jeudi 4 février 2010

Le droit à la pissotière pour tous: une cause oubliée


Ce matin, en montant au village chercher le pain, j'écoutais France Culture. Le jeudi, dans «Métropolitains» on y parle généralement d'architecture à cette heure-là, aux approches de midi. Je regrette d'avoir pris l'émission en cours, parce qu'il y était question du «droit de pisser», un sujet qui va droit à la vessie du citoyen concerné que je suis. Malheureusement, j'ai donc loupé l'analyse des évolutions de l'architecture d'aisance, du rocher percé de Néandertal à la vespasienne et à la révolution des sanisettes —une réforme qui préfigurait le sarkozisme, puisqu'il fallut payer du jour au lendemain pour pisser un coup ou déféquer en urgence.

J'ai appris néanmoins pas mal de choses, comme le fait que dans plusieurs grandes villes, les sanisettes sont devenues gratuites, ce qui m'a réjoui. L'abandon de la taxe sur l'urine et les fèces faisait-elle partie du paquet fiscal? Il semble plus probable que ce geste authentiquement généreux soit à mettre à l'actif des municipalités.

Il a également été porté à ma connaissance que les statistiques démontreraient que les femmes restent plus longtemps aux toilettes que les hommes. Un état de fait regrettable, car source d'encombrement des locaux appropriés, et par voie de conséquence de retards divers…

Plaisanterie facile mise à part, les problèmes de pissotières sont associés à un réel souci sanitaire dans le monde, en particulier dans les pays en développement. L'absence de lieux d'aisance, on le comprend aisément, est incompatible avec l'hygiène élémentaire. Aussi a-t-il paru utile à l'ONU de parrainer une Journée Mondiale des Toilettes, organisée par la World Toilet Organization (WTO). La troisième édition de cet événement s'est déroulée le 19 novembre dernier, dans une quasi-confidentialité. Un scandale. Nos ministres de la culture et de la santé réunis sont décidément en dessous de tout. C'était pourtant l'occasion rêvée d'une opération conjointe avec TF1 ou le Service public. Un Pipithon où les Français, invités à sortir pisser dans les rues et sur les places auraient versé des dons pour la création de toilettes dans les pays pauvres.

L'invité de l'émission, Julien Damon, relevait que la raréfaction des lieux d'aisance publics dans nos villes, allait de pair avec la volonté à peine dissimulée d'éloigner les indésirables, les sans-logis en particulier. Le comble de la cruauté de notre société envers les démunis de tout n'est-il pas atteint ici? On fait en sorte de les placer dans l'incapacité de pouvoir satisfaire leurs besoins les plus élémentaires, dans le but de les repousser à la périphérie. Vous me direz que c'est loupé, puisque cela n'empêche pas nos villes de se remplir de miséreux. Je vous répondrai que c'est normal, ils ne sont pas vraiment gênés: ils n'ont rien à bouffer…

source urinoir

P-S. je me suis abstenu de lier mes collègues blogueurs de crainte d'en vexer —à l'exception d'Homer, sur un billet tout à fait en harmonie avec le mien… Mais je voudrais tout de même attirer votre attention sur Zoridae, de retour au clavier avec «Pile ou face», et sur la 2e partie du texte argentin de Lediazec

14 commentaires:

Monsieur Poireau a dit…

C'est un article à pisser de rire mais finalement, ça vaut le coup de se retenir jusqu'au bout !
:-))

Je note qu'en Belgique, en tout cas à Bruxelles, il y a des toilettes à peu près partout. Ce sont des lieux très propres et jamais glauques, contrairement à la France. Par contre, c'est systématiquement payant et l'employée est là pour recueillir le paiement liquide. C'est entre 30 et 40 centimes, le plus souvent !
:-))

[Beau papier, une fois de plus ! :-)) ].

Nicolas a dit…

Du moment qu'il y a des toilettes à la Comète...

captainhaka a dit…

L'aspect revendicatif du titre de cet article est intéressant . Etant donné qu'en France,nous sommes les champions en matière de droit opposable pour tout ce qui bouge, j'estime qu'une législation favorable devrait être mise en place.

Suzanne a dit…

C'est un problème pire pour les femmes. Visiter une ville, l'été... Combien de fois s'est-on engouffrée dans un café quand on ne tenait plus et que les toilettes publiques étaient closes, cassées ou impraticables... Pour s'entendre dire, après avoir avalé vite fait un café au bar, "les toilettes sont fermées, bouchées, désolé".

Le coucou a dit…

Nicolas,
égoïste!

Captainhaka,
la partie de l'émission à la source du billet, consacrée à ce sujet, était revendicative (son titre: le droit à pisser). Une modification législative était envisagée.

Suzanne,
c'était évoqué également dans l'émission. L'une des solutions envisagées serait de rendre obligatoire l'accès libre aux toilettes des cafés et restaurants, en contrepartie du versement d'un dédommagement financier aux tenanciers, par les collectivités…

croukougnouche a dit…

ici, dans le bourg voisin , c'est gratuit , depuis un an et quelque , et à peu près correct,
mais ce n'est pas le cas partout , c'est une honte , car dans des pays limitrophes , c'est mieux pensé, ce problème crucial de la vie quotidienne : évacuer en toute sérénité !!

Le coucou a dit…

M. Poireau,
je t'avais oublié, mille excuses, mais je suis un peu à côté de mes pompes, ces jours-ci! Merci de l'appréciation… L'état scandaleux des toilettes chez nous vient certainement de l'éducation des gens… Sans doute que la présence d'un(e) employée rémunéré(e) améliore le confort, mais les sanisettes, si j'ai bien compris, peuvent être gratuites et leur état, généralement, est acceptable…

Le coucou a dit…

Croukougnouche,
tout dépend des lieux, en effet. Il y a dans mon coin des villes où les toilettes publiques n'existent plus —à moins d'être dans le secret des dieux-pipi.

Epamin' a dit…

Je n'ai pas le temps d'écrire, j'ai un besoin urgent...

(Juste un petit mot quand même: pas malade, le coucou, j'espère?)

Le coucou a dit…

Epamin'
:-) j'aurais dû mettre une soucoupe à la sortie de ce billet… (non, pas malade, merci!)

Homer a dit…

chouette, un lien sur "pissotière"...

Le coucou a dit…

Homer,
il colle à la perfection avec "Graffiti", non?
(ceci dit, c'est un lien oublié: posé après coup, donc à réparer…)

Ferocias a dit…

Je me souviens d'avoir feuilleté un ouvrage de photographies de toilettes parisiennes. Il y en avait de fort jolies!

Le coucou a dit…

Ferocias, encore un oubli du dimanche, désolé!
Oui, il y a eu des architectes inspirés par les toilettes, j'ai vu parfois des photos, moi aussi.