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mercredi 6 juillet 2011

Nos troupes en route pour New-York ?

L'heure est grave pour les finances européenne, vous avez-vu ? Les agences de notation semblent nous avoir déclaré la guerre et pour mieux couler notre monnaie, elles s'en prennent d'abord aux pays les plus fragiles de l'UE : la Grèce, le Portugal. 

Nos gouvernants ne décolèrent pas, mais curieusement personne ne semble imaginer que ces attentats aux Aaa, Baa2, Ca, ZZZ, pourraient être une vengeance de la finance internationale. Une riposte aux mesures pourtant bien timorées adoptées en Europe à la suite de la crise : les gros yeux faits aux paradis fiscaux, les réprimandes sur les salaires délirants et autres stock-options. En tout cas, j'ai trouvé que c'était le moment de ressortir un vieux billet de mai 2010. Après tout c'est l'été, autant se reposer tout en offrant une piste de réflexion à nos gouvernants…

Exclusif: l'Œurope saute sur Standard & Poor's !



Il était 3 heures du matin l'autre nuit, lorsque le président Sirkozo, les yeux rougis par la fatigue et par toutes ses crises de colère de la soirée, tapa du poing sur la table.
«Bon y en a marre!» s'écria-t-il.
Retroussant sa manche de chemise gauche, il découvrit la demi-douzaine de Rolex couvrant son bras, tapota de l'index un cadran.
«Ça fait neuf plombes du soir aux States, c'est plus le moment de tergiverser… Vous marchez avec nous, ou on y va seuls, l'Hexagone et la Péninsule ?
—Je comprends pas bien quoi tu veux dire, Nicolo? objecta Sa Chandeleur d'Austrasie en réprimant un bâillement.
—Tu piges pas quoi, Angèle, tergiverser?
—Na, na! J'ai appris l'hexagonal à mon école, mais quand tu parles, Nicolo, je reconnais rien. Les palombes du soir… Ces choses… Tu vois?
—Ok, il va être neuf heures à New-York, on a plus le temps, t'as pigé cette fois?
—Ah, vi, vi!
—Faut faire le plein des avions, embarquer, décoller… Ajoute huit plombes de vol, à peu près, ça fait du onze heures à l'arrivée…
—Mmm… Mais cinq palombes seulement, là-bas, avec le décalage horaire, Nicolo. Trop tôt, les bureaux seraient vides! Tu vois bien qu'on peut encore bien réfléchir.
—Et moi, je dis qu'on a assez réfléchi, maintenant faut sauver l'Œurope, merde!
—Mais tout le monde le veut bien, Nicolo.
—Objection, Angèle! intervint le premier ministre péninsulaire, qui ajouta avec de grands gestes de bras: toute la monde est contre nous autres!
—Vi, vi! Mais ici toutes les seize, on va sauver Œurope.
—Qu'est-ce que tu veux dire, Angèle, tu es d'accord maintenant? questionna le président Sirkozo.
—Vi, si tu demandes pardon à l'Austrasie pour quand tu as dit que je suis qu'une rgrssoffpuolmaséebai (en Austrasien dans le texte)…
—Bon, bon! Si y a que ça c'est ok : je m'excuse Angèle…
—Na, na ! À genoux, puis ma télé, elle filme.»

La transcription de ce sommet crucial des pays de la zone Nœuro s'achève ici, le reste du débat s'étant déroulé à huis-clos, en présence d'un seul cameraman. Quoi qu'il en soit, l'ordre de passer à l'action fut donné et l'état-major de l'armée œuropéenne intégrée reçut ses instructions à six heures trente du matin, heure d'été…

Les troupes déjà sur le pied de guerre embarquèrent au pas de gymnastique à bord de seize appareils gros porteurs… À quatorze heures et des poussières, heure de Lutèce, huit heures et des poussières locales, les avions œuropéens survolaient New-York, alors que les bureaux commençaient à se remplir.

Un commando parachutiste Haxagono-austrasien atterrissait sur la terrasse de Standard & Poor's, dans les rues environnantes, ainsi que par-ci par-là, et prenait rapidement le contrôle de l'agence de notation. Les hommes, au nombre desquels figuraient trois jeunes femmes hexagonales, rencontrèrent une certaine résistance. Les premiers rapports font état d'une quinzaine d'agents de Standard & Poor's abattus, dont un sous-directeur de brigade et M. Didier Valseur-Dada, plus communément désigné par ses initiales familières de DVD [fine allusion à DSK peut-être? J'ai oublié]. On se demande ce que l'ambassadeur d'Œurope auprès du FMI faisait dans ce sinistre repaire?

Simultanément, d'autres troupes aéroportées des pays de la zone Nœuro, péninsulaires et celtibères notamment, s'emparaient sans coup férir du reste des cibles de l'opération: les sièges de Moody's, de Fitch Ratings, et autres agences terroristes de moindre importance. À dix heures locales, seize de Lutèce, tout était terminé et le président Sirkozo pouvait fièrement annoncer aux télés de l'Hexagone:
«Mes chers compatriotes, tous les fauteurs de spéculation sont morts, ou arrêtés. Y seront jugés et punis comme y le méritent… L'Œurope unie a vaincu le terrorisme financier international ! »

lundi 30 mai 2011

Lingerie

Ça faisait un moment que je ne l'avais pas vue. Presque deux jours. Aujourd'hui elle avait rendez-vous chez un médecin spécialiste et il était convenu que je l'y conduirais. Pas de bol : quand j'arrive, elle avait oublié le rendez-vous et s'affairait à vider le lave vaisselle. Une assiette plate, une casserole et son couvercle, une fourchette, une petite cuillère… Ranger tout ça est un travail absorbant qui peut prendre plus d'une heure. Je m'en fiche : j'ai compté large et nous avons trois heures et demie devant nous. Simplement rappeler cette consultation prévue depuis un mois, et puis battre en retraite devant son énervement qui monte, monte.

Vingt minutes plus tard, miracle : elle est en tenue de sortie, trifouille dans son sac à main. «C'est trop tôt, nous avons largement le temps, tu sais !
—Il n'y a pas d'heure pour aller à Carrefour. Pour une fois que tu es là, je vais en profiter pour aller chercher quelques bouteilles de vin.
—Mais voyons, tu as acheté un carton de cinq litres la semaine dernière ! Je l'ai rangé moi-même dans la cave.» Comme elle conteste et prend les arbres du jardin à témoin qu'elle n'a jamais acheté de vin, je vais chercher le carton, intact…

Être toujours à contrôler ce qu'une personne âgée fait de sa vie, comme un vrai flic, c'est de la pure maltraitance. C'est dans le code civil, la maltraitance. Qu'est-ce que ça sera quand elle sera vieille ! Quelle horreur d'en arriver là, de voir jusqu'à quel point on abuse de sa faiblesse. Et si elle veut avoir des bouteilles de vin, au cas où il y aurait du monde, au cas où elle en manquerait, hein ? Ça la regarde, elle est libre.

Nous descendons à la ville et parcourons bientôt les travées du supermarché à petits pas, tout petits pas. Elle le connaît bien, ce foutu magasin. Elle va droit au rayon bonneterie et me dit qu'il lui faut des culottes… Je jette un coup d'œil à ma montre : ça va encore, mais il ne faudrait pas y passer l'après-midi. 
«Quel genre de culotte ?
— Des culottes, tu es idiot ou quoi ? »
C'est qu'il y a plein de culottes suspendues devant nous, du string à l'engin élastique qui fait le ventre plat… Comme elle s'y perd elle-même, cassée sur sa canne, essayant de lire les étiquettes trop petites, je m'y colle vaillamment. D'instinct, je m'accroupis pour examiner les modèles du bas, vastes embarcations à la voilure de dentelle.
«48, c'est bon ? 
—T'es pas fou ? Plus petit ! 
—Combien alors, 46 ?» 

Pendant que je suis plongé dans la contemplation d'un paquet de culottes disposées sur mes genoux, un couple survient avec son caddie. Je bouche le passage. Maladroitement, je me range pour faire place, sans me relever vraiment, la tête dans la lingerie fine. Ils me regardent d'un drôle d'air, surtout lui, le con. Entre-temps elle s'est souvenue que sa taille est 42, et je repère les trois exemplaires qu'il lui faut, les fourre dans le panier. 
«J'essaierai à la maison et si ça ne va pas, je reviendrai les changer. 
—Ah, non ! Tu ne pourras pas, les sous-vêtements ne s'échangent pas… 
—Mais si ! Ils sont très gentils, depuis trente ans qu'ils me connaissent.» 

