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lundi 18 avril 2011

Selon selon


Selon le Figaro, Obama chercherait une issue de secours pour Kadhafi, selon le New York Times. Il s'agit de lui trouver un bon petit pays, pas regardant sur le passé de ses hôtes de marque. Un pays qui, s'étant abstenu de signer le Traité de Rome, ne serait pas obligé de le livrer en cas de poursuites de la Cour pénale internationale. Il paraît que la liste des havres possibles est des plus réduite. J'ai une proposition à faire à M. Obama : qu'il accorde un sursis à la navette Discovery, au rebut depuis le mois de mars, afin d'emporter le tambour-major Kadhafi jusqu'à la station spatiale internationale. Il y a certainement des toilettes à nettoyer là-haut, l'adjonction d'un monsieur-pipi aux équipes en place ne serait pas du luxe. Pour cet engin mythique ce serait une fin glorieuse cet envol ultime au service des droits de l'homme Kadhafi.
Avez-vous remarqué ? Ce billet est spécial, il vous a informé selon moi, selon le Figaro, selon le New York Times. C'était mon sujet du jour, la lassitude qui me prend à causer de ce que vous aurez lu tout seul dans votre journal, ou entendu dans votre poste préféré. On se sent peu de chose, parfois.

P-S : Le feu à la Maison Wikio ? Nicolas enquête… Captainhaka hait les couples princiers… Seb Musset se penche sur le jeu des 1000€ animé par Sarkozy… Martine vous conseille de courir comme dans un rêve au théâtre de l'Atalante… Pour préparer vos vacances en Bretagne, voyez chez Yann… Poireau traite du repas d'affaires…

mercredi 13 avril 2011

La prochaine guerre de Sarkozy


Aux députés de droite invités à casser la croûte à l'Élysée, Nicolas Sarkozy a lâché confidentiellement qu'il «sentait bien» la présidentielle. L'Express rapporte cette information sans préciser sur quoi Sarkozy était assis.

L'affaire Gbagbo est désormais classée, du moins pour la France, grâce à la générosité de Sarkozy qui, n'écoutant que le courage de nos soldats, a lancé nos hélicoptères à la rescousse de la démocratie. Comme nous le connaissons —voyez aussi la Libye—, on doit s'attendre à ce qu'il ne s'arrête pas en chemin. Nul doute qu'à l'heure où j'écris ces lignes, son sang est déjà bouillant d'indignation devant la dernière turpitude internationale dévoilée par les dépêches d'agence.

La Chine, cette infâme dictature que Sarkozy ne cesse de dénoncer depuis son élection, la Chine fait assiéger une ville-monastère du Tibet par son armée. Après avoir copieusement battu la population locale qui tentait de protéger les moines du monastère, lesquels seraient 2500, la troupe chinoise affame ces derniers et prépare une intervention.

On imagine le téléphone de Sarkozy fumant, surchauffé par les appels du président aux grands de ce monde. Il a Obama dans sa petite poche, Merkel lui a dit : t'as juste raison, Poutine est d'accord pour les foutre tous aux chiottes… Bref, attendons nous à ce que demain matin, les radios nous apprennent que nos Gazelle et nos Tigre sont entrés en action au service des droits de l'homme.

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jeudi 4 novembre 2010

L'empereur de Chine à Paris

Le prix Nobel de la paix L'empereur de Chine Liu Hu Xiaobo Jintao est arrivé aujourd'hui à Paris, escorté d'une impressionnante suite de contrats. Dans l'empire chinois moderne, les contrats ont avantageusement remplacé les eunuques de jadis. Comme leurs ancêtres, les contrats sont de zélés serviteurs de l'empire, d'une grande efficacité, et dépourvus d'états d'âme.

On ne sait pas où seront logés les contrats ce soir, s'ils coucheront en travers de la porte de Hu Jintao, un peu partout dans les couloirs et l'escalier, ou bien si un enclos a été aménagé quelque part à leur intention. Cela n'a l'air de rien, cette incertitude sur le lieu d'hébergement des contrats, mais beaucoup de gens, dans l'entourage du président français, se posent la question.

Parce que le sort final des contrats est la grande affaire de la cour, quoique cela puisse paraître futile à l'ignorant. Il est en effet de coutume que l'empereur de Chine ne reparte pas avec toute sa suite. Il fait don de certains contrats à ses hôtes méritants, des biens gras ou de plus chétifs selon son bon plaisir…

Cette fois, notre pays a de fortes chances, dit-on, d'en obtenir de beaux, à condition que rien ne vienne ternir l'humeur d'un hôte réputé susceptible. Ainsi, M. Nicolas Sarkozy en personne a-t-il demandé au chef du protocole de veiller à ce qu'aucun biscuit nantais ne figure sur les tables de buffets. Ceci afin d'éviter qu'une mauvaise traduction n'amène à les présenter à l'empereur comme des "petits Liu", ce qui serait pris pour une allusion terriblement offensante à M. 刘晓波 —dont le nom seul est proscrit dans toute la Chine.

Pour la même raison, à la demande de l'Élysée, il a été ordonné à toutes les fanfares et orchestres qui donneront l'aubade au Grand Hu Jintao durant son séjour, de laisser à la maison tout ce qui pourrait ressembler à une flûte en bois ou, pire, en bambou. En effet la xiao est une flûte chinoise, et de xiao à Xiaobo, on ne sait pas trop combien de faux pas il peut y avoir…

Par ailleurs, Mme Rama Yade et M. Kouchner ont été priés de se montrer le moins possible, et surtout pas en arborant une écharpe blanche semblable à celle que leur offrit le dalaï-lama en 2008, au plus fort de l'épidémie de droits de l'homme. Mme Carla Bruni qui reçut aussi son écharpe à la même époque, ne sera évidemment pas frappée du même ostracisme, mais devrait au contraire donner la sérénade à l'empereur avec sa fameuse guitare.

P-S: Quel est le plus mauvais ministre de Sarkozy ? Yann a perlé quelques avis autorisés… Avez-vous lu «Le roman d'Arnaud»? Non? Arf en publie un extrait, courrez!

mardi 2 novembre 2010

Sakineh exécutée demain ?

Sakineh, 43 ans, mère de famille Iranienne, condamnée à mort par lapidation pour adultère, sera peut-être exécutée demain, mercredi. Les demandes de libération, qui n'ont cessé de s'élever depuis des mois à travers le monde n'auront alors pas suffi à faire fléchir le régime iranien.
Les associations défendant cette femme ont multiplié aujourd'hui les rassemblements en sa faveur.

