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mercredi 13 juillet 2011

Combattre la spéculation

Les météorologues sont sympas, j'aime bien en particulier les voix de Joel Collado et Jacques Kessler sur France Inter, quand elles m'expliquent ce que je vois par la fenêtre. Les économistes, c'est différent… J'ai du mal à m'intéresser à leurs propos au point de retenir leurs noms. Ils me paraissent généralement plus doués pour analyser doctement, après coup, les raisons d'une crise que pour prédire la suivante. 

Néanmoins, il arrive parfois que le bulletin d'un économiste m'interpelle, comme on dit. L'entretien d'Edouard Tétreau sur le site de La Tribune est de cette catégorie. Ce que dit ce monsieur me semble pour le coup presque limpide et conforte le sentiment que m'inspiraient les soubresauts financiers en Europe. 

Du fond de mon ignorance il me semblait bien que la spéculation et un mauvais vouloir devaient être à l'œuvre derrière les malheurs de la Grèce, du Portugal, de l'Italie, ou de l'Espagne… Il y a quelque temps, je préconisais dans une analyse énergique de la situation l'envoie de troupes aéroportées pour s'emparer des agences de notation américaines. 

La lecture d'E. Tétreau m'a montré qu'il y a urgence à intervenir, certes, mais qu'il est possible de le faire d'une manière moins mélodramatique et plus efficace. Dénonçant «une bande organisée de spéculateurs (…) anonymes», il préconise de contre-attaquer au plus vite et propose un plan d'action qu'il faudrait appliquer avant le 2 août… Son interview par La Tribune est très claire, je ne vais pas la compliquer pour le plaisir en la disséquant doctement dans ma propre rubrique économique : allez donc la lire.

mercredi 6 juillet 2011

Nos troupes en route pour New-York ?

L'heure est grave pour les finances européenne, vous avez-vu ? Les agences de notation semblent nous avoir déclaré la guerre et pour mieux couler notre monnaie, elles s'en prennent d'abord aux pays les plus fragiles de l'UE : la Grèce, le Portugal. 

Nos gouvernants ne décolèrent pas, mais curieusement personne ne semble imaginer que ces attentats aux Aaa, Baa2, Ca, ZZZ, pourraient être une vengeance de la finance internationale. Une riposte aux mesures pourtant bien timorées adoptées en Europe à la suite de la crise : les gros yeux faits aux paradis fiscaux, les réprimandes sur les salaires délirants et autres stock-options. En tout cas, j'ai trouvé que c'était le moment de ressortir un vieux billet de mai 2010. Après tout c'est l'été, autant se reposer tout en offrant une piste de réflexion à nos gouvernants…

Exclusif: l'Œurope saute sur Standard & Poor's !



Il était 3 heures du matin l'autre nuit, lorsque le président Sirkozo, les yeux rougis par la fatigue et par toutes ses crises de colère de la soirée, tapa du poing sur la table.
«Bon y en a marre!» s'écria-t-il.
Retroussant sa manche de chemise gauche, il découvrit la demi-douzaine de Rolex couvrant son bras, tapota de l'index un cadran.
«Ça fait neuf plombes du soir aux States, c'est plus le moment de tergiverser… Vous marchez avec nous, ou on y va seuls, l'Hexagone et la Péninsule ?
—Je comprends pas bien quoi tu veux dire, Nicolo? objecta Sa Chandeleur d'Austrasie en réprimant un bâillement.
—Tu piges pas quoi, Angèle, tergiverser?
—Na, na! J'ai appris l'hexagonal à mon école, mais quand tu parles, Nicolo, je reconnais rien. Les palombes du soir… Ces choses… Tu vois?
—Ok, il va être neuf heures à New-York, on a plus le temps, t'as pigé cette fois?
—Ah, vi, vi!
—Faut faire le plein des avions, embarquer, décoller… Ajoute huit plombes de vol, à peu près, ça fait du onze heures à l'arrivée…
—Mmm… Mais cinq palombes seulement, là-bas, avec le décalage horaire, Nicolo. Trop tôt, les bureaux seraient vides! Tu vois bien qu'on peut encore bien réfléchir.
—Et moi, je dis qu'on a assez réfléchi, maintenant faut sauver l'Œurope, merde!
—Mais tout le monde le veut bien, Nicolo.
—Objection, Angèle! intervint le premier ministre péninsulaire, qui ajouta avec de grands gestes de bras: toute la monde est contre nous autres!
—Vi, vi! Mais ici toutes les seize, on va sauver Œurope.
—Qu'est-ce que tu veux dire, Angèle, tu es d'accord maintenant? questionna le président Sirkozo.
—Vi, si tu demandes pardon à l'Austrasie pour quand tu as dit que je suis qu'une rgrssoffpuolmaséebai (en Austrasien dans le texte)…
—Bon, bon! Si y a que ça c'est ok : je m'excuse Angèle…
—Na, na ! À genoux, puis ma télé, elle filme.»

La transcription de ce sommet crucial des pays de la zone Nœuro s'achève ici, le reste du débat s'étant déroulé à huis-clos, en présence d'un seul cameraman. Quoi qu'il en soit, l'ordre de passer à l'action fut donné et l'état-major de l'armée œuropéenne intégrée reçut ses instructions à six heures trente du matin, heure d'été…

Les troupes déjà sur le pied de guerre embarquèrent au pas de gymnastique à bord de seize appareils gros porteurs… À quatorze heures et des poussières, heure de Lutèce, huit heures et des poussières locales, les avions œuropéens survolaient New-York, alors que les bureaux commençaient à se remplir.

Un commando parachutiste Haxagono-austrasien atterrissait sur la terrasse de Standard & Poor's, dans les rues environnantes, ainsi que par-ci par-là, et prenait rapidement le contrôle de l'agence de notation. Les hommes, au nombre desquels figuraient trois jeunes femmes hexagonales, rencontrèrent une certaine résistance. Les premiers rapports font état d'une quinzaine d'agents de Standard & Poor's abattus, dont un sous-directeur de brigade et M. Didier Valseur-Dada, plus communément désigné par ses initiales familières de DVD [fine allusion à DSK peut-être? J'ai oublié]. On se demande ce que l'ambassadeur d'Œurope auprès du FMI faisait dans ce sinistre repaire?

