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mardi 14 juin 2011

Prendre une vessie pour un référendum populaire

Au journal de treize heure de France Inter étaient évoqués les résultats du référendum en Italie. Si je m'étais trouvé dans le studio avec Claire Servajean et son invité Noël Mamère, je les aurais bouffés crus. Comme je n'étais pas en situation d'écrire le moindre billet le gros de ma colère est retombé depuis, ce qui n'est pas plus mal, son motif étant dérisoire au regard du peu de cas que l'on fait de la démocratie dans ce pays.

À l'ouverture de son journal, Mme Servajean a donc annoncé l'abandon du nucléaire par les italiens au nombre des sujets abordés, ajoutant que l'on parlerait de ses implications en France. Puis, elle s'est demandé «où en est le référendum d'initiative populaire qui est pourtant inscrit dans la constitution ?» C'est là que mon taux d'adrénaline a commencé à grimper, pour atteindre son maximum lorsqu'il fut réellement question de notre Arlésienne référendaire avec Noël Mamère.

Que les naïfs qui pullulent sur le web gobent cette appellation et la reproduisent à l'occasion est excusable. En revanche, qu'une journaliste responsable du principal journal de l'antenne et un député de l'opposition entretiennent complaisamment la confusion entre initiative populaire et initiative parlementaire est de la malhonnêteté. Ils savent de quoi ils parlent.

Le référendum d'initiative des italiens est populaire parce qu'il suffit à cinq cents mille électeurs (ou cinq conseils régionaux) de le demander pour qu'il soit organisé —à condition que les questions posées soient autorisées par la loi.

Le référendum d'initiative à la française est anti-populaire, car il ne peut être exigé que par un cinquième des parlementaires (députés et sénateurs), qui doivent ensuite, et ensuite seulement, obtenir le soutien de 4,5 millions d'électeurs. C'est un référendum d'initiative parlementaire.
De toute façon, cet instrument pseudo-démocratique n'a qu'une existence théorique puisque Sarkozy n'a pas encore autorisé la discussion et le vote au parlement de la loi qui le rendraient applicable.

Ni Claire Servajean ni Noël Mamère n'ont souligné cette différence considérable entre les deux options référendaires. Ce n'est pas innocent : l'écrasante majorité des élus s'estiment propriétaires de la démocratie, confisquée par la mise au rebut de la Constitution de l'An 1. Il ne faut pas attendre des journalistes habitués à être de connivence avec eux qu'ils les bousculent dans leurs certitudes.

Comme pour le billet d'hier, cela m'amène à conclure sur la perspective ouverte par la prochaine présidentielle. L'inscription d'une version non édulcorée du référendum d'initiative populaire au programme des présidentiables, pourrait être de nature à redonner de l'espoir à gauche. À toute la gauche. La démocratie est après tout un grand dessein. Mais qui serait capable de mettre cette idée en avant au PS, fer de lance de l'opposition ? Pour le moment, je ne vois que Ségolène Royal ou Arnaud Montebourg.

P-S Notre ami Olivier P. s'est éteint au début du mois. Arnaud et Nicolas lui rendent un dernier hommage sur son blog «C'est juste histoire de dire». Au revoir Olivier.

lundi 13 juin 2011

L'Italie et nous

Berlusconi a donc pris une magnifique baffe du peuple italien, qui vient de rejeter par référendum plusieurs lois qu'il avait fait adopter. Le refus du nucléaire chez nos voisins aura d'importantes répercussions en France par l'abandon de contrats liant nos deux pays. Néanmoins, c'est un autre aspect du sursaut civique des Italiens qui m'intéresse ce soir. Arrêtons de rire un moment des bouffonneries de Berlusconi et méditons plutôt la leçon de démocratie que l'Italie nous offre.

Ce qui vient de se produire est l'effet d'un référendum d'initiative populaire, seul contre-pouvoir digne de ce nom. L'opposition italienne était à l'origine de la consultation, mais la demande de cinq cents mille électeurs ou de cinq conseils régionaux en est la véritable clef. 

Le référendum d'initiative populaire italien est abrogatif, c'est à dire qu'il vise à décider d'annuler ou non des lois critiquées par les citoyens. Comme toujours, dans les rares pays où existe une forme de démocratie (la France n'en a jamais fait partie), cette arme républicaine est assortie de garde-fou : il n'est notamment pas possible de viser des lois fiscales, ou de ratification des traités. 

Bien entendu, l'inscription de la procédure référendaire dans la constitution italienne de 1947 n'a pas été sans susciter l'obstruction des parlementaires, au moment du vote des lois d'application. À un moment quelconque, un peuple trouve toujours en travers de sa route ceux qui prétendent parler en son nom. Par je ne sais quel miracle, les manœuvres destinées à vider de sens cette disposition de la constitution italienne ont échouées. Et c'est ainsi que nos voisins vont sans doute hâter la fin du berlusconisme.

La comparaison avec le référendum d'initiative parlementaire imaginé par Sarkozy n'est pas flatteuse pour ce dernier. D'autant plus que cette farce référendaire est restée une annonce creuse, le sarkozy de la France n'ayant jamais autorisé le vote des lois qui la rendrait applicable.

Nous sommes en période pré-électorale… Et si nous exigions l'inscription du référendum d'initiative populaire en tête de tout programme qui prétend recueillir notre adhésion ?

P-S : Le bruit du ballon sur les murs… Vous vous souvenez ?

lundi 21 février 2011

La pétition à ne pas signer

Michel Vauzelle lance une pétition que je ne signerai pas. Il s'agit rien moins que de demander au PS de renoncer le plus vite possible aux primaires, qu'il juge «dévastatrices». Son souhait est de retrouver la désignation d'un candidat à la présidentielle lors d'un «congrès extraordinaire […], comme cela s'est toujours fait au PS.»

C'est bien cela qui me chagrine, le retour qu'il préconise aux vieilles pratiques antidémocratiques —sans parler de toutes les magouilles qui polluent ces congrès. Je ne suis pas inscrit au PS, simplement un sympathisant écœuré par les mœurs d'appareil, le poids des notables, des feudataires indévissables.

Le vent de remise en question des méthodes autoritaires du passé qui s'était levé après la douteuse victoire de Martine Aubry en 2008, m'avait semblé porteur d'espoir. Las, M. Vauzelle veut me faire déchanter…

Il se trouvera bien un chevalier errant de quelque lustre, au PS, pour nous proposer une contre-pétition plus respectueuse du choix des militants, et des attentes du sympathisant de base ?

P-S : «L'homme qui tournait», à lire vite chez Christophe.

mercredi 22 décembre 2010

L'Arlésienne

C'est reparti : l'escroquerie du référendum d'initiative parlementaire a été tirée de la naphtaline où l'autocrate l'avait enfermée, dans l'espoir que sa mémoire s'éteigne doucement oubliée de tous. À vrai dire, il aurait été plus honnête de laisser crever d'inanition cet attrape-couillons qui L'Aest un outrage à la démocratie. Dans les jours à venir, des journalistes, des parlementaires, des hommes politiques, vont nous mentir effrontément en parlant de la mise en route du référendum d'initiative populaire: c'était déjà le cas ce matin à la radio.