Que peut-on faire? Pas grand-chose individuellement, sinon joindre sa voix à ceux qui réclament une intervention pressante du pouvoir. Espérer aussi que les organisations musulmanes de France se manifestent d'urgence au cours des heures à venir auprès des ayatollahs de Téhéran, à l'unisson de leurs compatriotes laïques ou chrétiens…

P-S: à lire en avant première sur Le Monde, l'évocation d'un article du Canard Enchaîné de demain selon lequel « Nicola Sarkozy supervise personnellement la surveillance de certains journalistes.»

samedi 26 juin 2010

Un petit chèque à Dieu


Ce matin là, Mme Sotenlong prenait son petit déjeuner, verveine et biscuits aux brocolis, quand on lui annonça son gestionnaire. Dès qu'il fut introduit, elle posa sa tasse et l'apostropha d'un ton angoissé:
— Alors mon très cher Marcel?
— Sauvée, vous êtes sauvée Nadine!
—Je peux garder mon dressing aux Seychelles, alors? Dieu soit loué! J'ai tellement mal aux pieds, voyez-vous mon bon, avec ces vilains souliers que je suis obligée de porter en pays Franchois. L'empereur ne se rend pas compte de la souffrance qu'il impose aux dames de qualité, avec son impôt inique sur la chaussure… Et d'abord, pourquoi faut-il payer cette odieuse chose, hein, je vous le demande?
— Je vous l'ai déjà expliqué, Nadine.
— C'était il y a longtemps, j'ai oublié.
Un soupir discret fusa par les narines de Marcel.
— Nicolas Premier, notre bien-aimé empereur, se méfie des souliers depuis qu'un Irakien en a lancé une paire sur le président Bush. Il a donc créé cette taxe afin de prévenir un tel attentat contre sa personne. C'est très efficace: tout le petit peuple est aujourd'hui déchaussé faute de pouvoir payer l'impôt. Vous ne trouveriez même pas une paire de charentaises chez la populace, en pays Franchois.
— Ah, je me souviens, maintenant, merci mon bon Marcel! Vous disiez que je ne serai pas poursuivie par le fisc pour les chaussures non déclarées?
—Voilà, Nadine… Il vous suffit de signer trois petits chèques de rien que je vous ai préparés: un petit pour Mme Pâturonne, un autre pour le sapir de la Cassette impériale, et le dernier pour l'empereur… Avec ça, vous serez à l'abri de tout souci du côté fiscal.
Nadine Sotenlong jeta un coup d'œil sur les chèques, comptant les zéros avec ses doigts, puis elle reprit, soucieuse:
—Et si cela venait à se savoir?
—Personne n'en saura rien, mais si cela était, vous pouvez dormir tranquille: nous ne sommes pas en France, que diable!
La brave milliardaire tressaillit à l'évocation de ce dernier pays, et dit à voix basse en fermant les yeux:
—En France ! Le ciel me préserve d'y mettre jamais les pieds…
—Là-bas, à la moindre preuve de corruption, ils vous traînent un ministre en justice, ils vous renversent un président.
—Quand j'ouvre Le Journal, je ne lis jamais les articles du Journaliste sur la France: sans quoi j'ai l'impression de plonger dans l'enfer de ma tante…
— L'enfer de Dante, vous voulez dire, Nadine?
— C'est ça, merci mon bon Marcel. Dans ce pays abominable, ils ont des journalistes plus teigneux que mes chiens, et des hommes politiques tellement intègres qu'ils ne peuvent supporter le moindre écart!
—Nous sommes en pays Franchois, ma chère Nadine, remettez-vous. Ici, c'est le bien-aimé Nicolas Premier qui décide du bon et du mauvais, du juste et de l'injuste.
— Vous trouvez toujours les mots qu'il faut pour me rassurer, vous êtes une perle, Marcel… Et si je faisais aussi un petit chèque à l'archevêque, pour qu'il prie Dieu de nous garder longtemps notre grand Empereur?
—Bonne idée, Nadine… Vous n'avez qu'à signer, je compléterai l'ordre et la somme…»

source lointaine: Mediapart

P-S, pendant j'avais la tête ailleurs, Arf a publié deux textes à lire vite: «La fête des écoles» et «Les platanettes»…

mercredi 17 mars 2010

Debout les désobéissants!

C'est ce soir que France 2 diffusera son documentaire «Le jeu de la mort»… Ils ont mis le temps: j'en avais fait le sujet d'un billet en Avril 2009. Je viens de le relire, et je vois que je n'ai pas grand-chose à y changer, sinon que mon dégoût de la télé, ma piètre estime pour ses spectateurs ont encore augmenté. La proportion de tortionnaires assassins en puissance est aussi plus forte que je ne l'imaginais à l'époque: près de 80%, semble-t-il. Cela ne m'étonne pas, au fond. Qu'ils soient aux commandes d'un appareil de torture, ou assis derrière un guichet, à l'abri des ordres reçus et des règlements à appliquer aveuglément, les gens sans courage ni réelle humanité font la pourriture dominante du monde. Voici le billet du 25 avril 2009:

Que les désobéissants lèvent le doigt!

Il paraît que France 2 prépare un documentaire qui se présentera comme un «jeu» de télé-réalité d'un nouveau genre. Ce sera basé sur une expérience de psychologie des années 60, conduite par Stanley Milgram, et qui fit grand bruit à l'époque.

Dans le documentaire comme dans l'expérience scientifique, le candidat principal posera des questions à un autre candidat que l'on pourrait appeler «l'élève*», en simplifiant. Chaque fois que ce dernier se trompera, le candidat devra lui infliger une décharge électrique —avec la bonne conscience que donne le respect de la règle du jeu et la bénédiction de l'autorité télévisuelle. Au départ relativement faible, l'intensité de la punition reçue par l'élève augmentera avec le nombre des erreurs… Bon, on nous annonce déjà que l'élève ne sentira rien en réalité, parce qu'il s'agira d'un comédien, tandis que le candidat sera, lui, volontaire pour participer à un jeu télé en toute innocence. Un quelconque pékin comme vous et moi. Enfin, c'est une façon de parler: vous, je ne sais pas, mais moi, je ne me vois pas participer à une émission de télé-réalité, ce qui n'a aucune importance.

L'important résidera plutôt dans le nombre de candidats qui se soumettront à la loi pour torturer leurs semblables. Parce que cela revient à ça: il est interdit de se tromper, sous peine de sanction. Je dois vous punir, alors je punis, et tant pis si vous souffrez. Jusqu'où iront-ils avant de se rappeler qu'ils sont des êtres humains civilisés et qu'il est des cas où l'honneur impose de désobéir?

L'article 5 de la Déclaration universelle des droits de l'homme dit ceci:
«Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.»

