du canon, nous remboursent ensuite les intérêts, et enfin le principal, comme disait la cigale à la fourmi. Pendant ce temps, les Grecs perceront de nouveaux trous à leur ceinture pour la serrer plus court.

Le monde est dingue, il grouille de milliers de démonstrations semblables de la non existence de Dieu —et si vous tenez mordicus à ce qu'il soit l'auteur de nos jours, voilà une petite preuve supplémentaire que Dieu s'est suicidé depuis longtemps de désespoir.

Le plus insane de cette affaire, je l'ai découvert dans un article de Jean Quatremer: les Grecs de la rue, ceux qui vont en chier pendant la rigueur, tiennent presque autant que leurs généraux à posséder toujours plus d'engins de guerre. Leurs dépenses militaires sont, en importance, les deuxièmes de l'Otan, juste derrière les USA, ils trouvent ça normal: ils ont peur de la Turquie. L'ennemi immémorial du Grec, c'est le Turc, qui les a occupés du XIVe siècle jusqu'au début du XIXe —sans douceur. N'est-ce pas encore dingue?

La Grèce est dans la zone Euro, comment l'ignorer? La Grèce est un état de l'Union Européenne… Or, on nous a seriné depuis des années que l'Europe a préservé ses peuples de la guerre… C'est très certainement vrai en ce qui concerne ces nations rivales de toujours que sont l'Angleterre, la France, et l'Allemagne, mais apparemment tout le monde n'a pas la même confiance dans la Pax Europa…

Une fois de plus, on est obligé de constater que si l'Europe des épiciers est une réalité, si la mentalité des boutiquiers y prévaut, il n'existe pas de défense européenne qui pourrait rassurer les Grecs. Peut-être avaient-ils imaginé au départ que l'appartenance à l'Union Européenne était une garantie, que les autres états membres se précipiteraient à la rescousse si la Turquie venait à les attaquer? Désormais, avec leur crise financière et la façon dont on les a laissés s'y enfoncer, ils savent ce que solidarité européenne veut dire.

P-S dans mes lectures du jour: le billet de FalconHill , et Laiteuse, un texte alléchant d'Arf, publié sur mon annexe selon le principe des vases communicants (le mien est chez lui). D'autre part, je signale aux lecteurs qu'une discussion intéressante se poursuit sur PMA, après la rencontre de blogueurs avec Corinne Lepage, à la Comète… Celle-ci s'y exprime à plusieurs reprises en commentaires…

mardi 16 mars 2010

Les médias aimeraient-ils Kadhafi?

Il y a tout juste une semaine, Éric, de «Crise dans les médias», relevait que le vrai pouvoir des médias est de taire un sujet. Leur silence est en effet souvent assassin, et c'est juste dans tous les domaines, à commencer par la culture où il n'est pas rare, par exemple, de les voir enterrer des bouquins qui dérangent.

En ce moment, on parle peu dans nos médias du bras de fer en cours entre nos voisins suisses et le maréchal Kadhafi… Pourtant, parmi les sujets concernant l'Europe, celui-ci n'est pas sans intérêt ni importance. L'Europe y est impliquée du fait des accords régissant l'Espace Schengen, dont fait partie la Suisse.

En mesure de rétorsion à la prise en otage d'un citoyen Suisse, Max Göldi, retenu à Tripoli depuis 2008 —je rappelle, qu'il s'agit pour le dictateur Libyen de venger la brève interpellation à Genève de son fil Hannibal—, la Suisse a interdit d'accès à l'Europe plus d'une centaine de personnalités libyennes.

Or, cette situation compromet les juteuses relations que les hommes d'affaires et les gouvernements des 27 pays de l'Espace Schengen étaient en train d'établir avec le maître de Tripoli. Ils ont beau se prêter à toutes les bassesses pour amadouer Mouammar Kadhafi, celui-ci menace de distribuer ailleurs qu'en Europe ses merveilleux dollars…

L'Italie, dont on connaît les relations anciennes avec la Libye, avait offert sa médiation. Son ministre des Affaires étrangères, Franco Frattini, s'est rendu à Tripoli pour négocier sous la tente du despote. Et surprise: le médiateur en ramène un ultimatum qu'il fixe lui-même à la Suisse: lever le blocage des visas libyens d'ici au 5 avril, sous peine de voir les autres pays de l'Espace Schengen ne plus tenir compte de l'interdiction helvétique.

L'Italie, l'Espagne, le Portugal, Malte, seront les pays les plus empressés à servir des visas aux libyens, mais on peut compter sur la France pour ne pas traîner à suivre l'exemple. Il s'agira non seulement du viol flagrant d'accords entre états, mais en plus d'une rupture répugnante de la solidarité européenne.

De cette affaire scandaleuse, nos médias ne parlent presque pas. Les consignes du pouvoir sarkoziste pourraient bien être passées par là. Et c'est comme si toutes les rédactions se joignaient à messieurs Kouchner, Frattini, et quelques autres pour lécher le cul vieillissant du caporal des sables.

P-S, je vous invite à lire le beau texte de Dedalus pour le «Jeu d'écriture», objet du billet d'hier.
J'ai bien aimé aussi les billets chez Le-goût-des-autres, Le temps suspendu, et Lait d'Beu…

mardi 2 mars 2010

Que faut-il de plus ?