Simultanément, d'autres troupes aéroportées des pays de la zone Nœuro, péninsulaires et celtibères notamment, s'emparaient sans coup férir du reste des cibles de l'opération: les sièges de Moody's, de Fitch Ratings, et autres agences terroristes de moindre importance. À dix heures locales, seize de Lutèce, tout était terminé et le président Sirkozo pouvait fièrement annoncer aux télés de l'Hexagone:
«Mes chers compatriotes, tous les fauteurs de spéculation sont morts, ou arrêtés. Y seront jugés et punis comme y le méritent… L'Œurope unie a vaincu le terrorisme financier international ! »

vendredi 14 janvier 2011

Frère Klaus, ne vois-tu rien venir ?


Le forum de Davos débutera dans deux semaines… Klaus Schwab, son patron, est une sorte de pape de l'économie. Si, si ! Ce jugement n'est pas fondé sur l'estime que m'inspirerait la dite économie, située sur l'échelle scientifique quelque part entre l'astrologie et la cordonnerie, mais sur le personnage.

Chaque fois qu'un portrait de cet homme est publié, on le voit saisi dans une pose apostolique, mains expressives, regard missionnaire. Vous me direz que Sarkozy aussi, a le geste expressif à l'italienne. Oui, mais rien de papal dans son cas, simplement de la redondance et l'appétit du croque-mitaine dans la prunelle. Quoi qu'il en soit, là n'est pas la question, elle se trouve dans l'économie, ou plutôt juste à coté…

M. Schwab, qui vient d'accorder une interview au Temps, dit des choses intéressantes: «L'excès de dette des propriétaires de biens immobilier et des consommateurs a été reporté sur les banques, qui l'ont transféré aux gouvernements, qui sont en train de le reporter sur les contribuables»… Bien sûr, nous savions cela déjà, mais sorti de la bouche du patron de Davos, c'est plus savoureux, non ? Surtout, M. Schwab admet que «cela produit une crise sociale», et voit «venir une révolte de la jeunesse, une sorte de nouveau «Mai 68»» Bon, le reste est à lire sur Le Temps, mais M. Schwab ne dit pas à quelle date il situe la révolte. S'il a vraiment le flair d'un économiste, alors Zine Sarkozy peut dormir tranquille : ce sera pour le siècle prochain, au plus court.

P-S: merci à Dedalus de signaler un billet de Zette qui m'avait échappé mercredi, mais celui d'aujourd'hui est bien aussi ! Anticor sera partie-civile dans l'affaire Karachi… Enfin, je vous invite à lire le dernier texte de Xavier Fisselier : Mn (XXIV).

jeudi 20 mai 2010

D'une chaîne, un billet

Isabelle.b et Yann Savidan m'invitent à poursuivre une chaîne relayée par See-Mee, qui pose quelques questions sur ma façon de bloguer…
Qu'est-ce qui vous inspire?
S'agissant d'un blog politique, et comme il ne m'arrive jamais de rêver ni de Nicolas Sarkozy, ni de François Fillon, de Martine Aubry, de DSK, ou même de Ségolène Royal, ce ne sont pas mes rêves qui m'inspirent. Les informations entendues à la radio, la lecture d'un hebdomadaire, un quotidien, ou plus souvent d'un journal en ligne, alimentent en revanche mes réflexions, ou déclenchent mes humeurs…

Qu'est-ce qui déclenche l'acte? À quel moment de la journée le faites-vous? De quels endroits? Comment et où vous installez-vous? Quel est votre environnement?
À six heures et demi du soir, parfois plus tard, je me dis: «merde! il est temps de faire un billet»… Comme je me trouve en général dans notre pièce de travail à la maison, disons: un bureau, j'y reste… C'est aussi la bibliothèque, un bazar poussiéreux parce que ce serait à moi d'en faire le ménage et que je n'y tiens pas du tout.

Quels outils utilisez-vous pour écrire (un traitement de texte ou directement dans votre éditeur de billet)?
J'utilise TextEdit, un traitement de texte Mac, léger et simple d'emploi…

Faites-vous beaucoup de recherches? Rédigez-vous beaucoup de brouillons ou d'articles que vous ne publierez pas?
Ce soir, avant de me souvenir de cette chaîne, j'hésitais entre plusieurs sujets: l'histoire révélée par Public Sénat, de Paul Dubrule, un ancien sénateur UMP et co-fondateur d'Accor, réfugié fiscal en Suisse. Le bonhomme se flatte d'avoir économisé 2,3 millions d'euros d'impôts sur ce qu'il aurait dû payer en France, s'il n'avait pas fait un transfert fiscal à Genève…
Je ne suis pas particulièrement naïf, ni facile à effaroucher, mais c'est le genre d'indignité que je supporte mal de la part d'un homme politique, fut-il au rebut…

Il y avait aussi cette décision de l'Allemagne d'interdire notamment les paris baissiers à règlement différés sur les emprunts d'états de la zone euro. Il aurait fallu que je me documente, afin de comprendre le mécanisme spéculatif visé par cette interdiction. En gros, il doit s'agir d'acheter ou de vendre de l'emprunt sans payer ou détenir le moindre titre à l'avance, en pariant que la valeur va baisser. Une saleté typique de tout ce que l'on reproche au monde de la finance depuis la crise.

Le genre d'immoralité que M. Sarkozy avait juré vouloir combattre. Qu'a t-il fait? Essentiellement semblant d'égratigner quelques bonus de banquiers, et amen. L'Allemagne se lance dans la mise au pas des milieux financiers, et que fait la France? La fine bouche.

Finalement, j'ai abandonné le sujet, faute de temps pour bien le comprendre, et faire le tour des réactions que cette décision allemande a suscité chez nous. Lorsque je commence un billet, c'est dans l'intention de le publier, sinon je n'en fais pas…

Écrivez-vous en prenant votre temps ou avec une certaine frénésie?
Comme j'écris depuis longtemps et des choses fort différentes, je rédige mes billets rapidement, avec plaisir ou amusement, mais mon enthousiasme est réservé à d'autres travaux…

Pour répondre à ce questionnaire et prolonger le petit jeu, je passerai le relais à Peuples, Hermes, CC, et Marie

mardi 4 mai 2010

Le scorpion financier et la grenouille grecque

En somme, la finance, c'est un peu comme le scorpion de l'histoire —je dis: la finance, plutôt que «le monde de la finance», expression de plus en plus désuète depuis que la finance est devenue le monde… Vous connaissez l'histoire du scorpion qui traverse une rivière sur le dos d'une grenouille, et qui ne peut s'empêcher de la piquer en plein milieu des eaux. C'est plus fort que lui, sa nature est de piquer, tant pis s'ils coulent tous les deux…

La finance c'est un peu pareil: les peuples ont déboursé des milliards de dollars et d'euros pour maintenir la finance à flot, et pendant que les peuples rament sur la crise, paf! La finance plante son dard, injecte son venin.