En 1960, Stanley Milgram avait fait l'effrayant constat que 62,5% des sujets de son expérience étaient capables de pousser l'intensité des chocs électriques au maximum, gravissant avec plus ou moins de bonne volonté tous les degrés de la cruauté.
62,5% de lâches potentiellement malfaisants, à vue de nez, cela fait une proportion crédible. Cela fait 4,190 milliards d'individus sur terre. Et l'on se prend à rêver d'une arithmétique anarchiste: sans eux, il resterait 2,514 milliards de citoyens du monde indociles, mais respectueux d'autrui, à priori. La plupart des affamés de pouvoir aurait disparu. La surpopulation, ses nuisances, la crise du logement, tout ça…, deviendraient de l'histoire ancienne. Il y a juste un hic: c'est qu'il faudrait sans doute appartenir aux 62,5% pour nettoyer le monde…

*c'était le cas dans l'expérience de Stanley Milgram

vendredi 12 mars 2010

Prix du Net-citoyen à une iranienne


Parvin Ardalan est iranienne, féministe, journaliste et blogueuse. Féministe et iranienne, on imagine tout de suite que ce n'est pas le bonheur chaque jour… Iranienne, féministe, journaliste, et blogueuse: on voit que son cas est grave, presque désespéré. On pourrait la prendre pour un phénomène en son pays, une espèce de kamikaze unique. Mais ce n'est pas le cas, elles sont une vingtaine de femmes comme elle, pour animer le site Changement pour l'égalité (www.we-change.org, si vous lisez l'iranien)…

Ce site créé en 2006 s'efforce de mobiliser la population contre les lois discriminatoires visant les femmes. En quatre ans il est «devenu une source d'information et de référence sur le droit des femmes dans la société iranienne». On imagine à quelles embûches ces femmes et celles qu'elles accompagnent et soutiennent sont quotidiennement exposées. «À ce jour, plus de cinquante militantes ont été convoquées, arrêtées et emprisonnées depuis le lancement du site», nous dit le dossier de presse que j'ai consulté. Bref, il existe des pays où bloguer demande tout simplement du courage, un vrai courage.

C'est pour cela que dans le cadre de la Journée mondiale contre la cyber-censure de ce 12 mars, Reporters sans frontières —partenaire de Google pour l'occasion—, a décerné le premier Prix du Net-citoyen à ces femmes de Changement pour l'égalité, représentées par Parvin Ardalann.
source photo RSF/ tbwa-corporate.com

S'il existait un prix de l'opportunisme médiatique, en revanche, il y aurait pas mal de journalistes qui pourraient concourir en France. Ils font un boulot de moins en moins facile, certes. En témoigne le mépris avec lequel ils sont régulièrement traités par le pouvoir, comme les deux reporters de France 3 retenus en otages depuis 70 jours en Afghanistan.

Cela n'empêche pas certains de faire preuve à l'occasion d'un sacré culot. Ainsi Laurent Jaufrin qui affichait aujourd'hui une vertu de tartufe à propos de la rumeur récente visant le couple Sarkozy. Libération ne mange pas de ce pain là, dit-il en substance, pas de ragots sur la vie privée du président chez nous.

À la lettre, on l'approuve, cette infecte plaisanterie lancée sur internet n'aurait mérité que le silence, sans l'intérêt qu'elle avait suscité à l'étranger. Laurent Jaufrin se targue donc d'avoir refusé d'en parler, «la vie privée des hommes politiques n'est pas pour nous un objet d'investigation»… Mais que faut-il penser alors de l'article consacré le 6 février 2008 au SMS prétendument envoyé par Nicolas Sarkozy à son ex épouse Cécilia?

P-S M. Poireau nous parle aussi, entre autres, des femmes… Je viens de m'apercevoir que le billet de Nicolas parle aussi du Prix Net-citoyen, mais il n'a pas choisi la même photo, tout va bien!

vendredi 12 février 2010

Éric Besson invente la zone spéciale

Les dernières annonces d'Éric Besson sur l'immigration clandestine m'apparaissent comme une nouvelle pièce d'un puzzle illustrant le sarkozisme. Avec le recul du temps —le temps de l'Histoire, qui aura emporté ma génération—, la parenthèse constituée par ce régime sera largement fermée, et une définition satisfaisante en sera donnée. Je me demande ce que l'on retiendra de cette période à la fois grotesque et dramatique.

Un président mélangeant allègrement républicanisme et autoritarisme, buté dans ses désirs, mais toujours disposé au discours populiste. Car il est très peuple, ce président —c'est à dire qu'il est crasse, par ses goûts, sa manière de jouir du pouvoir comme s'il l'avait gagné au loto, son sans-gêne dans l'abus… Bref, après son passage la Ve République en restera tellement défigurée, que je n'imagine pas comment on pourrait se passer de la répudier.

À tout ce que l'on reproche à M. Sarkozy, M. Besson, bon serviteur, vient donc d'apporter sa contribution. Dans son projet de loi destiné à instaurer un «régime d'exception» pour les étrangers (selon les mots du président du Gisti*), j'ai été frappé par la création d'une «zone d'attente spéciale».

C'est une trouvaille tarabiscotée, qui ne se laisse pas décrire aisément. En gros, pour faire face à d'éventuelles arrivées d'immigrés en nombre, ceux-ci seront parqués à l'endroit même où ils seront surpris, et non plus transférés vers un centre d'attente. Une particularité de la zone en question, subtile comme une complication d'horlogerie, c'est qu'elle s'étendra du lieu où se trouveront les clandestins interpellés jusqu'au point où ils seront censés avoir passé la frontière…

Ce bazar n'a qu'un seul but: court-circuiter les magistrat. Et pour cela, ne plus laisser de failles exploitables en justice dans les procédures d'expulsions, afin de régler le sort des immigrés en 4 jours, quand 30 sont nécessaires avec la législation actuelle.

Ce n'est pas le retour des camps de rassemblement des étrangers du régime de Vichy, évidemment. Mais je n'ai pas pu m'empêcher de faire le rapprochement. Vivre sous Nicolas Sarkozy, ce n'est pas subir une dictature, je l'ai dit souvent ici, mais décidément, c'est de moins en moins vivre dans une république héritière de la grande Révolution.

*Gisti: Groupe d'information et de soutien des immigrés

P-S Hypos annonce un dernier billet, espérons qu'elle se trompe… Dedalus réagit aux propos d'Elisabeth Badinter: Lait maternel implication paternelle… Ponsieur Moireau rend hommage à Jean-Saul Parte… Bibi invente un abécédaire de blogueur

mercredi 3 février 2010

Yes he can


Ce qui se passe en ce moment entre l'Amérique d'Obama et la Chine me semble fascinant. Sans faire à Barak Obama l'injure de prétendre qu'en réalité il se fiche complètement du sort des tibétains —son attachement à des valeurs humanistes semble évident—, on peut penser que sa fermeté affichée à l'égard de Pékin a des causes différentes.

Le «yes we can» serrer la main du dalaï lama tombe opportunément pour moucher les prétentions chinoises à se poser en nouveaux maîtres du monde. C'est la domination américaine qui est l'enjeu de ce bras de fer avec une Chine qui se verrait bien reprendre le rôle à la sortie de la crise.

