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mardi 23 février 2010

Monsanto et l'étique scientifique

Au mois Octobre 2008, Contre Info nous informait que Jose Manuel Barroso, président de la Commission européenne venait de constituer une commission de travail secrète, chargée d'imposer les OGM aux opinions publiques de nos pays… On n'a plus entendu parler de cette commission de travail, mais il est peu probable qu'elle soit restée inactive. Ces temps derniers, M. Barroso étant toujours à la tête de la Commission de l'UE, on parlait à nouveau d'autoriser les OGM en Europe… Et voilà qu'aujourd'hui, le site de Contre Info, encore lui, nous apprend qu'un ancien directeur de Monsanto, la firme tristement connue, en pointe dans la fabrication d'OGM, d'herbicides, et autres gourmandises, falsifiait ses données scientifiques à l'intention des autorités. Cela s'est passé en Inde, où M. Jagadisan vient de faire ces révélations. L'Inde, c'est loin, cela ne veut évidemment pas dire que les autres filiales de Monsanto recourent aux mêmes pratiques ailleurs dans le monde. Évidemment?

P-S: Mrs Clooney s'adresse à son ado, mais c'est valable pour beaucoup d'autres. Rébus a perdu une liste précieuse. Après avoir apporté mon soutien à Hélène Mandroux, sur l'appel de PMA, j'ai lu chez Romain d'étonnants éclaircissements sur la position de certains dans les Frêches régionales en Languedoc-Roussillon…

vendredi 5 février 2010

Préhistoire de la réforme hospitalière


On s'imagine naïvement dans l'hexagone, que la rationalisation du système de santé découle d'une intuition fulgurante du génial Nicolas Sarkozy. Remettons un peu les choses à leur place. Pour commencer le fameux forfait hospitalier existait avant son élection, M. Sarkozy est simplement le président qui a eu l'audace de le porter à un niveau suffisant pour décourager les gens démunis de se faire soigner. Comme on va le voir, c'est dans l'étude des méthodes de gouvernement de nos grands anciens que cet homme de culture a puisé l'inspiration de ses réformes: réduction du nombre d'hôpitaux, soins à la chaîne, renforcement de l'autorité administrative, etc.

À l'appui de cette analyse, nous n'hésitons pas à livrer ici un texte venu du fond des âges, dont le classement «secret défense» a empêché jusqu'à ce jour la divulgation. Le président le connaît, son auteur se morfond dans la vaine attente d'une publication officielle… Ce savant, véritable Champolion du XXIe siècle, l'a traduit d'une fresque d'art pariétal ornant la voûte d'une vaste grotte-hôpital de la fin du néolithique. Bien qu'il souhaite rester anonyme, nous lui rendons ici un hommage mérité, car ce n'est pas son moindre mérite que de livrer enfin une explication cohérente de ces peintures sublimes, mais hier encore très mystérieuses.

«Srkzi a cassé la tête du chef Crk et il a été chef. La deuxième lune après, chef Srkzi a dit que la tribu devait se férociser plus pour garder sa place au grand rassemblement des tribus féroces de Dvs.
—Nos cailloux sont mieux polis que ceux des Chni, mais un petit grattoir de chez nous s'échange contre un mammouth, il dit. C'est trop cher! Les Chni, eux, ils donnent deux grattoirs pour un lapin, vous vous rendez compte, il demande? Alors, faut s'organiser autrement. Ce qui fait perdre des lunes, des grattoirs, des mammouths, c'est d'abord la médecine aux blessés et aux malades, il dit. Y en a trop, un peu partout, il dit.

À la quatrième lune après qu'il est devenu chef, Srkzi a décidé qu'il faudrait désormais apporter deux cuisseaux d'antilope au sorcier, en plus d'un lézard, pour se faire soigner. Du coup, beaucoup de Frns se soignaient plus, y en a qui sont morts, les autres allaient bien et la tribu était plus belle. Puis chef Srkzi a dit que c'était inutile que chaque village ait une grotte à soins. On a trouvé cette grande jolie caverne d'ici, gloire au chef Srkzi, et les sorciers les plus jeunes sont venus y habiter. Les vieux on les a mangés.