Certains trouveront sans doute que j'amalgame des secteurs différents: la banque, la bourse, les fonds spéculatifs, les agences de notation, tout ça… Possible, mais cochon, pigeon, c'est toujours de la volaille aux yeux des affamés. Les peuples en ce moment, peuvent passer pour affamés, affamés d'une vie décente, de sérénité…

La Grèce subit la purge des Dr Purgon et Diafoirus, respectivement diplômés du FMI et de l'Europe bancaire. L'Espagne et le Portugal suivront peut-être, selon la lecture que feront les doctes agences de notation du thermomètre fourré depuis peu dans leurs culs…

Nous avons sauvé les banques du désastre, et par la même occasion toute la galaxie de corps noirs gravitant autour de l'argent, dont font partie les dites agences. Certes, on ne nous a pas demandé notre avis, sinon, il est probable que nous aurions nationalisé les banques en même temps, mais c'est l'argent public, le nôtre, qui les a tous sauvés…

Et voilà que dans leur implacable logique, les naufragés d'hier imposent aux peuples, Grec pour le moment, une régression sociale dont eux-même seront évidemment épargnés…
Sait-on que la Californie est au bord de la banqueroute, dans une situation «plus grave que celle de la Grèce»? La Floride ne va pas beaucoup mieux. Il paraît que là-bas, on envisage de licencier à tour de bras les enseignants pour économiser… On le fera peut-être, et ce ne sont pas les milieux fortunés, ou même simplement aisés, qui pâtiront.

Ce matin, il paraît que des militants communistes grecs avaient déployé sur l'Acropole une banderole clamant: «Peuples d'Europe, soulevez-vous»… En grec, bien sûr, mais aussi en anglais, pour que nous comprenions tous.

P-S Balmeyer se fait du souci, Arf se demande si bloguer, c'est bio? M. Poireau s'entête

lundi 15 février 2010

Paradis fiscaux : la France accouche d'une liste naine

Après une longue, longue réflexion, la France vient d'adopter sa liste noire des paradis fiscaux… Les ministres de l'Économie et du Budget, Christine Lagarde et Éric Woerth, en ont communiqué le contenu. La liste est moins étoffée que celle de l'OCDE, qui compte 23 pays —elle-même très éloignée des 70 territoires évoqués il y a peu par Eva Joly.

Au tableau noir à la française, on relève donc 18 paradis de la corruption fiscale:
Anguilla (Caraïbes), Belize (Amérique centrale), Brunei (Asie), Costa Rica (Amérique centrale), Dominique, Grenade (Caraïbes), Guatemala (Amérique centrale), Iles Cook, Iles Marshall (Océanie), Liberia (Afrique), Montserrat (Caraïbes), Nauru, Niue (Océanie), Panama (Amérique centrale), Philippines (Asie), Saint-Kitts-et-Nevis, Sainte-Lucie, Saint-Vincent et les Grenadines (Caraïbes).

Le gouvernement Français donne quelques raisons de son choix restrictif, comme le fait d'en écarter les pays ayant signé des accords d'échanges d'informations avec le nôtre. C'est en effet un bon argument, mais cela n'empêchera sans doute pas les adversaires de la corruption internationale de grincer des dents. Pour ne prendre qu'un exemple: où sont donc les Îles Caïmans, chères au cœur et au coffre fort de nos voisins britanniques? Ces îles qui ont servi pourtant d'abri à tant de magouilles infectes de nos grands délinquants d'affaires.

P-S «La botte secrète», un billet à ne pas manquer, chez Arf! Et j'ai envie de recommander aussi la lecture de «Stiglitz, la crise et les bulles», chez Seb Musset…

mardi 19 janvier 2010

Les bains restent ouverts pendant la crise

Les crises et catastrophes de toutes natures coupent rarement le sifflet des cyniques. On l'a vu avec les bonus des financiers, on le voit avec les salaires siamois d'un grand-patron comme M. Proglio. Le capitalisme mondial, pourtant évangélisé par notre Nicolas Sarkozy national, s'adonne à l'adoration du Veau d'or, comme si rien ne s'était passé.

C'est ainsi que Mediapart rapporte la réapparition de bulles spéculatives, aussi gonflées de dangers que celles ayant conduit à la crise actuelle. Notamment, un risque identifié par Paul Jorion, caché dans un truc financier baptisé du doux nom de «pay option ARM»… Ça présente l'apparence des subprimes, ça contient le même taux de spéculation, ça peut empoisonner pareillement. La seule différence, d'après ce que j'ai (peut-être) compris, c'est qu'il y a au départ des ménages plus aisés, qui ont emprunté pour acquérir un bien immobilier.

Au lieu de verser des mensualités correspondant aux intérêts dus pour leur crédit, de nombreux ménages (80%) remboursent un montant moindre. La partie manquante des intérêts est reportée à une date ultérieure, et la somme à rembourser gonfle, gonfle… Le couperet tombera quand les malheureux atteindront 115% de l'emprunt d'origine, et il semble qu'une proportion déjà inquiétante de prêts n'est pas honorée. Nous n'avons peut-être pas fini de rire jaune.

Dans un tout autre style d'inconscience scandaleuse, il y a ces compagnies de croisières de luxe qui ne se gênent pas pour faire mouiller leurs navires près des plages d'Haïti… À une grosse centaine de kilomètres des lieux du désastre. Les touristes ont pu débarquer et profiter de la baignade, des installations de plage sans doute peu occupées. Il semble que quelques personnes ont cependant refusé de participer aux réjouissances et sont restées à bord du navire de la Royal Caribbean Cruises cité en exemple par Matin, un site de la presse canadienne. À quand un circuit «tremblement de terre»?

P-S. «Le coq et la poule»: encore un billet que je recommande sur l'affaire V. Peillon…

lundi 31 août 2009

Pétition internationale contre les bonus

Sur Facebook, le groupe «International petition against bonuses / Pétition contre les bonus» a lancé le 11 août une pétition.
À ce jour, elle a recueilli les signatures d'environ 3000 personnes. Ce n'est pas assez, bien que cela commence tout de même à faire du bruit. Ainsi, le PSE va lancer à son tour une campagne contre les bonus à l'échelle européenne.
Si vous ne connaissez pas encore cette pétition, voici le texte de sa version Française:

«PETITION INTERNATIONALE CONTRE LES BONUS
---------------------------------------------------------------
Les grands dirigeants du monde prétendent ne rien pouvoir faire dans leur pays contre le retour des énormes bonus versés aux traders des banques….au motif que l’action doit être internationale.