Au rayon du vin, elle choisit ensuite deux bouteilles de Cahors que je prévois déjà de ranger au dessus du carton de cinq litres, avec les dix litres de jus de pomme. Dans l'arrière cave, il y a aussi une caisse de Bordeaux, jamais déclouée depuis… Je la persuade de gagner la sortie, elle ronchonne que je l'ai troublée, elle a oublié une partie de ce qu'il lui fallait encore. Au moment de passer, il apparaît que j'ai pris un 46 avec des 42. J'ai le trac, comment va-t-elle réagir ? Eh bien, avec bonhomie : une culotte de perdue, dix de rachetées demain !
Puis dans un éclair de mémoire qui lui vient comme un retour de flamme, elle répète à la caissière ma remarque sur l'impossibilité d'échanger des sous-vêtements. «Mais bien sûr, madame, on vous connaît ! On les reprendra, gardez bien le ticket, c'est tout.» On ne peut pas tout savoir, pas vrai ?

mercredi 11 mai 2011

L'aventure est au coin des toilettes


Pas de billet politique pour moi sur ce blog politique : je ne sais même pas si oui ou non Sarkozy et Madame vont monter les marches du Festival de Cannes. Ce matin c'était non, mais ce soir j'ai aperçu un titre de Yann qui dit le contraire. Pire, d'une certaine façon : je ne sais que répondre à l'une de mes petites-filles qui me demande si le film «La Conquête» ne serait pas une aubaine suspecte pour Sarkozy, en cette année pré-électorale.

Donc rien à dire ici de terriblement essentiel, en revanche je peux résumer en quelques lignes ma terrible aventure vécue avant-hier soir chez des amis, en allant pisser. Vidé de mon superflu, j'eus à remplir mon devoir d'hôte civil et me penchai pour tirer la chasse. Vous conviendrez qu'il s'agit d'un geste banal, sans conséquence pour des gens normaux dont le coefficient de malchance reste dans la moyenne nationale. Je ne suis pas normal : Dieu sait pourquoi, mon iPod se trouvait à moitié sorti de l'étui fixé à ma ceinture… Il chut dans la cuvette, plouf ! et la stupeur me fit perdre deux précieuses secondes avant de songer à le repêcher. Je l'essuyai, pratiquai sur lui la respiration artificielle —ce qui l'amena à régurgiter un liquide assassin d'un bleu équivoque—, l'enveloppai chaudement dans du papier essuie-tout triple épaisseur. Mes amis et moi nous relayâmes ensuite plus d'une heure à son chevet. Rien n'y fit, même l'exposition au soleil généreux d'une belle journée, le lendemain. Mon petit compagnon est foutu. Si vous avez un iPod et qu'une envie de pisser vous prend chez des amis : ouvrez l'œil.

mercredi 4 mai 2011

Poireau m'inspire

Poireau pose l'une des rares questions qu'il vaille la peine de se poser : «comment sait-on si l'on est mort ?» Bien que ce ne soit pas à proprement parler le sujet central de son billet, je me permets de la reprendre à mon compte. Comment sait-on si l'on est mort ? C'est une interrogation troublante parce qu'il n'est pas aisé d'y répondre soi-même. La coutume la plus répandue veut que l'on s'en remette à l'appréciation d'un tiers, mais quiconque se sera un tant soit peu piqué de dignité et d'indépendance d'esprit de son vivant, aura du mal à se plier de gaieté de cœur à cet expédient commun. Surtout dans le cas où son cœur ratatiné serait dans l'incapacité d'en rire.

«Vous dites que je suis mort ? Prouvez-le !», rétorquera le cabochard.
Et c'est là que l'on entre les pieds devant dans l'inconnu, car ceux qui peuvent témoigner d'une telle réplique sont rares. Personnellement, je n'ai jamais entendu un mort contester son trépas, mais je suis loin d'avoir tout vu, tout entendu : l'argument est faible. Cela ne réfute en aucune façon l'éventualité d'un doute post-mortem.

Il serait pourtant capital de savoir si le défunt s'interroge sur son état de santé. L'affirmative nous ouvrirait des perspectives abyssales, ravalant la découverte des trous noirs à l'examen de trous du cul cosmiques.

Pour relever le défit du trépassé, on notera que la surdité manifeste de l'entourage pourrait constituer un premier indice. Toutefois, le défunt putatif sera légitiment porté à relever qu'on ne la lui fait pas si aisément, puisqu'il reste capable de scepticisme. On ne l'entend pas à cause d'une extinction de voix, rien d'autre —d'ailleurs, en y réfléchissant, il ne s'est pas entendu non plus. C'est lorsque l'entourage lui fera sa toilette et lui mettra des fringues qu'il ne portait plus depuis des années qu'il se dira : «Merde ! Ils croient vraiment que j'ai clamsé !»

Une fois dans la boite, s'étant fait une raison sur son incapacité à ressortir avec une sérénité qu'il ne se connaissait pas, il reniflera avec suspicion les garnitures de satin, les festons de bonbonnière. Même s'ils trouvent l'emballage ridicule, les morts restent en général sur leur quant-à-soi pour ne vexer personne : cette bénignité venue de l'au-delà est un autre signe dont il faudrait se souvenir le jour venu —à moins de partir d'un Alzheimer, malheureusement.

Enfin, la chose s'éclairera, si l'on peut dire, avec la descente dans le trou et les pelletées de terre tombant sur son dernier toit. Selon toute logique, c'est du constat qu'il pourra désormais se passer de respirer tout en restant à son aise, sans être le moins du monde incommodé par l'obscurité et l'exiguïté de la chambre, que le disparu apprendra qu'il est bien mort. Il ne lui restera plus qu'à trouver une âme à qui causer pour tuer le temps.

P-S : plus le temps de faire des liens, je vous recommande juste «Les yeux au ciel»…

samedi 9 avril 2011

Ah bon, Borloo a bougé ?

Qu'est-ce que j'apprends ? Borloo a quitté l'UMP pendant que je tondais l'herbe sous les fils de la clôture électrique ! Ce n'est pas une nouvelle fraîche, dites-vous, elle date d'avant-hier et commence à sentir la vidure médiatique… Ah bon ? Alors je n'avais pas éprouvé au moment crucial la secousse de cette rupture dans les profondeurs de la majorité.

La plaque Radicale s'éloigne de la plaque UMP, c'est au moins d'une magnitude de 0,1 sur l'échelle des séismes politiques qui compte trois degrés. Le premier peut entraîner un changement de majorité, le deuxième équivaut à un score record du FN, le troisième serait d'une violence telle que le FN arriverait au pouvoir. Avec le micro-séisme Borloo, les dommages sont à priori minimes. La dérive radicale ne mettra pas en péril les fondements de l'énergie nucléaire française, il en faudrait davantage. Même la formation annoncée pour mercredi prochain d'une vague Hulot ne menacerait pas cette dernière : ce genre de phénomène fait tout au plus la joie des surfeurs.

D'un autre côté, la plaque Radicale rejoignant la plaque Modem, nous pourrions nous retrouver avec un Front du Milieu. À vrai dire, cette hypothèse est peu crédible : deux histrions politiques nourrissant tous deux l'ambition inavouée de s'imposer comme futur premier ministre de Sarkozy, en cas de réélection de celui-ci, peuvent-ils vraiment s'entendre ? Il n'y a qu'un seul poste de premier ministre…

Bien sûr, vous pouvez objecter que la motivation véritable de Borloo est de préparer sa candidature à la présidentielle de 2017 et qu'il peut donc s'entendre avec Bayrou. Croyez-vous sérieusement que cela puisse apaiser un instant l'aigreur de ce dernier ? Non, car Bayrou compte fermement sur les présidentielles de 2012 et 2017 pour s'imposer en 2022 —2027 au plus tard. Dans ces conditions, vous conviendrez qu'il ne peut pas se permettre de laisser un autre centriste, même un vaguement centriste, pâlir son image devant l'opinion publique.

Hum, relecture faite de cette brillante analyse, il me semble urgent d'y mettre un point final.

P-S: Monsieur Poireau fait dans la métaphysique…

mardi 15 mars 2011

Les biturés du ciel et moi

Par les temps qui courent, il vaut mieux avoir de la chance. Je ne sais pas si vous êtes bien dotés de ce côté, moi non. Remarquez, la déveine est une notion très relative : en ce moment par exemple, il est préférable d'être SDF à Paris qu'au Japon. Vu sous cet angle, un coin de trottoir parisien devrait suffire au bonheur. Vous me direz que ce qui se passe là-bas, qualifié d'apocalypse par le commissaire européen à l'Énergie, n'incite pas à partager ce genre d'humour. Vous aurez raison, et d'ailleurs je ne me fais même pas sourire : le malheur des Japonais me remplit d'effroi et de compassion comme tout le monde.

Néanmoins, j'étais d'humeur ce soir à me prouver que j'ai de la chance, la méthode Coué ayant nombre de miracles à son actif. Cette disposition d'esprit était en définitive la bonne, car je viens de constater que je n'ai pas eu envie d'aller en Amérique Centrale, ces temps derniers. J'aurais pu, notez bien: quand on n'a pas de veine, on peut céder à ce genre de lubie, lourde de conséquences. Tenez, en pareil cas, j'aurais choisi d'aller au Mexique via le Costa-Rica. Et j'aurais forcément pris ce Boeing d'Aeromexico dont les deux pilotes étaient bourrés.