Alors rabâchons : supposons que la chose est faite… Pour qu'un motif de référendum apparaisse, c'est à dire une proposition de loi, il faudra qu'un député convainque un cinquième des parlementaires de la soutenir, soit 184 parlementaires (577 députés + 343 sénateurs = 920 parlementaires). Après quoi, et après l'initiative de ces parlementaires seulement, on condescendra à rechercher le soutien de 4,5 millions de citoyens environ. Celui-ci obtenu, le Parlement aura un délai de douze mois pour débattre de la proposition de loi. S'il ne le fait pas, le président devra décider l'organisation du référendum —mais en réalité, le président gardera toute latitude de faire rejeter dans l'intervalle la loi en question par sa majorité (loi supposée présentée par l'opposition): exit le référendum.

Résumé : les parlementaires ont l'initiative, en fait, le pouvoir décide.
Dans une démocratie, un référendum d'initiative populaire est mis en œuvre à la demande d'un nombre significatif, mais non pas malhonnêtement élevé, de citoyens — et d'eux seuls.

Enfin, la loi qui rendra peut-être un jour effectif le référendum parlementaire n'est pas encore votée. Lorsque ce sera fait, il est évident que Nicolas Sarkozy prendra son temps pour sortir le décret d'application… Ce sera donc lors du prochain quinquennat, au mieux, que les politiques pourront jouer à nous prendre pour des cons.

P-S: «Les bonnes truffes de Grignan», c'est chez Rimbus… La foi en DSK, c'est tout Melclalex… La leçon d'équitation, c'est Lediazec… Le poème en prose des taxes, c'est Hermes

vendredi 12 novembre 2010

Faites-nous rêver !

En ce moment les signatures affluent sur le site ouvert par Politis.fr pour exiger du pouvoir l'organisation d'un référendum sur les retraites. La possibilité d'un tel recours est prévue depuis la révision constitutionnelle de 2008. L'éventualité d'un tel référendum, proposé à l'initiative de 1/5 des parlementaires soutenus par 1/10 des électeurs, est en effet désormais gravée dans le marbre de la Ve République.

Sauf que… pour devenir réellement contraignante pour le régime sarkozyste, il faudrait qu'une loi organique en ait fixé les modalités, rendant cette disposition effective. Or, si Nicolas Sarkozy s'est dépêché de faire valider les modifications constitutionnelles accroissant ses pouvoirs, il s'est en revanche bien gardé de donner vie à deux points essentiels de ces modifications :
—la fin de l'irresponsabilité présidentielle,
—le référendum d'initiative parlementaire.

Autrement dit, nous ne sommes pas assurés qu'un ras-de-marée de signatures le fera davantage fléchir que 3 millions de Français dans la rue, mais ça vaut largement le coup d'essayer !

Et cela me donne l'occasion de revenir sur une préoccupation récurrente dans ce blog : la démocratie. Comme Nicolas le relevait, comme M. Poireau et d'autres encore, je crois que la gauche ne pourra pas gagner en 2012 avec seulement des propositions techniques, de la prudence, et du flou artistique à la Fabius*. Il faut aussi, il faut surtout, nous faire rêver, nous enthousiasmer pour un avenir dans ses pas.

Soyons réalistes cependant et n'espérons pas la démocratie, mais un vrai petit pas vers celle-ci : promettez-nous de revenir sur les dispositions référendaires mort-nées de Sarkozy. Promettez-nous un référendum d'initiative populaire: 1/10 (voire 1/15 si vous préférez) des électeurs déclenchant l'organisation obligatoire de la consultation, que cela plaise ou non aux parlementaires et au pouvoir.

*Fabius : Le NouvelObs, prêtait récemment à Fabius l'évocation d'une citation de Retz, favorite de F. Mitterrand : «En politique, comme en amour, on ne sort de l'ambiguïté qu'à son détriment.»

mercredi 12 mai 2010

Le tort tue, mais DSK avance

Un commentaire de Nicolas, à la suite de mon billet d'hier sur la décadence d'EDF, m'a interpellé. Il semblait trouver qu'en accréditant l'idée fausse selon laquelle L. Jospin porterait la responsabilité du changement de statut de notre électricien national, on fait du tort à DSK. Ceci, bien entendu, dans la perspective de 2012, où Dominique Strauss-Kahn pourrait porter les couleurs du PS à la présidentielle. Je n'avais pas pensé à ce côté mauvais coup de billard en citant M. Jospin, et j'en suis resté troublé…

Au fond, est-ce que ça m'embarrasse de risquer de faire du tort à DSK par les billets de mon petit blog de rien? À priori non, car l'idée que je me fais du bonhomme ne m'incline pas à voter spontanément pour lui. Il est intelligent, certes, mais N. Sarkozy est loin d'être con de son côté, et ça ne me porte pas pour autant à l'apprécier. Il est brillant, oui, comme d'un métal de bon aloi, quand l'autre n'est que clinquant à séduire les niais, mais est-ce la première qualité que j'attends d'un président? En fait non, dans l'idéal peu me chaut qu'il brille ou pas, du moment que nous aurions un président castré —je parle de ses pouvoirs politiques, pas de ses gonades…

Et franchement, ce que je sais de DSK, ne me semble pas annoncer qu'il serait partant pour une présidence honorifique. Au contraire, mon sentiment est qu'il s'installerait avec délectation dans la fonction, telle que Nicolas Sarkozy l'a impudemment renforcée. Et l'espèce de cote d'amour dont il bénéficie auprès des bonnes gens de droite est très loin de plaider en sa faveur. Ils sentent bien qu'avec lui, ces gens de droite, on resterait bon an mal an entre gens qui peuvent s'entendre…

Néanmoins, s'il venait à se présenter un jour à nos suffrages, ce serait donc en candidat du Parti Socialiste pour commencer. Tout dépendrait alors, non pas tellement du programme du PS, mais du programme présidentiel… C'est là-dessus qu'il faudrait juger de l'homme: la place qu'il accorderait à cette idée vierge: la démocratie. L'engagement à laisser pourrir au fond des oubliettes où elle se trouve l'escroquerie du référendum sarkozyste ; l'engagement impérieux d'instaurer le référendum d'initiative populaire dans les premiers mois de son mandat ; l'engagement d'ouvrir grand les portes sur une société nouvelle. Le reste, tout ce qui est aussi essentiel, mais passera par des recettes cent fois resservies, ne me paraît pas un sujet d'inquiétude.
En conclusion, M. Strauss-Kahn n'est pas mon candidat rêvé, alors si je lui fais du tort…

P-S Dedalus publie le premier chapitre d'un livre électronique… Sur Piratages vous trouverez le dernier article consacré à la rencontre de Corinne Lepage avec des blogueurs…
Et j'arrête là mes liens de ce jour, pour éviter de faire griller mon ordinateur par l'orage qui gronde… Bonne soirée!

samedi 8 mai 2010

6e République? Oui, mais…

Pas de vrai billet ce soir, simplement l'envie d'attirer votre attention sur ce qui me semble avoir été l'événement de la semaine, dans le réseau de blogueurs que je fréquente. Je veux parler de la rencontre à la Comète entre quelques uns de ces derniers et Corinne Lepage, ancienne ministre, présidente de Cap21, députée au Parlement européen. Si j'énumère ses titres politiques, ce n'est pas seulement par courtoisie, mais aussi pour souligner l'intérêt particulier que représente sa prise de position en faveur d'une sixième république.

