lundi 16 mars 2009

Présidence revolving?


Quand vous allez prendre le train, vous payez le billet avant de monter en voiture. Même chose avec l'avion. Vous n'avez jamais cherché à savoir si c'était normal, et d'ailleurs on ne vous a jamais demandé votre avis là-dessus. Surtout pas la SNCF ou les compagnies aériennes, qui pourraient redouter le pire, si les voyageurs ne payaient leur transport qu'à l'issue d'un bon voyage. Le souhaiterions-nous, qu'il leur serait d'ailleurs facile d'objecter la nécessité d'anticiper la fréquentation des trains et avions pour organiser au mieux les voyages. La réservation, certes, mais le paiement d'un service encore non rendu, est-ce logique, après tout?
Quand vous allez au restaurant, vous feriez sans doute une drôle de gueule si après le choix du menu, on vous présentait immédiatement l'addition. Il est souvent préférable d'avoir ingurgité quelques verres auparavant et savouré le repas, sous peine de trouver amère chaque bouchée péniblement avalée.
Il nous paraît alors logique, de même qu'en bien d'autres circonstances, de lâcher notre argent une fois notre choix de dépense satisfait.

Maintenant, vous achetez un quelconque bien de consommation avec un crédit revolver à coups illimités —mais non pas infinis, parce que souvent, vous tirez une fois de trop. Après l'achat, vous avez l'illusion de débourser un peu tous les mois, à petites doses…
Erreur, vous payez en fait le service que la banque, la grande surface, la maison de crédit…, vous a rendu en avançant la somme au commerçant, et que l'on peut aussi appeler les intérêts. Entre 13 et 20%, s'il faut croire Libération.
Pour peu que vous soyez tête en l'air, vous rajouterez une couche d'endettement à la première occasion, en ayant peut-être l'impression que vous avez déjà remboursé une partie du prêt antérieur. Mais ce n'était que les intérêts. Dans un crédit on rembourse toujours les intérêts d'abord, le capital avancé ensuite. Le crédit revolving est un piège à cervelles d'oiseaux, une machine à produire de la croissance artificielle et de la pauvreté réelle.
Quel rapport avec un voyage en train, me demanderez-vous? Je penserai: «merde, un lecteur attentif!» Je vous dirai: aucun, encore que…
Le pays a décidé de partir en voyage à crédit avec Nicolas Sarkozy, il y a deux ans… Pendant que nous déboursons les intérêts chaque jour, cet animal est en train de songer à prendre une carte de fidélité à l'Élysée, sur notre compte bien entendu, et de nous en remettre pour cinq ans en 2012.

PS. À lire, un premier «billet» sur «Le merle moqueur», nouveau blog d'une commentatrice au bec redoutable.

6 commentaires:

Homer a dit…

Bel article. L'annonce de Sarkozy fait froid dans le dos, encore faudra t-il qu'il passe les élections... Il est temps pour la gauche de faire quelque chose!
Et surtout, faudrait faire piger aux gens qu'il vaut parfois mieux patienter pour s'offrir un truc plutôt que de s'engager dans la spirale sans fin des crédits à la consommation !

elmone a dit…

Bah, qui pensait sérieusement que sarkozy n'allait pas se représenter ?

Le coucou a dit…

Homer, le credit revolving, jugé indispensable pour soutenir la consommation, est réellement une peste —du moins pour les gens très modestes, et ils sont nombreux.
Il faut en effet qu'une figure présidentiable se dégage vite à gauche, et que les propositions alternatives du PS soient entendues.

Elmone, je n'en ai jamais douté…, mais il doit bien y avoir une majorité de naïfs dans la population, sinon nos présidents successifs ne joueraient pas systématiquement la comédie du «je ne suis pas candidat»…

walkingthedog a dit…

Le plus intéressant, Coucou, est de savoir de quelle manière il va s'y prendre, autrement dit, quelle couleuvre il va faire avaler à une partie bien ciblée et stratégique de la population.
Moi, c'est ça que j'attends avec impatience.
Mais peut-être n'en aura t-il pas besoin, ses légions formées en U M P, certes moins nombreuses mais en ordre sans faille de bataille devraient pouvoir normalement vaincre un ennemi dispersé et désorganisé, si vaillant et si important soit-il.

Marc a dit…

Mais il est génial, ton blog. Je reviens te lire tous les jours...

Le coucou a dit…

Walk, il compte simplement sur une reprise économique juste au bon moment, et sur le soulagement des Français, pour rempiler dans la foulée!

Marc, merci et bienvenu !