Le LHC va bien, le CERN se frotte les mains. Pour ceux qui n'ont pas suivi les aventures du capitaine CERN et de sa monture LHC, dans le Coucou comme ailleurs dans la presse (la dernière option est recommandée au débutant), il me faut dévoiler ce qui se cache sous ces pseudonymes… Le
CERN, comme le sigle ne l'indique pas, est l'Organisation Européenne pour la Recherche Nucléaire. Ses premiers prénoms: Conseil Européen, ont en effet été changés. Quant au
LHC, c'est le Grand Accélérateur de Particules, dont personne, je pense, n'ignore les fâcheux déboires qui ont suivi sa mise en route.
Eh bien, le LHC va bien, c'est une affaire qui roule comme disait Charles Pasqua, avant qu'à rouler trop bien, il ne finisse au bord du trou. Les scientifiques s'en réjouissent, et les vulgaires amateurs de science-fiction de mon espèce aussi. Il a même redémarré plus vite que prévu, gagnant neuf heures sur l'horaire officiel. Du coup, des chercheurs qui étaient rentrés chez eux ont dû revenir au box de la bête, fissa.
Normal pour un super-accélérateur, vous me direz! En tout cas, un faisceau de particules a été injecté dans l'énorme anneau de 27 kilomètres de circonférence à 22h, Vendredi. Il a tourné dans le sens des aiguilles d'une montre franco-suisse, et à minuit, un second faisceau est parti en sens inverse. Rien n'a
grillé, cette fois, et même si la vitesse de rodage est bien loin d'approcher encore celle de la lumière, comme ce sera le cas lorsque le LHC fonctionnera à plein régime, on peut s'en réjouir. On ne sait si le mystère de la matière noire et des premiers instants de l'univers sera percé à terme, mais les particules circulent, c'est déjà pas mal. Voilà au moins une circulation trans-frontière qui ne me chagrine pas.
En revanche, la libre circulation des capitaux humanitaires, ou au service de l''intérêt général, m'embarrasse. Je ne sais pas si j'ai raison, mais en ce
moment où, justement, on se chamaille chez nous sur la concurrence «déloyale» qui pourrait exister entre associations faisant appel à la
générosité publique, l'idée d'affaiblir l'impact de cette générosité en la dispersant davantage me déplaît. Je suis loin d'être un supporter enthousiaste du
téléthon, mais jusqu'à nouvel ordre, il est particulièrement utile à la recherche médicale, comme son parent pauvre, le Sidaction…
Or, c'est ce qui va prochainement arriver, puisque la
Commission européenne intime à la France de modifier le régime fiscal en faveur des organismes sans but lucratif, œuvrant pour l'intérêt général. Actuellement, ces organismes sont exemptés d'impôts et les donateurs bénéficient eux aussi d'allégements fiscaux, du moment que les premiers agissent en France. Pour la commission européenne il s'agit là d'un «obstacle injustifiable à la liberté de circulation des capitaux» en Europe. Si je comprends bien, il s'agit pour la France, soit de supprimer les avantages fiscaux qui mettent de l'huile dans les rouages de tant d'associations caritatives, soit de les étendre à tous les organismes européens.
Pour l'Europe telle qu'on nous l'a bâtie, il n'y a pas d'argent de la solidarité nationale, il n'y a que des capitaux. Et des capitaux, ça doit circuler: il y a un trou noir à remplir quelque part.
P-S. Peu de lectures, faute de temps, mais j'ai tout de même apprécié aujourd'hui le billet du Privilégié que je vous recommande.