J'ignorais qu'elle en soit partisane et ce fut donc pour moi une vraie bonne surprise de l'apprendre à travers les compte-rendus publié par Nicolas.
Mme Lepage, qui renvoie à un document officiel pour retrouver plus précisément sa proposition de constitution, énumère en dix points sa vision de cette 6e République. Il n'est pas question pour moi d'en reprendre en détail tous les aspects (que les lecteurs retrouveront sur le texte évoqué, et sur «Partageons mon avis»), mais d'émettre une critique.

Si les gens de ma sorte sont tentés d'applaudir à cet essai de réponse «aux attentes d'un idéal démocratique», il y a tout de même un point qui me choque énormément. En dehors d'une volonté proclamée de rétablir un régime de séparation des pouvoirs, ce dont on se félicite, on constate que la démocratie y demeure la neuvième roue de sa charrette…

«9 La reconnaissance de nouveaux droits pour les citoyens : réclamer un referendum, demander l’examen d’une proposition de loi, invoquer devant les tribunaux l’exception d’inconstitutionnalité»

On dirait vraiment que ces nouveaux droits (et des droits bien vagues!) ne sont là que pour faire de la décoration dans un projet qui perpétuerait par ailleurs un régime politique confiscatoire.
Si l'on prétend nous promettre la démocratie, il est bien évident que l'organisation d'un référendum d'initiative, automatique à partir d'un certain seuil de demandes émanant des seuls citoyens, doit figurer aux premières places d'un tel projet. Et c'est à l'aune des propositions que l'on nous fera sur cette question cruciale qu'il faudrait nous déterminer au moment de voter.

Enfin, je conseille à ceux qui ont envie d'être mieux informés sur les propos tenus par Corinne Lepage, de se reporter aux blogs des participants à la rencontre. Outre Nicolas, ce sont: Seb Musset, Yann Savidan, Polluxe, et Olive

mercredi 28 avril 2010

Blocages sur le Karachigate

Libération et Le Monde reprennent les propos du député PS Bernard Cazeneuve, rapporteur de la mission d'information parlementaire sur l'attentat de Karachi. En particulier ceux-ci: «Jamais je n'ai été confronté à autant de difficultés pour accomplir une mission…» D'autres expressions qu'il utilise pour qualifier la non-collaboration de l'exécutif avec les parlementaires de la mission sont encore plus éloquentes: «blocages absolus», par exemple.

Les amis dictateurs chinois de Nicolas Sarkozy ne trouveraient certainement rien à redire à cette situation, ça doit être pour ce genre de raisons qu'il se sent bien avec eux. Dans les pays de sensibilité démocratique par contre, pareille situation ne pourrait pas durer longtemps. Il n'y a qu'en France qu'un pouvoir soupçonné de corruption peut traiter par le mépris les représentants du peuple.

Il y a deux jours, on regrettait ici dans un billet sur le Karachigate, que les médias français, la presse en particulier, n'investissent pas davantage d'efforts pour enquêter sur une affaire aussi grave. En commentaire, Martine qui connaît bien la question, nous rappelait que nos plus grands journaux n'ont pas les moyens de détacher deux journalistes pour enquêter durant des mois sur un sujet. Ce fut le cas du Washington Post, dans le scandale du Watergate: on conçoit que les ressources de la presse américaine n'ont rien de comparable aux nôtres…

Il n'empêche qu'en écoutant le journal de 13 h sur France Inter, j'ai été sidéré par la manière dont l'audition d'Édouard Balladur par les parlementaires a été expédié en quelques secondes. Pas le moindre retour sur les soupçons qui pèsent sur lui, et par voie de conséquence sur le président Sarkozy son ministre du Budget de l'époque, et son porte-parole durant la campagne électorale (ils se sont un peu rattrapés au journal de ce soir).

Ce n'est pourtant pas une mince affaire! On s'attendrait à ce que l'ensemble des médias remette sur le feu à chaque édition, avec autant de constance que pour la burqa, un sujet concernant la probité de nos dirigeants. Lorsque le plus haut personnage de la République est susceptible d'être associé à une affaire de corruption, il n'y a pas de place pour la raison d'état.

Aucune obstruction n'est admissible, même s'il se révèle au bout du compte que le haut personnage n'a rien à se reprocher, et que les «blocages» tenaient davantage à la défense des privilèges de l'exécutif qu'à la dissimulation de preuves. Dans le cas contraire, d'une réelle implication de M. Balladur et de son entourage, dont Nicolas Sarkozy, on serait alors amené à constater une fois de plus que la constitution de la Ve république est une insulte à la démocratie. Nous nous trouverions avec un président indigne de sa fonction, dont la destitution resterait une vue de l'esprit, puisqu'il faudrait que sa mise en accusation soit votée par les deux tiers des parlementaires, Assemblée plus Sénat…


Cette république s'embourbe chaque année un peu plus dans les scandales, tandis que l'exaspération des Français envers les politiques ne cesse de croître. Pourtant l'on chercherait vainement dans les projets de l'opposition la perspective d'en forger une nouvelle, qui accorderait enfin aux citoyens le droit de participer aux décisions, et l'instrument nécessaire à ceci —un véritable référendum d'initiative populaire. Quel crédit pourrait-on encore accorder dans ce pays aux promesses électorales si, parallèlement, on ne dote pas le peuple du moyen efficace d'en contrôler l'application?

P-S, Balmeyer s'est fait engrosser le mollet par Rouky, Céleste chante la polygamie avec Sacha, M. Poireau analyse l'humour extraterrestre, et Gwendal veut lever l'ancre…



Ce billet vous a plu? Vous pouvez le recommander :
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mercredi 7 avril 2010

Martine casse la glace: sept ans de malheur

La maison Sarkozy s'efforce de victimiser le président dans l'espoir de voir celui-ci regagner un peu de popularité en suscitant la pitié des Français. L'intérêt médiatique se porte donc sur le prétendu complot qui serait à l'origine de rumeurs dont tout le monde se fiche. Et pendant que l'on parle de ces balivernes, on laisse de côté des débats d'une autre importance…

Ainsi en va-t-il par exemple, des récentes réflexions de Martine Aubry à propos du quinquennat, extrêmement choquantes. Dans le billet de samedi dernier je m'étais fait l'écho de l'entretien que Mme Aubry avait accordé à Mediapart. Elle y disait notamment: «Je pense qu'il est bien difficile de changer une société en étant élu pour cinq ans», ce qui résume sa pensée et le problème qu'elle pose.