Vous imaginez ? Avec moi dans l'avion, ils auraient décollé à tous les coups, adieu la blogosphère ! Tandis qu'étant resté chez moi, le destin contrarié a permis au reste de l'équipage de remarquer l'ivresse des automédons du ciel, puis de les persuader de rentrer à l'auberge. Mon absence à bord était par conséquent une aubaine pour les passagers et le petit personnel navigant qui l'ignoreront toujours, à moins d'atterrir par extraordinaire sur ce blog. On a rarement la possibilité de jeter un œil sur toutes les cartes du destin, mais puisque la faculté m'en est donnée ce soir, me voilà tout remué de constater que la roue tourne enfin : dans cette histoire, moi aussi j'ai eu la baraka !

lundi 3 janvier 2011

Rester calme, nouvel épisode

(sur fond musical) Elle, voix suave : « ERDF, gestionnaire de réseaux de distribution électricité, bonjour ! Ce service de dépannage est réservé aux clients privés d'électricité et aux interventions de sécurité. Afin de traiter votre appel dans les meilleurs délais, merci de prêter attention aux choix qui vous sont proposés… Veuillez saisir les cinq chiffres du code postal de votre commune…
Moi : — tip tip tip tip tip …
Elle : — Vous n'avez plus d'électricité : tapez 1. Vous voulez une mise en service, une augmentation de puissance, ou des renseignements sur votre facture : tapez 2. Pour tout autre problème, tapez 3.
La chatte : —Miaou !
Moi : — tip (j'ai choisi 3, parce que la tension électrique de la maison est sans doute irrégulière)
Elle : — Si vous souhaitez nous signaler une anomalie ou un problème de sécurité sur votre réseau électrique: tapez 1. Votre alimentation électrique présente des variations : tapez 2. Votre appel concerne un problème d'heure creuse ou de chauffe-eau : tapez 3. Vous souhaitez nous signaler une panne sur l'éclairage public : tapez 4.
Moi : — tip (à ma deuxième tentative, j'avais choisi 1 et Elle m'avait répliqué du tac au tip : «vous n'avez plus d'eau chaude : tapez 1. Vos voisins n'ont plus d'eau chaude : tapez 2.» Comme ce n'était pas mon cas, j'avais attendu la suite…, et paf : raccroché ! C'est pour cette raison que j'ai décidé d'enregistrer l'appel suivant. Mais là, j'ai tapé 2…)

Elle : — Veuillez patienter quelques instants, nous essayons de vous mettre en relation avec un opérateur… (musique)
Conformément à la législation en vigueur, les conversations sur cette ligne seront enregistrées. (miaou ! musique)

Miracle : effectivement, une voix d'homme vivant a pris la suite. Un gars sympa à qui j'ai pu expliquer que ma pompe à chaleur est en panne depuis cinq jours, parce qu'une pièce électronique n'a sans doute pas résisté à des baisses de tension électrique… C'est du moins l'opinion d'un pompier à chaleur émérite. Au bout du fil, l'homme a compati, surtout quand je lui ai dit le prix de la pièce de rechange que j'hésite encore à commander.

Le croiriez-vous ? Après trois (3) tentatives de me faire comprendre par la blonde standardiste automatique, voilà que mon interlocuteur décide en cinq minutes de me dépêcher illico un agent du service dépannage. Et le gars est venu, à l'heure dite !

Bon, ce n'est pas lui qui va réparer la pompe, bien sûr : ERDF ne s'occupe pas du petit matériel des patients en souffrance. Mais il a vu de ses yeux, dans la triste lumière du jour déclinant, le triste état du câble aérien d'alimentation de la maison en électricité. Je l'ai déjà raconté ici à plusieurs reprises : ce câble est affecté d'une réparation provisoire depuis une tempête de novembre 2008.

Le sang de l'agent n'a fait qu'un tour, dans le même sens que celui du devoir : il a mesuré l'ampleur du problème, il a sondé la vitalité du compteur d'appendices tâteurs… Après quoi, il m'a annoncé la venue d'une équipe d'ici quelque temps.

Je l'ai regardé dans les yeux, il a eu un demi-sourire, puis :
— Je sais, on vous a déjà dit ça, hein?
— Oui, deux fois.
Il a hoché la tête, et on s'est souhaité le bonsoir sur une poignée de main dans la nuit tombante. Je vous laisse : c'est l'heure de remettre du bois dans le poêle.

P-S : à par ça, il y a des gens à qui la déclaration de Valls sur les 35 heures fait mal aux seins… Mais Christophe garde encore un peu la tête à la fête…

mardi 14 décembre 2010

Tout va bien

La France va mieux, si, si ! Vous en doutez ? Alors inclinez-vous devant les chiffres, qui sont insensibles à l'émotion : 399 SDF morts dans la rue en 2008 ; 358 en 2009 ; 340 en 2010, selon le dénombrement d'un collectif qui leur rendait hommage aujourd'hui. Moins d'un mort par jour, vous vous rendez compte ?

C'est bien la preuve que Nicolas Sarkozy se décarcasse mieux que Ducros pour ne pas nous gâcher le réveillon avec de mauvaises nouvelles. Vous verrez : donnons lui encore une dizaine de mandats, et à raison d'une vingtaine de morts en moins et en moyenne par an, il aura presque tenu sa promesse de campagne électorale : « Je veux si je suis élu président de la République que d'ici à deux ans plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d'y mourir de froid…» Il lui aura simplement fallu un peu plus de temps que prévu, mais il y travaille d'arrache-pied, c'est l'essentiel.

Bien sûr, l'année n'est pas encore terminée, et d'ici le 31 décembre, le bilan risque de s'alourdir encore un peu, néanmoins réjouissons-nous quand même, nous commençons à «voir le bout du tunnel», comme disait J. Chirac dans le temps.

Ce matin, dans l'émission Service Public de France Inter, je ne sais plus quel invité hautement qualifié disait que du point de vue des chiffres, des statistiques, tout ça, la pauvreté est en recul chez nous.

Il doit y avoir moyen d'aller plus vite encore dans l'éradication de la misère. On pourrait organiser des distributions de statistiques périmées —mais encore consommables, bien sûr—, aux gens dans le besoin. Assaisonnées des chiffres du chômage en baisse, avec un filet de sondage sur la confiance des ménages (pas trop de celle-ci : elle aigrit vite), les gens dans le besoin retrouveraient rapidement l'énergie nécessaire pour sortir de la mouise.

Ce n'est qu'une idée, on doit pouvoir faire mieux… Tenez, en Ukraine, le gouvernement va bientôt autoriser l'organisation de visites touristiques sur le site de Tchernobyl. Nous pourrions nous en inspirer et faire visiter nos pauvres aux touristes étrangers, en versant un cachet aux premiers. Cela leur assurerait un revenu pendant un certain temps, jusqu'à ce qu'ils deviennent trop gras pour être crédibles dans le rôle.

En attendant, tout se conjugue pour que les fêtes de cette fin d'année versent dans un optimisme à haut degré. Sachons nous réjouir avec modération.















mardi 23 novembre 2010

Vingt ans de service public en bloguant

20 novembre 2030… C'est poisson, il me revient un truc… Non, je me goure de mot, on ne disait pas poisson. On disait…, on disait : amusant, ou marrant. Marrant c'est plus amusant, en fait. Donc c'est marrant, il me revient un truc… Enfin, au départ je crois qu'il me revenait quelque chose en mémoire, mais je ne sais plus quoi.

21 novembre 2030. Ça y est, je l'ai retrouvée ! Elle était tombée derrière le bureau, dans la baignoire… C'est que j'y tiens, à ma clef USB, je ne sais pas ce que je deviendrais sans elle. Comme ça faisait à peu près un mois ( ou peut-être deux, allez savoir) que je m'abstenais à cause du froid, ce matin j'ai décidé de me laver les pieds. Donc, j'ai poussé de côté la caisse du bureau pour dégager la bassine… Avec la douceur des jours derniers, la glace a fondu et qu'est-ce que j'ai vu au fond de l'eau ? Du rouge…, ma clef USB !

N'allez pas croire que je l'ai reconnue tout de suite, non : je n'avais pas mes lunettes sur le nez. Remarquez, même avec les lunettes, ça demande un effort, vu que le verre gauche est fêlé en étoile. Bon, en tout cas, j'ai fini par me réjouir d'avoir retrouvé la clef, et pour fêter ça, j'ai ouvert immédiatement une boite de soja à l'armoricaine. Avec la clef, c'est facile à ouvrir : vous glissez la languette de la boite dans la prise USB, et vous poussez doucement pour dessouder tout autour du couvercle. Avec les doigts, on n'y arrive jamais, et avec un caillou tranchant vous bousillez tout. Ces nouveaux systèmes de conserves ne valent rien.