Dans la caverne-médecine, le sorcier-crânologue ouvre dix têtes par lune avec des couteaux chnis. L'esprit du mal s'envole comme la corneille noire. Et six malades sont guéris à la lune d'après! On a mangé les autres. Il y a aussi le sorcier-jambologue, il coupe des jambes et les mains. Presque tous les blessés restent en vie, on en mange à peine un de temps en temps. Et le sorcier-ventrologue, le sorcier-mon-œil font merveille à côté des autres.

Chef Srkzi a mis Bcho, l'ancien tailleur de pierre, pour commander dans la caverne. Avec celui-ci, ça traîne pas: dès que les malades sont soignés, ils les fait sortir. Notre caverne-médecine est connue partout maintenant. Les tribus voisines apportent leurs blessés et leurs malades. On leur prend un mammouth pour la tête, un auroch pour les membres, un sanglier pour tout le reste. Chef Srki est très juste: si un blessé meurt et qu'on le mange, on rend le mamouth à la famille. Longue vie à chef Srkzi!»
sources des illustrations

Plus sérieux à lire…

lundi 23 novembre 2009

Le LHC va bien, le collisionneur de dons est menacé

Le LHC va bien, le CERN se frotte les mains. Pour ceux qui n'ont pas suivi les aventures du capitaine CERN et de sa monture LHC, dans le Coucou comme ailleurs dans la presse (la dernière option est recommandée au débutant), il me faut dévoiler ce qui se cache sous ces pseudonymes… Le CERN, comme le sigle ne l'indique pas, est l'Organisation Européenne pour la Recherche Nucléaire. Ses premiers prénoms: Conseil Européen, ont en effet été changés. Quant au LHC, c'est le Grand Accélérateur de Particules, dont personne, je pense, n'ignore les fâcheux déboires qui ont suivi sa mise en route.

Eh bien, le LHC va bien, c'est une affaire qui roule comme disait Charles Pasqua, avant qu'à rouler trop bien, il ne finisse au bord du trou. Les scientifiques s'en réjouissent, et les vulgaires amateurs de science-fiction de mon espèce aussi. Il a même redémarré plus vite que prévu, gagnant neuf heures sur l'horaire officiel. Du coup, des chercheurs qui étaient rentrés chez eux ont dû revenir au box de la bête, fissa.

Normal pour un super-accélérateur, vous me direz! En tout cas, un faisceau de particules a été injecté dans l'énorme anneau de 27 kilomètres de circonférence à 22h, Vendredi. Il a tourné dans le sens des aiguilles d'une montre franco-suisse, et à minuit, un second faisceau est parti en sens inverse. Rien n'a grillé, cette fois, et même si la vitesse de rodage est bien loin d'approcher encore celle de la lumière, comme ce sera le cas lorsque le LHC fonctionnera à plein régime, on peut s'en réjouir. On ne sait si le mystère de la matière noire et des premiers instants de l'univers sera percé à terme, mais les particules circulent, c'est déjà pas mal. Voilà au moins une circulation trans-frontière qui ne me chagrine pas.

En revanche, la libre circulation des capitaux humanitaires, ou au service de l''intérêt général, m'embarrasse. Je ne sais pas si j'ai raison, mais en ce moment où, justement, on se chamaille chez nous sur la concurrence «déloyale» qui pourrait exister entre associations faisant appel à la générosité publique, l'idée d'affaiblir l'impact de cette générosité en la dispersant davantage me déplaît. Je suis loin d'être un supporter enthousiaste du téléthon, mais jusqu'à nouvel ordre, il est particulièrement utile à la recherche médicale, comme son parent pauvre, le Sidaction…

Or, c'est ce qui va prochainement arriver, puisque la Commission européenne intime à la France de modifier le régime fiscal en faveur des organismes sans but lucratif, œuvrant pour l'intérêt général. Actuellement, ces organismes sont exemptés d'impôts et les donateurs bénéficient eux aussi d'allégements fiscaux, du moment que les premiers agissent en France. Pour la commission européenne il s'agit là d'un «obstacle injustifiable à la liberté de circulation des capitaux» en Europe. Si je comprends bien, il s'agit pour la France, soit de supprimer les avantages fiscaux qui mettent de l'huile dans les rouages de tant d'associations caritatives, soit de les étendre à tous les organismes européens.
Pour l'Europe telle qu'on nous l'a bâtie, il n'y a pas d'argent de la solidarité nationale, il n'y a que des capitaux. Et des capitaux, ça doit circuler: il y a un trou noir à remplir quelque part.