Alors, il faut les prendre au mot ! Avant le prochain G20 qui se tiendra fin septembre à Pittsburgh, les citoyens de toute la planète doivent se mobiliser, pour exiger des décisions mondiales effectives, concernant le fonctionnement des réseaux de la finance internationale.
Ils doivent montrer qu’ils ne résignent pas à voir leurs dirigeants abdiquer devant ce système fou et devant les ravages économiques et sociaux qu’il engendre.

C’est pourquoi nous vous proposons de signer la pétition internationale suivante :
« Nous citoyens de différents pays du monde, exigeons des dirigeants de la planète qu’ils décident, lors du prochain G20, des mesures immédiates et efficaces pour limiter partout les bonus des traders dans les organismes financiers, soit en limitant leur rémunération variable, en pourcentage de leur rémunération fixe, soit en plafonnant ces bonus. »

N'hésitez pas à la signer et à la faire signer par vos amis! Cela passe par ici…

vendredi 29 mai 2009

On prend les mêmes, on recommence…

C'est reparti. Nicolas Sarkozy fulmine dans le poste que «les Français [l]'ont élu pour rétablir l'autorité de l'état partout sur le territoire de la république*». À l'approche des élections européennes, le voilà qui se targue une fois de plus de réussir là où il a toujours échoué: depuis l'époque où, ministre de l'intérieur, il promettait de «nettoyer au kärcher» la banlieue, jusqu'à aujourd'hui… Il y a sûrement quelque chose à faire, mais il est douteux que l'on y parvienne avec un tel président, qui utilise un climat d'insécurité monté en épingle pour accumuler des mesures liberticides visant davantage à placer l'ensemble de la population sous surveillance qu'à mettre les voyous au pas.

Pendant ce temps, c'est reparti. À Londres et aux USA, dans le monde de la finance, la course aux primes et aux salaires à nettoyer au lance-flamme est relancée. Il paraît que les banquiers talentueux se sont fait rares pendant la crise… Alors on débauche les perles des concurrents, on dorlote les siennes avec des bonus garantis sur plusieurs années, ou des rémunérations dont la part fixe est copieusement augmentée. Le site du journal Suisse Le Temps nous apprend ainsi que le seul enseignement tiré de la crise à New York aura été de diminuer la partie variable du salaire, afin de ne pas trop inciter les «professionnels à prendre des risques excessifs». En contrepartie le fixe augmente. Ainsi chez Morgan Stanley, le directeur financier «passe de 323 000 à 750 000 dollars», et un cadre supérieur payé 250 000 dollars devrait en gagner 400 000 —sans compter la petite prime, on suppose… Et lorsqu'on n'augmente ni l'un ni l'autre de ces éléments du salaire, il est souvent offert aux heureux impétrants des assurances-vie que l'on qualifie de «très volumineuses».
Vous direz: ces horreurs se passent au loin, à l'étranger, chez nous ce n'est pas comme ça! Chez nous, il y a Zoro Sarkozy qui veille à la morale. Je vous répondrai que c'est exact, chez nous c'est un peu différent. Les mêmes choses arrivent, bien sûr, mais il s'écoule toujours un temps fou avant qu'on l'apprenne. En France, on n'a pas plus de morale, mais on a des secrets.
*entendu hier sur France Inter

PS. Mathieu s'est laissé enchaîner à l'Europe, Manuel à l'anonymat… Et Balmeyer nous offre un joli texte, comme d'habitude. J'ai pensé en le lisant, à «L'école des enfants», la fameuse pièce de Jean-Baptiste Loquepin, avec Kéké dans le rôle d'Agnès…

lundi 4 mai 2009

Avec nos pires vœux…


Aujourd'hui, est l'anniversaire d'une catastrophe européenne, sinon mondiale: il y a trente ans, Margaret Thatcher arrivait au pouvoir en Grande-Bretagne. Il paraît qu'elle est malade et, là-bas, beaucoup d'ouvriers, de syndicalistes, qu'elle a brisés autrefois avec un sectarisme devenu célèbre, économisent déjà pour acheter bouteilles et victuailles destinées à fêter sa mort.

Chez nous, dans douze jours, nous pourrons faire une minute de silence en souvenir d'une autre catastrophe: la prise de fonction de Nicolas Sarkozy. Par contre, celui-ci est en excellente santé et compte bien s'incruster à l'Élysée pour au moins huit ans de plus… Qui se souvient encore de son allocution lors de la cérémonie d'installation? Un de ces beaux discours chargés d'émotion, comme il est totalement incapable d'en écrire lui-même.
Il disait alors, sans rire:
«Je pense avec gravité au mandat que le peuple français m’a confié et à cette exigence si forte qu’il porte en lui et que je n’ai pas le droit de décevoir. […]
Exigence de résultat parce que les Français en ont assez que dans leur vie quotidienne rien ne s’améliore jamais, parce que les Français en ont assez que leur vie soit toujours plus lourde, toujours plus dure, parce que les Français en ont assez des sacrifices qu’on leur impose sans aucun résultat. Exigence de justice parce que depuis bien longtemps autant de Français n’ont pas éprouvé un sentiment aussi fort d’injustice, ni le sentiment que les sacrifices n’étaient pas équitablement répartis, ni que les droits n’étaient pas égaux pour tous…»

Ces anniversaires, celui de la fée Carabosse du libéralisme, et celui de notre Attila du progrès social, n'incitent guère à l'optimisme. Il faut se donner du mal pour trouver quelque chose qui ressemble de loin à une bonne nouvelle! De loin, j'en ai trouvé une, mais à l'examen, je crains qu'elle ne fasse aussi partie des mauvaises. Jugez plutôt…

Dans Le Monde, daté Dimanche 3 - Lundi 4 mai, Frédéric Lemaître signe un article sur la finance… M. Lemaître nous explique que, tandis que nous défilions pour le 1er Mai, nigauds que nous sommes, nous avons ignoré une nouvelle de première importance: la crise est finie!
« […] la où la crise a commencé, la crise s'achève. Au sud de l'île de Manhattan, à Wall Street, là où, c'est bien connu, travaillent les plus brillants cerveaux de la planète, l'heure est de nouveau à la fête. En tout cas, on s'y prépare. Assez discrètement pour ne pas provoquer la colère des «cols bleus» de Chrysler et de General Motors […]»
En 2010 prévoit M. Lemaître, les bonus devraient à nouveau pleuvoir comme si de rien n'était dans le monde de la finance. Les banques américaines ont, en effet, retrouvé des profits, et font d'ores et déjà des provisions, en écureuils avertis, pour distribuer des primes scandaleuses le moment revenu… Cela se monterait, paraît-il, à 36 milliards de dollars pour le moment. Bref, les banquiers disent merde au monde entier et s'assoient sur la moralisation promise. Ce n'est pas tout: toujours selon M. Lemaître, chez nous, l'Autorité des marchés financiers reçoit à nouveau de la part des banques des demandes d'agréments de produits «hautement complexes (on les appellera toxiques dans un second temps)» Et cætera…
Les financiers, les banquiers, les patrons, n'ont rien compris. Les hommes politiques non plus. On finira par trouver la révolution désirable.