La commission européenne (avec un petit c, comme dans grosse commission, expression enfantine réunissant avec bonheur le commerce et la défécation), la commission vient d'autoriser la culture d'une patate transgénique. Celle-ci sera destinée pour l'essentiel au bétail, lequel est destiné à l'homme. Auparavant, les commis à la prospérité des marchands avaient déjà autorisé la présence de trois variétés de maïs OGM dans notre alimentation.
Cette goutte d'eau s'ajoute à beaucoup d'autres qui privilégient le monde des affaires au détriment du désir des populations. Que faut-il de plus pour que les peuples européens se mettent en colère?

À la suppression du juge d'instruction et au renforcement du contrôle de la Justice par le pouvoir, le gouvernement rajoute à son projet de réforme une disposition qui permettra de prescrire les délits financiers beaucoup plus sûrement que par le passé. En effet, le délai de prescription a été en apparence rallongé de trois à six ans, mais l'astuce consiste à faire courir la dite prescription de la date où l'infraction a été commise, et non plus de celle où les faits ont été découverts.

Prenons l'exemple de l'attentat de Karachi, qui pourrait cacher des histoires de pots de vin remontant à l'époque où Nicolas Sarkozy était ministre du Budget d'Edouard Balladur. Cet attentat date de huit ans aujourd'hui, et les éventuelles malversations financières seraient encore plus anciennes. Avec cette nouvelle disposition dans la procédure pénale, s'il se révèle un jour que tel ou tel très haut responsable politique s'est baigné dans l'affaire jusqu'aux oreilles, il y aura prescription.

Que faut-il de plus pour que tout le monde sorte dans la rue le 27 mars, pour un NO SARKOZY DAY?

Vous qui sortez lentement de la jeunesse et découvrez des séductions troublantes au respect des hiérarchies, vous qui pensez que la légitimité s'acquiert une fois pour toute à l'élection, comme à l'épicerie, vous qui croyez candidement que l'on ne voit pas briller vos dents sous le sourire républicain, que vous faut-il de plus pour cesser d'abâtardir le mot démocratie? Que faut-il de plus pour exiger que la souveraineté revienne au peuple, pour exiger dès aujourd'hui des politiques de l'opposition qu'ils s'engagent à abroger de telles lois à l'avenir, et à nous faire changer de république?

P-S. Mes lectures les plus marquantes de ce jour: chez Éric, puis Balmeyer qui nous offre un nouveau texte, ainsi que M. Poireau qui s'est penché sous la burqa…

jeudi 18 février 2010

La Suisse entre l'Europe et Tripoli

S'il faut en croire Rue89, «c'est la saison des foires à Tripoli»… Le maréchal Mouammar Kadhafi a 70 milliards de dollars à dépenser dans la reconstruction de son pays. On devine la fébrilité des gens d'affaires dans le monde, et en Europe particulièrement. Voilà sans doute pourquoi ces jours-ci, Franco Frattini, diplomate en chef d'Italie, d'abord, puis Bernard Kouchner, ministre de Nicolas Sarkozy pour les choses étrangères, se sont irrités contre la Suisse.

Les Suisses, se prévalant des règles de l'espace Schengen, dont ils font partie, ont en effet interdit de séjour en Europe 180 personnalités Libyennes. En particulier, nos voisins se sont opposés récemment à la visite privée à Berlin de l'un des fils chéris du capitaine-général Kadhafi. Chaque fois qu'un Suisse ose toucher si peu que ce soit à sa progéniture sacrée, le lieutenant-colonel de Tripoli voit rouge.

Dans le temps, quand il était un peu plus jeune, pour une offense de ce genre, il vous aurait fait sauter en vol un aéroplane de la Swiss International Air Lines. Souvenez-vous de la destruction d'un appareil de la PanAm au-dessus de Lockerbie, en 1988, et de la destruction d'un DC-10 français d'UTA dans le désert, en 1989. Bilan: 270 morts dans le premier cas, 170 dans le second.

Bon, l'adjudant Mouammar a vieilli, ce n'est plus le fringant démiurge de ses débuts putchistes, quand il voulait remodeler l'Afrique, et faisait battre le cœur des femmes au rythme de ses longs cils —si, si, j'en connais! Maintenant, il a des poches sous les yeux, même quand il voit rouge. C'est pourquoi il a simplement bloqué l'octroi de visas à tous les résidents de l'espace Schengen. Privés de foire, les hommes d'affaires italiens, les français, les belges, les allemands, les espagnols, et j'en passe…

Intolérable! La Suisse, ce pays minuscule, tout juste plus grand que Monaco ou le Luxembourg, et même pas membre de Union Européenne, nous empêcherait de conclure de juteuses affaires avec le major Kadhafi? Ben oui, les accords internationaux sont faits pour être respectés, et j'espère qu'il tiendront bons, les petits suisses!

Les hommes d'affaires sont fâchés? Que diraient-ils s'ils étaient retenus en otages à Tripoli depuis plus d'un an, comme le sont deux autres hommes d'affaires, suisses?
Souvenons-nous qu'à l'origine, comme je le rappelais dans le billet d'hier, c'est l'interpellation à Genève de l'autre fils adoré du caporal Kadhafi qui alluma le conflit entre la Libye et la Suisse. Hanibal Kadhafi s'était conduit dans une démocratie comme un fils de dictateur brutal. On l'avait fichu au trou… Espérons que l'Europe saura garder sa dignité et qu'elle ne fera pas pression sur la Suisse pour s'incliner devant un despote criminel.