P-S. Peu de lectures, faute de temps, mais j'ai tout de même apprécié aujourd'hui le billet du Privilégié que je vous recommande.

lundi 9 novembre 2009

La vérité sur le Collisionneur de Hadrons

Un événement d'importance m'incite à réveiller la rubrique scientifique de ce blog, assoupie depuis plusieurs mois. Le Grand Collisionneur de Hadrons est à nouveau en panne. Et cette fois, le doute n'est plus permis: il s'agit bel et bien d'un sabotage, mais inutile de porter vos regards vers Julien Coupat et ses amis, ils ne sont pas en cause. En effet, une analyse rigoureuse de cette dernière péripétie permet de déceler indubitablement une cause métaphysique à la source de l'intention malveillante.
Une fois de plus, suis-je tenté d'écrire, car le lecteur assidu du Coucou se souviendra sans doute que j'ai vainement tenté d'alerter la communauté scientifique lors de la panne précédente. Les faits, dès cette époque, ne laissaient pourtant place à aucun doute: Benoît XVI et Nicolas Sarkozy, premier du genre, s'étaient concertés quelques jours auparavant à Paris, les journaux de septembre 2008 en font foi. Il crevait les yeux et assommait la raison qu'il y avait collusion d'intérêts anti-collisionneur entre ces deux là.

Pour le lecteur profane, rappelons que le LHC se propose rien moins que de recréer les conditions de l'univers, environ un dix-milliardième de seconde après le big bang. Pour nos comploteurs le risque bien réel existait qu'à un poil de milliardième de seconde près, la belle mécanique du CERN crevât d'enthousiasme le mur de la singularité première… Pour découvrir quoi, de l'autre côté, l'œil de Dieu? Rien? C'est l'hypothèse de ce Rien porté à incandescence qui terrifiait nos hommes. Imagine-t-on le pape obligé de mettre la clef du Vatican sous la porte, M. Sarkozy remballant sa laïcité positive, couverts de honte l'un et l'autre?

Je dois cependant avouer que le sabotage de Mardi dernier apporte de nouveaux éléments des plus troublants. L'exécuteur du sabotage fut un oiseau armé d'un croûton de pain: on ne peut ignorer la trace symbolique laissée par cette attaque. Le volatile n'était pas kamikaze, et n'a donc pu être formellement identifié, tout porte cependant à croire qu'il s'agissait d'une colombe blanche, agent biblique s'il en fut. Le choix d'un quignon de pain comme vecteur du court-circuit fatal n'est pas innocent non plus —c'est à la sueur de notre front, que nous devons gagner le nôtre.

Bref, un esprit scientifique ne doit pas craindre de remettre sa meilleure théorie en question à la lumière de l'expérience. Il est probable que c'est l'œil de Dieu, ou son fondement, que le Grand Collisionneur de Hadrons est en passe révéler. Or, Dieu est notre passé et notre futur en même temps. D'où il nous attend, il n'aime pas qu'on aille le chatouiller où il était, et il prend des mesures pour nous inculquer la politesse. Il commença par nous envoyer Nicolas Sarkozy dès qu'il eut vent du projet de LHC. La communauté scientifique dégusta, et pour faire bonne mesure, le peuple aussi —souvenons-nous des sept plaies d'Egypte: Dieu a toujours eu la main lourde. Comme le signe n'était pas compris, il inspira la rencontre que l'on sait entre son représentant sur terre, Benoît, et le collisionneur des taxes et réformes…

Et le LHC fut en panne.

Les scientifiques s'obstinèrent cependant contre toute morale à réparer l'appareil du diable. Alors, il dépêcha son oiseau (lequel, soit dit en passant, put fort bien partir du colombier de l'Élysée, puisque l'agenda présidentiel était vide ce mardi-là).
On le voit, il faut prendre très au sérieux ces avertissements du ciel, et en cela je rejoins sans hésiter les hypothèses d'un physicien comme Holger Bech Nielsen, qui théorise une intervention du futur dans notre présent, afin d'empêcher la quête du hadron. Cela me semble venir en renfort de ma propre contribution: d'où il nous attend [le futur], Dieu n'aime pas qu'on aille le chatouiller où il était, et il balance des Sarkozy ou des croûtons de pain dans le présent.