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PS. Mathieu relaie un appel à créer 2 millions d'emplois… Un vrai bon anniversaire à Balmeyer qui fête les deux ans de son blog!

mardi 21 avril 2009

800000 victimes sans parachute ni avocat?

Axel Miller, ancien patron de la banque franco-belge Dexia, laquelle perdit sous sa direction trois milliards et trois cent vingt-six millions d'euros en 2008, a touché 825 000 € d'indemnité de départ, à la suite de sa démission forcée. À cette indemnité s'ajoutaient les 636 500 € de salaire.
La banque ayant été sauvée de la faillite grâce aux milliards apportés par les états Belge et Français, on s'attendait à ce qu'il ne bénéficie d'aucun parachute doré, conformément aux engagements de Nicolas Sarkozy. Eh bien, non ! Ce sont 825 000 € qu'aura empoché ce pacifique manifestant du patronat européen, s'opposant sans cagoule à la moralisation de la finance.

À côté de ça, 800 000 emplois seront perdus en France d'ici 2010, et cela fera donc 800 000 chômeurs de plus. Ce sont les prévisions de l'OFCE, Observatoire français des conjonctures économiques…

Cependant, il existe tout de même aussi des améliorations prévisibles dans un proche avenir. Ainsi, Nicolas Sarkozy vient de demander «que la victime soit traitée dans la même condition que le délinquant». Le président s'est montré particulièrement ému qu'un malfaiteur ait droit à un avocat dès la première minute de la procédure… Et la victime, alors? Il semble donc probable que, désormais, toute victime d'agression bénéficiera de l'assistance d'un avocat à la morgue.






jeudi 9 avril 2009

Les alliens aiment les subprimes


En regardant chez Blogiboulga une magnifique image de la constellation d'Orion, prouesse technico-scientifique, j'ai regretté une fois de plus de vivre aujourd'hui plutôt que dans… longtemps. Le jour où il sera peut-être possible à l'homme de sauter à la corde cosmique pour aller admirer ces splendeurs de plus près. Ce serait si bon aujourd'hui d'aller s'installer dans un hamac sidéral, entre Bételgeuse et Bellatrix, et de contempler l'espace sans penser à rien, d'une patience astrale, en attendant que les choses aillent mieux ici-bas.
Parce que sur terre, amis de la crise, nous ne sommes pas sortis de l'auberge…
Nos scientifiques divers construisent et pilotent des télescopes capables de tirer le portrait d'un système binaire à plusieurs centaines d'années lumières, mais il n'y a pas d'outil ni de spécialiste foutu d'évaluer le montant exact des actifs pourris qui croupissent dans les banques sous notre nez. On nous annonce l'embellie pour l'an prochain ou le suivant, en faisant mine d'ignorer que les subprimes, ces alliens, sont toujours parmi nous.
Vous vous souvenez des subprimes par lesquelles tout à commencé? Ces dettes immobilières douteuses des américains, malaxées ensemble, et reconditionnées en produits alléchants pour banquiers et hedges funds gourmands…
Tout est parti de là donc, de ces espèces de crédits hypothécaires dont Nicolas Sarkozy rêvait d'importer le principe en France, et qu'il n'hésitera pas à nous fourguer dès que la situation économique le permettra. Eh bien, les subprimes ne se sont pas évaporées par miracle pendant le G20, elles existent encore. Elles existent, si l'on peut dire, s'agissant de dettes chiffrables, mais qui ne correspondent à aucun argent récupérable.
Les autorités diverses, surtout américaines, s'arrachent les cheveux en désespérant de faire avouer aux banquiers le montant véritable des dettes pourries entassées dans leurs chambres fortes. Mais les banquiers se taisent toujours sur leurs pertes. Certains peut-être par prudence, pour ne pas révéler à quel point leur établissement est proche du naufrage, et d'autres par calcul…
En effet, il semble que le seul moyen de sortir du bourbier en respectant la logique du capitalisme financier, soit de revendre encore une fois ces dettes, pour en tirer enfin du bon argent. Les particuliers, américains au premier chef, mais sans doute très vite des clients du monde entier par l'intermédiaire des produits bancaires internationaux, pourront acheter de la dette avec l'aide et les encouragements du gouvernement US. Quand un pékin sortira 1$ pour cela, l'état américain paiera lui-même 1$, et surtout, le pékin aura le droit d'emprunter jusqu'à six fois sa mise pour acheter davantage d'actifs pourris… Dans l'idéal, les milliards de subprimes retourneront dans le marché, ni vu ni connu. Par la suite, la prospérité revenant, une partie des nouveaux créanciers (et emprunteurs!) récupèreront le montant de leurs créances-subprimes…
C'est évidement encore plus compliqué que ça, j'avoue que ce mécanisme dépasse mes petits moyens intellectuels. La seule chose qu'il me semble comprendre c'est que pour sortir d'une crise engendrée par la titrisation de créances aléatoires, on va titriser la titrisation et vendre le tout à crédit à des acheteurs espérés plus solvables.
J'ai entendu parler d'une jolie planète tellurique dans la constellation de l'Autel, sans banque, sans crise pour le moment, je louerais bien une fusée à crédit…
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PS. Sur le rejet de la loi Hadopi par le parlement, voir aussi, entre autres (mais il y aurait trop de billets à citer!) Ruminances, et Dedalus

vendredi 3 avril 2009

Du nouveau au G20

Dans le cadre de notre politique de soutien aux cultures en péril, nous avons confié à un jeune Yoghourt de Trans-Antarctique de nos amis, la transcription d'une partie de la conférence de presse du président Sarkozy, à l'issue du sommet de Londres…