P-S Abadinte s'intéresse à: «10 propositions pour améliorer le bien-être au travail», Jean nous offre deux vidéos rafraîchissantes, Hermes a publié deux très bons billets, je ne sais lequel choisir, enfin Balmeyer nous ouvre un abîme d'incertitudes avec «Vétérinaire pour les poissons»…

mardi 8 décembre 2009

Nicolas Sarkozy change l'Europe pour nous

Le Monde a publié aujourd'hui une tribune du président-candidat aux élections régionales. Il ne doit y avoir que du côté de Repentir, dans les profondeurs de la Guyane, entre Dagobert et Cambrouze, que l'on ignore l'entrée en campagne de Nicolas Sarkozy. Encore un département où ils vont bien s'amuser pour débattre de l'identité nationale avec les 12% de métropolitains et les 40% originaires de tous les coins du monde, sans parler des Créoles (40%), et des purs autochtones amérindiens —lesquels sont d'ailleurs privés de droits sur la terre de leurs ancêtres, mais c'est une autre histoire. Ceci dit pour simplement noter que M. Sarkozy consacre l'essentiel de sa tribune à caresser la xénophobie de son électorat de base, à la faveur d'un retour sur le vote anti-minaret des Suisses.

Toutefois, ce n'est pas la pause faussement républicaine de ce ravageur de la République qui m'a particulièrement agacé. Ce sont ses propos hypocrites sur la démocratie, dont on peut prendre connaissance sur le site du Monde. En particulier l'incroyable culot avec lequel il feint de s'attendrir sur les Français qui rejetèrent la Constitution européenne.
«Je me souviens des paroles parfois blessantes qui ont été proférées contre cette majorité de Français…»
Et de faire ensuite le constat que cette majorité avait rejeté «une Europe dont elle ne voulait plus parce qu'elle donnait le sentiment d'être de plus en plus indifférente aux aspirations des peuples». M. Sarkozy en conclut qu'il «fallait changer d'Europe».

C'est donc sans doute la raison qui le poussa à batailler afin d'obtenir l'adoption du Traité de Lisbonne, reprenant pour l'essentiel les traités existants, dont celui de Maastricht, qui avait particulièrement déplu au peuple français. Rien de ce qui faisait de l'Europe la chose des marchands et des financiers ne fut changé. Pas un des reproches que les populations pouvaient adresser à son organisation si peu démocratique, ne fut pris en compte. Pour faire bonne mesure, et bien montrer le peu de cas que l'on faisait du peuple chez nous, on se garda d'organiser un nouveau référendum et le texte fut ratifié par le Parlement, comme on sait…

Cela n'empêche pas aujourd'hui Nicolas Sarkozy de prétendre que «la France a pu prendre la tête du combat pour changer l'Europe.»
Le culot de cet homme est sans limite.


lundi 23 novembre 2009

Le LHC va bien, le collisionneur de dons est menacé

Le LHC va bien, le CERN se frotte les mains. Pour ceux qui n'ont pas suivi les aventures du capitaine CERN et de sa monture LHC, dans le Coucou comme ailleurs dans la presse (la dernière option est recommandée au débutant), il me faut dévoiler ce qui se cache sous ces pseudonymes… Le CERN, comme le sigle ne l'indique pas, est l'Organisation Européenne pour la Recherche Nucléaire. Ses premiers prénoms: Conseil Européen, ont en effet été changés. Quant au LHC, c'est le Grand Accélérateur de Particules, dont personne, je pense, n'ignore les fâcheux déboires qui ont suivi sa mise en route.

Eh bien, le LHC va bien, c'est une affaire qui roule comme disait Charles Pasqua, avant qu'à rouler trop bien, il ne finisse au bord du trou. Les scientifiques s'en réjouissent, et les vulgaires amateurs de science-fiction de mon espèce aussi. Il a même redémarré plus vite que prévu, gagnant neuf heures sur l'horaire officiel. Du coup, des chercheurs qui étaient rentrés chez eux ont dû revenir au box de la bête, fissa.

Normal pour un super-accélérateur, vous me direz! En tout cas, un faisceau de particules a été injecté dans l'énorme anneau de 27 kilomètres de circonférence à 22h, Vendredi. Il a tourné dans le sens des aiguilles d'une montre franco-suisse, et à minuit, un second faisceau est parti en sens inverse. Rien n'a grillé, cette fois, et même si la vitesse de rodage est bien loin d'approcher encore celle de la lumière, comme ce sera le cas lorsque le LHC fonctionnera à plein régime, on peut s'en réjouir. On ne sait si le mystère de la matière noire et des premiers instants de l'univers sera percé à terme, mais les particules circulent, c'est déjà pas mal. Voilà au moins une circulation trans-frontière qui ne me chagrine pas.

