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lundi 16 mai 2011

Et maintenant ?

Les citoyens ordinaires n'ont jamais eu à définir les règles de la vie politique. Leurs élus s'en chargent, généralement inspirés par la loi qui leur importe le plus, celle de la jungle. C'est elle qui scelle le sort politique de DSK, et non le jugement incertain à terme des citoyens français sur l'affaire.

Il ne sert à rien de se gargariser avec la présomption d'innocence : imaginez à quelle sauce aurait été accommodé celle-ci dans le cas où Nicolas Sarkozy aurait été à la place de Dominique Strauss-Kahn. Le moment venu, la droite ne manquera pas de tirer parti de l'énorme scandale, d'ailleurs elle le fait déjà.

Innocent comme je le souhaiterais, ou coupable tel que le met en scène l'enquête implacable de la police new-yorkaise, DSK n'est plus crédible pour emporter une majorité de suffrages à la présidentielle. Même s'il était blanchi demain par la divulgation d'un complot, il resterait gravement fragilisé par l'étalage d'une personnalité pour le moins complexe auquel on assiste.

Il devient important que débute un processus de primaires où l'hypothèque DSK serait levée définitivement. Qu'on le reconnaisse ou non (et c'est plutôt non, bien sûr), cet homme tenait de facto le rôle de champion de l'opposition, sa chute l'ébranle toute entière. Il devient tout aussi important que l'opposition dans son ensemble se donne les moyens d'atteindre le but désiré par tous ceux qui se reconnaissent en elle : en finir avec le sarkozysme.

vendredi 23 avril 2010

L'après Sarkozy a-t-il commencé?




Nouvelle chute de Nicolas Sarkozy dans les sondages, avec 35 % d'opinions positives et 62 % de négatives. Il s'agit d'une enquête d'opinion Libération—Viavoice qui vient donc consolider l'impression que le désamour des Français à l'égard du président s'installe pour de bon.  Les commentateurs éprouvés semblent considérer que les gesticulations sécuritaires et la grosse astuce de la loi anti-burqa, destinées à rattraper par la queue les voix de droite n'y changeront rien. Tant mieux.

Bien entendu, M. Sarkozy continuera d'espérer jusqu'aux derniers mois l'embellie économique qui lui permettrait, grâce à son incontestable savoir-faire, de vendre un second mandat d'occasion aux électeurs. Pourtant, on se prend à croire que cela ne servirait à rien: c'est peut-être tout un style d'exercice du pouvoir que les Français vomissent. Les abus du président, régulièrement épinglés, sa vulgarité de langage, de culture, comme de comportement ont fini par le couper de tous ceux pour qui la vie publique ne se résume pas aux bonnes affaires.

On nous a seriné que son mode d'expression, direct et proche de celui de l'illettré lambda plaisait aux jeunes qui pouvaient s'identifier à lui.  Ou bien cette adhésion a été mal mesurée, une majorité de jeunes versant plutôt dans l'opposition, ou bien ces dits jeunes ont mûri dans la première moitié du mandat. Ils ont peut-être fini par se rendre compte que quelque chose cloche, quand le personnage sensé symboliser la République inspire de la gêne quand ce n'est pas de la honte.  Personnellement, je ne vois pas pourquoi Mme Alliot-Marie et tous ceux qui se découvrent devant le drapeau, autre symbole fort, sautent au plafond quand une photographie montre celui-ci maltraité, mais font preuve de complaisance devant l'avilissement de l'image présidentielle.

Ceci-dit, l'image présidentielle ne me semble importante que par rapport au régime politique sous lequel nous vivons. Et il me vient l'inquiétude que, dans l'effondrement accéléré de la cote de N. Sarkozy, l'opposition ne se sente pousser des ailes, et renonce à approfondir sa réflexion sur les changements à mettre en œuvre en cas de victoire. Plus précisément, je commence à craindre qu'il ne soit bientôt plus question que de savoir par qui l'on nous proposera de remplacer M. Sarkozy, de Mme Aubry, à Mme Royal, en passant par DSK, MM Peillon, Valls, ou je ne sais qui. Hisser simplement un(e) président(e) sur le pavois républicain n'est plus de saison.  Il y a un projet économique, fiscal, et social a définir d'urgence, mais il y a aussi quelques gages démocratiques à nous donner.

 

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mercredi 7 avril 2010

Martine casse la glace: sept ans de malheur

La maison Sarkozy s'efforce de victimiser le président dans l'espoir de voir celui-ci regagner un peu de popularité en suscitant la pitié des Français. L'intérêt médiatique se porte donc sur le prétendu complot qui serait à l'origine de rumeurs dont tout le monde se fiche. Et pendant que l'on parle de ces balivernes, on laisse de côté des débats d'une autre importance…

Ainsi en va-t-il par exemple, des récentes réflexions de Martine Aubry à propos du quinquennat, extrêmement choquantes. Dans le billet de samedi dernier je m'étais fait l'écho de l'entretien que Mme Aubry avait accordé à Mediapart. Elle y disait notamment: «Je pense qu'il est bien difficile de changer une société en étant élu pour cinq ans», ce qui résume sa pensée et le problème qu'elle pose.