22 novembre 2030. Le fait d'être à nouveau en possession de ma clef m'a drôlement secoué, mine de rien. J'ai passé toute la nuit éveillé, à m'agiter dans le lit, tellement qu'à un moment j'ai roulé du matelas… Faut comprendre mon émotion : il y a un sacré bout de ma vie, dans cette clef ! Des fois, j'ai envie de m'offrir un porteur du Service à la personne pour qu'il m'emmène sur son dos à la ville. Je trouverais bien un coin d'ordinateur où enfiler ma clef : à la Poste, il paraît qu'il n'y a plus que ça, quatre murs couverts de machines.
J'ai rêvé éveillé à tout ce que contient ma clef —je veux dire : le trésor de mon passé, parce que bien sûr il ne faudrait pas me demander d'en dresser le catalogue, ni même un résumé. J'ai oublié. Exprès. Il me semble qu'il y a plein de choses écrites, et puis des images avec des gens que j'ai aimés, des trucs d'avant, quoi.

23 novembre 2030. C'est bizarre, depuis que j'ai la clef, on dirait qu'un pêne a glissé dans la purée de mon cerveau. Quelque chose s'est entrebâillé et il y a de la mémoire qui coule… Par exemple, le truc qui me revenait l'autre fois et qui s'est envolé aussitôt, eh bien, je le tiens : c'est un souvenir du temps où je bloguais. Une jeune femme m'avait demandé sur le web d'exprimer mon attachement au service public, et le même jour, d'autres m'avaient mis au défi : «imaginez-vous blogueur en 2030»… J'avais haussé les épaules derrière mon écran, en grommelant : «jeunes couillons, ce n'est pas une idée pour moi, ça !».

Eh bien, 2030 j'y suis ! Quatre-vingt-quatre ans, et quoique je me sois juré autrefois d'en finir avant d'être vieux, je blogue encore… Comme quoi, le verbe crâne, les nerfs décident, et je blogue. Tous les matins, quand j'ai réussi à me mettre debout, je me traîne devant le bureau, je m'assieds comme autrefois, et j'ouvre le couvercle de mon portable. Je passe mon coude sur l'écran pour enlever la poussière, et aux jeunes rayons du soleil qui filtrent par les interstices de la cabane, je me mire dedans.

L'écran est sombre, évidemment, mais cela donne à mon reflet une certaine distance. On dirait que quelqu'un me regarde d'une pièce à côté. «Alors, quelles nouvelles ?» je lui demande. Il me répond n'importe quelle sottise, histoire d'alimenter un brin de conversation. On se moque tous les deux de nos généreux engagements de jadis, la démocratie, la sécu, la défense du service public, et le reste… Toutes ces choses qui rendaient la vie confortable dans notre jeunesse, et qui se délitèrent en une grosse dizaine d'années. Je ris avec cet autre moi dont la bouche est un trou noir dans le noir moiré de la barbe blanche, je ris parce que j'ai oublié comment on fait pour pleurer. Au bout d'un moment, quand j'ai fini d'envoyer des mails vers l'en-dedans, l'ailleurs, et l'au-delà, je referme le couvercle du portable et je sors pisser à pas comptés.


Cette fiction a été inspirée par deux tags : d'abord celui de See Mee, qui me demandait de dire mon attachement au Service public —c'est une sorte de réponse en creux… Ensuite, celui de Nicolas qui, en écho à Lomig, proposait de s'imaginer toujours blogueur dans 20 ans…
J'invite Gildan, M.Poireau, Le solitaire de la lune, Ruminances, Elmone, à prendre la suite…

mardi 28 septembre 2010

Grosse coupure

Quand même, on leur en veut toujours, on voudrait que lorsqu'ils ont payé leurs impôts, ce soit aussi difficile pour eux que pour nous de joindre les deux bouts. «Ah, zut ! Cette année, il va falloir faire gaffe aux réceptions, Mimi… On achètera les caisses de champagne à Carrefour, ils ont du Pouet & Michon en promo, et avec la carte de fidélité, ça nous fera une sorte de cash-flow.»
Je veux parler des riches, vous avez compris… Donc, on a une dent contre eux, et pourtant, ça n'est pas facile tous les jours d'être riche. Vous n'imaginez pas le nombre de tracasseries auxquelles la personne un peu fortunée doit faire face.

Voyez: l'autre jour je me suis retrouvé avec un billet de 500 euros en poche… Vous me direz que si je n'ai que ça pour tenir un mois, ce n'est pas Byzance, mais là n'est pas la question. La question est que je ne me promène pas couramment avec une grosse coupure pour acheter mes cigarettes. Cinq cents euros, c'est bien si vous fumez des havanes maousses et que vous n'avez plus une seule boite d'avance, mais si vous avez juste besoin d'un paquet de gauloises… Eh bien, vous êtes un peu comme un type qui aurait les moyens de fumer les gros cigares, et qui préfère les clopes de prolo parce qu'il a des goûts simples. Ça arrive, parfaitement, et la buraliste vous regarde de travers avec votre gros billet. «Désolée, j'ai pas de monnaie, allez voir la banque à côté…»

C'est comme ça que je me suis glissé dans le sas de la Caïman & Macao Banking Corporation. Je ne connaissais pas, ils ont un sas très chic avec un écran télé, au cas où vous trouveriez le temps long entre deux portes. Vous pouvez vérifier l'état du bouton que vous avez près du nez, et vous donner un coup de peigne à doigts, avant qu'une voix de jeune femme ne vous demande ce que vous fichez là et si vous êtes client chez eux ? «Ah, non ! je ne suis pas client… —C'est pourquoi ? Vous voulez ouvrir un compte ? —Il me faudrait la monnaie d'un billet de 500 euros. —Je suis désolée, mais nous ne pouvons pas faire ce type d'opération si vous n'avez pas de compte. Voyez avec votre banque…»

Aiguillonné par l'envie de fumer, j'ai donc rallié d'un bon pas mon agence du Trésor Privé à l'autre bout de la ville. Il n'y a pas de doute : on se sent mieux chez soi, même avec une porte de sas qui pèse une tonne et la queue à faire au guichet. «Je voudrais la monnaie de ce billet… —Rappelez-moi votre numéro de compte ?» Le croiriez-vous ? Pour avoir la monnaie de 500 €, il faut les déposer en espèces sur votre compte, et ensuite faire un retrait : deux bordereaux à signer.

C'est alors, repartant en quête de mes clopes, que j'ai songé au calvaire que doivent vivre quotidiennement les gens fortunés sans petites coupures quand ils vont acheter leur baguette, ou leur pot de caviar pour les toasts de midi. Du coup, j'ai compris pourquoi ils donnent si peu aux SDF qui font la manche. Par voie de conséquence, il apparaît rationnel et bien plus logique d'adresser leurs aumônes à ceux qui peuvent rendre une espèce de monnaie, comme un parti politique costaud, genre UMP. C'est fou ce que le contact avec les réalités peut vous éclairer sur certaines choses.

Ainsi, j'ai saisi du même coup les raisons qui pouvaient inciter une vieille personne comme Mme Bettencourt à se décharger de ses problèmes de liquidités sur une comptable ou un homme de confiance. Par contre, je me demande comment Éric Woerth s'y est pris avec la monnaie pour financer la campagne de Nicolas Sarkozy —si cela a bien été le cas, évidemment. Il a forcément eu besoin de monnaie à un moment quelconque, non? 140 000 € en petites coupures, pas de problème : c'est comme pour vous et moi quand on va acheter nos cigarettes ou les yaourts des enfants. Par contre, en grosses coupures, ça nous amène tout de suite à deux cents billets de 500 €, soit quatre cents bordereaux à remplir pour avoir la monnaie…

P-S: pour moins de 500€, vous pouvez préparer chez vous des «Langoustines à la bretonne», une recette du chef du Fouquet's que vous retrouverez sur le blog Recettes de chefs

vendredi 23 juillet 2010

Si vous n'avez pas une comptable avant cinquante ans…

Vous vous rendez compte ? Madame Bettencourt, la femme la plus riche de France, qui se fait refuser un petit retrait par sa banque, Dexia, comme une quelconque surendettée! Vous me direz que cinq cent mille euros, surtout écrit en lettres, ce n'est pas si petit que ça. Pour vous, pour moi, c'est certain, mais pour elle, voyons! Ça doit lui produire le même effet qu'à moi, lorsque je tire 200 € au distributeur de billets de ma banque. Je l'ai fait pas plus tard que mardi dernier: si l'appareil n'avait pas encore dégagé une insidieuse odeur de moisi, un mois et deux semaines après les inondations, j'aurais oublié cette petite saignée presque aussitôt.