En revanche, la libre circulation des capitaux humanitaires, ou au service de l''intérêt général, m'embarrasse. Je ne sais pas si j'ai raison, mais en ce moment où, justement, on se chamaille chez nous sur la concurrence «déloyale» qui pourrait exister entre associations faisant appel à la générosité publique, l'idée d'affaiblir l'impact de cette générosité en la dispersant davantage me déplaît. Je suis loin d'être un supporter enthousiaste du téléthon, mais jusqu'à nouvel ordre, il est particulièrement utile à la recherche médicale, comme son parent pauvre, le Sidaction…

Or, c'est ce qui va prochainement arriver, puisque la Commission européenne intime à la France de modifier le régime fiscal en faveur des organismes sans but lucratif, œuvrant pour l'intérêt général. Actuellement, ces organismes sont exemptés d'impôts et les donateurs bénéficient eux aussi d'allégements fiscaux, du moment que les premiers agissent en France. Pour la commission européenne il s'agit là d'un «obstacle injustifiable à la liberté de circulation des capitaux» en Europe. Si je comprends bien, il s'agit pour la France, soit de supprimer les avantages fiscaux qui mettent de l'huile dans les rouages de tant d'associations caritatives, soit de les étendre à tous les organismes européens.
Pour l'Europe telle qu'on nous l'a bâtie, il n'y a pas d'argent de la solidarité nationale, il n'y a que des capitaux. Et des capitaux, ça doit circuler: il y a un trou noir à remplir quelque part.

P-S. Peu de lectures, faute de temps, mais j'ai tout de même apprécié aujourd'hui le billet du Privilégié que je vous recommande.

mardi 8 septembre 2009

Le Top 20 de Davos est sorti!

La blogosphère, qui se focalise volontiers sur le classement Wikio, oublie qu'il existe d'autres instruments de mesure de l'influence. Ainsi, il y a par exemple le Davos, émanation du fameux forum dont je simplifie l'intitulé exact par commodité, qui se donne pour but de hiérarchiser les pays selon leur compétitivité globale. A la différence du Wikio, mensuel, «The Global Competitiveness Report: Country Profile Highlights» (vous voyez: Davos, c'est tout de même plus simple), est publié annuellement.
Comme pour le Wikio, l'intérêt se focalise plutôt sur le top 10, mais j'ai la faiblesse de vous le livrer étendu au top 20, par patriotisme, afin que notre glorieux pays apparaisse à son rang honorable.
Cette année, on assiste à une petite révolution que l'on pourrait comparer, toutes proportions gardées, à l'accession de PMA naguère au sommet du Wikio. Je veux parler de l'arrivée de la Suisse en tête du classement, où elle détrône les États Unis d'Amérique.
Voilà bien la preuve que l'on peut s'accommoder des complications et lenteurs d'une véritable démocratie, et briller en matière de compétitivité économique. Et n'allez pas croire que ce succès s'explique avant tout par l'importance du secteur bancaire helvétique, à la réputation sulfureuse. Pas du tout! En ce domaine, la Suisse subit comme les autres pays le choc de la crise financière.
Ce qui lui vaut d'être devenue première de la classe, ce sont ses «excellentes capacités d'innovation», ses dépenses élevées en «recherche et développement», ses institutions de recherche scientifique reconnues parmi les meilleures du monde…, sans oublier l'efficacité et la transparence de ses établissements publics, et l'existence d'un «pouvoir judiciaire indépendant» adossé à une «règle de droit fort»… J'énumère ces appréciations, prises parmi d'autres, pour les confronter en esprit à ce dont est capable dans les mêmes domaines notre caricature de démocratie.
Voici donc le Davos 2009:
1 Suisse (+1)
2 USA (—1)
3 Singapour (+2)
4 Suède =
5 Danemark (—2)
6 Finlande =
7 Allemagne =
8 Japon (+1)
9 Canada (+1)
10 Pays-Bas (—2)
11 Hong Kong 11 =
12 Taiwan (+5)
13 Grande Bretagne (—1 après —3 en 2007/2008)
14 Norvège (+1)
15 Australie (+3)
16 France =
17 Autriche (—3)
18 Belgique (+1)
19 Corée (—6)
20 Nouvelle Zelande (+4)

Bien entendu, comme tout classement, celui-ci est régulièrement contesté, paraît-il. Selon Le Temps, il est basé à 70% sur des sondages dans les milieux d'affaires, et pour 30% sur des statistiques… Conclusion: faire des liens en matière de compétitivité internationale permettrait d'automatiser le tableau d'honneur et d'atténuer le poids du facteur humain dans les appréciations… Le Wikio a du bon!

P-S. Seb publie aujourd'hui un bon billet sur la sécu et les projets du gouvernement, dont je parlais hier, et Falconhill dresse l'inventaire des taxes de Nicolas Sarkozy, impressionnant.
Homer fête aujourd'hui les trois ans d'existence de son blog: bon anniversaire!

mercredi 2 septembre 2009

Bon anniversaire, colonel Kadhafi!