Mediapart est revenu hier sur ce point qu'il qualifie avec raison de «perle de l'entretien», relevant que la première secrétaire du PS a reçu le soutien de Dominique de Villepin. «(…) je pense que le septennat donne la possibilité au président d'une plus grande respiration», dit notamment celui-ci. Pendant que le président respire, le peuple Français immanquablement soupire, quel que soit l'élu qui pose ses augustes fesses dans le fauteuil élyséen. Sous la Cinquième république, il n'y a pas un seul exemple de président qui n'ait à un moment quelconque joué du pouvoir en monarque.

Mediapart a demandé l'avis d'éminents constitutionnalistes: Olivier Duhamel, Guy Carcassonne, Dominique Rousseau. Aucun des trois ne témoigne la moindre indulgence vis à vis de la vision rétrograde et des mauvais arguments de Mme Aubry et M. de Villepin. On se reportera à l'article pour lire ce qu'ils ont à dire de ces velléités de révision d'une réforme approuvée du peuple Français par référendum.

Le citoyen ordinaire que je suis, ne peut que s'insurger devant le coup bas porté par Mme Aubry, mine de rien, à notre succédané de démocratie. Et il est urgent d'en tirer les leçons puisque le PS, parti dominant de l'opposition, s'apprête à débattre de son avenir et du nôtre. Plus qu'hier encore, il paraît nécessaire d'attirer l'attention de ceux qui vont forger les propositions de la prochaine campagne électorale sur le profond divorce entre les citoyens et le personnel politique.

Ce n'est pas d'ajouter du poids au président, déjà lourd à supporter, qui arrangera les choses. L'hystérie et les abus de la pratique du pouvoir actuel ne seraient nullement atténués par deux années supplémentaires, c'est dans la mentalité de Nicolas Sarkozy que gît le problème. Et ce n'est pas non plus parce qu'un(e) autre président(e) userait avec davantage de discrétion des pouvoirs qui lui sont accordés par la constitution qu'ils seraient moins excessifs.

S'ils ne sont pas capables de nous promettre l'avènement d'une Sixième République au président tenu en laisse par le Parlement, les socialistes devraient au minimum faire un pas vers la démocratie. Le peuple français a besoin d'exercer lui-même un contre-pouvoir pour reprendre confiance dans ses représentants. Pour cela, il n'y a d'envisageable que le référendum d'initiative populaire. S'engager solennellement à sa création, ce serait gagner des voix pour les socialistes. L'ignorer, c'est s'exposer à donner des voix à la droite, par représailles.

P-S à lire sur Piratage(s): De la vulgarité

lundi 4 janvier 2010

Nosarkozyday, no! Nosarkozyday, si!

Ce 4 janvier 2011, je ne peux m'empêcher de revenir sur une phrase singulière des vœux adressés au pays par le président: «Je veux rendre un hommage particulier aux blogueurs qui ont fait preuve d’un grand sens des responsabilités…»
À quoi diable pouvait-il faire allusion? La France se traîne tant bien que mal hors de la crise économique, la peur du chômage, les difficultés de la vie quotidienne, occupent la plupart des esprits, et voilà qu'il nous parle de blogs! Quelle mouche a piqué le président?

J'ai fait des recherches et finalement, j'ai peut-être trouvé l'explication… En décembre 2009 (ça ne nous rajeunit pas, mais les racines des complots sont souvent profondes), deux ou trois hurluberlus avaient lancé sur Facebook l'idée d'une journée de manifestation anti-sarkozyste. Il se pourrait d'ailleurs que j'ai adhéré à leur groupe, parce qu'un ami à la mode Facebook me l'aurait conseillé… Je ne sais plus, je m'en fiche.

Ce n'était pas une démarche choquante pour moi: j'aime les initiatives qui tendent vers la démocratie, dans notre république où le peuple est prié de fermer sa gueule, s'il ne veut pas s'exprimer par la voie hiérarchique. Je méprise les hiérarchies, ça doit être pour ça que cette idée me semble aujourd'hui encore sympathique. Partie de rien, de gens presque anonymes qui disaient: groupons nous et demain…
Demain, crions: démission! Là, c'était franchement couillon: aucune chance de voir Nicolas Sarkozy s'incliner, à moins que nos hurluberlus n'aient réussi à mettre 65 millions de Français dans la rue.

C'était d'autant plus couillon, que ce mot de démission servit de prétexte à un groupe de blogueurs pour s'opposer au projet. Difficile de cerner les motivations précises de ces derniers. Ils rédigèrent toutefois un texte qui dénonçait le caractère anti-démocratique d'une démarche réclamant la démission d'un président élu. Ils étaient jeunes, bien sûr: ils n'avaient jamais entendu les foules d'autrefois gueuler: «Dix ans ça suffit, de Gaulle démission!» Cela n'avait pas pour autant mis le pays à feu et à sang…

De plus, comment peut-on oser parler de démocratie sous un régime purement représentatif, qui confisque celle-ci et se situe exactement au-dessous du régime autoritaire, l'avant dernier degré de l'escabeau menant à la dictature? C'est participer à l'escroquerie politique dans laquelle nous vivons depuis la Révolution.