D'ailleurs, je me demande pourquoi elle n'y a pas songé? Mme Bettencourt doit bien avoir une carte de crédit, voire plusieurs, tout de même? Et pas le morceau de plastique de base, même rehaussé du sobriquet de Master ou de Gold. Non, les siennes s'appellent certainement Platine, voire Diamant, et elle a l'autorisation de vider le distributeur à chaque retrait. Mais soyons raisonnables, supposons que la propriétaire de L'Oréal soit soumise à un plafond de mille euros chaque fois, histoire de laisser quelques biftons aux autres. Pour rendre service à ses grands amis du pouvoir (si telle était son intention: respectons la présomption de naïveté) il lui suffisait de visiter 500 agences, ce n'est pas la mer à boire…

À mieux y réfléchir, c'est une idée bonne pour le vulgum pecus qui aurait des économies, cette carte Platine… À mon avis, la dame en question n'a pas besoin de ça, elle a beaucoup mieux: une comptable. Avec une comptable, vous n'avez même pas besoin de prendre votre voiture ou le métro pour aller faire la queue au DAB de l'agence. Quand on a une comptable pour aller tirer ses sous et préparer ses enveloppes, on peut dire que l'on a réussi sa vie. C'est le vrai chic, bien mieux qu'une Rolex.

Dans une autre vie, si je devais me réincarner en femme, je voudrais être la plus riche du pays où je naîtrais. J'arroserais les partis de droite pour qu'ils ne mettent pas le nez dans mes finances, j'aurais une comptable pour mes enveloppes. Je mènerais grand train avec mes amis, et si mes héritiers trouvaient à redire à ma dépense, eh bien, ils perdraient leur temps! Les amis magistrats de mes amis, seraient aussi mes magistrats, ils me protégeraient. Parce que mes amis du pouvoir n'aimeraient pas du tout que l'on connaisse le détail de nos relations, et surtout, ils craindraient que je ne sois mise dans l'impossibilité de remplir des enveloppes avant les élections. Le plus difficile, ça serait de me réincarner dans le bon berceau. Par les temps qui courent, si l'on veut avoir une comptable avant cinquante ans, il vaut mieux naître riche.

P-S: Mme Bettencourt et M de Maistre sont déboutés de leur plainte visant à obliger Mediapart à retirer de son site les enregistrements à l'origine de l'affaire. Excellente nouvelle pour Mediapart, la justice, et la vérité.

vendredi 16 juillet 2010

On demanderait, il dirait

«Monsieur le président, selon des informations qui s'accumulent depuis le 21 juin, votre ministre E. W. et vous-même auriez reçu en 2006 et 2007 des enveloppes de billets destinés à financer illégalement votre campagne électorale… Qu'avez-vous à dire aux Français à ce sujet?

—C'est pas la peine de vous mettre à ma gauche pour parler de ça… Écoutez, franch…, franchement c'est ridicule! Pas vous, hein, je me permettrais pas, hein! Je vous respecte, M. Japedoux… Écoutez, soit y a des éléments, donnez-les nous… Pffff… C'est grotesque ! Voilà ma réponse, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise? Alors, raisonnement, là: pour mon financement, avec Éric, on aurait accepté des enveloppes d'une mamie que sa fille elle veut la mettre en tutelle, et ça a donné cette calomnie? Enfin, respectons le déchirement des familles, monsieur, s'il vous plaît. Qui peut croire à une fable pareille? Puis si vous avez des enregistrements, donnez les à la justice, puis demandez à la justice qu'ils les enterrent. Non, qu'ils enquêtent. Franchement, qu'est-ce que vous voulez que je réponde là-dessus? Mais honnêtement, qu'est-ce que vous voulez que je réponde là-dessus? Il y a quatre ans, de surcroît! Non, mais! On est dans un monde où tout se répète, où la notion de secret de famille n'existe plus… Quatre ans après vous venez me dire: il paraît qu'on préparait des enveloppes à une mamie pour qu'elle vous les remette en main propre, dans le cadre des dîners entre amis… Non… Et vous, vous étiez peut-être majordome à cette époque là? Vous comptiez pas les billets? Non? Peut-être à ce moment là, je vous aurais… non… Non, mais je vous en veux pas, mais enfin, écoutez: franchement ! Pfff… Si on cherche le propriétaire de l'île des Seychelles, c'est moi, c'est incontestable (rires). Non, pardon, je ris pas du tout, parce que cette affaire, c'est la douleur d'une famille, et des trucs comme ça… Mais qu'est ce que vous voulez que j'aille répondre là-dessus?»

Fiction inspirée des propos de M. Sarkozy à propos de l'affaire de l'attentat de Karachi.

P-S revoilà Martine, avec un billet sur le off d'Avignon…

mardi 8 juin 2010

Mon compteur stupide et moi


«Compteur, mon vieux compteur, dis-moi: pourquoi es-tu si con
Ça n'a pas fait un pli, sa loupiote verte a cessé de clignoter pendant presque une minute. Je l'avais choqué, mon brave compteur électronique d'Edf. Cette chute de tension brutale passée, il a fini par me dire d'un ton peiné:
«Je ne comprends pas, ô mon maître ! Je ne suis pas si con. Vous me faite sl'honneur de me loger sous votre toit, et pour que vous ne soyez jamais dérangé par aucun agent d'Edf qui relève votre consommation, j'envoie des informations à la petite boite qui se trouve à plus de vingt pas d'ici, au bord du chemin…
—Attends, Sidicé (son vrai nom c'est S10C2, mais il aime bien que je l'appelle Sidicé), attends! que je lui réponds. Inutile de prendre la mouche, c'est une simple constatation, formulée un peu familièrement, je te l'accorde, mais néanmoins exacte. Tiens, pour ne prendre qu'un exemple: tu me parles des agents d'Edf qui viennent te relever… Or, il y a belle lurette que ce ne sont plus les gars d'Edf qui s'en chargent, mais des sous-traitants, des couillons qui changent sans arrêt et qui ne connaissent pas le quartier. Résultat, ils ne trouvent jamais le bidule pour relever et ils viennent me déranger!
—Excusez-moi de vous contredire, ô mon maître, mais votre défunt compteur Bleu était bien plus bête que moi! Vous appuyez sur mes petites touches pour programmer le chauffage de votre cumulus la nuit, interrompre la pompe à chaleur quand vous passez au plein tarif, et je vous tiens au courant de tout ce que je fais sur le répétiteur de la cuisine. Quand je vois la vie en bleu et à bon marché, vous le savez, si c'est en blanc, je vous le dis, et si je compte en rouge, je sonne pour vous avertir! Feu le Bleu n'aurait jamais fait ça, et ne parlons pas de votre premier compteur tout noir qui ne savait carrément rien faire… Il sautait pour un rien, vous me l'avez dit vous-même. Lui, il était franchement con!
—Fais attention à ce que tu racontes, on pourrait t'entendre et t'accuser de racisme. Je ne veux pas d'ennuis, moi. Tes arguments ne font pas le poids, je regrette de le constater, car je t'aime bien, au fond. T'as une jolie loupiote verte, tu sais?
—Merci, maître, je ne demande pas mieux que de vous plaire encore longtemps.
—Ça, par contre, j'ai bien peur que tes jours soient comptés, si j'ose dire Sidicé… Je viens de lire dans le journal que le Nouveau Compteur Intelligent arrive.
—Pff! J'en ai entendu parler, sa réputation est très surfaite! Oui, nous causons entre nous, les compteurs, par le biais de la basse tension… Uniquement pendant les heures creuses, quand vous dormez, bien sûr!
—N'empêche… À ce qu'on dit, il va me permettre de faire des économies, le Nouveau Compteur Intelligent. Grâce à lui, il n'y aura plus besoin de relevé tous les six mois et je ne serai plus dérangé par un ahuri perdu sur le chemin. Il causera de ma consommation chaque jour avec Edf. On suivra très finement ma dépense d'énergie.
—Encore un paquet de gens qui va se retrouver au chômage, quoi.
—Hum… Écoute plutôt: il paraît que je pourrai ajuster cette consommation à mes besoins réels…
—C'est déjà le cas, non? Et puis, je vous signale que moi, vous m'avez eu gratuitement, ou pour pas grand chose, en tout cas… Votre futur Nouveau con, il va vous coûter un max, moi je vous l'annonce: 230 euros, ou plus…
—Comment ça? Il ne manquerait plus qu'on me fasse payer le compteur, maintenant! Je suis peut-être ton maître dans les faits, mais pour la loi, je te rappelle que tu es la propriété d'Edf.
—En tout cas, il vous faudra payer pour avoir mon remplaçant, une sale pute, en qui vous ne pourrez placer aucune confiance.
—La jalousie t'égare!
—Savez-vous ce que sera l'une des plus notables améliorations de votre abonnement, grâce à lui? Si vous êtes en retard dans le paiement des factures, ils pourront vous couper le courant sans même se déranger. Comme pour le téléphone.
—Bon, je ferai attention, voilà tout.
—Il y a encore une petite chose… Savez-vous aussi qu'ils en ont installé 19.000 du côté de Tours, et qu'il n'y en a que 8 qui fonctionnent comme prévu? Pardonnez-moi, mon maître, mais je crois bien que c'est vous qui serez le con de l'histoire.»
source image

P-S Parmi les billets que je tiens à vous signaler ce soir, il y a celui de Martine: Musique ! On enterre… Arf ne veut pas y aller, mais moi je vous conseille le contraire: allez lire chez lui. Pareil chez Balmeyer, d'ailleurs, sa Directrice vous attend !

samedi 27 mars 2010

Une foule de rêve au N.S.D.