Mediapart est revenu hier sur ce point qu'il qualifie avec raison de «perle de l'entretien», relevant que la première secrétaire du PS a reçu le soutien de Dominique de Villepin. «(…) je pense que le septennat donne la possibilité au président d'une plus grande respiration», dit notamment celui-ci. Pendant que le président respire, le peuple Français immanquablement soupire, quel que soit l'élu qui pose ses augustes fesses dans le fauteuil élyséen. Sous la Cinquième république, il n'y a pas un seul exemple de président qui n'ait à un moment quelconque joué du pouvoir en monarque.

Mediapart a demandé l'avis d'éminents constitutionnalistes: Olivier Duhamel, Guy Carcassonne, Dominique Rousseau. Aucun des trois ne témoigne la moindre indulgence vis à vis de la vision rétrograde et des mauvais arguments de Mme Aubry et M. de Villepin. On se reportera à l'article pour lire ce qu'ils ont à dire de ces velléités de révision d'une réforme approuvée du peuple Français par référendum.

Le citoyen ordinaire que je suis, ne peut que s'insurger devant le coup bas porté par Mme Aubry, mine de rien, à notre succédané de démocratie. Et il est urgent d'en tirer les leçons puisque le PS, parti dominant de l'opposition, s'apprête à débattre de son avenir et du nôtre. Plus qu'hier encore, il paraît nécessaire d'attirer l'attention de ceux qui vont forger les propositions de la prochaine campagne électorale sur le profond divorce entre les citoyens et le personnel politique.

Ce n'est pas d'ajouter du poids au président, déjà lourd à supporter, qui arrangera les choses. L'hystérie et les abus de la pratique du pouvoir actuel ne seraient nullement atténués par deux années supplémentaires, c'est dans la mentalité de Nicolas Sarkozy que gît le problème. Et ce n'est pas non plus parce qu'un(e) autre président(e) userait avec davantage de discrétion des pouvoirs qui lui sont accordés par la constitution qu'ils seraient moins excessifs.

S'ils ne sont pas capables de nous promettre l'avènement d'une Sixième République au président tenu en laisse par le Parlement, les socialistes devraient au minimum faire un pas vers la démocratie. Le peuple français a besoin d'exercer lui-même un contre-pouvoir pour reprendre confiance dans ses représentants. Pour cela, il n'y a d'envisageable que le référendum d'initiative populaire. S'engager solennellement à sa création, ce serait gagner des voix pour les socialistes. L'ignorer, c'est s'exposer à donner des voix à la droite, par représailles.

P-S à lire sur Piratage(s): De la vulgarité

samedi 3 avril 2010

Martine dessine la gauche

Mediapart publie une interview exclusive de Martine Aubry, interrogée sur la gauche qu'elle veut. De ce long article, ma lecture s'est surtout attachée à la page cinq, qui en constitue la fin. Avec un peu de mauvais esprit, je suis tenté d'y voir la cinquième roue de la charrette, ce que Mediapart et Martine Aubry appellent «la question démocratique».

Je ne doute pas que mes collègues blogueurs, proches du PS ou non, disséqueront les propos de Mme Aubry sur les quatre conventions socialistes qui plancheront sur de nouveaux modèles de société et de développement, sur l'égalité réelle, et la doctrine internationale. Mais je crois qu'ils se fichent pas mal de savoir si la cinquième roue sera bien gonflée ou non: à quelques détails près, tout le monde à l'air de trouver que nous sommes une démocratie.

Ce n'est pas mon cas, et c'est la raison pour laquelle je sens monter mon taux d'adrénaline quand je lis certains propos de Mme Aubry.
D'abord ceci: «Je crois pour ma part par exemple fortement au rôle des universités populaires et des grands débats de société. Il y a un besoin des gens de comprendre, de se saisir des débats publics»
On chercherait en vain dans le prolongement de ces paroles la promesse que ces universités, ces débats, puissent déboucher sur l'expression de la volonté des Français. Au moyen d'un instrument référendaire mis à leur disposition, par exemple…
«Je pense qu'il est bien difficile de changer une société en étant élu pour cinq ans».
On craint de comprendre ainsi qu'il est envisagé, en cas de retour au pouvoir, de ressusciter le septennat et les mandats présidentiels sans limitation en nombre. Voter, comme je le souhaite, pour un(e) candidat(e) de gauche, implique au contraire que le pouvoir de la présidence soit définitivement cassé, au profit du Premier ministre et du Parlement. Qu'il ne soit plus possible de présenter notre pays comme une monarchie républicaine. Dans tout autre cas, personnellement, je préfèrerais garder la droite au pouvoir dans l'espoir d'accélérer une inévitable insurrection populaire. En d'autre termes, je voterai contre une gauche prostituant la démocratie.

«…le second élément majeur est celui des contre-pouvoirs institutionnels. Donner un vrai poids aux collectivités territoriales […] et […] au Parlement en terme de débat démocratique.»«On est aujourd'hui un pays qui nie totalement le débat démocratique»…

Voilà à quoi se résumerait l'horizon démocratique? Bien sûr, je laisse de côté une partie de son discours, et non la moindre, puisqu'elle évoque aussi le non-cumul des mandats, la liberté de l'information, l'indépendance de la justice, pièces d'importance, et les primaires… Mon point de vue est partial, mais je l'assume.
Tôt ou tard, si le personnel politique refuse de comprendre que les citoyens veulent en finir avec les privilèges des élus, et avoir leur mot à dire sur toute chose de la vie publique à travers un référendum d'initiative populaire, ce personnel sera balayé. Et ce sera démocratique.

Source Mediapart: La gauche que veut Martine Aubry


P-S Côté boulevard lance un appel aux dons en faveur de FansoloSee Mee publie l'exclusivité du classement général Wikio et Dagrouik celle des politiques.

vendredi 19 mars 2010

D'un sondage exclusif et du vote obligatoire

La publication des sondages sera interdite à partir de ce soir minuit. J'en profite donc pour faire part à mes lecteurs d'une étude d'opinion dont le Coucou a l'exclusivité.
Le sujet portait sur le second tour des régionales en PACA…
75% des électeurs interrogés se déclarent absolument totalement certains de voter pour la liste d'union rassemblant le Parti Socialiste, Europe Écologie, et le Front de gauche.
L'enquête a porté sur un échantillon représentatif de la proche famille de l'auteur de ce blog, parmi les personnes en âge de voter et inscrites sur les listes de la région PACA. Sur un total de 4 personnes interrogées, 1 se déclare «trop vieille pour aller jusqu'en bas et d'ailleurs elle n'a même pas reçu tous les papiers faut pas l'embêter avec ces histoires» —et donc devrait probablement s'abstenir. En revanche, le reste des sondés, soit les trois quarts, déclare avoir fait un choix définitif: «la question se pose pas ouste je vote pour l'union de l'opposition».