sources d'inspiration: En quête de sciences, CNRS

P-S. Ce soir, je vous conseille de lire chez Arf: L’arena di bella ragazza, et L’âme est ce gaufrier…, par Lediazec, sans oublier de voir le portrait d'Eva Joly, par Peuples…

jeudi 9 avril 2009

Les alliens aiment les subprimes


En regardant chez Blogiboulga une magnifique image de la constellation d'Orion, prouesse technico-scientifique, j'ai regretté une fois de plus de vivre aujourd'hui plutôt que dans… longtemps. Le jour où il sera peut-être possible à l'homme de sauter à la corde cosmique pour aller admirer ces splendeurs de plus près. Ce serait si bon aujourd'hui d'aller s'installer dans un hamac sidéral, entre Bételgeuse et Bellatrix, et de contempler l'espace sans penser à rien, d'une patience astrale, en attendant que les choses aillent mieux ici-bas.
Parce que sur terre, amis de la crise, nous ne sommes pas sortis de l'auberge…
Nos scientifiques divers construisent et pilotent des télescopes capables de tirer le portrait d'un système binaire à plusieurs centaines d'années lumières, mais il n'y a pas d'outil ni de spécialiste foutu d'évaluer le montant exact des actifs pourris qui croupissent dans les banques sous notre nez. On nous annonce l'embellie pour l'an prochain ou le suivant, en faisant mine d'ignorer que les subprimes, ces alliens, sont toujours parmi nous.
Vous vous souvenez des subprimes par lesquelles tout à commencé? Ces dettes immobilières douteuses des américains, malaxées ensemble, et reconditionnées en produits alléchants pour banquiers et hedges funds gourmands…
Tout est parti de là donc, de ces espèces de crédits hypothécaires dont Nicolas Sarkozy rêvait d'importer le principe en France, et qu'il n'hésitera pas à nous fourguer dès que la situation économique le permettra. Eh bien, les subprimes ne se sont pas évaporées par miracle pendant le G20, elles existent encore. Elles existent, si l'on peut dire, s'agissant de dettes chiffrables, mais qui ne correspondent à aucun argent récupérable.
Les autorités diverses, surtout américaines, s'arrachent les cheveux en désespérant de faire avouer aux banquiers le montant véritable des dettes pourries entassées dans leurs chambres fortes. Mais les banquiers se taisent toujours sur leurs pertes. Certains peut-être par prudence, pour ne pas révéler à quel point leur établissement est proche du naufrage, et d'autres par calcul…
En effet, il semble que le seul moyen de sortir du bourbier en respectant la logique du capitalisme financier, soit de revendre encore une fois ces dettes, pour en tirer enfin du bon argent. Les particuliers, américains au premier chef, mais sans doute très vite des clients du monde entier par l'intermédiaire des produits bancaires internationaux, pourront acheter de la dette avec l'aide et les encouragements du gouvernement US. Quand un pékin sortira 1$ pour cela, l'état américain paiera lui-même 1$, et surtout, le pékin aura le droit d'emprunter jusqu'à six fois sa mise pour acheter davantage d'actifs pourris… Dans l'idéal, les milliards de subprimes retourneront dans le marché, ni vu ni connu. Par la suite, la prospérité revenant, une partie des nouveaux créanciers (et emprunteurs!) récupèreront le montant de leurs créances-subprimes…
C'est évidement encore plus compliqué que ça, j'avoue que ce mécanisme dépasse mes petits moyens intellectuels. La seule chose qu'il me semble comprendre c'est que pour sortir d'une crise engendrée par la titrisation de créances aléatoires, on va titriser la titrisation et vendre le tout à crédit à des acheteurs espérés plus solvables.
J'ai entendu parler d'une jolie planète tellurique dans la constellation de l'Autel, sans banque, sans crise pour le moment, je louerais bien une fusée à crédit…
source image

