vendredi 12 février 2010

Éric Besson invente la zone spéciale

Les dernières annonces d'Éric Besson sur l'immigration clandestine m'apparaissent comme une nouvelle pièce d'un puzzle illustrant le sarkozisme. Avec le recul du temps —le temps de l'Histoire, qui aura emporté ma génération—, la parenthèse constituée par ce régime sera largement fermée, et une définition satisfaisante en sera donnée. Je me demande ce que l'on retiendra de cette période à la fois grotesque et dramatique.

Un président mélangeant allègrement républicanisme et autoritarisme, buté dans ses désirs, mais toujours disposé au discours populiste. Car il est très peuple, ce président —c'est à dire qu'il est crasse, par ses goûts, sa manière de jouir du pouvoir comme s'il l'avait gagné au loto, son sans-gêne dans l'abus… Bref, après son passage la Ve République en restera tellement défigurée, que je n'imagine pas comment on pourrait se passer de la répudier.

À tout ce que l'on reproche à M. Sarkozy, M. Besson, bon serviteur, vient donc d'apporter sa contribution. Dans son projet de loi destiné à instaurer un «régime d'exception» pour les étrangers (selon les mots du président du Gisti*), j'ai été frappé par la création d'une «zone d'attente spéciale».

C'est une trouvaille tarabiscotée, qui ne se laisse pas décrire aisément. En gros, pour faire face à d'éventuelles arrivées d'immigrés en nombre, ceux-ci seront parqués à l'endroit même où ils seront surpris, et non plus transférés vers un centre d'attente. Une particularité de la zone en question, subtile comme une complication d'horlogerie, c'est qu'elle s'étendra du lieu où se trouveront les clandestins interpellés jusqu'au point où ils seront censés avoir passé la frontière…

Ce bazar n'a qu'un seul but: court-circuiter les magistrat. Et pour cela, ne plus laisser de failles exploitables en justice dans les procédures d'expulsions, afin de régler le sort des immigrés en 4 jours, quand 30 sont nécessaires avec la législation actuelle.

Ce n'est pas le retour des camps de rassemblement des étrangers du régime de Vichy, évidemment. Mais je n'ai pas pu m'empêcher de faire le rapprochement. Vivre sous Nicolas Sarkozy, ce n'est pas subir une dictature, je l'ai dit souvent ici, mais décidément, c'est de moins en moins vivre dans une république héritière de la grande Révolution.

*Gisti: Groupe d'information et de soutien des immigrés

P-S Hypos annonce un dernier billet, espérons qu'elle se trompe… Dedalus réagit aux propos d'Elisabeth Badinter: Lait maternel implication paternellePonsieur Moireau rend hommage à Jean-Saul Parte… Bibi invente un abécédaire de blogueur

11 commentaires:

Epamin' a dit…

Juste cette chanson de Michel Delpech pour illustrer ton propos...

Elle est née dans le Paris 1786
Comme une rose épanouie
Au jardin des fleurs de lys.
Marianne a cinq enfants
Qu'elle élève de son mieux
Marianne a maintenant
Quelques rides au coin des yeux.

Refrain
Dieu ! Mais que Marianne était jolie
Quand elle marchait dans les rues de Paris
En chantant à pleine voix :
"Ça ira ça ira... toute la vie."
Dieu ! Mais que Marianne était jolie
Quand elle embrassait le cœur de Paris
En criant dessus les toits :
"Ça ira ! Ça ira ! Toute la vie."

Il n'y a pas si longtemps
Que l'on se battait pour elle
Et j'ai connu des printemps
Qui brillaient sous son soleil.
Marianne a cinq enfants,
Quatre fils qu'elle a perdus
Le cinquième à présent
Qu'elle ne reconnaît plus.

Le coucou a dit…

Merci Epamin', c'est une illustration qui tombe à pic!

Monsieur Poireau a dit…

C'est discret, c'est à petits pas, mais l'ordre avance…
:-))

[Je sais que ça fait peur mais nous, on s'en sort à la fin ! :-)) ].

Homer a dit…

C'est pas la joie...

Nicolas a dit…

Je comprends rien ! Un étranger est débusqué dans un bistro et il doit attendre sur place ?