On ne sait combien de siècles encore les pays devront s'accommoder du leadership de la nation la plus puissante, peu importe laquelle. En attendant l'apparition d'un hypothétique gouvernement mondial, nous restons bon gré mal gré sous l'influence des USA…

Au pire, j'aime mieux ça que d'imaginer le China Way of life s'imposant à nous. Donc, les quelques épreuves de force qui se profilent ces jours-ci entre Washington et Pékin me rassurent. Tous les dirigeants occidentaux ne sont pas disposés à ramper devant les despotes chinois, comme le fit Nicolas Sarkozy confronté au même diktat lors des Jeux Olympiques, et de la visite du dalaï lama chez nous. Bonne nouvelle.

Il fut un temps de notre histoire de France, où nos rois et leurs ministres se transmettaient d'un règne à l'autre comme un devoir, la lutte contre la Maison d'Autriche et son «empire universel» (si je dis une bêtise, merci à un prof de rectifier). La monarchie était une saleté, mais du moins, dans l'édification de sa puissance, ses acteurs savaient voir à long terme. Ce n'est plus le cas aujourd'hui où nos politiques sont incapables de penser plus loin que les contrats d'Air-bus, de TGV, ou de centrales nucléaires à signer avant la fin d'un mandat.

Il y a belle lurette que la Chine est une menace économique. En fait, elle est même un cataclysme actif, puisque les trois quarts des biens que nous fabriquions nous-mêmes, le sont aujourd'hui par elle, en moins bien. Avec tous les drames économiques et sociaux que cela a entraîné.

Si Nicolas Machiavel conseillait encore nos gouvernements occidentaux, je suppose qu'il les aurait depuis longtemps incités à serrer la main du dalaï lama, et à ficher la pagaille chez les despotes chinois. Probablement même qu'ils n'auraient pas laissé envahir le Tibet en 1950.

Évidemment, cette vision des choses est très cynique. Il est plus sain et réconfortant de penser qu'en ce moment des milliards de Chinois voient leur niveau de vie s'élever, et que c'est un juste retour des choses. Leur civilisation qui a tant donné à l'humanité dans un lointain passé, en reçoit d'une certaine façon à présent les dividendes.

Il n'empêche qu'un monde dominé par la paranoïa chinoise, sa mentalité policière, et ses valeurs petites-bourgeoises haussées au niveau d'un idéal, fiche la frousse. Demain, un Ubu rouge régnant sur la planète? Vraiment, j'aime bien le sursaut de volonté de M. Obama devant les prétentions chinoises.

P-S. L'événement des derniers jours, c'est le retour de Balmeyer avec «Derrick»!
J'ai brièvement parlé la semaine dernière des manœuvres insidieuses des opposants à l'IVG : Hypos a publié un billet qui relaie efficacement la riposte…
Sarkofrance dresse un constat toujours aussi net des derniers accidents du pouvoir…
Enfin, j'ai beaucoup apprécié aussi le dernier billet d'Hermes : «La police religieuse… en France?»

samedi 9 janvier 2010

La présidence comme bijou de famille


Quand j'ai lu sur Liberation.fr, que Mme Chirac, prenant la défense de son mari, estime qu'un «président de la République, qui a été élu par tous les Français pour cinq ans, doit être protégé», j'ai mis mes lunettes… C'est écrit petit, je pouvais avoir compris de travers, mais non, elle a vraiment dit ça.

On aimerait lui répondre que les électeurs élisent un homme qui leur semble bien au départ, et qu'ils peuvent se rendre compte en cours de route, ou plus tard, qu'il ne méritait pas leur confiance. C'est par exemple le cas de Nicolas Sarkozy, que beaucoup de Français aujourd'hui aimeraient pouvoir révoquer. Un président de la République est parfois élu sur un malentendu; quand la confiance du peuple a été trompée, pourquoi devrait-il être protégé? Un président de la République n'est pas joyau national, une idée de luxe qu'on se transmettrait entre générations, dans notre contexte c'est juste un mal nécessaire.

Les accusations dont M. Chirac est l'objet ne sont pas légères: détournement de fonds, prise illégale d'intérêt… S'il est condamné un jour, cela signifierait qu'il a dénaturé les valeurs républicaines sur lesquelles se fonde la confiance des citoyens pour leurs représentants. Il ne la méritait pas.

Bon, nous savons bien qu'il n'a pas été le seul ni le premier à jouer à ça, et par ailleurs, nous avons connu, nous connaissons des hommes politiques beaucoup moins sympathiques que Jacques Chirac. Il a la veine de jouir d'un tempérament, d'une personnalité, qui incitent à l'indulgence. Mais ce n'est pas une raison pour dispenser le chef du personnel politique d'être d'une parfaite intégrité dans l'exercice de tous ses mandats.

Chez nous, on ne demande pas aux élus d'être irréprochables dans leur vie privée, Dieu merci. Il faudrait qu'ils battent leur femme pour qu'on commence à s'émouvoir, les féministes partiraient alors en guerre —avec raison, évidemment. On pourrait attendre d'eux en contrepartie qu'ils nous rendent cette tolérance en probité dans la sphère publique.

D'après Libé, Mme Chirac pousse sa défense d'épouse humiliée par le scandale jusqu'à l'énormité. Parlant donc d'un président de la République oint par le suffrage universel, elle «ne trouve pas qu'il puisse être soumis aux mêmes obligations dans certains cas que les citoyens ordinaires.»

Là, on tombe sur le cul, parce que, si un tel argument devait être un jour jugé recevable, il nous faudrait carrément inventer un nouveau nom pour notre système politique, nous ne serions plus une république. La République qui vota au lendemain de la révolution une déclaration proclamant que «les hommes naissent libres et égaux en droits», et encore que «la loi est l'expression de la volonté générale. Tous les citoyens ont le droit de concourir personnellement, ou par leur représentant, à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse…»
source image