Bon, il est temps pour moi d'évoquer ici ce No Sarkozy Day que j'ai défendu bec et ongles… À l'heure où je m'attaque à ce billet j'ignore encore l'inconsistance exacte de la mobilisation nationale. Si j'en juge par le coup d'œil jeté sur Twitter où les blogueurs sérieux qui savent ce que démocratie veut dire, ont la dent dure et l'ironie véloce, il a été grand, le désintérêt pour la manifestation. On verra bien ce qu'il en est, quand les participants des villes importantes livreront leur sentiment…

Quoi qu'il en soit, je peux témoigner que chez moi ce fut un triomphe. Jugez en plutôt, à la vue de ces deux photos prises avec mon téléphone mobile… Voici d'abord le rond-point devant la sous-préfecture de Draguignan, qui tient lieu de place les jours où se forment les cortèges de protestation. À mon arrivée, il était deux heures moins dix, les lieux étaient absolument vides.


Vous souriez? Vous vous moquez peut-être, mais vous avez tort, car quelques poignées de minutes plus tard, à deux heures cinq, le même endroit était noir de monde. Une foule bon enfant et gouailleuse, qui gueulait «Sarko démission!» —ce qui était très mal, car contraire aux buts de cette journée, laquelle devait se limiter à dire non à Nicolas Sarkozy. Donc une masse compacte de nonistes, dont j'étais, qui devait bien comprendre cinq à six mille personnes se pressait là. En voici la preuve:


Je me demande quelle évaluation en fera la police, et c'est avec curiosité que je lirai la presse locale demain.

mardi 9 février 2010

Loppsi 2 : le bonheur est pour demain

Demain, bientôt, nous allons enfin pouvoir vivre dans une France sûre. Un nid qui aura un peu l'austère apparence de l'aire de l'aigle, mais dont le sein, capitonné par la laine des moutons, sera réconfortant. Toute l'Europe nous enviera. Que dis-je! Le monde entier en béera d'admiration, comme il le fait déjà devant notre génial président.

Les caméras pulluleront dans nos rues, à un point tel que le fameux avertissement légal: «zone ou établissement, placé sous vidéo-surveillance», sera devenu sans objet. C'est à l'aéroport que les visiteurs étrangers recevront avis qu'ils sont entrés dans un «pays placé sous vidéo-surveillance». Il n'y aura pas que l'état, bien entendu, pour veiller sur nous, n'importe qui pourra implanter ses caméras sur la voie publique. J'espère que ma municipalité en posera une près des bennes à ordures, au bout du chemin. Comme ça, le policier municipal pourra pincer le saligaud qui abandonne régulièrement des gravats.

Comme les pouvoirs de la police municipale auront été augmentés, ils pourront flanquer le saligaud en garde à vue, enfermé dans la remise de la mairie. Et si le pauvre bougre de super-garde-champêtre est débordé, qu'à cela ne tienne: nous aurons la «réserve civile», une milice légale réunissant les citoyens les plus sourcilleux sur la paix publique. Ça sera bien le diable si on ne coince pas le salopard.

En ville, évidemment, ça risque d'être plus remuant… Les interpellations devenant plus nombreuses un problème se posera, au moins pendant le temps qu'il faudra aux petits délinquants pour comprendre que la fête est finie. Que faire de tous ces prévenus, comment les juger, alors que notre justice est déjà si lente? Va-t-on constituer une «réserve civile» de juges volontaires bénévoles? Non, c'est très simple: les magistrats siégeront en vidéoconférence. Le justiciable pourra comparaître du centre de détention, s'il est un sans papiers, du commissariat peut-être, ou, qui sait, de chez lui, par le biais d'internet… La peine sera ainsi prononcée au plus bref: il ne restera plus au contrevenant qu'à payer son amende, à rendre son permis, ou à rejoindre la prison au jour dit, par exemple…

Il ne sera pas question de prétexter une absence à l'audience par une soi-disant panne d'ordinateur qui vous aurait privé de connexion avec le tribunal. La police spécialisée, qui aura toute latitude pour filtrer le web, s'installer dans votre ordinateur à distance, lire vos mails, écouter vos chats parlés, sera parfaitement au parfum. Peut-être même qu'elle observera votre indécision devant l'écran…

Dans un avenir un peu plus lointain (mais faisons confiance à Nicolas Sarkozy pour presser le mouvement du progrès lors de son second quinquennat), les problèmes de financement de la justice seront résolus. Le corps des magistrats de toutes postures, debout comme assise, sera dissout. À la place, un super ordinateur installé au ministère, sous la direction d'un Garde du code informatique, instruira en temps réel, tiendra audience jour et nuit, du nord au sud, d'est en ouest.
Et nous serons heureux, enfin.

Les syndicats de la Magistrature et des Avocats de France ont publié un communiqué commun sur Loppsi 2…

jeudi 4 février 2010

Le droit à la pissotière pour tous: une cause oubliée


Ce matin, en montant au village chercher le pain, j'écoutais France Culture. Le jeudi, dans «Métropolitains» on y parle généralement d'architecture à cette heure-là, aux approches de midi. Je regrette d'avoir pris l'émission en cours, parce qu'il y était question du «droit de pisser», un sujet qui va droit à la vessie du citoyen concerné que je suis. Malheureusement, j'ai donc loupé l'analyse des évolutions de l'architecture d'aisance, du rocher percé de Néandertal à la vespasienne et à la révolution des sanisettes —une réforme qui préfigurait le sarkozisme, puisqu'il fallut payer du jour au lendemain pour pisser un coup ou déféquer en urgence.

J'ai appris néanmoins pas mal de choses, comme le fait que dans plusieurs grandes villes, les sanisettes sont devenues gratuites, ce qui m'a réjoui. L'abandon de la taxe sur l'urine et les fèces faisait-elle partie du paquet fiscal? Il semble plus probable que ce geste authentiquement généreux soit à mettre à l'actif des municipalités.

Il a également été porté à ma connaissance que les statistiques démontreraient que les femmes restent plus longtemps aux toilettes que les hommes. Un état de fait regrettable, car source d'encombrement des locaux appropriés, et par voie de conséquence de retards divers…

Plaisanterie facile mise à part, les problèmes de pissotières sont associés à un réel souci sanitaire dans le monde, en particulier dans les pays en développement. L'absence de lieux d'aisance, on le comprend aisément, est incompatible avec l'hygiène élémentaire. Aussi a-t-il paru utile à l'ONU de parrainer une Journée Mondiale des Toilettes, organisée par la World Toilet Organization (WTO). La troisième édition de cet événement s'est déroulée le 19 novembre dernier, dans une quasi-confidentialité. Un scandale. Nos ministres de la culture et de la santé réunis sont décidément en dessous de tout. C'était pourtant l'occasion rêvée d'une opération conjointe avec TF1 ou le Service public. Un Pipithon où les Français, invités à sortir pisser dans les rues et sur les places auraient versé des dons pour la création de toilettes dans les pays pauvres.

L'invité de l'émission, Julien Damon, relevait que la raréfaction des lieux d'aisance publics dans nos villes, allait de pair avec la volonté à peine dissimulée d'éloigner les indésirables, les sans-logis en particulier. Le comble de la cruauté de notre société envers les démunis de tout n'est-il pas atteint ici? On fait en sorte de les placer dans l'incapacité de pouvoir satisfaire leurs besoins les plus élémentaires, dans le but de les repousser à la périphérie. Vous me direz que c'est loupé, puisque cela n'empêche pas nos villes de se remplir de miséreux. Je vous répondrai que c'est normal, ils ne sont pas vraiment gênés: ils n'ont rien à bouffer…

source urinoir

P-S. je me suis abstenu de lier mes collègues blogueurs de crainte d'en vexer —à l'exception d'Homer, sur un billet tout à fait en harmonie avec le mien… Mais je voudrais tout de même attirer votre attention sur Zoridae, de retour au clavier avec «Pile ou face», et sur la 2e partie du texte argentin de Lediazec

mardi 5 janvier 2010

Jour de bran

Je me souviens, ce matin, j'ai abordé cette journée à reculons. Je ne la sentais pas: un paradoxe, puisqu'il s'agissait d'une journée de merde. Pourtant, en ouvrant péniblement un œil devant mon ordinateur, j'ai trouvé dans mes chaussons l'exclusivité du Wikio —béni soit son nom jusqu'au mois prochain. Ça ne commençait pas trop mal, même si je reculais d'une place au classement: Dagrouik récupérait son troisième fauteuil, je trouvais ça naturel. Au réveil, je suis disposé à aimer le monde entier.