Dans un article qu'il signe dans Libération, Alain Duhamel se déclare en faveur du vote obligatoire, pour en finir avec l'abstention galopante. Il considère que «la citoyenneté (est) à la fois un droit et un devoir». C'est très à la mode ces dernières années, à droite surtout, d'insister lourdement sur le fait qu'avoir des droits implique des devoirs. On entend du reste plus souvent et plus lourdement rappeler les devoirs que les droits.

Pourquoi pas, au fond? Beaucoup estiment que voter doit rester une liberté pour des citoyens libres. La question qui se pose est de savoir si l'on est encore un citoyen lorsque l'on n'use pas de la liberté de choisir ses représentants. Payer ses impôts ne suffit pas (et d'ailleurs en paie-t-on?) à vous rendre partie prenante dans la fameuse souveraineté que l'on prête au peuple français. Même dans cette république que je n'aime pas beaucoup, lui préférant une vraie démocratie, l'exercice du pouvoir d'élire ses représentants me paraît essentiel.

De quel droit débattre, proposer, réclamer, contester, lorsqu'on ne s'implique pas dans la vie politique au moment d'une élection? Toutes proportions gardées, voter est s'acquitter d'un impôt de base du citoyen, un peu comme la noblesse d'autrefois se prévalait de l'impôt du sang (pour n'en payer point d'autre). On conçoit qu'il n'y aurait pas de vie collective possible si nous ne payions aucune sorte d'impôt, de même, si personne ne votait ou seule une minorité de Français, que resterait-il de la république? Alors, oui, quelles que soient les réserves que m'inspire la personne d'Alain Duhamel par ailleurs, je trouve que sa suggestion mérite au moins d'être discutée sérieusement.

P-S, le Jeu d'écriture n°3 se passe aussi chez Arf, et il vaut le voyage!

mercredi 10 mars 2010

J. Attali appelle le Samu pour la république

Chaque fois, on se laisserait gagner par l'irritation, et pourtant je sais bien que c'est un sujet sans avenir. Chaque fois que des couronnes sont tressées à la démocratie française, je suis effaré. Même quand il s'agit d'une couronne funèbre, comme c'était le cas en lisant un article de Jacques Attali sur Slates. Il veut sauver notre système, preuve qu'il va mal, et feint de diagnostiquer que «nous ne sommes pas en démocratie».

Jacques Attali est un séduisant faux-monnayeur dans tous les domaines, à commencer par celui de l'écriture, où il a été accusé à diverses reprises de plagiat (François Mitterrand, indulgent, disait qu'il avait «le guillemet facile»). Sur le plan des idées sa réputation ne vaut pas énormément mieux. Pour rester sur le sujet de la démocratie, on peut lui accorder de n'être pas le seul faux-monnayeur en la matière. Ils sont innombrables ceux qui partagent son impudence: la quasi totalité des gens qui exercent un petit ou un grand pouvoir de bas en haut de la république, et l'armée de tous les autres, cyniques, carriéristes, adeptes des hiérarchies intransigeantes, naïfs, imbéciles… Bien sûr que nous ne sommes pas en démocratie, puisque nous n'y avons jamais été!

J. Attali énumère de nombreux symptômes qui conduisent à trouver notre régime malade. Je ne vais pas les reprendre un à un, au risque de plagier son article, ce qui serait un comble, mais je m'arrêterai sur l'un des plus significatifs. Pour lui la réduction du mandat présidentiel à cinq ans «interdit [au président] d'être provisoirement impopulaire». Cela signifie donc que dans sa démocratie, le président doit jouir du pouvoir de mécontenter impunément son peuple, afin de mener à bien la politique qu'il a choisie. Les deux ans de rallonge d'un septennat devant lui permettre de reconquérir les esprits, pour obtenir mandat de continuer à régner…

En démocratie au contraire, si l'on tient à conserver un président, dont le rôle pourrait en effet devenir salutaire en cas de péril, on prendrait soin de ne lui concéder aucun pouvoir d'essence monarchique. On commencerait par déloger les hauts responsables de la politique des palais où ils ont cru bon de s'installer au lendemain de la Révolution. De quoi a besoin un président? D'une grande salle à manger pour recevoir les hôtes étrangers, et de ciseaux qui coupent parfaitement les rubans dans les inaugurations.

Toute plaisanterie mise à part, on peut observer que l'impopularité ne paralyse nullement M. Sarkozy dans son obstination à bouleverser la France. On peut même lui reconnaître ce courage. Et je mettrais ma main au feu que dans l'opposition, on se frotte les mains devant la besogne qu'il accomplit en diminuant de façon drastique les effectifs de fonctionnaires. Ça ne sera plus à faire! Voilà des années que l'on entend certains répéter dans tous les camps qu'il faut alléger la fonction publique, qu'elle coûte trop cher…

Dans une démocratie, les gouvernants, les députés, seraient peut-être aussi de cet avis, mais il leur faudrait réellement mouiller leur chemise pour le faire admettre au peuple. Ce dernier aurait en effet la possibilité d'entraver une telle évolution par voie référendaire. Les députés contrôleraient étroitement le gouvernement, même si des mécanismes devaient être imaginés pour assurer à celui-ci une certaine stabilité —il y a des gens payés pour réfléchir à ces choses et inventer des solutions.

M. Attali parle aussi des devoirs des citoyens, celui «de débattre, d'étudier et de voter»… Ces devoirs là seraient sans doute moins négligés si les gens avaient le sentiment que cela sert à quelque chose, et qu'à tout moment de la vie publique ils peuvent prendre une parole décisive. Il n'y a pas de démocratie sans participation directe des citoyens, non pas au gouvernement proprement dit, mais à l'élaboration des décisions et au contrôle des politiques. Cela passe obligatoirement par le référendum d'initiative populaire.

mercredi 6 janvier 2010

Chassez le NSD par la porte, il revient par la fenêtre

Pas de billet ce soir… C'est ce que j'avais décidé jusqu'à ce qu'en jetant un coup d'œil à l'actualité mondiale sur internet, je découvre cette nouvelle sur un site de la presse canadienne…
«Un mouvement populaire qui demande la démission du président Nicolas Sarkozy prend de l'ampleur en France.»
Il s'agit du No Sarkozy day, vous l'aurez compris… Et j'avoue que cette publicité internationale inattendue, pour ce mouvement politiquement incorrect, m'amuse beaucoup. On y trouve même quatre ou cinq lignes (et un lien), en fin d'article, pour signaler qu'un groupe de blogueurs s'oppose à cette initiative. C'est à retrouver ici…


lundi 30 novembre 2009

Les surprises de la démocratie

Le résultat du référendum suisse fait hurler d'effroi le monde politico-médiatique de Kouchner à Libé. On crie au scandale et à la honte, tout en jubilant sournoisement de la bonne occasion qui s'offre de flétrir une prétendue dérive de la démocratie. Je dis démocratie, mais les squatters de la République —qui s'en voudraient propriétaires sous prétexte d'en occuper palais et fonctions depuis la Révolution—, l'appellent démocratie directe. Comme si le régime dévoyé qu'ils nous imposent en était une sorte de sœur jumelle, quand il ne s'agit que de l'enfant bâtard de la monarchie et de la grande bourgeoisie.