P-S Hier, Mathieu revenait sur la disparition de Philippe Seguin, et tandis que je vous parlais théâtre, Martine nous présentait un spectacle donné à Genevilliers

mercredi 28 octobre 2009

Circulaire sur la régularisation par le travail annulée

Selon Le Monde, le Conseil d'État a annulé hier une circulaire du 7 janvier 2008, précisant les conditions de régularisation par le travail, des migrants. Allant à l'encontre de la loi Hortefeux de novembre 2007, telle que le parlement l'avait adoptée, cette circulaire, œuvre du même Hortefeux, prétendait restreindre la régularisation des étrangers à ceux qui exercent l'une des 30 professions autorisées aux immigrés originaires de pays extérieurs à l'Union européenne.
La circulaire ne se contentait pas d'énumérer ces compétences professionnelles «très recherchées» donnant droit à l'indulgence de l'administration sur tout le territoire, non! Elle poussait le raffinement jusqu'à détailler, région par région, en fonction des besoins supposés, les professions qui seraient ouvertes aux migrants. Ce qui fait, par exemple, qu'en Île de France, 29 métiers étaient recensés, quand la Picardie n'avait droit qu'à 13…
Il ne reste qu'à attendre maintenant la nouvelle mouture de circulaire dont accouchera M. Besson, et l'effet que produira cette annulation sur le sort des travailleurs sans-papiers grévistes qui attendent par milliers leur régularisation.
J'ai vainement recherché la liste complète des 30 métiers, que Libération avait publiée à l'époque, mais j'ai retrouvé la fameuse circulaire, sur laquelle aucune région ne dépasse les 29 métiers.
La liste pour l'ïle de France est la suivante:
Technicien de la vente à distance
Att. commercial en biens intermédiaires et mat. premières
Cadre de l'audit et du contrôle comptable et financier
Informaticien d'étude
Informaticien expert
Marchandiseur
Responsable d'exploitation en assurances
Méca. d'engins de chantier, levage, manut. et mach. agri.
Opérateur de formage du verre
Pilote d'installation de production cimentière
Cond. mach. fab. ind. ameublement, bois (&mat. associés)
Technicien de méthodes-ordonnancement-plan. de l'industrie
Dess.-projeteur de la const. méca. et du travail des métaux
Dess. de la construction mécanique et du travail des métaux
Dessinateur-projeteur en électricité et électronique
Dessinateur en électricité et électronique
Tech. de fab. const. mécanique et du travail des métaux
Tech. qualité const. mécanique et du travail des métaux
Tech. contrôle-essai-qualité en électricité et électronique
Technicien de production des industries de process
Technicien des industries de l'ameublement et du bois
Installateur/ maintenicien en ascenseurs (et autres syst.)
Inspecteur de mise en conformité
Maintenicien en électronique
Dessinateur du BTP
Géomètre
Chargé d'études techniques du BTP
Chef de chantier du BTP
Conducteur de travaux du BTP

Je ne vois qu'une seule explication à l'absence du trentième métier: il n'y a plus de demande le concernant, c'était président de la République.

La circulaire est téléchargeable ici…

P-S: À lire: chez Éric, l'histoire de Youssef, les débuts d'αяf à bicyclette, un Petit plaisir à prendre chez Rimbus, et le Café citoyen d'Hypos, et si vous avez déjà la nostalgie des vieux jeux vidéos, c'est cher l'ami Falconhill que ça se passe… Sans oublier le retour d'Homer, qui a récupéré sa connexion à internet!

mercredi 2 septembre 2009

Bon anniversaire, colonel Kadhafi!


Alain Joyandet est secrétaire d'Etat à la coopération dans le gouvernement de Nicolas Sarkozy. Non, pardon! Vérification faite, comme il se doit, M. Joyandet appartient plutôt au gouvernement d'un certain François Fillon.
Venons en aux faits: le ministre (on dit M. le ministre aux secrétaires d'état, c'est plus sympa. De même, si vous invitez MM. Giscard d'Estaing ou Chirac à dîner chez vous, le premier aimait bien ça, il est poli de leur donner du «Monsieur le Président», même s'ils ne sont plus rien de ce genre et si vous n'y êtes pas absolument obligé. C'est d'ailleurs la même chose avec un ancien premier ministre, comme M. Rocard, ou l'ancien président de la société de chasse de votre patelin… ), donc venons-en où je voulais en venir… Il ne faut jamais faire de longues phrases sur un blog. Ça fatigue le passant, et il passe trop vite et va voir ailleurs…

Alors voilà: ce ministre, M. Joyandet a été dépêché à Tripoli par N. Sarkozy pour souhaiter à sa place un bon anniversaire au colonel Khadafi. C'était une astuce de l'Élysée, destinée à faire plaisir au seigneur de la Lybie, sans se mettre dans une position délicate vis à vis de l'opinion Française.
Le JDD, où j'ai puisé l'inspiration de ces quelques lignes, rapporte que M. Joyandet aurait notamment déclaré: «La France doit maintenir la pression et sa présence»…
Sur l'instant, j'ai pensé que notre secrétaire d'état était chargé de la noble mission d'intervenir auprès du dictateur en faveur de nos amis suisses. Oui, il se trouve que la Suisse attend désespérément le retour de deux otages (c'est le terme approprié, quoique les hommes dont il est question ne soient pas emprisonnés), retenus par les Lybiens en représailles d'un affront fait à la progéniture du colonel.
M. Sarkozy, on le sait, avait brillamment œuvré à la libération des infirmières Bulgares par le même Kadhafi: on pouvait supposer que solidarité européenne aidant, on allait plaider la cause de nos voisins. Imaginez que le président de la Confédération Helvétique est allé en personne faire des excuses au colonel le mois dernier, et qu'il avait naïvement espéré pouvoir rentrer avec les otages… Bon, inutile de s'étendre, ces deux Suisses sont toujours là-bas. On ne sait pas s'ils ont au moins été invités aux festivités en l'honneur des 40 ans de la prise de pouvoir du génial dictateur.
Notre ministre l'était, invité. Et pour en revenir à la pression qu'il avait semble-t-il mission d'exercer, il s'agissait apparemment de fourguer au colonel ces foutus avions «Rafale», de la maison Dassaut, si difficiles à caser. Je ne sais pas s'il y a songé, mais il aurait sans doute été apprécié par ses hôtes qu'il aille prendre des nouvelles de la santé du dernier héros Lybien en date, le terroriste cancéreux libéré par la Grande-Bretagne en cadeau d'anniversaire. Nos amis Anglais doivent aussi avoir des avions à placer, ou quelque chose du même tabac…
En tout cas, si l'on ne sait pas très bien ce que M. Joyandet a pu dire à son hôte chamarré comme un maréchal d'opéra, le JDD nous rapporte ce qu'il a raconté à notre intention: «les droits de l'homme sont présents en permanence dans mon action». Nous pouvons donc lui faire confiance quand il nous informe que M. Kadhafi «est devenu fréquentable». Nous voilà rassurés.
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P-S. M. Poireau nous offre un quartier d'orange avec une méditation sur le MoDem, Rimbus nous fait partager les entrailles de son blog, et Sarkofrance planche sur la réforme du juge d'instruction…

lundi 10 août 2009

Les Conventions de Genève ont 60 ans…


Mercredi prochain, le 12 août, les Conventions de Genève auront 60 ans. Les dernières, en fait: quatre textes ratifiés alors par 59 états, à la suite d'une conférence réunie à l'initiative de la Suisse. La toute première Convention, née de la volonté acharnée d'Henry Dunant, fondateur de la Croix Rouge, date, quant à elle de 1864. Quatorze pays européens seulement l'avaient signée. Il a existé quatre traités, corrigés par trois protocoles additionnels en 1977 et 2005.