Je ne me souviens plus de ce que je faisais, je devais dormir, sinon j'aurais soutenu un peu les galopins du «No Sarkozy day»… Sans enthousiasme, certes, parce que je sais bien que dans ce genre d'affaire, il faut tout de même de l'ordre et des figures politiques en vue pour crédibiliser un cortège. On peut le regretter, c'est ainsi.

En tout cas, le texte des nonistes à la «journée du non à Sarkozy» sema une jolie pagaille virtuelle pendant quelques jours. Nous l'ignorions dans la blogosphère, mais au même moment, l'Élysée crevait de trouille que les pompiers du Net ne parviennent pas à éteindre l'incendie facebookesque. On sait ce qu'il advint…
Nous avions tous oublié cette péripétie, pourtant le président, lui, en gardait le même effroi au cœur que Louis XIV au souvenir de La Fronde, vécue dans sa jeunesse. Le roi Soleil en tira vengeance par la mise au pas définitive de la noblesse, notre Nicolas est plus magnanime, comme on voit, puisqu'il se contente de rendre hommage à ses sauveurs.

P-S. il y a trop de billets plus ou moins favorables au «No Sarkozy day», ou critiques envers tout le monde pour les citer tous.
Et il y a davantage encore de textes d'opposants à cette hypothétique manifestation. Que les oubliés veuillent bien m'excuser.



mardi 16 juin 2009

Nicolas n'est pas Sarkozy: c'est une institution.


Les parlementaires socialistes ont donc décidé d'aller recevoir la bonne parole de Nicolas Sarkozy au congrès. Cela par respect pour la présidence, mais ils ne s'exprimeront pas dans le débat qui succédera au départ du maître de la république, «en signe de protestation», ainsi que l'a expliqué Arnaud Montebourg. Je ne sais pas ce qu'en penseront leurs autres électeurs, il y en a tout de même beaucoup, mais j'en connais au moins un qui est écœuré par ce mélange d'hypocrisie et de lâcheté —moi.
Hier, j'avais commencé mon billet sur le boycott éventuel de N. Sarkozy, car c'est bien lui la cible, et non l'institution présidentielle, en écrivant qu'il avait sifflé «ses meutes de cabots». Puis j'ai regretté l'aigreur excessive de cette expression, et je l'ai amendée. À tort, en définitive, parce que c'est bien l'image d'une docilité incompréhensible que s'apprêtent à donner ces femmes et ces hommes politiques qui prétendent nous représenter.

L'hypocrisie de leur tentative de justification saute aux yeux lorsqu'on relit les propos de Jean-Marc Ayrault, hier: «Ce qui nous intéresse, c'est d'être le plus utiles. Il faut qu'on ait l'occasion de défendre nos propres positions»
Non seulement ce déplacement sera inutile, mais ils ne défendront en rien leurs propres positions puisqu'ils se tairont. Évidemment, on pourra m'objecter qu'ils y vont avec l'intention de réserver à l'autocrate une bronca mémorable, comme le souhaitaient Dedalus sur son blog, et Hermes en commentaire ici même… Mais alors, que deviendra le respect de l'institution, cher à M. Montebourg?
Lâche enfin, cette attitude l'est jusqu'à la nausée, car elle reflète la peur de ne pas être compris des Français. Quand on ne peut pas se faire comprendre en politique, c'est que l'on répugne à parler clairement, à appeler un chat un chat. Il y a déjà plusieurs mois que j'ai lu l'excellente réflexion d'un sénateur socialiste sur la nature du régime sarkozyste. Il concluait que M. Sarkozy nous avait entraînés dans un régime consulaire, c'est à dire, d'un point de vue historique, à la charnière du système parlementaire et de l'empire. Messieurs les élus de l'opposition, la plupart d'entre vous partageant à l'évidence cette façon de voir, que ne l'avez-vous crié sur les toits!? Le peuple aurait fini par vous entendre, et vous n'en seriez pas à craindre d'être incompris.
La fatalité veut de toute façon que, quel que soit le choix retenu, une partie de l'opinion ne le comprenne pas. Dans le cas présent, ce sera moi et les sympathisants du PS partageant cet avis.