On apprendra bien quelque jour les motivations des citoyens suisses qui ont rejoint la droite populiste… Il se peut que celles-ci traduisent de l'intolérance religieuse. Il y a d'autres explications possibles, comme l'exaspération engendrée chez eux par l'affaire Kadhafi et la mollesse de leurs autorités, mais retenons cette éventualité de l'intolérance religieuse, la plus antipathique à mes yeux. Cela signifierait simplement que les Suisses voient dans les minarets des symboles d'une religion perçue comme conquérante, à tort ou à raison. Pourquoi auraient-il tort, si personne n'a été capable de leur démontrer le contraire? Pourquoi un gouvernement devrait-il leur imposer une chose qui les heurte?

De tous les billets de blogs et les commentaires ayant fleuri aujourd'hui sur cet éclat qui embarrasse tant de monde, c'est le point de vue d'Hermes dont je me sens le plus proche. Faute de temps pour m'exprimer vraiment là-dessus, c'est donc ses deux billets, Vive la Suisse, et La fin de la démocratie que je recommande à vos lectures.


jeudi 26 novembre 2009

Pardon, avez-vous vu la démocratie?

S'il fallait démontrer que toutes les personnes utilisant les mots démocratie ou démocratique, pour qualifier notre régime politique, sont soit naïves, soit de très mauvaise fois, c'est fait. La preuve vient d'en être apportée par Bernard Accoyer, président de l'Assemblée Nationale, qui a rejeté comme irrecevable la demande des élus socialistes d'une commission d'enquête sur les dépenses et l'utilisation des sondages payés par l'Élysée.
M. Accoyer a tenté de justifier cette fin de non-recevoir au nom de deux principes: l'un, institutionnel —la séparation des pouvoirs— «qui serait remis en cause», et l'autre, «celui de la responsabilité politique du chef de l'Etat qui s'exerce devant le peuple et en aucun cas devant l'Assemblée».

On peut donc en tirer l'enseignement que les députés sensés représenter le peuple ne le remplacent pas. Nicolas Sarkozy étant soupçonné d'avoir abusé du budget de la présidence en multipliant des sondages, qu'il utilisait pour manipuler l'opinion, il semblerait indispensable de tirer l'affaire au clair. Le soupçon est peut-être infondé, néanmoins comment le savoir? Si le peuple seul est théoriquement habilité à demander des comptes au président, ce serait de quelle manière?

Il n'a jamais été prévu dans nos républiques [sauf par la première Constitution, qui fut la fille mort-née de la Révolution], et singulièrement l'actuelle, la Ve, de donner au peuple les moyens de s'occuper de ses propres affaires. Le personnel politique, sans doute unanime là-dessus, nous rétorquera que la parole nous sera octroyée pour l'élection présidentielle. Fort bien, mais ce sera dans deux ans, et alors, qui rendra public pendant la campagne électorale tous les documents permettant de juger le président sortant? Personne évidemment: cela deviendra tout au plus un sujet de polémique vaseuse, et le candidat-président ne rendra pas plus de comptes au peuple demain qu'aujourd'hui.


Les gens qui nous représentent confisquent de fait au peuple le droit de se faire entendre à tout moment, et cependant ils ne peuvent rien faire de ce pouvoir arraché à notre souveraineté. Il y aurait là une colossale anomalie, si l'on omettait de prendre en considération que nous ne sommes pas une démocratie. Certes, avec l'autocrate agité qui occupe l'Élysée, tout le monde a conscience que l'on vit une présidence plus proche d'un régime autoritaire que de l'idéal républicain, mais Nicolas Sarkozy à lui seul ne suffit pas à expliquer notre dépossession de la démocratie.
Prenez n'importe quel autre présidentiable et mettez-le à sa place…

Tenez, au hasard, Dominique Strauss-Kahn… Qui pourrait croire que, s'il est choisi demain par le PS, et s'il est élu, il changera fondamentalement la nature de ce régime? Il n'est assurément pas du genre à vouloir bouleverser les institutions du pays. Pas du genre à nous donner sans y être forcé une nouvelle constitution. Celle d'une république où le président serait responsable pour la totalité de ses actes de gouvernement devant le parlement —qui dispose seul de la compétence technique pour le contrôler. Celle d'une république où un million de Français, sans intervention du moindre député, pourraient exiger l'organisation d'un référendum national sans exclusive du domaine concerné.
DSK est encore un de ces hommes brillants dont nos écuries politiques ne sont pas avares, mais c'est très loin, vraiment loin d'être suffisant pour susciter l'envie de voter pour lui.


P-S. À lire sur Le Pavé, un hommage mérité rendu au CNRS et à Recherche publique… À redécouvrir, si nécessaire, le blog intergalactique de Dr No… Si vous aimez Pearltrees comme moi, c'est le moment de leur donner un coup de main!

jeudi 15 octobre 2009

Demain on vote gratis

Les députés de gauche ont décidé de rappeler au pouvoir sarkozyste et à l'opinion publique, que 2 123 717 Français s'opposent à la privatisation de La Poste. Ils ont rédigé une proposition de loi destinée à demander l'organisation d'un référendum sur ce sujet, proposition dont ils n'attendent pas le succès, à vrai dire. Le but sera plutôt de démontrer aux Français, que la fameuse modification constitutionnelle de 2008, destinée à moderniser nos institutions, débouche sur du vent. Le référendum en question est impossible à organiser: la loi organique qui en fixerait les modalités n'existe pas. Seules les dispositions qui ont fait régresser la république sont entrées en vigueur, donnant à M. Sarkozy licence de céder davantage à ses inclinations autocratiques. On aimerait que dans la foulée de cette initiative, nos élus, avec un élan de sincérité, reconnaissent que de toute manière, ce référendum serait-il possible, il n'en demeurerait pas moins une escroquerie. Trois types de personnes parlent à son sujet de «référendum d'initiative populaire»: les fripouilles politiciennes (effrayées par le rejet croissant qu'elles inspirent et le désir de démocratie des Français), les tributaires complaisants du pouvoir, les naïfs (pour rester poli).
Ce référendum est d'initiative Parlementaire, il faut le répéter inlassablement. Dix millions de Français réclameraient-ils par pétition un référendum pour exiger, par exemple, la division par deux de la totalité des salaires et indemnités versés au personnel politique, il serait certainement difficile de trouver 184 parlementaires pour Prendre l'Initiative d'une loi demandant de soumettre ceci à référendum. Donc, l'espérance populaire resterait un vœu pieux. Et quand bien même dénicherait-on assez d'élus acceptant le sacrifice, le pouvoir disposerait encore d'astuces pour éviter que la procédure référendaire aille à son terme.
La gauche dans son ensemble souffre chez nous de ses erreurs passées, mais aussi et peut-être surtout, de ce qu'elle n'a plus de grand dessein à nous proposer, rien pour nous faire rêver à nouveau de lendemains meilleurs. Faire entrer l'emploi, l'économie, dans un cercle vertueux, c'est essentiel, mais cela s'apparente à la résolution de la quadrature du cercle, dans le monde libéral où nous vivons. Nous proposer la démocratie, ce serait magnifique. Une nouvelle république où les trois pouvoirs seraient réellement séparés, législatif, exécutif, judiciaire. Une république où le peuple tout seul, comme un grand, aurait la possibilité de contrarier le travail de ses élus, de leur dicter le devoir de légiférer en certaines matières… Une république qui aurait définitivement rompu avec les survivances de l'Ancien régime.