Comme on sait, les Conventions de Genève, qui se préoccupaient à l'origine essentiellement du sort des blessés de guerre, visent aujourd'hui à protéger aussi les civils et tentent de glisser un zeste d'humanité dans les conflits. On comprend qu'il faille autant de traités et d'addenda pour tenter d'améliorer sans cesse une matière aussi ingrate…
Sans cesse bafoués sur le terrain de combat, ils n'en marquent pas moins un des premiers pas, sinon le premier, dans l'émergence d'un droit international. Aujourd'hui, qui plus est, l'existence de la Cour pénale internationale fait échec à l'impuissance des peuples, et vient en renfort de ces textes fragiles, nos seuls remparts contre la barbarie pure.
Il faut simplement regretter l'éternelle duplicité des gens de pouvoir qui, tout en adhérant à un progrès de civilisation, tel que la création de cette CPI, s'ingénient à entraver son fonctionnement. Ainsi les crimes de guerre ne peuvent-ils être poursuivis devant la cour internationale, et sanctionnés, qu'en cas de carence de la justice du pays impliqué… Néanmoins, toutes imparfaites qu'elles soient les Conventions de Genève sont à ranger au côté de la Déclaration des droits de l'homme, elle aussi bien mal respectée, comme de précieux étalons d'un humanisme universel qui reste à fonder.

Sources: Le Temps
La Tribune de Genève
image: original des Conventions de Genève

P-S. je me demande combien de clavésiens ignorent que le village de Claviers s'enorgueillit d'avoir comme curé le père Obama, ce qui était mon cas ce matin encore. Jusqu'à ce que je découvre, via Nicolas, ce billet de l'ami Rimbus —à ne pas confondre avec cet autre texte du même Rimbus, quoique… Bien sûr, le curé ne se prénomme pas Barak, mais Santiago, et Claviers doit partager le brave homme avec trois autres villages du canton, néanmoins, ça le fait —comme on dit à Paris! Paris qui n'a qu'un banal Vingt-Trois à mettre à l'affiche de ses messes. Je me demande s'il officie avec sa casquette Obama (d'origine)? En tout cas, je crois que la saison touristique clavésienne va prendre un nouvel essor…

samedi 25 avril 2009

Que les désobéissants lèvent le doigt !

Il paraît que France 2 prépare un documentaire qui se présentera comme un «jeu» de télé-réalité d'un nouveau genre. Ce sera basé sur une expérience de psychologie des années 60, conduite par Stanley Milgram, et qui fit grand bruit à l'époque.
Dans le documentaire comme dans l'expérience scientifique, le candidat principal posera des questions à un autre candidat que l'on pourrait appeler «l'élève*», en simplifiant. Chaque fois que ce dernier se trompera, le candidat devra lui infliger une décharge électrique —avec la bonne conscience que donne le respect de la règle du jeu et la bénédiction de l'autorité télévisuelle. Au départ relativement faible, l'intensité de la punition reçue par l'élève augmentera avec le nombre des erreurs… Bon, on nous annonce déjà que l'élève ne sentira rien en réalité, parce qu'il s'agira d'un comédien, tandis que le candidat sera, lui, volontaire pour participer à un jeu télé en toute innocence. Un quelconque pékin comme vous et moi. Enfin, c'est une façon de parler: vous, je ne sais pas, mais moi, je ne me vois pas participer à une émission de télé-réalité, ce qui n'a aucune importance.
L'important résidera plutôt dans le nombre de candidats qui se soumettront à la loi pour torturer leurs semblables. Parce que cela revient à ça: il est interdit de se tromper, sous peine de sanction. Je dois vous punir, alors je punis, et tant pis si vous souffrez. Jusqu'où iront-ils avant de se rappeler qu'ils sont des êtres humains civilisés et qu'il est des cas où l'honneur impose de désobéir?

L'article 5 de la Déclaration universelle des droits de l'homme dit ceci:
«Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.»

En 1960, Stanley Milgram avait fait l'effrayant constat que 62,5% des sujets de son expérience étaient capables de pousser l'intensité des chocs électriques au maximum, gravissant avec plus ou moins de bonne volonté tous les degrés de la cruauté.
62,5% de lâches potentiellement malfaisants, à vue de nez, cela fait une proportion crédible. Cela fait 4,190 milliards d'individus sur terre. Et l'on se prend à rêver d'une arithmétique anarchiste: sans eux, il resterait 2,514 milliards de citoyens du monde indociles, mais respectueux d'autrui, à priori. La plupart des affamés de pouvoir aurait disparu. La surpopulation, ses nuisances, la crise du logement, tout ça…, deviendraient de l'histoire ancienne. Il y a juste un hic: c'est qu'il faudrait sans doute appartenir aux 62,5% pour nettoyer le monde…

*c'était le cas dans l'expérience de Stanley Milgram
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Merci à Monsieur Poireau qui m'a offert ce sujet de billet!

PS. j'ai lu avec grand intérêt: la «103e semaine de Sarkofrance», et «Le sécuritaire en sécurité»

vendredi 20 février 2009

Le silence par la peur?

Le boulot du policier est certainement pénible et souvent ingrat. En outre, il est dangereux, comme nous le savons tous. Et pourtant, malgré le risque, il y a des hommes et des femmes qui le choisissent, non seulement parce qu'il faut bien avoir un métier, mais aussi parce qu'ils aiment l'ordre, indispensable pour vivre en société, et ressentent sans doute d'autres motivations, comme le désir de protéger leurs semblables, pimenté de goût du risque. Ils savent que face à des malfrats, ils risquent leur peau, et dans ces cas là, ils ne rigolent pas, on les comprend.
Maintenant, il y a aussi dans leur travail des tâches moins consensuelles, où le pouvoir leur fourgue sa honte à manger. Tenir à bonne distance des manifestants anti-Sarkozy, pour qu'ils ne fassent pas désordre sur les images de sa télévision, par exemple. Ou encore expulser les étrangers en situation irrégulière. Dans ce dernier cas, lorsqu'ils se heurtent à des témoins indignés, leur vie n'est pas en danger. Le seul risque qu'ils courent est de ne pouvoir remplir leur mission, et de se sentir éventuellement mal dans leur peau sans avoir le droit de le montrer.
Je pensais à ça, en lisant dans Le Monde le récit de la comparution en justice d'un membre éminent d'une organisation en faveur des droits de l'homme, André Barthélémy, pour avoir, selon la police, crié «c'est inadmissible, une honte», et «vous ne respectez pas les droits de l'homme», à bord d'un avion, alors que deux congolais allaient être expulsés.
Qu'il ne soit plus permis d'exprimer son indignation en présence d'une situation choquante en dit long sur la dérive autoritariste du pouvoir actuel. Tout citoyen, homme libre a le droit de dire ce qu'il pense à un détenteur de l'autorité. Pouvoir interpeller quelqu'un qui fait son devoir d'humanité, supérieur à tout autre, rabaisse la loi qui l'a permis à pas grand chose.
Un commentaire accompagnait l'article qui m'a inspiré plus ou moins ce billet. Son auteur disait : «Si la loi ne plait pas il faut s'adresser à son député. Les policiers font leur travail, difficile et peu agréable.»
Si j'ai bien compris, au moment des faits, il ne s'agissait pas cependant pour M. Barthélémy de contester la loi permettant l'expulsion, mais les conditions d'exécution de celle-ci.
Il faut tout de même une certaine dose de courage pour sortir de son cocon de voyageur, et prendre publiquement la défense du faible. En serais-je capable? Je l'espère, mais à vrai dire, je n'en sais rien.