Les occasions de dénoncer avec toute la vigueur nécessaire dans un régime antidémocratique, la politique d'agression sociale de Nicolas Sarkozy n'ont certes pas manqué! Que ce soit dans le domaine du travail, des retraites, de la santé, ou des services publics, l'étendue des dégâts est déjà révoltante. Et que dire de ces à-côtés ludiques, mineurs en apparence, mais si révélateurs, de la manière d'exercer le pouvoir de M. Sarkozy… Les têtes de préfets qui volent, comme sous l'ordre d'une Reine de cœur échappée d'Alice au pays des merveilles, pour avoir laissé conspuer le président, ou faute d'avoir su accélérer la création du tout-à-l'égout dans la résidence de la belle-famille régnante (du moins, c'est ce que prétend aujourd'hui Mediapart); la pelouse des favoris protégée par la justice des pieds sacrilèges… Il ne se passe guère de semaine sans qu'un nouveau caprice du maître ne soit rapporté, avec plus ou moins de discrétion par la presse. Le champ d'une rude guérilla parlementaire est vaste, que ce soit dans l'hémicycle ou hors de celui-ci. Pour ne citer qu'un dernier exemple, afin de me limiter en longueur, les observations de M. Dosière, apparenté PS, sur les dépenses de l'Élysée qui ont encore augmentées de 21,7% en 2008, mériteraient d'être amplifiées par son groupe. Il ne serait pas inutile de faire mieux savoir au pays que tandis qu'il se serre la ceinture, il y a un dépensier compulsif à sa tête.

On nous dit que la France a été huée aujourd'hui au Gabon, à travers M. Sarkozy, en déplacement pour les funérailles d'Omar Bongo… Ils n'ont pas aimé là-bas, que la patrie d'Hadopi soupçonne leur chef de l'état d'avoir piraté l'argent public. Grand bien leur fasse! Quant à moi, je me sens si peu représenté par Nicolas Sarkozy que ces huées me laissent indifférent.

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P-S. Le titre n'est pas une allusion au taulier de PMA, quoiqu'il soit en passe de devenir une institution de la blogosphère!

samedi 2 mai 2009

Samedi, 2 mais…

Les défilés du 1er Mai ont donc rassemblé en définitive moins de monde que les deux grandes journées de manifestations précédentes.
Mais, cela coïncidait avec le premier pont du mois le plus trou-trou de l'année, et les vacances de la zone B, pour le midi… Depuis belle lurette, presque tous les Français ont oublié la signification de la fête du travail, moment de commémoration des luttes ouvrières dans le monde entier. Ils la considèrent comme l'aubaine d'un jour de fête sans cadeau à faire à personne, sans débauche de chocolat à craindre, ni de messe à redouter. De la pure détente pour lézarder chez soi, ou filer en week-end. Aller manifester, c'était prolonger d'une certaine façon le boulot…
M. Sarkozy et son gouvernement auraient tort d'imaginer que la contestation de leur politique faiblit.

Il n'y a pas chez nous de révolution en vue, pour autant que cela puisse se prévoir: la majorité des gens n'est pas va-t-en guerre. Il paraît même qu'elle revoterait Sarkozy —ce qui semble paradoxal, voire douteux, au vu de la cote de popularité de l'autocrate.
Mais, il se trouve des observateurs étrangers pour y songer aussi, à une révolution à la française. On flétrit beaucoup à droite la virulence de certains mouvements sociaux, les séquestrations de patrons, sans se rendre compte que les Français ne sont pas dupes. Il n'est pas si difficile de constater où se trouve la véritable violence: quand les salariés licenciés sont condamnés aux tourments des situations financières sans issue, les patrons gardent un emploi, le retrouvent rapidement, ou l'attendent assis sur d'écœurantes réserves de fric —sans parler des actionnaires des entreprises. Avec la multiplication des mises au chômage les actions de désespoir peuvent aussi se multiplier: ce n'est pas de débordements illégaux qu'il faut parler, mais de légitime défense.

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PS. À lire: la «104ème semaine de Sarkofrance»

lundi 20 avril 2009

Lefebvre aboie, Lang remue la queue

En écoutant en milieu de journée sur France-Inter le brouhaha d'un débat entre Frédéric Lefebvre et Laurent Joffrin, à propos des paroles maladroites du président, la semaine dernière, j'ai soupiré intérieurement. L'actualité chaude du jour restait sur ce sujet, alors que j'en ai un peu marre de bégayer ma critique de MM Lefevre et Sarkozy. Pourtant, c'est parti pour durer un moment. La droite s'indigne du fait que la presse d'opposition s'oppose et que, côté politique, Mme Royal attaque le chef de l'état avec constance…

Ségolène Royal est une écharde dans le pied du pouvoir, un petit machin de rien qui fait mal quand on n'y pense pas et vous fait boiter par surprise. Il n'est pas étonnant que l'on s'efforce de sonner la curée contre sa personne. Tête de meute, Frédéric Lefebvre est allé chercher avec les dents le bout de charogne d'une condamnation en justice, sans rapport avec l'affaire, pour exciter ses congénères. Il a reçu le renfort inattendu d'un vieux cabot galeux, Jack Lang, qui n'en est plus à une bassesse ni une trahison près. «Excusez-la, pardonnez-lui», a-t-il déclaré, parlant de Mme Royal

La virulence verbale de M. Lefebvre fait partie de ses fonctions de porte-parole de l'UMP —on peut le combattre sans le taxer d'infamie, puisqu'il est dans son rôle, comme Mme Royal est dans le sien. En revanche, Jack Lang a sorti une fois de trop la dague du traître de tragédie. On espère que le PS ne lui trouvera, cette fois, aucune excuse.