Alain Joyandet est secrétaire d'Etat à la coopération dans le gouvernement de Nicolas Sarkozy. Non, pardon! Vérification faite, comme il se doit, M. Joyandet appartient plutôt au gouvernement d'un certain François Fillon.
Venons en aux faits: le ministre (on dit M. le ministre aux secrétaires d'état, c'est plus sympa. De même, si vous invitez MM. Giscard d'Estaing ou Chirac à dîner chez vous, le premier aimait bien ça, il est poli de leur donner du «Monsieur le Président», même s'ils ne sont plus rien de ce genre et si vous n'y êtes pas absolument obligé. C'est d'ailleurs la même chose avec un ancien premier ministre, comme M. Rocard, ou l'ancien président de la société de chasse de votre patelin… ), donc venons-en où je voulais en venir… Il ne faut jamais faire de longues phrases sur un blog. Ça fatigue le passant, et il passe trop vite et va voir ailleurs…

Alors voilà: ce ministre, M. Joyandet a été dépêché à Tripoli par N. Sarkozy pour souhaiter à sa place un bon anniversaire au colonel Khadafi. C'était une astuce de l'Élysée, destinée à faire plaisir au seigneur de la Lybie, sans se mettre dans une position délicate vis à vis de l'opinion Française.
Le JDD, où j'ai puisé l'inspiration de ces quelques lignes, rapporte que M. Joyandet aurait notamment déclaré: «La France doit maintenir la pression et sa présence»…
Sur l'instant, j'ai pensé que notre secrétaire d'état était chargé de la noble mission d'intervenir auprès du dictateur en faveur de nos amis suisses. Oui, il se trouve que la Suisse attend désespérément le retour de deux otages (c'est le terme approprié, quoique les hommes dont il est question ne soient pas emprisonnés), retenus par les Lybiens en représailles d'un affront fait à la progéniture du colonel.
M. Sarkozy, on le sait, avait brillamment œuvré à la libération des infirmières Bulgares par le même Kadhafi: on pouvait supposer que solidarité européenne aidant, on allait plaider la cause de nos voisins. Imaginez que le président de la Confédération Helvétique est allé en personne faire des excuses au colonel le mois dernier, et qu'il avait naïvement espéré pouvoir rentrer avec les otages… Bon, inutile de s'étendre, ces deux Suisses sont toujours là-bas. On ne sait pas s'ils ont au moins été invités aux festivités en l'honneur des 40 ans de la prise de pouvoir du génial dictateur.
Notre ministre l'était, invité. Et pour en revenir à la pression qu'il avait semble-t-il mission d'exercer, il s'agissait apparemment de fourguer au colonel ces foutus avions «Rafale», de la maison Dassaut, si difficiles à caser. Je ne sais pas s'il y a songé, mais il aurait sans doute été apprécié par ses hôtes qu'il aille prendre des nouvelles de la santé du dernier héros Lybien en date, le terroriste cancéreux libéré par la Grande-Bretagne en cadeau d'anniversaire. Nos amis Anglais doivent aussi avoir des avions à placer, ou quelque chose du même tabac…
En tout cas, si l'on ne sait pas très bien ce que M. Joyandet a pu dire à son hôte chamarré comme un maréchal d'opéra, le JDD nous rapporte ce qu'il a raconté à notre intention: «les droits de l'homme sont présents en permanence dans mon action». Nous pouvons donc lui faire confiance quand il nous informe que M. Kadhafi «est devenu fréquentable». Nous voilà rassurés.
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P-S. M. Poireau nous offre un quartier d'orange avec une méditation sur le MoDem, Rimbus nous fait partager les entrailles de son blog, et Sarkofrance planche sur la réforme du juge d'instruction…

mardi 4 août 2009

Les paysans et nous…


À la radio, les informations de la mi-journée revenaient sur la question du remboursement des subventions par les agriculteurs. Un représentant syndical de ces derniers expliquait que sans les aides reçues de l'état français dans la période 1992 - 2002, nombre d'exploitations risquaient de disparaître, à l'époque.
Chez nous, les agriculteurs constituent un petit univers en soi, auquel s'applique des sentiments contradictoires, pour des raisons que la raison ne connaît pas. À gauche, nous ne portons pas vraiment les paysans dans notre cœur: ils sont le terreau de la droite. Et pourtant, qui d'entre nous n'a pas des origines rurales, quelques proches parents, ou des cousins éloignés, plus ou moins vissés au cul de la vache? On soupire régulièrement d'apprendre les attentions financières dont ils font l'objet, grâce à nos impôts, on les considère volontiers comme de perpétuels assistés…
Ce faisant, nous oublions que ces assistés-là travaillent durement, et surtout que nous sommes nourris par eux. Certains penseront que ce n'est plus vrai, qu'une bonne partie de ce qui atterrit dans nos assiettes vient d'ailleurs… Soit, mais je me demande si nous serions nombreux, ayant appris que «labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France», à nous résigner de gaieté de cœur à ne plus dépendre, demain, que de l'agriculture de nos voisins? Je me demande combien d'entre nous se satisferaient de voir nos hameaux, nos villages, désertés, les campagnes retourner à l'état de friches pas forcément pittoresques.
À l'époque concernée, c'était bien le moins que l'on pouvait attendre du gouvernement, dans un pays traditionnellement agricole, qu'il se porte au secours de ses paysans en difficulté. Arguer, comme l'ont fait les instances européennes, que les règles de la concurrence auraient été faussées de ce fait, c'est démontrer une fois de plus que l'Europe ne se soucie pas des êtres humains qui la composent, mais exclusivement du commerce. Seuls sont pris en compte les desiderata du monde des affaires, c'est à dire de tout ce qui est animé par les motivations les plus viles d'une société: l'enrichissement, la loi du plus fort. Une loi qui s'applique régulièrement à l'encontre du monde paysan, ainsi que le démontrent ses conflits avec les intermédiaires sur le prix des denrées .
Aussi traditionnellement qu'ils perpétuent une activité où la France fut un temps auto-suffisante, les paysans ont la colère explosive. Il est souvent impossible d'être en accord avec leur atavisme réactionnaire, l'indulgence dont le pouvoir fait régulièrement preuve à l'égard de leurs actions brutales, est tout aussi souvent révoltante —du moins par comparaison avec la rigueur appliquée aux écarts des simples salariés.
Pourtant, il arrive que l'on comprenne les bouffées de révolte de nos paysans, voire que l'on ait envie de les partager, ce qui fut récemment le cas lorsqu'ils s'en prirent à la grande distribution. Cette affaire des subventions à rembourser à l'état, pour satisfaire à la loi de la jungle des mercantis Bruxellois, en est un autre exemple. Dix sept ans après, pas un sou ne devrait sortir de leurs poches, ni des nôtres. Il ne faut pas hésiter à les soutenir.

