vendredi 27 mars 2009

L'origine de la crise financiere.

L'autre jour, comme je n'avais pas le moral, j'ai déjeuné chez mon cousin banquier qui, lui, a toujours une pêche d'enfer. Pour tout vous dire, je m'attendais hypocritement à le trouver abattu par la crise, inquiet devant des lendemains qui déchantent, autant pour lui que pour vous et moi. Ça m'aurait un peu réconforté, vous voyez.
Parce que le cousin Charles-Antoine ne se mouche pas avec le pied. Aux réunions de famille, il faut le voir débarquer de son char 4x4 outre-noir (une peinture en option grand luxe, inspirée de la couleur fétiche de Soulage), fringué comme un nabab, et me lancer devant tout le monde d'un air apitoyé: «Alors Titounet, toujours dans la vache enragée?»
Titounet, c'est moi, Antoine Petitbanc, mais, bon, je m'égare…
Donc, avant-hier, j'ai trouvé Charles-Antoine en pleine forme. «C'est pour quand, la faillite?» je lui ai quand même demandé affectueusement, histoire de le mettre à l'aise. Le saligaud s'est tapé sur le ventre et m'a annoncé qu'il venait de toucher son bonus annuel. Je ne vous dis pas le chiffre: je n'aime pas être méchant avec mes lecteurs.
Le plus marrant —ou le plus choquant, ça dépend comment on voit les choses—, c'est que Charles-Antoine ne connaît rien à la finance, mais ce qui s'appelle rien. Vous êtes étonné qu'un type qui compte sur ses doigts et qui confondrait un bilan financier avec un poème d'Isidore Issou, appartienne à la direction d'une banque internationale? Alors vous ne connaissez pas grand chose non plus à l'économie et à la finance! Mon cousin est né coiffé, ça lui tient lieu de Master Business Administration. Oui, il est payé grassement parce qu'il a une veine de cocu, et il a même un titre officiel: DPB, directeur porte-bonheur. Les administrateurs, les membres de la direction exécutive, lui serrent la pogne dix fois par jour pour capter sa baraka. Ils tiennent à ce qu'il assiste à toutes les réunions importantes, et c'est lui qui doit choisir au hasard dès qu'il faut trancher entre plusieurs décisions contradictoires.
Un jour où je rêvais d'une meilleure situation, j'ai tenté de lui suggérer de m'embaucher comme assistant. J'ai cru qu'il allait tomber dans les pommes. «Avec ta guigne, tu rigoles? Je t'interdis même de pousser la porte de notre banque! Il y aurait un hold up ou un incendie dans les cinq minutes!»
Je repensais à cette fin de non recevoir en dégustant la glace de foie gras truffé au chocolat du dessert, avec un petit sourire intérieur. Parce que vous savez ce que j'ai fait pour me venger, cette fois là? J'ai visité toutes les banques les unes après les autres, et j'ai ouvert un petit compte partout. Deux jours après, la crise financière éclatait.
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PS. ce billet est un écho ésotérique à l'étude que vient de publier Balmeyer sur l'art de s'enrichir au lit, bercé par André Rieu.

10 commentaires:

Nicolas a dit…

ah ah ! Tout est donc de ta faute !

Le coucou a dit…

Nicolas, non, aucun rapport entre moi et ce Titounet Petitbanc! C'est un témoignage qui m'a été dicté par un esprit frappeur.

peaceelrring a dit…

Où est ce qu'il faut s'adresser pour se faire recruter lorsqu'on a une "veine de cocu"?
Au fait, monsieur lecoucou, comme prévu vos notifications ont été désactivées sur pearltrees, mais résultat maintenant on ne vous voit plus du tout chez nous... Et votre présence commence sérieusement à nous manquer là!
Voilà quelques cartes sur la crise histoire de vous motiver un peu:
http://www.pearltrees.com/benobi/map/1_2486/
http://www.pearltrees.com/benobi/map/1_2477/
http://www.pearltrees.com/lamiben/map/1_5776/

Ciao!

le-gout-des-autres a dit…

J'ai trouvé ton petit conte (compte ?) délicieux.
Là où ça s'est gâté c'est quand tu as parlé d'A.Rieu.
Ce type est à la musique ce que la justice militaire est à la justice.
Le seul point commun entre eux c'est le recours systématique au violon...

Tulipe a dit…

à défaut d'avoir une veine de cocu, en meilleure forme Le coucou ?

Le coucou a dit…

peaceelrring, vous avez essayé chez pearltrees?
Je vous promets de revenir très bientôt, dès que les miasmes délétères de je ne sais quelle grippe lapine auront quitté la maison.

le-gout-des-autres
tu ne vois pas le rapport entre André Rieux et les bonus? Il n'y en a pas, précisément ! Ce qui justifie pleinement un lien avec mon billet. :-))

Tulipe,
boff, pas terrible. Merci.

Hortensia a dit…

La banquiers devraient se la fermer. :)

Le coucou a dit…

Hortensia, nous sommes du même avis! :))

Monsieur Poireau a dit…

Belle histoire !
A propos de la capacité des directeurs financiers, il y a eu ces dernières années plusieurs essais avec des enfants puis avec des primates en parallèle de professionnels du placement pour voir qui obtenait les meilleurs résultat en bourse.
Finalement, même le hasard fait mieux qu'un grand courtier !
:-))

Le coucou a dit…

Poireau, je me souviens en effet de ces expériences!
Par contre, pour l'arnaque, je crois qu'un Madoff doit être meilleur que le hasard ou un chimpanzé…
:-)