Donc, ce matin, après le Wikio —béni soit son nom les 31 jours prochains—, je n'ai pas traîné devant l'écran. Ma femme et moi avions un rendez-vous important à la grand-ville. On monte bientôt dans l'auto, et en route! Trois kilomètres plus loin, des trucs se mettent à clignoter au tableau de bord, un F de mauvais augure et un pictogramme en forme de clef anglaise. Il faut vous dire que c'est une petite voiture, une Corsa, mais avec des vitesses semi-automatiques… Ce qui s'est traduit par une impossibilité de redémarrer une fois qu'une curiosité malsaine m'eût incité à faire halte. À 35 minutes du rendez-vous, je me suis légèrement énervé, mais pas trop: j'avais un téléphone mobile dans ma poche.

En principe, je n'apprécie pas vraiment ce bidule, dont je me suis équipé voici pas mal d'années pour rassurer mes vieux parents quand je partais en déplacement. Ils pouvaient me joindre partout, comme on dit aujourd'hui. La nuit où mon père est mort, je l'avais oublié à la maison.

Revenons à ma journée de bran… Je dégaine mon mobile et l'allume pour prévenir que nous serons en retard au rendez-vous. Surprise: le répertoire téléphonique a disparu depuis hier! Je me suis énervé un chouia de plus, mais raisonnablement, car je disposais du numéro de téléphone du garage Opel, en ville. Ils ont été très sympas, compatissants et tout, mais il leur fallait l'année de mise en circulation. J'ai dû demander à ma femme de me trouver cette saloperie de carte grise en vitesse, vu que la communication était mauvaise. «2003,» j'ai dit finalement. Ils m'ont répondu que la garantie constructeur ne pouvait plus jouer, et ils m'ont conseillé de me «rapprocher de mon assurance», pour me faire remorquer jusque chez eux. Une putain de bonne idée, que j'ai pensé, en voyant le numéro de l'assistance collé sur la lunette arrière.

Pour être franc, c'est ensuite que j'ai recommencé à m'énerver, avec la voix du standard automatique qui me demandait d'appuyer sur la touche étoile, puis sur 1 si j'étais un particulier, sur 2 si j'étais un professionnel, sur 3 si j'appelais de l'Élysée… Quelques sélections plus tard, la pétasse virtuelle m'intima: «Dites: panne, si vous avez un problème mécanique. Accident, si votre véhicule est accidenté. Incendie, si la voiture brûle. Hémorragie, si un de vos passagers perd son sang. Mort, s'il ne respire plus… — Panne! Panne bordel!» j'ai gueulé avant la fin sans la faire taire. L'obstacle franchi, elle me demanda de dicter mon immatriculation, non sans me faire subir au préalable l'écoute de divers exemples entre les plaques minéralogiques à l'ancienne mode, et les nouvelles… Finalement, me fut infligé l'épreuve d'une insupportable musiquette, pendant une telle durée, que je finis par couper la communication.

L'heure du rendez-vous était dépassée, il faisait un froid de canard. À ma deuxième tentative, au terme du même parcours initiatique et d'une attente encore plus longue, une vraie voix de femme (elle avait même un prénom que j'ai oublié) se manifesta pour écouter ma plainte.
«Quel est le nom de l'assuré? elle fait. —Merde!» je hurle. Pas pour l'insulter, mais parce que je ne savais plus si c'était moi l'assuré, ou ma femme, ou les deux, que je n'avais plus les papiers sous la main, et que la communication était exécrable. Vous croyez que, devinant tout ça de son bureau bien chauffé, elle aurait fait preuve d'une once de compréhension? Pas du tout: «Vous n'êtes pas le seul, figurez-vous! Ce n'est pas en me disant merde que vous gagnerez du temps!» Et elle m'a recollé si bien en attente que mon crédit de communication s'est épuisé.

Bon, ces sottises insignifiantes font un billet trop long. Un voisin est passé… Un garagiste ami est venu… J'ai réussi a conduire la voiture à la ville (dix-neuf kilomètres en première), sous son escorte… Chez Opel, ils m'ont prêté un véhicule de courtoisie dont j'ai fait le plein d'essence en imaginant ma voiture immobilisée pour longtemps, alors que je dois aller chercher quelqu'un à la gare demain matin… J'ai été faire des courses au Carrefour du coin…

À la sortie, je ne savais plus où était garé mon véhicule sur le parking, de quelle couleur il était, son numéro d'immatriculation, ce genre de choses qui peuvent rendre service. J'ai erré vainement pendant près d'une heure avant de me souvenir qu'on m'avait donné un document au garage… L'immatriculation y figurait, bien entendu, comme elle figurait sur le porte-clef que j'avais dans la poche.

Ce n'est pas tout, il y aurait encore un bon paquet de minuscules emmerdements à raconter, de ceux qui vous foutent les nerfs en pelote peu à peu. Par exemple, la conduite d'une vieille bagnole sans direction assistée, mais avec une pédale d'embrayage dont on ne se sert plus depuis des années. Et puis, au bout de l'après-midi, le garage qui vous appelle à la maison pour vous demander de venir reprendre votre véhicule réparé. Une petite panne de rien du tout: deux ampoules de stop grillées, et le bazard électronique du bord qui se met en alerte et coupe tout… Rien du tout, vous dis-je! Si ça se trouve, il aurait suffi que je donne quelques coups de pied violents à l'arrière de cette saloperie de bagnole pour que tout rentre dans l'ordre.


lundi 4 janvier 2010

Nosarkozyday, no! Nosarkozyday, si!

Ce 4 janvier 2011, je ne peux m'empêcher de revenir sur une phrase singulière des vœux adressés au pays par le président: «Je veux rendre un hommage particulier aux blogueurs qui ont fait preuve d’un grand sens des responsabilités…»
À quoi diable pouvait-il faire allusion? La France se traîne tant bien que mal hors de la crise économique, la peur du chômage, les difficultés de la vie quotidienne, occupent la plupart des esprits, et voilà qu'il nous parle de blogs! Quelle mouche a piqué le président?

J'ai fait des recherches et finalement, j'ai peut-être trouvé l'explication… En décembre 2009 (ça ne nous rajeunit pas, mais les racines des complots sont souvent profondes), deux ou trois hurluberlus avaient lancé sur Facebook l'idée d'une journée de manifestation anti-sarkozyste. Il se pourrait d'ailleurs que j'ai adhéré à leur groupe, parce qu'un ami à la mode Facebook me l'aurait conseillé… Je ne sais plus, je m'en fiche.

Ce n'était pas une démarche choquante pour moi: j'aime les initiatives qui tendent vers la démocratie, dans notre république où le peuple est prié de fermer sa gueule, s'il ne veut pas s'exprimer par la voie hiérarchique. Je méprise les hiérarchies, ça doit être pour ça que cette idée me semble aujourd'hui encore sympathique. Partie de rien, de gens presque anonymes qui disaient: groupons nous et demain…
Demain, crions: démission! Là, c'était franchement couillon: aucune chance de voir Nicolas Sarkozy s'incliner, à moins que nos hurluberlus n'aient réussi à mettre 65 millions de Français dans la rue.

C'était d'autant plus couillon, que ce mot de démission servit de prétexte à un groupe de blogueurs pour s'opposer au projet. Difficile de cerner les motivations précises de ces derniers. Ils rédigèrent toutefois un texte qui dénonçait le caractère anti-démocratique d'une démarche réclamant la démission d'un président élu. Ils étaient jeunes, bien sûr: ils n'avaient jamais entendu les foules d'autrefois gueuler: «Dix ans ça suffit, de Gaulle démission!» Cela n'avait pas pour autant mis le pays à feu et à sang…

De plus, comment peut-on oser parler de démocratie sous un régime purement représentatif, qui confisque celle-ci et se situe exactement au-dessous du régime autoritaire, l'avant dernier degré de l'escabeau menant à la dictature? C'est participer à l'escroquerie politique dans laquelle nous vivons depuis la Révolution.

Je ne me souviens plus de ce que je faisais, je devais dormir, sinon j'aurais soutenu un peu les galopins du «No Sarkozy day»… Sans enthousiasme, certes, parce que je sais bien que dans ce genre d'affaire, il faut tout de même de l'ordre et des figures politiques en vue pour crédibiliser un cortège. On peut le regretter, c'est ainsi.

En tout cas, le texte des nonistes à la «journée du non à Sarkozy» sema une jolie pagaille virtuelle pendant quelques jours. Nous l'ignorions dans la blogosphère, mais au même moment, l'Élysée crevait de trouille que les pompiers du Net ne parviennent pas à éteindre l'incendie facebookesque. On sait ce qu'il advint…
Nous avions tous oublié cette péripétie, pourtant le président, lui, en gardait le même effroi au cœur que Louis XIV au souvenir de La Fronde, vécue dans sa jeunesse. Le roi Soleil en tira vengeance par la mise au pas définitive de la noblesse, notre Nicolas est plus magnanime, comme on voit, puisqu'il se contente de rendre hommage à ses sauveurs.