Le vrai débat du jour aurait plutôt été ailleurs, dans les pantalonnades de M. Ahmadinejad, qui a dénaturé la conférence de l'ONU sur le racisme avec sa sortie prévisible contre Israël. De ce fait, les dés sont pipés au départ, et cela m'ôte toute envie d'en parler. D'ailleurs, les pays européens, le nôtre avec, ont quitté la salle de conférence. Pour une fois, j'imiterai les hommes du président.

samedi 18 avril 2009

N. Sarkozy piteux, S. Royal toujours offensive…

Nicolas Sarkozy n'est pas de Gaulle, on l'avait remarqué. Quand ce dernier snobait les Américains ou choquait les canadiens anglophones avec son «Québec libre!», l'offense partait de haut, et n'était pas une incontinence du langage. Calculée, elle servait un dessein. Je n'appréciais pas de Gaulle, mais je lui reconnais l'envergure d'un grand homme politique. Rien de tel avec N. Sarkozy, qui vient, par fatuité et maladresse, de remettre à la mode sur la scène internationale, les accusations d'arrogance si souvent faites à notre pays. Nous nous savions affligés d'un président sans maîtrise de soi, mais cela ne sortait guère du cadre national. Il en va désormais autrement, à la suite de ses propos maladroits sur MM Obama, Zapatero et Mme Merkel…
Ségolène Royal, narguant la meute UMP, n'a pas craint d'adresser ses excuses au premier ministre espagnol, M. Zapatero, pour des paroles qui «n'engageaient ni la France, ni les Français». Elle va mettre à nouveau la droite en rage, n'ayant fait que son boulot d'opposante avec une belle audace toujours à saluer.
Cette nouvelle initiative de Mme Royal n'a rien d'une étourderie, elle est au service d'un combat politique honorable, et contribuera dans une certaine mesure à atténuer les dommages de la bourde présidentielle. C'est en tout cas un acte rationnel montrant qu'une partie des Français s'est peut-être trompée de chef d'état.

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PS. Il y a un an, à Claviers, la fête de l'olivier et des olives offrait au Maire nouveau du village, l'occasion de s'afficher publiquement dans ses fonctions. Un calme résigné règne à présent au village, même si les dissensions sont encore à l'œuvre, plus feutrées… Cela n'a pas empêché le Groupement des Oléiculteurs Clavésiens d'œuvrer à la préparation de la principale manifestation festive de la commune, en dehors de la fête patronale. Ainsi, demain à 10 h débutera Clavolive 2009. Amis varois, pour peu que les orages passent leur chemin, n'hésitez pas à prendre celui de Claviers!

D'autre part, le concours BD des éditions Filaplomb approche de son terme, mais il est encore possible de tenter votre chance!

jeudi 16 avril 2009

F. Lefbvre trahi par l'ennemi!

Frédéric Lefebvre, le porte-parole de l'UMP le plus doué de sa génération, de l'avis de tous les connaisseurs en portage de verbe officiel, Frédéric Lefebvre est revenu aujourd'hui sur le rejet de la loi Hadopi. L'étude approfondie de la cuisante défaite éprouvée à cette occasion par la majorité, l'amène à tirer la conclusion que l'absentéisme parlementaire n'a joué aucun rôle dans la bataille. La vérité, c'est qu'il «s'agit d'un mauvais coup préparé par les socialistes».
Comme à l'époque de la guerre en dentelles, c'est en effet la trahison de l'ennemi qu'il faut incriminer. Le champ de bataille était calme, le rapport des forces favorable —une poignée d'élus UMP contre une pincée d'opposants—, quand ces derniers reçurent soudain des renforts «entrés par surprise dans l'hémicycle»… On imagine la brève et violente attaque de commandos socialistes égorgeant les huissiers placés aux portes en sentinelles, sans que ces malheureux puisse jeter un cri! La suite est une tragédie française bien connue depuis Camerone: le nombre eut raison de la valeur de la petite troupe sarkoziste.
M. Lefebvre, lui même parlementaire, se déclare défavorable à l'adoption de futures sanctions financières contre les députés ponctuellement déserteurs. On dit pourtant que le gouvernement et l'Élysée y seraient assez enclins…
Alors, quelle solution retenir pour stimuler l'ardeur combattante du député moyen et, surtout, rendre impossible la répétition d'un tel drame à l'avenir?
Puisque le règlement de l'Assemblée est en cours de révision, deux dispositions pourraient être adoptées dans ce but: la première consisterait à interdire toute technique de combat non homologuée. L'opposition aurait ainsi l'obligation de ne jamais paraître dans l'hémicycle autrement qu'en état d'infériorité de nombre.
La seconde: la participation au vote de certains textes d'importance devrait être assortie d'une prime de présence conséquente, en aucun cas inférieure à 1000€ —sauf pour les députés de l'opposition, dont l'absence ou la présence, lors d'un scrutin «à la loyale», n'a d'autre intérêt qu'anecdotique.
Enfin, pour que le souvenir de la bataille héroïque d'Hadopi serve de leçon à tous les parlementaires des majorités à venir, une plaque de marbre devrait être apposée au mur, comme à Camerone:

Ils furent ici à peine 15
Opposés à 25 coalisés.
La masse les écrasa.
Hadopi plutôt que le courage
Abandonna ces députés UMP
À l'Assemblée le 9 Avril 2009.