PS. Sur le rejet de la loi Hadopi par le parlement, voir aussi, entre autres (mais il y aurait trop de billets à citer!) Ruminances, et Dedalus

dimanche 11 janvier 2009

2009: l'année de l'astronomie, pour broyer du noir

L'UNESCO et les Nations Unies ont décidé que 2009 serait l'année de l'Astronomie. Ça tombe bien, puisque les principaux chantiers ouverts par les physiciens, dont on attend beaucoup, visent à comprendre le rôle de l'humour noir dans l'univers. Bon, ce n'est pas exactement le terme adéquat, je l'admets, mais n'étant pas scientifique, on me pardonnera cette licence. Parce qu'enfin, il s'agit bel et bien d'étudier un grand innommable invisible, si facétieux qu'il perturbe depuis la nuit des temps les mesures et les règles les mieux admises, au nez et à la barbe des astronomes. Étrangement, c'est à un littéraire que l'on doit, me semble-t-il l'intuition du rôle primordial joué dans l'univers par l'obscurité taquine. Quoiqu'il n'ait jamais approché un télescope, ni été particulièrement sensible à l'humour, H. P. Lovecraft consacra en effet un nombre de pages effarant au «grand chaos rampant». Les physiciens d'aujourd'hui seraient bien inspirés de lui rendre un hommage posthume, ne serait-ce qu'en donnant au trou noir géant tapi au centre de notre Voie Lactée le nom de son héros fameux: Nyarlathotep.
Donc, 2009 sera astronomique, comme le fut déjà à sa manière 2008, du reste, qui à bien des égards semble avoir préparé le terrain de la recherche. Trois défis principaux sont posés par l'humour noir cosmologique:
le trou noir d'abord, que l'on a coutume d'expliquer par l'effondrement d'un corps céleste sous sa propre masse, notre soleil par exemple, ratatiné à la dimension d'une perle, mais pesant toujours autant, si bien que la lumière ne pourrait plus s'en dégager. On ne le verrait plus.
Autre exemple du trou noir: quand tout allait bien avant l'arrivée de M. Sarkozy, la capitalisation boursière mondiale approchait les 40 milliards de milliards. Il est élu, et les bourses s'effondrent : 20 milliards de milliards deviennent invisibles! Où sont-ils passés?
La matière noire ensuite… Là c'est plus compliqué, on suppose qu'elle existe, parce que l'on peut observer qu'elle attire ou perturbe la matière visible, mais si l'on voit ses effets on sait pas à quoi elle ressemble. Un peu comme en matière de paradis fiscaux: on devine bien la thune qui se déplace, certains marchés, improbables, qui se font comme par miracle, on sent bien que ça pèse, mais on ne sait pas vraiment combien.
Enfin, l'énergie noire: on croyait l'expansion de l'univers condamnée à ralentir son mouvement, comme n'importe quel marathonien honnêtement essoufflé, eh bien non! L'univers se dope à l'énergie noire, son expansion s'accélère de plus en plus. Et c'est pareil partout, même chez nous: on aurait pu croire que la crise avait scié les jambes du capitalisme, mais pas du tout. M. Sarkozy et ses pareils lui donnent un nouvel élan. Du trou noir et de la matière noire, sans doute, ils tirent des milliards qui vont nous faire foncer tête basse en avant, plus fort qu'avant.
2009 pourrait bien être aussi l'année des sottises astronomiques.

Photo: Nasa

jeudi 11 décembre 2008

Georges W. Bush et la Bible.

Selon l'Obs, Georges Bush a estimé récemment qu'il ne fallait pas prendre la Bible au pied de la lettre. Le président américain aurait admis qu'il existe des preuves scientifiques de la théorie de l'évolution, que rejettent pourtant nombre de républicains. M. Bush, en plein décalage avec son image, se prétend non «littéraliste» et juge que la Bible n'est pas contradictoire avec l'évolution. «Je pense que vous pouvez avoir les deux», dit-il, et moi je me demande ce qu'il entend par là? Quelle nouvelle lecture fait-il de la Genèse, cet esprit remarquable, à qui nous devons l'ajout dans la politique internationale de valeurs religieuses fondamentales, le bien et mal? Cette question m'a beaucoup tourmenté au cours des dix minutes précédentes, et j'ai tenté d'y répondre moi-même en toute modestie. Voici:
Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Or la terre était déserte, les ténèbres couvraient le vide, l'esprit de Dieu planait sur des zéros. Dieu dit : «Que la richesse soit» et la richesse fut. Dieu vit que la richesse était bonne et IL sépara la richesse de la pauvreté. Dieu appela la richesse «capital» et la pauvreté «paresse». Il y eut un soir de clôture, il y eut un matin d'ouverture: la première cotation à zéro point. Dieu dit : «Qu'il y ait une banque au milieu des zéros et qu'elle sépare les milliards d'avec le rien» et il en fut ainsi. Dieu fit la banque qui mit les milliards du capital à l'abri, séparés d'avec le rien de la paresse. Il appela l'abri coffre fort. Il y eut un soir de clôture et un matin d'ouverture: deuxième cotation à 1 point…
Je n'essaierai pas de poursuivre cette relecture supposée de la Bible selon Georges Bush, jusqu'à l'expulsion d'Adam et Ève du paradis fiscal terrestre pour délit de marxisme, la faute originelle. Il me faudrait aussi pour pénétrer un tant soit peu sa pensée, tenter d'approcher sa représentation du darwinisme : peut-être que la pratique de la prière, associée à la soumission au «croissez et multipliez», ont joué un rôle essentiel pour asseoir notre suprématie sur tous les impies du règne animal. Heureusement que la page Bush sera bientôt tournée, sinon je plaindrais sincèrement les maîtres américains invités à concilier dans leur enseignement les beautés poétiques de la création biblique, avec le hasard et la nécessité.