P-S. Et si vous alliez voir le soleil? J'espère que vous aimerez autant que moi.

lundi 5 octobre 2009

Vive l'iniative populaire !

On sait à présent que la consultation populaire sur le destin de la Poste a connu un large succès. 2.123.717 personnes ayant fait l'effort de participer à ce référendum, c'est énorme. Aucune manifestation, aucune pétition n'a réussi un tel carton en France depuis bien longtemps —si toutefois un tel précédent s'est produit sous la Ve République… Alors, lorsque j'entends des voix, ou que je lis des articles enclins à minimiser l'intérêt de cette opération, je grince des dents. La droite n'a pas de mots assez méprisants pour lui dénier toute valeur, mais elle est dans son rôle.

«vaste manipulation organisée par des associations ou partis de gauche qui veulent faire croire à un projet de privatisation de La Poste» ; «On voudrait à partir de cette question truquée faire un referendum ! De qui se moque-t-on ?» Les mots peut-être les plus durs (je veux dire moulés dans le bronze du dédain) se sont échappés de la bouche de M. Lefebvre: on peut en retirer la grisante certitude qu'ils reflètent l'excès de dépit consommé par le porte-parole de l'UMP durant ces quelques jours de mobilisation populaire.

Évidemment, cette votation ne peut prétendre avoir une valeur légale, mais c'est bel et bien un référendum qui s'est déroulé. Imparfait, sauvage, et donc libre. Si cette opération avait été mieux organisée, les Français auraient été plus du double à s'exprimer, n'en doutons pas. Dans le seul département du Var, où 32.752 personnes sont passées par les urnes, donnant 542 suffrages au oui à la privatisation, et 32. 073 au non, les points de vote étaient trop rares, souvent mal signalés (merci Philippe pour ces chiffres).

Un grand moment d'initiative populaire, dont le Président de la république devrait tenir compte, au moins en renonçant à soumettre au parlement sa loi de réforme du statut de la poste. L'organisation d'un véritable référendum qui pourrait aboutir à pérenniser le service public postal entre dans les pouvoirs de Nicolas Sarkozy, mais on voit mal un tel homme prendre le risque de devoir capituler devant son peuple. Quant à la procédure de l'initiative parlementaire, elle demeure inapplicable puisque M. Sarkozy et son gouvernement se sont bien gardés de faire voter la loi organique permettant de rendre effective cette mirifique disposition de la réformette constitutionnelle.

Cela m'amène à dire ici la rage qui est la mienne lorsque j'entends à la radio des journalistes se gargariser avec l'expression de «référendum d'initiative populaire». La voilà bien, l'escroquerie! Le jour où ce nouvel attribut de notre régime confiscatoire entrera en vigueur, il ne s'agira en réalité que d'un référendum d'Initiative Parlementaire. L'article 11 de la constitution est des plus clairs, puisqu'on peut y lire notamment: «Un référendum portant sur un objet mentionné au premier alinéa peut être organisé à l'initiative d'un cinquième des membres du Parlement, soutenue par un dixième des électeurs inscrits»

Le peuple, là-dedans, n'est nullement convié à prendre la moindre initiative, et de plus, les pourcentages de parlementaires et d'électeurs indispensables pour déclencher la procédure sont énormes. Que souhaiter alors, sinon que les organisations politiques et les syndicats renouvellent en l'amplifiant ce recours à la votation d'initiative populaire, et que commence la reconquête de notre souveraineté?


P-S. À voir chez Éric, «l'Explosion des médias sur le net»… À lire chez Arf, la «Lettre à un inconnu» (sans oublier tout le contexte des «vases communicants»), et «Une petite fille si sage», chez Zoridae…
Le Coucou vient de s'offrir un joli saut dans le classement Wikio: le voici 4e des blogs politiques. Cela me fait plaisir, pourquoi le nier, mais en même temps me voilà mal à l'aise, posé du bout des fesses sur un beau siège éjectable…

samedi 3 octobre 2009

Votation à la campagne…

Ce matin, mon épouse et moi avons voté contre une éventuelle privatisation de la Poste, au village de Figanières, dans le Var. C'est une jeune factrice, rencontrée sur la route du marché, qui nous a indiqué vers lequel des six villages du canton nous diriger pour cela. Il fallait vraiment avoir envie de participer à cette votation: aucune affiche n'invitait à le faire dans les jours précédents, et la liste des communes participantes publiée dans la presse locale en début de semaine était loin d'approcher l'exhaustivité.

Comme je manifestais un certain dépit auprès de la factrice, elle me répondit qu'il n'était pas évident de trouver des gens disponibles dans chaque village. Inutile, en effet, de réfléchir longuement pour comprendre qu'elle avait raison: nos bureaux locaux ont très peu de personnel sédentaire, et les facteurs courent la campagne à l'heure où nous faisons nos courses… Du reste, la direction des opérations de vote était manifestement confiée à des retraités. Je m'attarde à donner ces précisions, car j'ai le sentiment que la votation sera très éloignée de refléter l'opinion publique sur la question. Nos villages tiennent à leur poste, et les gens se rendent bien compte que la fin du service public entraînera la fermeture des petits bureaux à brève échéance. La menace est déjà présente, alors même que la privatisation n'est qu'une hypothèse tristement crédible… Nul doute que le rejet des projets gouvernementaux aurait mobilisé davantage de monde s'il avait été plus facile de trouver le chemin des urnes.
Sur l'issue de ce scrutin inhabituel, il ne fait guère de doute qu'une majorité de votants manifestera son désaccord avec le changement de statut de la poste. Se seront exprimés les plus motivés, et il n'est pas difficile de prévoir que dans les jours à venir, la droite s'emploiera à minimiser la valeur de cette consultation sauvage.
On pouvait déjà trouver des attaques en règle sur internet, ces temps derniers. J'ai ainsi lu que cette votation citoyenne est «une escroquerie démocratique», car portant notamment «atteinte au caractère représentatif de notre système politique». Sans avoir le moins du monde la prétention d'attribuer à cette consultation la valeur d'un scrutin légal, je lui accorde personnellement la portée d'une vaste manifestation de rue, dont le poids sera, je l'espère, considérable. En 1984, un million de cathos défilant des Champs Élysée vers la Bastille, dans un parcours symboliquement réactionnaire, avaient fait reculer un gouvernement de gauche sur le renforcement de la laïcité. Combien faudra-t-il d'opposants pour mettre un terme à la liquidation du Service Public?
Il est vraiment dommage que les organisateurs ne puissent se prévaloir d'un scrutin ayant concerné l'ensemble du corps électoral Français. N'en déplaise aux détracteurs de cette opération, nous aurions alors eu le bonheur de participer à un authentique moment de démocratie: un référendum dont le peuple se saisit au nom de sa souveraineté. C'est peut-être là, l'arme de demain pour en finir avec notre régime d'escroquerie démocratique permanente.