PS. un billet à lire chez Ruminances sur la foire d'empoigne au gouvernement, avant le remaniement, et ici, les préparatifs d'une manifestation contre Hadopi le 25 Avril…

dimanche 12 avril 2009

Une semaine à cloche-pied

L'actualité française de la semaine écoulée a été surprenante, avec même quelque chose d'irréel, certains jours. Cela commença avec la révélation de l'importance insoupçonnée du chiffre 6 dans notre vie publique. Ainsi, lundi 6 Avril, il apparut que 6% de nos concitoyens restaient attachés à la grandeur de la France, sensibilité à laquelle on peut attribuer les 6 points de popularité soudainement gagnés par Nicolas Sarkozy, passé de 42% au mois de Mars, à 48 % en Avril. Même si l'on ne partage pas cet enthousiasme, il faut cependant saluer la double performance, physique et d'amour propre, d'un président qui, du G20 au sommet de l'Otan, sera resté stoïquement dressé sur la pointe des pieds, rehaussant de 6 cm le prestige de notre pays auprès d'un Barak Obama, certes toujours trop grand, mais apparu quelque peu dégingandé (toutefois dans la grandeur le style compte aussi )

D'une toute autre nature, mais également surprenante, fut la tempête de protestations haineuses de la droite, après le discours de Dakar de Ségolène Royal. Une fois de plus, on doit à celle-ci d'avoir démontré que l'opposition n'a pas à hésiter de contrer avec clarté et fermeté le chef de tribu campant à l'Élysée. Le soutien pondéré qu'elle avait auparavant apporté aux séquestrations d'employeurs avait déjà incité les leaders socialistes à s'engager plus franchement sur le terrain de la contestation du pouvoir. En quelques jours, Mme Royal aura ainsi réussi à stimuler la combativité du premier parti d'opposition, ce dont on peut la remercier.
Le débat qui suivit et qui dure encore à propos des actes de séquestration, indiscutablement condamnables —appréciées à la lettre de la loi—, m'a remis en mémoire des événements autrement tragiques dans l'histoire des luttes ouvrières.
Dans le bassin houiller du nord-Aveyron, où je suis né, on se transmettait entre générations le souvenir des grèves impitoyables du XIXe siècle. Particulièrement celle de 1886, fort longue. Or, à Decazeville, le 26 Janvier de cette année là, M. Watrin, directeur des houillères, se retrouva assiégé dans un bâtiment, lequel fut littéralement pris d'assaut par les mineurs et leurs épouses en colère. On le défenestra, il en mourut.
La répression qui s'ensuivit, menée par 2000 hommes de troupe, dont les dragons de Carcassonne, déchaîna les passions à travers la France. La presse réactionnaire aussi bien que républicaine aboyait sur «un petit nombre de meneurs […] qui ne poursuivent qu'un but: exciter les ouvriers contre le patronat et le capital…», cependant que des mouvements et manifestations de sympathie naissaient un peu partout.
Comme on l'imagine, l'affaire Watrin s'acheva en arrestations, jugements, et condamnations, tandis que la grève se poursuivait sporadiquement. Le 2 mai 1886, à Paris, 100 000 manifestants défilaient pour soutenir les grévistes de Decazeville. Au mois de Juin, enfin, la compagnie des mines accordait une hausse des salaires (la benne de charbon payée 2 francs au lieu de 1,90), qui donnait le signal de la reprise du travail…
On le voit, depuis ces temps de violence, la nature des conflits a bien changé, et l'on ne peut guère comparer l'affaire Watrin aux contraintes symboliques qu'il arrive encore aux travailleurs désespérés d'imposer à leurs employeurs. Il faut se féliciter de cette évolution et souhaiter que le patronat, qui pour sa part est resté sur ses traditions d'inflexibilité à priori, s'humanise aussi. Et pour conjurer la violence, Nicolas Sarkozy ferait mieux de s'abstenir de chausser, même symboliquement, des bottes de dragon…

