Au journal de treize heure de France Inter étaient évoqués les résultats du référendum en Italie. Si je m'étais trouvé dans le studio avec Claire Servajean et son invité Noël Mamère, je les aurais bouffés crus. Comme je n'étais pas en situation d'écrire le moindre billet le gros de ma colère est retombé depuis, ce qui n'est pas plus mal, son motif étant dérisoire au regard du peu de cas que l'on fait de la démocratie dans ce pays.
À l'ouverture de son journal, Mme Servajean a donc annoncé l'abandon du nucléaire par les italiens au nombre des sujets abordés, ajoutant que l'on parlerait de ses implications en France. Puis, elle s'est demandé «où en est le référendum d'initiative populaire qui est pourtant inscrit dans la constitution ?» C'est là que mon taux d'adrénaline a commencé à grimper, pour atteindre son maximum lorsqu'il fut réellement question de notre Arlésienne référendaire avec Noël Mamère.
Que les naïfs qui pullulent sur le web gobent cette appellation et la reproduisent à l'occasion est excusable. En revanche, qu'une journaliste responsable du principal journal de l'antenne et un député de l'opposition entretiennent complaisamment la confusion entre initiative populaire et initiative parlementaire est de la malhonnêteté. Ils savent de quoi ils parlent.
Le référendum d'initiative des italiens est populaire parce qu'il suffit à cinq cents mille électeurs (ou cinq conseils régionaux) de le demander pour qu'il soit organisé —à condition que les questions posées soient autorisées par la loi.
Le référendum d'initiative à la française est anti-populaire, car il ne peut être exigé que par un cinquième des parlementaires (députés et sénateurs), qui doivent ensuite, et ensuite seulement, obtenir le soutien de 4,5 millions d'électeurs. C'est un référendum d'initiative parlementaire.
De toute façon, cet instrument pseudo-démocratique n'a qu'une existence théorique puisque Sarkozy n'a pas encore autorisé la discussion et le vote au parlement de la loi qui le rendraient applicable.
Ni Claire Servajean ni Noël Mamère n'ont souligné cette différence considérable entre les deux options référendaires. Ce n'est pas innocent : l'écrasante majorité des élus s'estiment propriétaires de la démocratie, confisquée par la mise au rebut de la Constitution de l'An 1. Il ne faut pas attendre des journalistes habitués à être de connivence avec eux qu'ils les bousculent dans leurs certitudes.
Comme pour le billet d'hier, cela m'amène à conclure sur la perspective ouverte par la prochaine présidentielle. L'inscription d'une version non édulcorée du référendum d'initiative populaire au programme des présidentiables, pourrait être de nature à redonner de l'espoir à gauche. À toute la gauche. La démocratie est après tout un grand dessein. Mais qui serait capable de mettre cette idée en avant au PS, fer de lance de l'opposition ? Pour le moment, je ne vois que Ségolène Royal ou Arnaud Montebourg.
P-S Notre ami Olivier P. s'est éteint au début du mois. Arnaud et Nicolas lui rendent un dernier hommage sur son blog «C'est juste histoire de dire». Au revoir Olivier.