P-S. L'affaire est évidemment plus complexe que ce billet ne le montre. Je recommande donc aux lecteurs de lire à ce sujet l'analyse de «Section socialiste de l'île de Ré»
Et pour finir sur un sourire, je vous conseille la lecture de «Ma rengaine», chez αяf…

mardi 9 juin 2009

De l'air, du nouveau, du PS!

Sauf en Suède et en Grèce, les sociaux-démocrates européens ont perdu des sièges aux dernières élections, et le PPE, qui regroupe les partis conservateurs au parlement, dominera ce dernier demain comme hier. Si l'Europe ne vous plaisait pas, elle n'est pas près de changer, que vous soyez responsable de la débâcle par l'abstention, ou non.
C'est dans l'analyse de ces élections par un socialiste Suisse, Andreas Gross, que j'ai trouvé l'explication globale de cette défaite qui me paraît la plus juste. Les socialistes européens, les nôtres singulièrement, «ont oublié les exigences de la démocratie.» Selon lui, nos socialistes sont «trop élitistes, ils travaillent «pour» les gens, non pas «avec». Ils considèrent les citoyens comme des consommateurs de la politique et non comme des acteurs.»

Certes, ils ont manqué de cette vision européenne qui ne faisait pas défaut à Europe Écologie, mais ce n'est pas tout, de mon point de vue.
Avec cette autre défaite, interne celle-ci, que fut son congrès de Reims, le PS est passé à côté des propositions qu'il aurait fallu faire au pays pour lui donner à espérer au-delà du sarkozysme. Aller à la rencontre des citoyens, être à l'écoute de leurs attentes réelles, et mettre en chantier une réhabilitation future de nos institutions. Être capable d'offrir un projet de société enfin démocratique, dans le cadre d'une république où il en serait terminé des licences "bananières" permises à la présidence. Et pour mieux en communiquer le désir à la population, illustrer cette promesse d'une autre France par l'exemple d'un PS transformé de fond en comble, récuré de ses repoussoirs, à l'écoute de ses militants. On pourrait même y gagner l'envie de le rejoindre.

lundi 8 juin 2009

La victoire en perdant


Le taux de participation aux élections européennes a donc été de 40,48% (chiffres du ministère de l'intérieur), soit 59,52% d'abstention.
Cela n'empêche pas Nicolas Sarkozy et son UMP de crier victoire. Ils ont certes gagné en termes de sièges, mais de quelle victoire s'agit-il?
Comment M. Sarkozy et les siens pourraient-ils trouver dans ces résultats de quoi légitimer leur politique de destruction du pays? Avec une abstention frôlant les 60%, et un total des listes de gauche ou antisarkozystes atteignant 51,9%, on peut même dire que le pays leur dénie toute légitimité.
L'abstention est toujours une erreur, dont ceux qui se désolent trop tard du succès de la droite peuvent mesurer aujourd'hui les effets désastreux.
Les luttes de pouvoir pour le pouvoir sont une faute, dont le PS récolte le fruit amer. Je n'aimerais pas être à la place de ses dirigeants. Ils vont devoir surmonter le choc, certes, mais aussi envisager une sérieuse mise à bas de leurs méthodes politiques. Pour reconstruire, il vaut mieux toujours commencer par démolir les murs pourris. Avant de nous rendre l'espoir. Le temps est compté, il reste à peine trois ans…

samedi 6 juin 2009

Votez à gauche, abstenez-vous à droite!

Si vous êtes de gauche et si vous avez décidé de ne pas aller voter demain, parce que l'Europe ne ressemble pas à ce que vous aimeriez qu'elle soit… Dites-vous que vous laisserez ainsi les autres, ceux qui voteront, choisir à votre place la composition du parlement dans les prochaines années. Si vous vous abstenez, dites-vous que l'Europe n'aura alors vraiment aucune chance de se rapprocher un peu, si peu que ce soit, de ce vous auriez voulu qu'elle fût. Et ne vous plaignez plus.

Si vous êtes de droite, et toujours indécis quant à l'utilité pour vous de participer à un scrutin aussi rébarbatif, alors soyez rassuré… Nul ne remarquera l'absence de votre voix dans le score de l'UMP, du MoDem, ou de telle liste gardavoustiste susceptible de recueillir votre suffrage. Jouissez d'un dimanche parfaitement serein en toute bonne conscience. Personne ne vous le reprochera, moi le dernier.