Jeudi, retour en force du merveilleux et des chiffres magiques dans la vie politique. 300 députés de l'UMP avaient fait le mur du palais Bourbon, sans se concerter. Chacun devait imaginer que son absence passerait inaperçue au milieu de tous les autres, bien présents pour rendre la copie d'Hadopi… Ils avaient un casse-croûte en ville, un téléchargement de DVD à faire, une maîtresse à honorer, un train à prendre pour rentrer plus vite à la maison: on ne sait, faute de publicité faite aux 300 mots d'excuses… Manque de bol, en réalité 15 bons élèves UMP seulement occupaient les bancs de l'assemblée, contre 21 de l'opposition… Hadopi fut donc rejetée, comme on sait, à la surprise générale. Cet amusant épisode de la vie parlementaire pose tout de même une question embarrassante: quelle idée les 541 députés absents de l'hémicycle se font-ils de leur fonction? S'agissant du vote d'une loi liberticide, leur désinvolture vis à vis du peuple qui finira peut-être par la subir est choquante. Peut-être faudra-t-il un jour séquestrer les députés à l'Assemblée nationale pour obtenir qu'ils nous respectent?
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mardi 7 avril 2009

Quand Ségolène Royal agace la maison Sarkozy

Ségolène Royal a prononcé à Dakar un beau discours qui a non seulement apaisé en partie l'amertume laissée par celui, calamiteux, que fit Nicolas Sarkozy au même endroit, en 2007, mais a aussi donné des pustules à la droite, ce qui fait toujours plaisir. Il mérite d'être lu, pour voir combien sont infondées et pitoyables les attaques qui visent l'ancienne candidate à la présidentielle. D'un Kouchner dépouillé de dignité, qui ose parler de démagogie, à l'inénarrable Frédéric Lefevre, estimant que Mme Royal «ridiculise» notre pays, les réactions sont vives. Elles sont à mettre au compte de l'irritation suscitée par les attaques frontales, trop rares dans l'opposition, que l'ex-candidate n'hésite pas à mener contre le régime sarkozien.
L'autocrate lui-même est revenu par la bande aujourd'hui, sur une autre pique lancée voici quelques jours par Ségolène Royal, à propos des séquestrations de patrons par des employés exaspérés, qu'elle avait, en substance, jugées illégales, mais compréhensibles —«Ceux qui sont fragilisés, piétinés et méprisés, ce sont les salariés…» Nicolas Sarkozy donc, a tenu à rappeler de quel côté du manche se trouvent ses amitiés : «Qu'est-ce que c'est que cette histoire d'aller séquestrer des gens?»
Évidemment on ne s'attend guère à entendre un président en exercice proclamer: si que les gens sont en colère, faut bien que ça pète, y ont bien raison! Il aurait cependant été mieux inspiré de laisser s'exprimer seuls ses ministres, ou un Frédéric Lefevbre —tout auréolé du Prix Orwell 2009 qui vient de lui être décerné pour son incompétence…
On peut supposer cependant que l'envie démangeait M. Sarkozy de se servir de la polémique soulevée par son opposante, pour tenter de la déprécier dans l'opinion. Pas de chance, on retiendra surtout que nous avons un président qui n'hésitera pas à mouiller sa chemise pour défendre le chef d'entreprise orphelin contre l'ogre de la révolte, il faut que ça se sache…
Photo Désir d'Avenir

vendredi 13 février 2009

Le quinquennat le plus long


Martine Aubry n'a sans doute pas tort lorsqu'elle craint «que le sentiment de ras le bol des Guadeloupéens et des Martiniquais se diffuse ici», en métropole. On pourrait penser qu'une telle perspective la comblerait secrètement, confortant l'opposition, mais il se pourrait plutôt que son inquiétude soit sincère. Parmi les responsables politiques, personne je suppose, n'aimerait prendre en main la patate brûlante d'une révolte sociale généralisée. Les remèdes efficaces et rapides aux motifs du mécontentement seraient incertains.
Et pourtant, de même que le pouvoir actuel récolte outremer une exaspération préparée par des décennies d'injustice, chez nous couve le ras-le-bol de la brutalité sarkozienne. En deux ans à peine, nous aurons vu, impuissants, Nicolas Sarkozy détruire plus de nos bien sociaux que tous ses prédécesseurs de droite réunis. Ses partisans croyaient choisir un président génial, ils ont élu un barbare médiocre, entêté à détruire. M. Sarkozy aurait peut-être fait un bon chef de tribu à l'âge des cavernes, mais comme président d'aujourd'hui, il n'est pas convaincant! Il faut espérer que le prochain mouvement de grève du 19 mars sera au moins aussi puissant et paisible que le précédent. Il faut espérer qu'il amènera enfin M. Sarkozy à reculer dans ses projets, durant les trois ans qui lui restent avant d'achever son mandat.
Qu'attendrions-nous de lui, à défaut de miracles hors de sa portée, qui pourrait rendre la difficulté des temps plus tolérable? Un retour à l'impôt redistributeur de richesses, avec un accroissement important du taux de la tranche supérieure. L'impôt, mieux qu'une loi sans doute, apporterait davantage d'équité dans les salaires et les revenus divers. Une relance par le pouvoir d'achat, ensuite, ainsi qu'une meilleure protection des chômeurs, plus ou moins inspirée du plan socialiste. Mettre un terme à la démolition du droit du travail, à la privatisation rampante de notre système de santé.
Cela laisserait au président le loisir de ramener à la vie ce capitalisme auquel il est tellement attaché, et chose faite, de le «moraliser» ainsi qu'il s'y est imprudemment engagé. Il y trouverait bien matière à s'occuper jusqu'à la fin de sa fonction. Alors seulement, il pourra se vanter d'avoir accompli le quinquennat le plus long de la république.