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détail du Péché originel, Michel-Ange

PS. Si vous ne connaissez pas encore ce blog, je vous invite à découvrir ce soir l'atmosphère étonnante d'Eaux dormantes…

mercredi 10 décembre 2008

Rama Yade est-elle moins utile que Bernard Kouchner?

Il ne fait pas bon tenir tête à M. Sarkozy. Cela se raconte un peu partout, cela se vérifie encore avec Rama Yade. Il semblerait qu'elle ait déplu à mon locataire de l'Élysée. Oui, j'aime l'idée que je détiens une fraction de souveraineté nationale faisant de moi le proprio du président. Je sais bien que ce n'est pas conforme au droit constitutionnel, cette idée, et que la souveraineté ne se divise pas, mais bon, ça me plaît. Donc, Mme Yade a refusé d'être candidate aux européennes, ainsi que le souhaitait le président. Elle juge que siéger à Strasbourg ou à Bruxelles, serait une sorte d'exil politique, et préfère conquérir un mandat national. D'un point de vue démocratique, ce serait son droit de tenter sa chance, seulement nous ne sommes pas tout à fait en démocratie. Déjà, nous ne l'avons jamais été totalement en France, mais ça, c'est mon dada: une autre histoire. Ensuite, sous le gouvernement de M. Sarkozy, nous le sommes encore moins qu'avant. M. Sarkozy dirige ce pays comme un tuteur abusif, c'est lui qui décide de tout, et même des ambitions politiques au sein de son clan.
Rama Yade, secrétaire d'état aux droits de l'homme, a eu un rôle ingrat à tenir, qui ne lui donnait guère l'occasion de briller. Pourtant, elle a su à diverses reprises exprimer —certes, prudemment—, des points de vue conformes à sa mission. Presque à chaque fois désavouée ou réduite à l'impuissance (quand l'autocrate la privait de voyage officiel), le hiatus entre ses positions personnelles et les renoncements du président, n'en était pas moins mis en lumière. En cela, j'estime qu'elle n'a pas démérité.
Sans doute faut-il voir dans sa jeunesse et les limites d'un ministère subalterne, son impuissance à obtenir de meilleurs résultats. Par exemple, pouvoir imposer l'idée qu'il était dans ses attributions incontournables de recevoir le dalaï-lama avec éclat.
La voici aujourd'hui humiliée publiquement par Bernard Kouchner qui remet en question l'intérêt de son Secrétariat d'état. Il a dû, évidemment, recevoir les consignes de son maître pour punir la rebelle. Pauvre Bernard Kouchner, venu à la soupière élyséenne goûter la saveur douce-amère du reniement, que ce mois de décembre nous fait découvrir maintenant en père fouettard!
Ne lui en déplaise, et n'en déplaise à tous ceux qui épaulent cette vilaine opération, le Secrétariat d'état aux droits de l'homme n'est pas inutile. Même si les conflits entre ce dernier et d'autres ministères sont inévitables, il est bon qu'une république comme la nôtre, née avec les droits de l'homme, dispose d'une voix forte pour en rappeler régulièrement l'importance, aussi bien à l'intérieur du pays qu'à l'étranger.

PS. Les éditions Filaplomb publient Le matin-bonheur de Monsieur Clap, un conte de Noël de Émeline Bravo —dont je vous recommande régulièrement la lecture du blog littéraire.

samedi 6 décembre 2008

Le dalaï-lama offre une écharpe à M. Sarkozy

Nicolas Sarkozy a donc rencontré le dalaï-lama, à Gdansk. Il avait demandé auparavant que cette rencontre ne soit pas «dramatisée», nous dit le Nouvel Obs. Il était à prévoir que le vœu présidentiel serait de rendre ce non-évènement aussi peu visible que possible de Chine… Il n'empêche que les dirigeants chinois seront très fâchés de cette «insistance (…) à rencontrer le dalaï lama en dépit» de leur volonté. Il reste à connaître l'écho que donneront à la rencontre les médias français et internationaux. Pour les premiers, la nouvelle figure sur tous les sites de la presse écrite que je consulte. La télévision, ma foi, vous verrez bien… Le projet de mise au régime sec et aux ordres de l'audiovisuel public n'étant pas encore mené à bien, il se peut qu'on en parle beaucoup ce soir. Davantage en tout cas que dans quelques semaines, lorsque les chaînes nationales seront retournées à la préhistoire gaullienne. Asphyxiées financièrement, bridées par un cahier des charges inspiré par les chaînes marchandes, tenues par un patron qui prendra ses ordres directement à l'Elysée, quelle liberté d'expression leur restera-t-il? À ce moment là, je ne serais pas étonné que leur écran ressemble à celui du site de l'Élysée, que j'ai sous les yeux. À l'heure où j'écris mon billet, on y chercherait en vain l'image du dalaï-lama passant une écharpe blanche au cou du président…
M. Sarkozy pense sans doute amadouer les despotes rouges en disant que «Le monde a besoin d'une Chine ouverte qui participe à la gouvernance mondiale. La Chine a besoin d'une Europe puissante…» Cependant, ces gens ne sont pas sensibles au baratin, il se leurre. La Chine participe depuis belle lurette, activement, au gouvernement du monde. Quand ses dirigeants ont dit : viens à Pékin inaugurer les jeux olympiques, Nicolas Sarkozy s'est précipité. Quand ils ont interdit qu'il rencontre le dalaï-lama, il s'est incliné. Et l'Europe puissante, c'est la dernière chose dont la Chine estime avoir besoin. Peu lui chaud que croisse en force une Union Européenne défendant les droits de l'homme, donnant le mauvais exemple à ses milliards de serfs, en matière de démocratie, de salaire et de droit du travail. Affaiblir l'Europe est au contraire son souhait.
Pour terminer ce billet sur une note optimiste, je me demande si les dirigeants chinois auront relevé que cette rencontre s'est déroulée à Gdansk, berceau du syndicat Solidarité. Tout un symbole. Au fond, c'était peut-être le message subtil que M. Sarkozy désirait leur envoyer, mine de rien: nous sommes solidaires du peuple thibétain?