« De ce G20 historiquement mémorable, un des principaux acquis, sur lequel nous nous sommes penchés une bonne partie de la nuit, je vous l'annonce avec fierté… C'est une décision sans précédent, tellement inédite que c'est du jamais vu! Avec Barac, Angela, Gordon, Ellisabeth… Non, pardon, excusez-moi, Ellisabeth était déjà partie se coucher quand on a décidé ça, avec Silvio, Hu, Dmitri, Cristina…, toute la bande quoi!
Donc, ce point capital, je vais vous le dire, et ça va faire drôlement plaisir à Daniel Cohn-Bendit : on a décidé la traciçabilté, la tracibili, la traçabilité, voilà c'est ça : la traçabilité de la trinité… Non, je reprends! La traçabilité de la nitritration, la tri-ti-sa-tion, voilà! La traçabilité de la titrisation va devenir obligatoire. Ouf!
Qu'est-ce que ça veut dire, vous vous demandez? Eh bien, c'est comme pour le bifteck : si vous mourez d'une emphéçalite…, non, d'une encéphalite spongiforme bovine parce vous avez mangé de la bidoche contaminée il y a trente ans, il suffit d'indiquer à la justice le numéro du lot de viande que vous avez acheté en grande surface ce jour là. Avec ça, tout de suite on retrouve l'abattoir qui a débité la bête, le nom du gonze qui l'a tuée, et même celui du saligaud d'éleveur qui l'aura nourrie à la farine animale. Et ça, ça change tout, parce que vos héritiers peuvent faire graver le nom du coupable sur votre tombe!
Pareil pour la trituration, non: la titrisation financière. Demain, quand les banquiers feront coter vos dettes en bourse, et qu'une banque fera faillite, on sera en mesure de savoir pourquoi et par qui. On pourra remonter à la source de ses actifs pourris, le monde entier apprendra que tout est arrivé à cause de Bill et Cynthia Rockefeller de Philadelphie qui n'ont pas payé les traites de leur maison.
Comme vous le voyez, mes chers concitoyens, la responsabilisation du monde de la finance est en marche. Un monde nouveau est né!»

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PS. Après Marc Vasseur et d'autres, Mathieu se penche aujourd'hui sur la possible nomination de P. Val à la tête de France-Inter, ainsi que sur le thème : capitalisme et mondialisation

vendredi 27 mars 2009

L'origine de la crise financiere.

L'autre jour, comme je n'avais pas le moral, j'ai déjeuné chez mon cousin banquier qui, lui, a toujours une pêche d'enfer. Pour tout vous dire, je m'attendais hypocritement à le trouver abattu par la crise, inquiet devant des lendemains qui déchantent, autant pour lui que pour vous et moi. Ça m'aurait un peu réconforté, vous voyez.
Parce que le cousin Charles-Antoine ne se mouche pas avec le pied. Aux réunions de famille, il faut le voir débarquer de son char 4x4 outre-noir (une peinture en option grand luxe, inspirée de la couleur fétiche de Soulage), fringué comme un nabab, et me lancer devant tout le monde d'un air apitoyé: «Alors Titounet, toujours dans la vache enragée?»
Titounet, c'est moi, Antoine Petitbanc, mais, bon, je m'égare…
Donc, avant-hier, j'ai trouvé Charles-Antoine en pleine forme. «C'est pour quand, la faillite?» je lui ai quand même demandé affectueusement, histoire de le mettre à l'aise. Le saligaud s'est tapé sur le ventre et m'a annoncé qu'il venait de toucher son bonus annuel. Je ne vous dis pas le chiffre: je n'aime pas être méchant avec mes lecteurs.
Le plus marrant —ou le plus choquant, ça dépend comment on voit les choses—, c'est que Charles-Antoine ne connaît rien à la finance, mais ce qui s'appelle rien. Vous êtes étonné qu'un type qui compte sur ses doigts et qui confondrait un bilan financier avec un poème d'Isidore Issou, appartienne à la direction d'une banque internationale? Alors vous ne connaissez pas grand chose non plus à l'économie et à la finance! Mon cousin est né coiffé, ça lui tient lieu de Master Business Administration. Oui, il est payé grassement parce qu'il a une veine de cocu, et il a même un titre officiel: DPB, directeur porte-bonheur. Les administrateurs, les membres de la direction exécutive, lui serrent la pogne dix fois par jour pour capter sa baraka. Ils tiennent à ce qu'il assiste à toutes les réunions importantes, et c'est lui qui doit choisir au hasard dès qu'il faut trancher entre plusieurs décisions contradictoires.
Un jour où je rêvais d'une meilleure situation, j'ai tenté de lui suggérer de m'embaucher comme assistant. J'ai cru qu'il allait tomber dans les pommes. «Avec ta guigne, tu rigoles? Je t'interdis même de pousser la porte de notre banque! Il y aurait un hold up ou un incendie dans les cinq minutes!»
Je repensais à cette fin de non recevoir en dégustant la glace de foie gras truffé au chocolat du dessert, avec un petit sourire intérieur. Parce que vous savez ce que j'ai fait pour me venger, cette fois là? J'ai visité toutes les banques les unes après les autres, et j'ai ouvert un petit compte partout. Deux jours après, la crise financière éclatait.
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PS. ce billet est un écho ésotérique à l'étude que vient de publier Balmeyer sur l'art de s'enrichir au lit, bercé par André Rieu.

lundi 9 mars 2009

Jean-Claude Trichet voit venir la reprise

Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne croit à la reprise de l'économie en 2010. D'où lui vient cet optimisme? Tout d'abord de sa perception d'éléments laissant penser que nous approchons du moment annonciateur de l'arrivée probable d'un commencement où apparaîtront les signes du redressement.
Ensuite, M. Trichet a la foi, il croit à la reprise parce que le ciel de la finance l'inspire. Tous les matins au saut du lit, il se recueille devant les cours de la bourse de Tokio et de Wall Street, puis récite son acte de foi, dit Credo du symbole de Davos. Il s'agit d'une prière peu connue, dont les grands de ce monde gardaient jusqu'à ce jour jalousement les paroles secrètes. Le coucou a cependant réussi à se procurer le texte du dit credo et le communique en exclusivité à ses lecteurs:

«Je crois en un seul dieu, le Profit tout puissant, créateur du capitalisme et de la finance ainsi que de tous les bénéfices, visibles et invisibles. Je crois en son fils unique, l'Argent, né de la banque au début des siècles, nerf de la guerre, régal de la paix, engendré des affaires, consubstantiel au Profit, par qui tout a commencé. Qui, pour nous gens des pouvoirs et pour notre félicité, a germé dans les têtes, s'est incarné du Marché et de la Spéculation, et s'est fait monnaie. Frappé par la crise sous John Law, il a souffert le krach de Vienne, le 9 mai 1873, et les trois jours NOIRS de 1929, et a été vilipendé, et crucifié par le communisme.
Il est ressuscité conformément à la loi des Marchés.
Il est entré à la Banque Centrale et siège à la droite du président, où il pèse le crédit des vivants et paie la dette des morts, et il reviendra à la Reprise.
Je crois au Marché, qui est du bel Argent, qui distribue des dividendes, qui procède du Profit et de la finance, qui est glorifié avec la Bourse et la Banque, qui parle par la bouche des libéraux. Je crois au capitalisme, au libre-échange, et à la mondialisation. J'attends la reprise prochaine et la Sainte Croissance éternelle. Amen.»
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PS. Les éditions Filaplomb lancent sur leur site un concours basé sur une BD, et doté de prix alléchants. Avis aux amateurs!

PPS. Tous ceux qui regrettent la disparition de Mitslav et de son blog —ils sont nombreux—, seront ravis d'apprendre que de l'au-delà, il a trouvé le moyen de pousser loin l'art du trollage. Il s'exprime désormais en hantant le blog des autres. Mitslav chez Didier Goux et Marie-Georges

mercredi 4 mars 2009

Ça ira mieux demain.

Dans ce petit coin tranquille du chomvil de Marignane, deux hommes assis près du feu grillaient paisiblement une cigarette, suivant rêveusement de l'œil les gestes de la Marie-Christine touillant le pot-au-feu de poireaux sauvages aux cuissotins de surmulot. Chacun tirait une bouffée puis passait le clope à son voisin, retenant sa respiration pour mieux savourer le bouquet des goudrons, toluène, phénol, nicotine, pyrène, acroléine, et autres arômates, dans la grisante sensation d'un retour au paradis perdu. Quoique barbus et chevelus pour les hommes, la face congestionnée et la tignasse brune hirsute pour la femme, on voyait à la façon distinguée dont ils arboraient bracelets et collier de crasse comme Rolex ou rivière de diamants, qu'ils n'étaient pas n'importe qui. Le premier des hommes répondait au sobriquet de Gégé Pédégé, le second à celui de Popaul. Ils avaient été banquiers et leur compagne conseillère en finances dans une autre-vie.
Comme toujours quand venait l'heure de la soupe, à un moment, Popaul, le plus âgé, ne put s'empêcher de céder à la nostalgie et dit en secouant la tête : «Voyez-vous Gégé, ce qui nous a perdus à la SUPT, ce sont ces putains de subprimes… Les déficits grimpaient… Avec le gouvernement, on pompait, on pompait, mais ça montait toujours! À mesure, on découvrait des nouvelles flopées de salauds de pauvres qui payaient plus les traites de leur maison et les titres pourris de chez Pourri nous submergeaient…
— Ah, taisez-vous, Popaul! le coupa Gégé Pédégé. Ça me rappelle que chez nous, à la Copipal, on se croyait à l'abri… Mais vos pauvres dans ces maisons au-dessus de leurs moyens, nous, on leur avait refilé des crédits à la consommation, pour acheter le salon en simili-cuir, la machine à laver, la bagnole. Et quand vous avez coulé, forcément, nous n'avons pas tardé à suivre.
—Bon, les hommes, bouclez-la! aboya Marie-Christine. Ce n'est pas le moment de nous rappeler comment la fin du monde a commencé, vous allez encore nous gâcher le repas! …»

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PS. à la relecture, au moment de publier, je constate que j'ai cédé au cliché machiste classique: la femme à la tambouille… Mes excuses à Marie-Georges, et aux Femmes engagées!

mercredi 18 février 2009

Secret bancaire: le premier accroc

En Europe, il y a une seule démocratie, c'est la Suisse. À plusieurs reprises, j'ai exposé ce point de vue ici, je ne vais pas me répéter… La Suisse a beau être démocratique, cela ne l'empêche pas d'avoir des défauts, comme tous les pays.
En particulier, elle n'est pas irréprochable dans le domaine bancaire qui a fait sa prospérité, beaucoup plus encore que son horlogerie portée à la perfection. Deux domaines par lesquels elle exerce un irrésistible attrait sur les nantis de ce monde. Hélas oui, notre sympathique voisine aime assez les sous pour qu'on puisse bigler de son côté quand il est question de paradis fiscal.
Ah, son fameux secret bancaire! Pour paraphraser M. Séguela, on pourrait dire qu'il faut avoir une Rolex et un compte numéroté en Suisse à cinquante ans, sinon, on a raté sa vie. Eh bien, nous qui sommes si nombreux dans ce triste cas, consolons-nous, car le secret bancaire suisse va prendre du plomb dans l'aile. Sa fin n'est certes pas pour demain, ni après-demain sans doute, mais la règle d'airain du secret est fissurée.
En effet, Le Temps nous apprend que la Finma, l'autorité Suisse de surveillance des marchés aurait autorisé l'UBS, l'une des plus importantes banques du pays, à livrer à la justice américaine les noms de 250 clients fraudeurs. Ce n'est pas grand chose sur les 19000 comptes suspects pour lesquels un juge de Floride exige la lumière, pourtant si cela se produit, ce sera une révolution. Pour obtenir ce résultat, les États-Unis ont menacé d'interdire à UBS d'exercer ses activités bancaires chez eux. Ce qui signifierait la fermeture des filiales de la banque…
Des ajustements de doctrine sont en cours, qui devraient permettre de satisfaire, au moins partiellement, le juge ombrageux.
Comme on le voit, les paradis fiscaux ne sont pas totalement à l'abri d'une action énergique, et l'Amérique de M. Obama montre à Nicolas Sarkozy comment il est possible d'agir, au lieu de fanfaronner en vain.

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PS. Aujourd'hui, je vous recommande les blogs de Martine, retour de vacances, et de Didier Goux, qui tire à boulets rouges sur les films d'horreur hollywoodien …

jeudi 12 février 2009

Vous avez dit crise?