Et puisqu'il est question de vote, je ne résiste pas à la tentation de vous proposer une visite à quelques photos de mon ami clavesien, Philippe Hermelin. Il s'agit d'un concours sans rapport avec les élections européennes.

PS. Nicolas s'est longuement et brillamment penché sur le classement Wikio, annoncé hier, Bah!? by CC aussi, Homer et d'autres sans doute que j'oublie, ou que j'aimerais oublier, comme Bibi qui dit du mal de moi…
Et M. Poireau a publié un bon billet sur l'ambition, que je vous recommande…

vendredi 5 juin 2009

Humeur rogue, en bref

J'avais l'intention de dire tout le mal que je pense de François Bayrou après son attaque d'une rare bassesse contre Daniel Cohn Bendit. Voilà un marathonien de l'élection présidentielle de 2007 qui débarque sans savoir que la course est finie. Il parade sur le stade des européennes, cherchant son second souffle, dans l'espoir qu'en continuant à courir il arrivera en tête la prochaine fois, en 2012… Mais bon, j'ai perdu l'envie de rire en essayant de remplir ma déclaration des revenus en ligne… Alors, c'est chez Ruminances et Les coulisses de Sarkofrance que j'invite mes lecteurs à goûter une rondelle de bayrou.
Pendant que j'y étais, j'aurais bien écrit aussi sur le peu d'estime que m'inspire Jean-Luc Bennahmias. Vous savez, c'est un type, actuellement député Vert, qui est devenu en réalité tête de liste du MoDem dans le sud-est… Les traitres, ce n'est pas nouveau, mais sous le règne de M. Sarkozy, ils prolifèrent. Il paraît que l'ambition est utile en politique comme ailleurs, c'est un peu comme le fumier qui fait pousser les meilleurs légumes en quelque sorte. Sauf que personnellement, je supporte mal l'ambition quand son odeur l'emporte sur le talent.
Il y a heureusement, et enfin, un appel de Ségolène Royal à voter dimanche, que je souhaite relayer pour terminer ce bout de billet sur une note moins morose…

PS. Rimbus se fait l'écho, après Birenbaum, d'une émission de la télé Suisse-Romande, révélatrice du regard que portent nos voisins sur la liberté de la presse sous Nicolas Sarkozy…

jeudi 4 juin 2009

Bizareries électorales à Claviers, Var

Dans l'enveloppe contenant le matériel de propagande électorale, que j'ai reçue avant-hier, copieusement fournie en documents présentant les listes de candidats aux européennes, il manquait la profession de foi du Parti Socialiste. Mon épouse est dans le même cas, nos voisins aussi.

S'agissant d'une élection où beaucoup de personnes n'ont pas d'opinion arrêtée et se décideront au dernier instant, l'absence de présentation de la liste socialiste peut jouer en défaveur de celle-ci.
Cinq oublis ne font pas une mauvaise intention, mais dix ou vingt peut-être…

Sommes-nous les seuls du village, voire du canton, à avoir reçu un envoi incomplet?

mercredi 27 mai 2009

Votez et faites voter pour votre Europe: la mienne est socialiste…

L'abstention aux élections européennes risque de battre un record, nous dit-on. Et cela même, alors que les gens reprochent à l'Europe officielle d'être trop éloignée d'eux. Comment pourra-t-elle se rapprocher de nos préoccupations si nous négligeons de choisir nos représentants à la seule institution qui émane réellement de nous, le Parlement? Sur internet comme ailleurs, nombreux sont ceux qui s'inquiètent de l'abstentionnisme, ce ventre mou de la citoyenneté.
Le blog Arrêt sur les Mots a lancé une chaîne qui se propose de faire voter pour l'Europe, avec nos faibles moyens: des mots, de la conviction… Si je n'y réussis pas, lisez donc l'article de Dedalus, qui m'a invité à prendre le relais: il y parle de son Europe comme j'aurais aimé le faire.
Trois questions nous ont été posées, auxquelles je vais donc essayer de répondre: « C’est quoi l’Europe pour toi? Que peux-tu écrire à tes lecteurs pour les encourager à aller voter dimanche 7 juin? Quelle liste représente les idées que tu veux voir défendre au Parlement européen?»

L'Europe, pour moi, c'est le rêve d'une liberté d'oiseau qui pisse sur les frontières sans même savoir qu'elles existent encore. La fin des absurdes déchirements du passé, et la concrétisation d'une solidarité des peuples, autrefois corsetée de règles et d'interdits. À la fin de la dernière guerre mondiale, dévastatrice sur le sol européen, ma femme, alors gamine et mal en point, fit partie d'un contingent d'enfants Français accueillis au Danemark pour se refaire une santé. Elle en revint après un long séjour, sans avoir conscience qu'en repassant la frontière, un coup de ciseaux était porté aux liens affectifs qu'elle avait noués là-bas. C'était une enfant. Aujourd'hui, nous sommes vraiment heureux de savoir que les Danois et nous, sommes un peu du même grand pays. Et pas seulement les Danois! Tous les autres aussi, de l'Angleterre à ces confins de l'Europe, au-delà de Prague, qu'il m'arrive de mélanger, je l'avoue. Nous partageons tous la même culture, l'Histoire d'aucun d'entre nos pays ne peut s'écrire sans référence aux autres à un moment quelconque. Nous avons mélangé nos rois, nos sangs; nos peuples ont trop longtemps aspiré à ne plus s'entre-tuer. L'Europe c'est d'abord la paix.
Alors que la mondialisation s'est installée sans retour en arrière possible, l'Europe de demain, lorsqu'elle sera capable de parler d'une seule voix, ce que je souhaite ardemment, fera partie des acteurs majeurs de la planète, à même d'influer plus efficacement qu'aujourd'hui encore sur la lutte contre le réchauffement climatique, ou les conditions du commerce international. L'Europe pour moi, c'est la jeune pousse d'un grand pays.