Le coucou a dit…

M. Poireau,
oui, on dirait vraiment un autre régime qui est mis en place par petites touches…

Homer,
ne te laisse pas abattre!

Nicolas,
oui, le bistro devient une zone spéciale, et tout le territoire jusqu'à la frontière par où passe la bière cladestine.

mona a dit…

Un autre régime, Le Coucou ?... Bizarre, bizarre, il me semble qu'il n'y a pas si longtemps, on faisait le procès d'un certain haut fonctionnaire très zélé pendant une période pas très douce ni très claire, où on arrivait à exciter les bas instincts des gens sans trop forcer. A ce procès il y avait des gens pour s'indigner de ce qu'on avait pu faire alors. Et aujourd'hui, il n'y a plus personne aujourd'hui pour s'indigner de ce qu'on FAIT sous notre nez, un genre de copier-coller avec l'air d'inventer quelques chose, à défaut d'avoir des idées ??? Frileux, frileux... C'est l'époque qui le veut... Merci pour ce blog qui pense et qui dit !

colibri a dit…

Quand la justice elle-même se montre léthargique à ce point sur des questions qui ont fait la grandeur de notre droit, de nos institutions, faut-il désespérer du sort de notre pays dans une période aussi chaotique à tous points de vue ? Ou est-ce une médiatisation à outrance, une information bien tronquée qui nous fait lever les yeux au ciel, sans recul, sans analyse des faits qu'on nous livre bruts de décoffrage et, parfois, avec un sensasionnalisme de mise pour faire mousser, qui nous fait perdre de vue l'essentiel... Le monde judiciaire est en pleine effervescence avec les calamnités qui l'ont frappée ces derniers temps, peut-on en vouloir à des auxiliaires de justice sans moyens, qui passent déjà plus de temps qu'il n'en faudrait dans des bureaux inadaptés, sans personnel adéquat, tout cela au détriment de leur vie personnelle, de réagir comme tout citoyen normal, c'est-à-dire de se laisser emporter par le flot avec l'envie, certes, de se révolter, mais aussi le souci de remplir ses fonctions encore avec dignité dans la tourmente de toutes ces réformes, sans doute nécessaires, mais si mal pensées... On parle toujours des c... d'un petit chef, mais on ne parle jamais des nombreuses annulations par la Haute assemblée desdites c... Mais ça intéresse qui, vraiment ??? Oui, c'est un état d'âme, que je manifeste aujourd'hui, j'ai du souci à me faire quand, à quelques petites années de la retraite, je me demande si la haute juridiction pour laquelle je travaille, dite régulatrice de notre droit, existera encore ! Mais peut-être qu'il n'y aura plus rien à réguler si on continue dans cette voie... Ca devient kafkaïen...

Gildan a dit…

Donc, si je comprend bien, si on découvre 123 exilés Kurdes sur une plage du sud de la Corse, deux solutions : on les garde sur la plage ou on les envoit au Château d'If...
Misère, misère...
G.

Gildan a dit…

...si je comprendS bien...(pardon pour la faute, M l'écrivain)
;^)
G.

Le coucou a dit…

Mona,
on peut en effet rapprocher par certains côtés les deux époques, mais il faut tout de même garder une certaine mesure: les conséquences, les manières d'agir, ne sont pas comparables. La régression de nos valeurs ne se fait pas au service d'une idéologie criminelle. Nous gardons le droit de dénoncer, et qui sait, demain de changer les hommes qui nous gouvernent…

Colibri,
la justice est tributaire des lois. On voit, chaque fois que cela est possible et qu'une entorse est faite à la loi, les juges mettre à mal cette politique xénophobe.
Il semble bien qu'une grande partie du monde judiciaire est en lutte, autant que cela se peut, contre la politique en matière judiciaire menée par Nicolas Sarkozy. J'imagine que tous les corps de l'état doivent être en ébullition devant cette espèce de déchéance de la république. Il nous reste à espérer que l'ensemble de la population en prendra conscience avant l'échéance électorale qui pourra tout changer…

Gildan,
non: on les garde sur la plage, puis au bout de 4 jours on les reconduit à la limite des eaux territoriales, à l'endroit où on supposera qu'ils ont passé la frontière…