PS. Sur un blog de mon voisinage, Le vilain petit canard, j'ai trouvé un lien vers cette lettre d'un enseignant au président de la république —suivie d'une convocation par l'inspection académique…

vendredi 5 décembre 2008

Le dalaï-lama recevra-t-il demain Nicolas Sarkozy?

Nicolas Sarkozy rencontrera-t-il le dalaï-lama en Pologne, demain? On peut s'attendre à ce qu'il le fasse, il s'est trop couvert de ridicule, avec ses renoncements piteux au moment des jeux olympiques de Pékin, pour s'incliner une fois encore devant les ordres de la Chine. Le contraste entre ses discours sur les droits de l'homme et les réalités de sa politique est cependant révélateur sur la médiocrité de l'homme! Pour ceux qui ont oublié ses promesses en la matière, internet est plein de vidéos qui reprenent des extraits de discours, où, s'exprimant autant avec ses mains qu'avec son verbe creux, il énonçait des principes moraux qu'il n'a jamais respectés. Demain, il saluera donc sans doute le leader thibétain, et l'on peut tenir comme assuré que ses conseillers auront imaginé la meilleure façon de vider l'entrevue de signification, d'un point de vue de politique internationale. Sur le plan intérieur, en revanche, le prince des démagogues s'emploiera à faire mousser le plus possible ce non-évènement. On omettra, je suppose, de faire remarquer que le dalaï-lama, justement froissé de la grossièreté de l'État français à son endroit, lors de sa visite officielle de l'été, a décliné l'invitation pour la réception des Prix Nobel à l'Élysée. Tout ceci n'a, au fond, qu'une importance relative —sauf pour le soutien légitime espéré par les thibétains. Traité par les dirigeants Chinois avec un mépris que dissimule à peine le langage diplomatique, il a fait de la France un pays méprisé.

PS. Au Plafond, l'annexe de Zoridae, je viens de lire un texte émouvant de justmarieD, sur le thème blog et handicap.
À lire aussi, le billet de Sarkofrance sur la «relance», et sur PMA, une étude passionnante sur la «cravate à chier».

vendredi 12 septembre 2008

À la santé du pape

Le Benoit XVI Nouveau est arrivé, on va le boire jusqu'à la lie pendant quatre jours. Aussi généreusement distribué que le Château Sarkozy, mais plus concentré. De la télé à la moindre couverture de journal, que ce soit par dévotion ou par inadvertance, chacun aura sa dose.
Ah, le pape! impossible de passer à côté de sa visite sur la blogosphère, en particulier sur Partageons Mon Avis, qui publie un document historique méritant le détour… Et puis, ici ou là, peu ou prou, tout le monde ou presque, y va de son billet. Alors, un Benoit, ça va, trois Benoit, bonjour les dégats, surtout en cocktail avec Sarkozy. Je me contenterai d'ironiser sur le fait que Nicolas Sarkozy reçoit en grande pompe un chef religieux, après avoir refusé, par pusillanimité politique, d'accueillir cette autre grande figure religieuse qu'est le dalaï lama. Rencontrer officiellement le leader tibétain eut ajouté, au simple hommage rendu à un système de pensée pacifiste, un signe fort en faveur des droits de l'homme. Dérouler le tapis rouge au pape, copiner avec lui pour dénaturer notre laïcité essentielle, c'est donner du crédit aux prétentions de l'Église à fourrer son nez dans nos lits, à s'arroger des droits sur la vie de nos femmes et de nos filles…, bref, à se mêler de ce qui ne la regarde pas. En quelque sorte, c'est partager sa tentation de châtrer les droits de l'homme.

vendredi 29 août 2008

Rendre l'AME pour le RSA

Dans un éditorial du Figaro, un certain Yves de Kerdrel dénonce la perversité du futur Revenu de Solidarité Active de Martin Hirsch et Nicolas Sarkosy, qui va tripoter honteusement l'intimité du capital, en instituant une taxe de 1,1% sur ses revenus. Oh, bien entendu, l'éditorialiste convient qu'il y a du bon dans le RSA —non pas sur le plan de la solidarité, d'une main tendue aux très pauvres par les français à l'aise, mais plutôt du point de vue moralisateur cher à la France profonde : un outil judicieux pour remettre au travail les hordes d'assistés.
Ceci admis, ce monsieur lance une longue plainte à la pensée du capital prochainement martyrisé. Seront frappés «une fois de plus ceux qui créent des richesses», écrit-il, «ces français ordinaires qui détiennent quelques actions souvent au nom d'un patriotisme économique…» Alors là, j'en reste baba. Au lieu de décorer de la légion d'honneur tous ces braves patriotes actionnaires qui tirent de la richesse du néant —selon la définition du verbe créer—, va-t-on les pressurer, les taxer à mort ? Assez plaisanté. M. Kerdrel remarque aussi, que «taxer le capital, ce n'est pas taxer les capitalistes, ce n'est pas étêter les plus grosses fortunes françaises qui s'organisent avec soin pour sanctuariser leur capital», ce qui n'est pas entièrement faux, mais il se garde bien de relever que les gros capitaux en question ont été «sanctuarisés» en partie par le paquet-fiscal de M. Sarkosy. C'est d'ailleurs le seul véritable défaut de cette initiative du président, de ne pas mettre à contribution les vrais riches. Les syndicats demandent qu'à l'entrée en vigueur de la nouvelle taxe, celle-ci soit appliquée aux revenus avant le calcul du paquet-fiscal. M. Sarkosy les entendra-t-il ? Cela effacerait l'iniquité du projet actuel et simplifierait le financement final du RSA.
Pour finir en beauté, M. Kerdrel, que j'ai cité ici quelque peu en désordre, mais il sera facile de retrouver sa prose intégrale en son gîte, M. Kerdrel ose une proposition révoltante : Nicolas Sarkosy, dit-il, «aurait pu penser aussi à faire contribuer les travailleurs clandestins en tirant un trait sur l'aide médicale d'État, qui coûte 800 millions d'euros par an». Là, on atteint l'abject, car cela signifie en clair : laissez donc crever les travailleurs sans papiers lorsqu'ils sont malades. Après tout, du point de vu des patrons qui les font bosser à créer de la richesse, ces gens deviennent inutiles en tombant malades, alors pourquoi dépenser du bon argent à les soigner ! Pourquoi M. Kerdrel ? Mais déjà, parce que ça ne serait pas propre, des hommes et des femmes qui se mettraient à mourir dans tous les coins, faute de soins. Ensuite, peut-être aussi, un peu, parce que nous sommes une nation civilisée, non ?

AME* : aide médicale d'état.

Voir aussi le Nouvel Obs