Pour encourager mes lecteurs à voter dimanche 7 juin, j'aimerais leur faire remarquer que tous les pays de l'Union ont aussi en commun d'offrir une protection sociale à leurs citoyens. Chacun d'eux, pris individuellement, s'en soucie à des degrés divers, mais beaucoup plus qu'ailleurs dans le monde. L'étonnant est que l'Union, en tant que telle, semble accorder une importance insuffisante au maintien et au développement du progrès social. Le progrès économique, le développement des affaires y sont privilégiés. C'est que cette Europe là est aux mains des chefs d'états et de leurs créatures technocratiques. Pour eux tous, les voix les plus écoutées viennent du monde des affaires. L'Europe est leur bouclier, le prétexte pour imposer les déréglementations sans utilité pour le bien-être des populations, comme la lente disparition des services publics.
En face d'eux existe pourtant un contre-pouvoir efficace, réellement actif, et parfaitement démocratique: le Parlement européen. Renforcer sa légitimité en lui accordant une participation significative au scrutin, sinon massive, est le seul moyen dont nous disposons pour infléchir la politique européenne. Si nos députés européens sont confortés par un intérêt évident des électeurs, le poids de la Commission et de son administration s'en trouvera amoindri. Les répercussions à venir de ce vote sur notre société font qu'il revêt une importance autrement cruciale que celle de n'importe lequel des scrutins municipaux qui nous passionnent en général.

Enfin, quelle liste représente les idées que je veux voir défendre au Parlement européen?
Le plus européen des partis représenté au parlement est sans doute les Verts. J'aurais pu voter pour eux, d'autant plus qu'ils appartiennent à la famille de la gauche, à laquelle j'ai donné mes suffrages depuis toujours.
Mais c'est pour le Parti Socialiste que je voterai sans hésiter, et pas seulement parce que, ce faisant, je marquerai mon opposition à la politique désastreuse de Nicolas Sarkozy. Ce sera aussi le choix réfléchi de renforcer à travers le PS le grand Parti Socialiste Européen, porteur d'un projet ambitieux et crédible pour changer l'Europe.

Pour prendre la suite de cette chaîne, je vais passer le relais à Tulipe, Ruminances, Elmone, Dr No, Abadinte, Mtislav…

PS. Par Le Temps, j'apprends qu'un site de soutien international à Aung San Suu Kyi, a été ouvert et recueille les messages en 64 mots que nous voudrons bien y déposer. Ces messages d'encouragement seront remis à l'opposante Birmane le 19 juin, pour son 64e anniversaire…

samedi 23 mai 2009

La Turquie, Nedim Gürsel, et nous…

Puisque nous sommes dans une période où l'Europe occupe une place de plus en plus importante dans l'actualité, peut-être n'est-il pas sans intérêt de faire une petite digression à son sujet. Laisser provisoirement de côté l'élection du Parlement pour nous intéresser à l'élargissement de l'Union. L'entrée de la Turquie pose un problème à beaucoup, alors que d'autres comme les Verts, y sont favorables… Personnellement, c'est la régression continuelle de la fameuse laïcité de ce pays qui me reste en travers du gosier. Ainsi, en ce moment, Nedim Gürsel, un écrivain Turc lié à la France, où il a fait ses études et enseigné à la Sorbone, est traduit en justice dans son pays pour des motifs religieux. Son crime? Avoir publié un roman, «Les Filles d'Allah» (éditions du Seuil), dont les débuts de l'islam constituent le sujet. Une première tentative d'inculpation pour avoir «dénigré les valeurs religieuses d'une partie de la population» avait abouti à un non-lieu. Aussi la Direction des Affaires Religieuses est-elle revenue à la charge, en accusant l'auteur de blasphème. Nedim Gürsel, dont le procès s'est ouvert le 5 mai, risque une peine d'un an de prison…
En 1981 déjà, après un coup d'état militaire, on avait accusé Nedim Gürsel d'avoir diffamé l'armée turque. En 1983, son livre «La Première femme», estimé offensant pour la morale publique, avait été censuré. Il y a des gens qui se font taper dessus quel que soit le régime politique…
Aujourd'hui, les militaires sont rentrés dans les casernes, la Turquie vit à nouveau en république. Une république théoriquement laïque… Faut-il avaler ça?
Un pays où il existe une «Direction des Affaires Religieuses», capable de surcroît de traîner un écrivain en justice pour «blasphème», est-il vraiment à sa place dans l'Europe?

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PS. Martine, s'inspirant de Boris Vian, a écrit de jolies lettres au Président. Elle nous invite à l'imiter, mais commençons déjà par la lire!