dimanche 21 septembre 2008

LHC, finances, la semaine de tous les delires

Le Grand collisionneur du Cern est tombé en panne. Je sais bien que vous êtes déjà au courant, qu'on en parle partout, à la télé, à la radio, autour de la table familiale à l'heure du repas. Je me doute que vous commencez à en avoir assez, du collisionneur, qu'il vous donne la nausée, et que vous préféreriez qu'on vous entretienne des 3600 milliards de dollars évaporés cette semaine, ou du rebond des actions que vous auriez pu avoir avec un peu plus de pot dans la vie, peut-être même de la pincée de titres qu'en bon père de famille, vous détenez pour la retraite : Eurotunnel, France-télécom, des trucs comme ça… Et pourtant, permettez-moi tout de même de revenir un petit coup sur le collisionneur, car cette affaire de panne n'est pas ce que l'on vous a dit, ce que vous croyez. C'est le résultat d'un complot politico-théocratique, je n'hésite pas à l'écrire. Si vous avez lu mon précédent billet à propos de l'inauguration du collisionneur et des espoirs que l'on fondait sur lui pour assurer positivement le succès de la pensée laïque, vous ne pouvez ignorer que l'appareil fonctionnait à la perfection. Remonter le temps jusqu'à vingt microsecondes après le big-bang —lorsque tous, autant que nous sommes, même M. Sarkozy, n'étions qu'une purée de hadrons, égaux entre eux et chaleureusement fraternels à deux trillons de degrés—, remonter jusque là ne devait être qu'une formalité ; certains, dont je suis, escomptaient déjà que l'on parviendrait à crever le "bang" du big-bang avant la fin de l'année, voire, qui sait, à toucher le "big" quasiment du doigt… Or, voici les faits objectifs, le film des événements qui allaient mener à la panne funeste : Vendredi 12, le pape rencontre M. Sarkozy à Paris. Le Lundi suivant, la banque Lehman Brothers annonce sa faillite. L'émotion s'empare des marchés financiers et aussi des populations, toujours fascinées par les malheurs des riches. Le tumulte est tel que l'inauguration du Grand collisionneur passe inaperçue et que, profitant de la diversion ainsi créée, des hackers s'introduisent dans les ordinateurs du CERN à l'heure du premier essai. On ne découvrira l'intrusion des pirates que le samedi, alors que le collisionneur aura connu deux pannes, dont la seconde nécessitera l'arrêt de l'appareil durant deux mois. Le complot est clair : il s'agissait ni plus ni moins de réduire l'engin du CERN à l'impuissance. Comme le programme du collisionneur avait été lancé bien avant son élection, le président français avait déjà tenté de semer la perturbation dans la communauté scientifique, mais cela n'avait pas suffi à stopper la marche du savoir. Bof ! Me direz-vous, que pouvaient redouter le pape et M. Sarkozy de cette mécanique bizarroïde ? Je l'ai déjà dit : la révélation qu'il n'y a pas de dieu derrière le big-bang, ce qui conforterait la laïcité pure et dure, mais aussi, sait-on jamais, la confirmation de l'existence d'univers parallèles, ainsi que l'ont théorisée de brillants astrophyciens. Plus fort encore : la preuve administrée avant la fin du quinquennat qu'il existe, dans un autre monde, une France où Ségolène Royal l'a emporté à la présidentielle sur Nicolas Sarkozy. Et ça, c'est une éventualité qui donne des sueurs froides à notre petit coq national.
(billet dédié au Cercle des comploteurs disparus)