P-S. quelques lectures que j'aimerais vous faire partager: «De l'intérêt d'un blog», «La dernière carte de Sarkozy», «La journée internationale du blasphème» (dire que j'ai loupé ça!)

mardi 29 septembre 2009

Ils voteront pour le PS, votons pour la Poste !

Le 1er Octobre, les militants socialistes seront invités à répondre par vote à 12 questions. Comme il s'agit d'une votation aussi importante pour les simples sympathisants que pour les titulaires d'une carte du PS, j'ai eu la curiosité de les rechercher. Les voici, quelque peu abrégées…
— Sont-ils favorables à des primaires ouvertes?
—Sont-ils favorables au non-cumul des mandats parlementaires et d'exécutifs locaux?
—Sont-ils favorables à la limitation à trois mandats successifs des présidences d'exécutifs locaux? [note personnelle: 3 mandats, c'est beaucoup trop, un scandale! Si j'étais militant, je demanderais au préalable si la direction du Parti est favorable à ce que les militants ramènent à l'encre rouge cette durée à 2 ans. Parce qu'imposer d'en haut une durée de mandat, c'est tout sauf démocratique. C'est aux militants de dire ce qu'ils veulent! ]
—Sont-ils favorables à la parité totale dans les instances de leur parti?
—Sont-ils favorables à la parité aux élections législatives?
—Donneront-ils mandat au Bureau National pour fixer lors de chaque élection, des objectifs de renouvellement contribuant à une meilleure représentation des diversités de la société française, et pour cela, en réservant si nécessaire, des circonscriptions électorales ?
—Donneront-ils mandat au Bureau National pour réformer les statuts de manière à assouplir les règles d'adhésion?
—Donneront-ils mandat au Bureau National pour proposer de nouvelles règles de démocratie interne (en vue des Congrès et du choix des dirigeants)?
—Seront-ils favorables à la création au sein du parti d'une autorité indépendante, chargée des règles d'éthique et de droit, et habilitée à trancher en dernier ressort?
—Approuveront-ils la mise en œuvre de nouveaux mécanismes, lors des scrutins internes, plus proches des règles habituelles de la république en cette matière.

Tout ça est vraiment bien, si j'étais militant du PS, je me remuerais les fesses pour aller voter ce jour là, même si dans le même mouvement, je me pose des questions sur la manière dont seront définies les nouveautés annoncées. C'est à dire, si les nouvelles règles seront débattues et proposées par la base, plutôt que par la direction et ses satellites…

Les socialistes ont donc la chance de pouvoir se prendre en mains, espérons qu'ils s'en saisiront.
Dans un autre domaine, nous avons tous, jusqu'au 3 octobre, la possibilité de faire savoir à Nicolas Sarkozy, que nous rejetons toute idée de privatisation de la poste. Les sondages le montrent, mais les sondages ne vivent qu'un instant. C'est pourquoi il est important que nous participions au référendum d'initiative populaire organisé par les défenseurs du service public postal.
Cette votation pourrait-être exemplaire, puisqu'elle émanerait de la population seule, échappant au contrôle du pouvoir. Si elle recueillait le succès espéré, confirmant l'attachement des Français à leur Poste, c'est un bel et lourd boulet que M. Sarkozy aurait à traîner pour aller de l'avant dans son projet nuisible.
Encore faudrait-il que l'intendance des syndicats et des partis de gauche suive: pour prendre l'exemple de mon canton, j'ai vainement cherché une urne de votation, ce matin, dans trois de ses villages, dont l'un jouit d'une municipalité réputée socialiste. En consultant la carte des lieux de vote prévus, j'ai eu en outre la tristesse de constater que Draguignan, la sous-préfecture voisine (34800 habitants, tout de même), ne semble pas faire mieux.
J'emprunte à Sarkofrance la tournure de ses conclusions de billets rituelles, pour demander: ami postier, où es-tu?

P-S. sur l'affaire Polanski, les blogs se sont abondamment exprimés, on en trouvera des traces significatives chez Rimbus, PMA, et l'excellent article de Dorham.
P-P-S. Il n'est jamais trop tard : je n'avais pas encore lu le billet de Nemo sur Roman Polanski. J'avais grand tort, tout ce qu'il faut savoir y est dit.

samedi 26 septembre 2009

Contre la privatisation de la Poste, prenons l'initiative!


C'est lundi que débuteront les votations citoyennes sur l'avenir de la Poste, partout dans le pays. Entre le 28 septembre et le 3 octobre, les Français soucieux de la privatisation rampante de ce service public, voulue par le gouvernement, auront la possibilité de faire savoir à celui-ci qu'ils la désapprouvent, ou au contraire la soutiennent…
Ce véritable «référendum d'initiative populaire», puisque organisé au nez et à la barbe du pouvoir sarkozyste sans l'aval de celui-ci, est dû à la volonté des syndicats et d'un collectif de partis d'opposition de faire obstacle à la privatisation. De nombreux Conseils municipaux ont décidé d'ouvrir leurs mairies pour faciliter la votation à travers le pays, mais le gouvernement tente de s'y opposer en faisant multiplier par ses préfets les référés contre ces dispositions locales. Il est évident que le gouvernement craint de se retrouver face au désaveux des Français, car si un tel scrutin n'a évidemment aucune base légale, son résultat, en cas de succès de participation, n'en exprimera pas moins la volonté populaire. Et le souverain, c'est le peuple.
À supposer que les actes du pouvoir sarkozyste aboutissent à interdire aux mairies de participer activement aux votations, il sera toujours possible aux citoyens de s'exprimer en d'autres lieux, en utilisant les urnes placées ailleurs par les syndicats. Ne nous laissons pas intimider par l'état et ses exécutants: c'est nous au contraire qui allons les intimider par nos votes, dès lundi. Défendons notre service public de la poste!

P-S. Abadinte dresse un inventaire désopilant d'indiscrétions politiques ; le dernier billet de Balmeyer évoque un petit métier mal connu ; Falconhill réfléchit sur la loyauté dans le débat politique, à travers la taxe des indemnités d'accident du travail ; Suzanne vous attendrira sans doute comme moi, avec les premiers pas de Guénolé…