Le 4 septembre 476, Romulus Augustule jetait son éponge romaine 100% naturelle et abdiquait son trône impérial. Au même moment, en Armorique, Nicalor Jegoux vidait un gobelet de cervoise dans un bouge du village, sans se rendre compte que l'Empire romain d'Occident venait de s'effondrer. Plus rien ne serait désormais comme avant, mais pendant longtemps encore, N. Jegoux continuerait à écluser sa cervoise sans que le goût de celle-ci ne se modifie, ni qu'il constate un véritable changement dans son existence. Cela faisait un sacré bout de temps que l'économie et les finances de l'empire battaient de l'aile, que les barbares foutaient la pagaïe, et que les pauvres bougres attendaient des jours meilleurs. D'une certaine façon, ce Nicalor avait sans le savoir de la chance: il vivait et il allait mourir dans un monde qui continuerait à tourner à peu près rond, empereur ou pas, barbares ou non. Une page de civilisation se tournait, un nouvel équilibre naîtrait de la crise. Le monde restait en grande partie à découvrir, d'immenses progrès à faire, des merveilles à inventer. L'avenir était ouvert.
Nous sommes les lointains héritiers de ce Nicalor, le nez dans une crise qui va sans doute changer le monde, mais nous ne voyons encore rien bouger, ceux du moins que le chômage ne frappe pas. Nous nous répétons, comme on nous l'a dit, que c'est un sale moment à passer, que la machine va repartir, plus vigoureuse que jamais. Un peu moins injuste, espérons-nous.
Mais le système financier est en déroute, on déverse des quantités de milliards tirés d'on sait quel néant dans un gouffre sans fond, tout aussi irréel. Des sommes fabuleuses pour une dette bien réelle qui ne pourra que dégrader le niveau de vie de nos descendants. Le climat est en train de se réchauffer, nos gouvernants ne disposent que de quelques années pour tenter de freiner ce phénomène qui nous vaut déjà des désordres destructeurs, tempêtes, sécheresses, inondations. L'énergie devient rare, parce que la fin du pétrole approche, et que nous sommes de plus en plus nombreux à l'utiliser, tout comme s'épuisent pour la même raison les matières premières.
Il n'est pas évident, cette fois, qu'une simple page se tourne, le livre est peut-être fini.

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dimanche 1 février 2009

Le capitalisme aux urgences du CHU de Davos

Christine Lagarde, ministre de la cassette sarkozienne, de la banque, et de l'appauvrissement, reconnaissait il y a quelques jours sur une radio du service public, que les paradis fiscaux demeuraient un obstacle à la rénovation du capitalisme. Elle ne le disait pas exactement en ces termes, mais c'est à peu près le sens que l'on pouvait prêter à ses propos.
Fort bien, nos gouvernants se seraient donc ralliés à l'idée qu'il devient urgent d'éradiquer les paradis fiscaux? Hélas non, beaucoup plus modestement Mme Lagarde regrettait que les dits paradis ne donnent aucune information sur les flux de capitaux qu'ils favorisent.
Le salut du capitalisme passerait donc par un simple échange de données sur le montant des transactions effectuées, et non par l'usage de la contrainte pour fermer définitivement ces tanières bancaires?
Ce n'est sans doute pas le meilleur chemin à prendre pour le sauver, le capitalisme, mais dans le fond, nous nous en fichons. Puisse-t-il crever au plus vite de vilaine mort.
Il arrive tout de même à Mme Lagarde d'ouvrir la bouche pour prononcer des choses intéressantes, ainsi qu'elle vient de le faire au Forum de Davos. «La situation actuelle comporte deux risques majeurs: des troubles sociaux et le protectionnisme»
Le président et son gouvernement, on le savait déjà, redoutent le mécontentement des Français. Il leur donne des cauchemars de carmagnole à l'avance. Ces propos de la ministre ne font que le confirmer publiquement, et laissent supposer qu'en vérité, c'est de la colère des peuples que les dirigeants du monde veulent protéger leur cher capitalisme.
«C’est une course contre la montre», avoue encore Mme Lagarde dont je cite ici les propos repris par Libération. Course contre la montre avec la montée de la fureur? Peut-être. Personne ne sait à ce jour combien de temps les Français, pour ne parler que de notre pays, supporteront d'être nargués par le plus médiocre de leurs présidents depuis longtemps. Christine Lagarde semble aussi, et surtout, espérer que des réformes miraculeuses tomberont vite du ciel capitaliste, susceptibles d'être gobées par les peuples naïfs —elle appelle ça: «vendables en termes politiques».
Il se pourrait bien qu'il soit déjà trop tard, et que la seule inconnue est de savoir si nous serons bientôt assez de millions dans la rue pour euthanasier le capitalisme.


PS. À lire : «London calling», le billet cinéma de Ruminances

vendredi 19 décembre 2008

Crédit Suisse : PAF dans le bonus !

Les suisses m'étonnent, vraiment. Déjà, j'admire leur démocratie, la seule d'Europe. Cependant, il ne me serait pas venu à l'esprit que je pourrais éprouver une sorte de sympathie pour la face obscure de leur pays: la banque. Et pourtant, le fait est que j'ai envie de dire du bien du Crédit Suisse, une banque Suisse. Juste une petite fleur en passant, il ne faut pas pousser, quand même!
Comme toutes les banques du monde, le Crédit Suisse s'est retrouvé dans la crise avec des produits financiers pourris —ils appellent ça des «actifs toxiques». Plusieurs milliards de pertes. Et savez-vous ce que les helvètes ont imaginé pour, sinon se débarrasser complètement des produits pourris, du moins en diminuer le poids?
Ils ont créé un machin appelé Partner Asset Facility, PAF pour les intimes, comme paf dans le pif. Et dans ce PAF, se retrouvent les fameux actifs toxiques. Jusque là rien d'original, dites-vous? Attendez! Les cadres qui ont contribué à fourrer le Crédit Suisse dans ces mauvaises affaires vont recevoir cette année une partie de leur sacro-saint bonus en titres PAF, le machin à recycler les actifs toxiques…
Autrement dit, l'éventuel bénéfice que ces cadres pourront en tirer sera fonction de l'état sanitaire des titres en question au cours des mois, ou des années à venir.
Bonne idée, non?

Sources : Le Temps -économie Coquelicot : PhotoBlog Aiguebrun

PS. Monsieur Poireau nous parle du boulot dans un billet pudique, mais fort de son humour. Vogelsong rapporte ce que fut le rassemblement pour l'indépendance de la presse, et Trublyonne pointe un bel exemple d'atteinte à la liberté de celle-ci. Enfin, si vous êtes curieux du milieu des blogueurs, je vous recommande de lire le billet d'Éric