P-S. il y a trop de billets plus ou moins favorables au «No Sarkozy day», ou critiques envers tout le monde pour les citer tous.
Et il y a davantage encore de textes d'opposants à cette hypothétique manifestation. Que les oubliés veuillent bien m'excuser.



vendredi 11 décembre 2009

Comme un Martien en France

Mon cher cousin, je t'écris cette lettre de la planète Terre, plus précisément de France où j'ai décidé de prendre des vacances. La France est un pays extraordinairement distrayant, sans doute le plus fou de ce monde, bien que je ne connaisse pas encore les autres régions. C'est la mauvaise saison, ici, et pour remédier aux désagréments de l'hiver, les gens ont eu l'idée d'y caser une période de fête. Ça s'appelle la Noël et le Jour de l'an. En principe, cela ne devrait durer que deux journées, mais en pratique l'ambiance festive s'installe dès le début du mois de décembre pour ne disparaître qu'aux premiers jours de janvier.

Il fait froid, les ciels sont grisâtres et la nuit tombe tôt, mais les gens suspendent des guirlandes lumineuses au-dessus des rues: on en trouve jusque dans le moindre village. Le décor est très gai, on pourrait s'attendre à ce que les Français sortent de chez eux pour chanter, danser, s'embrasser, copuler sous les illuminations. C'est en tout cas ce qui arriverait chez nous, mais pas ici. Les gens trottent de tous côtés pour faire leurs courses de Noël, ils n'ont pas le temps de se réjouir.

Cette débauche de lumières, qu'accompagne une avalanche de catalogues et de prospectus bourrant les boites aux lettres, est en réalité une opération mercantile. Comme je te le disais dans une de mes lettres, il semble que dans ce monde rien n'existe qui ne soit pas matière à commercer. Et le comportement des Français est des plus extravagants.

Ainsi, il s'agit pour le marchand d'acheter un produit le moins cher possible pour le revendre au consommateur au prix le plus élevé possible… Oui mon cousin, le commerce c'est du vol! Pourtant, la plupart du temps les gens que j'ai pu rencontrer s'en accommodent. Ils disent qu'ils n'ont pas le choix, et ce n'est que très rarement qu'ils pillent les magasins. On peut les comprendre, note bien, car ces coups de colère sont sévèrement punis. S'il est permis au marchand de voler le citoyen consommateur, l'inverse est illégal.

Remarque, cela s'explique: le pillard s'empare d'un bien sans rien donner en échange, tandis que le marchand, s'il réclame trop d'argent, cède du moins un produit en contrepartie. Le premier vole, le second fait de «la marge». Je sais bien qu'il te faudra un moment pour saisir la nuance, mais elle existe, je dois le reconnaître.

Cette question de l'argent et du pouvoir d'achat joue un grand rôle ici en ce moment, comme je te l'ai déjà raconté. Tu dois te souvenir de ce dirigeant suprême que les Français se sont donné, un certain Nicolas Sarkozy… Eh bien, figure-toi que cet homme est le meilleur ami du commerce. Cette année, il a décidé d'être le Père Noël des restaurateurs dès l'été, et il leur a offert un cadeau qui coûtait 3 milliards d'euros: la baisse de la TVA à 5,5%, ça s'appelle.

Pour que le pauvre peuple Français, qui croule sous les dettes et le chômage, ne s'insurge pas, M. Sarkozy a fait promettre aux restaurateurs qu'ils baisseraient leurs prix et embaucheraient du personnel. 20000 employés, plus 20000 apprentis en deux ans, s'ajoutant aux 15000 créations d'emploi qu'ils déclaraient déjà annuellement. Soit 70000 emplois sur deux ans, selon mes calculs…

Les deux ans ne sont pas encore écoulés, évidemment, mais d'après ce que l'on raconte, ils n'ont même pas réalisé le tiers de cette promesse. Quant aux prix, mon cousin: je ne t'inviterai pas au restaurant, si tu viens me voir. Pas plus tard que ce matin, en écoutant une radio d'ici, France Inter*, j'ai appris que les grandes chaînes de restauration française avaient parfois baissé légèrement le tarif des plats…, mais augmenté considérablement le prix de certaines boissons à côté. «Quand le prix de l'assiette baisse, le prix de la tasse monte», disait l'enquêtrice.

Heureusement pour ces braves Français que j'aime bien, ils ne leur reste plus que deux ans et quelques mois avant la prochaine élection présidentielle. Ils ne manqueront pas cette occasion d'envoyer leur président faire la plonge, j'espère.
Je te quitte sur cette bonne pensée, mon cher cousin: c'est l'heure de mon bain de lune.

*France inter, journal de 7h30 du 11/12/09

vendredi 9 octobre 2009

Morale, prestige, et pouvoir


«[…] Claude, sentant l'odeur de poussière, de chanvre et de mouton attachée à ses habits, revit la portière de sacs légèrement relevée derrière laquelle un bras lui avait montré, tout à l'heure, une adolescente noire, nue, (épilée), une éblouissante tache de soleil sur le sein droit pointé ; et le pli de ses paupières épaisses qui exprimait si bien l'érotisme, le besoins maniaque […]
La patronne avait poussé vers Perken une fille toute jeune, qui souriait. «Non, dit-il; l'autre, là-bas. Au moins ça n'a pas l'air de l'amuser…» […]

«L'administration française, je la connais. Vous n'êtes pas des siens. Elle créera des obstacles, mais ce danger n'est pas grand… L'autre l'est davantage, même à deux.
—L'autre?
—Celui d'y rester.
—Les Moïs?
—Eux, la forêt, la fièvre des bois.
—C'est ce que je pensais.
—N'en parlons donc plus : moi, j'ai l'habitude… Parlons d'argent.
—C'est bien simple : un petit bas-relief, une statue quelconque, valent une trentaine de mille francs.
—Francs-or?
—Vous êtes trop gourmand.
—Tant pis. Il m'en faut dix au moins. Dix, pour vous : vingt.
—Vingt pierres.
—Evidemment, ce n'est pas le diable.
—Et d'ailleurs, un seul bas-relief, s'il est beau, une danseuse par exemple, vaut au moins deux cent mille francs.
—Il est composé de combien de pierres?
—Trois, quatre…
—Et vous êtes certain de les vendre?
—Certain […]

Enfin, Perken et lui parurent extraire la pierre : elle bascula, montrant sa face inférieure couverte de cloportes incolores qui, fuyant les coups, s'étaient réfugiés sous elle;
Ils possédaient maintenant les têtes et les pieds des danseuses. Les corps restaient seuls sur la seconde pierre dégagée, qui sortait du mur comme un créneau horizontal. » […]

«La Voie royale»
André Malraux


L'auteur des courts extraits ci-dessus, arbitrairement sortis de leur contexte romanesque, est donc André Malraux, la statue du commandeur au ministère de la culture. On aurait sans doute du mal à trouver quelqu'un pour contester le prestige qu'il acquit dans ses fonctions de Ministre d'État aux affaires culturelles.
Après lui, même si Jack Lang sut reprendre le rôle avec quelque éclat, les titulaires de ce portefeuille parurent cruellement manquer d'envergure.
Le dernier à prendre le poste, Frédéric Mitterrand démarre mal son ministère, comme on sait, et semble presque déplacé à ce poste avec son image légère d'homme venu des variétés. Après tout, chaque Président s'entoure de collaborateurs à sa mesure, et nul ne peut prédire quelle empreinte M. Mitterrand laissera de son passage dans notre paysage culturel.
Mais revenons à André Malraux… Ces passages sont donc tirés du célèbre roman qu'il écrivit, inspiré par ses mésaventures cambodgiennes, quelques années auparavant. À la suite de gros déboires financiers, il s'était rendu au Cambodge où, son épouse et lui, aidés d'un ami, avaient découpé un bas-relief dans un temple d'Ankor, avec l'intention de le revendre, cher. Arrêté en 1923, il écopa d'une condamnation à trois ans de prison, mais grâce à la mobilisation des intellectuels parisiens bientôt obtenue, il bénéficia en appel d'une peine réduite avec sursis…
Nous avons donc eu un ministre, au demeurant excellent, et prestigieuse figure de notre littérature, ancien pillard condamné en justice. S'il fallait exiger des hommes et femmes un passé immaculé pour remplir des fonctions gouvernementales, nous aurions sans doute du mal à les dénicher.

10/10/2009 P-S. Avant de clore, pour longtemps j'espère, le chapitre Frédéric Mitterrand, j'aimerais vous signaler encore des billets lus ce matin: ceux de Julie, «Un boxeur svp pour Monsieur Mitterand !», et de Mrs Clooney , découvert via PMA