PS. La sérendipité, vous connaissez? Pour ma part, j'ignorais tout de ce mot… La réponse se trouve chez Éric. Je vous conseille aussi la lecture de ce très bon billet: Le libre-échange c’est la paix.


mardi 27 janvier 2009

Tarnac, le juge, le député, et la séparation des pouvoirs.

Un juge d'instruction du pôle antiterroriste, M. Thierry Fragnoli, envoie dans Le Monde une volée de bois vert au député PS André Vallini, à propos de l'affaire de Tarnac. On n'aura pas la prétention, ni l'imprudence d'émettre le moindre avis sur le fond de cette histoire de sabotage contre la SNCF. Un peu comme dans le cas de Julien Dray, il sera impossible au commun des mortels d'en deviner les arcanes avant longtemps.
Il y a cependant un point sur lequel la riposte cinglante de M. Fragnoli peut sembler discutable, sinon à la lettre, du moins face aux réalités de notre société.
Il conclue en effet [qu'] «il est (…) surprenant de voir les élus de la nation prendre position sur un dossier en cours, en dehors de tout cadre légal, la séparation des pouvoirs invitant, me semble-t-il, à plus de retenue…» tout en évoquant «ce principe républicain fondateur ».
Il est bien vrai qu'en théorie, ni l'exécutif, ni le législatif —auquel appartient M. Vallini—, ne doivent s'immiscer dans la justice.
Mais qu'en est-il de la sacro-sainte séparation des pouvoirs sous la Cinquième république, et singulièrement sous la présidence de Nicolas Sarkozy? Dans une approche de démocratie respectable, le parlement aurait seul l'initiative des lois et les voterait. Le président et son gouvernement les mettraient à exécution. La justice veillerait à leur respect, et chacun des pouvoirs se garderait d'empiéter sur les prérogatives des autres. Il en résulterait, toujours théoriquement, que les citoyens seraient à l'abri des abus de l'exécutif, car c'est toujours vers l'exécutif que se porte la méfiance d'un peuple.
Or, qu'en est-il chez nous? Le gouvernement décide de la loi. Il la concocte dans ses cabinets, puis la fait voter par le parlement. La fait voter, et non pas: la soumet, puisqu'il est rarissime qu'une loi soit rejetée par les élus de la nation. Le droit d'amendement, invariablement contrôlé par le gouvernement, devient un leurre dès lors qu'il s'agit de celui de l'opposition.
Notre régime politique est tel que la majorité de l'Assemblée nationale est soumise à l'exécutif, principalement au président de la république. De ce dernier dépendent les carrières des leaders de cette majorité et jusqu'au moindre siège de l'ensemble des députés, puisque le président peut dissoudre l'assemblée, alors qu'elle ne peut rien contre lui. Le président est le maître absolu de notre société, dictant la loi, imposant sa politique au parlement, et enfin surveillant de très près la justice puisqu'une partie des magistrats, et non la moindre, est sous la dépendance du Garde des sceaux.
Dans ce pays, la séparation des pouvoirs est une fiction. Il n'est donc pas aberrant de soupçonner, y compris à tort, qu'une affaire puisse être abusivement amplifiée afin de servir un dessein obscur. Et qui peut élever la voix pour défendre les droits des plus faibles d'entre-nous, sinon les tribuns que nous nous sommes choisis? Qui peut courir le risque de dénoncer d'éventuels excès, dans ce système perverti par l'autoritarisme, la confusion des pouvoirs, et l'abaissement des valeurs, sinon un député de l'opposition par l'usage de sa liberté de parole?
Faites-nous une république irréprochable et nous serons un peuple respectueux.

source image


PS. À lire: colère chez Nefisa, la fin des «kékés» grinçants chez Didier Goux

dimanche 25 janvier 2009

Crier stop à N. Sarkozy

Une semaine s'achève, ce matin j'ai demandé à Anne, ma soeur Anne, si elle voyait venir quelque chose de neuf à l'horizon?
«Je ne vois rien, que la crise qui merdoie, et le sarkozy qui sarkozoie.
—Quoi, pas même la grève générale du 29?
—Si tu insistes, je vois un peu de poussière tout là-bas, mais c'est loin! Ce sont peut-être des manifestants qui manifestoient, ou un troupeau de moutons qui moutonnoie…»

J'ai laissé ma soeur Anne à sa contemplation du monde, et je suis monté au village acheter le journal. C'est plus sûr, en définitive. Difficile de prévoir de quoi la semaine à venir sera faite, et si les 69% de Français qui approuvent l'appel à la grève pour Jeudi prochain, descendront tous manifester dans la rue. Logiquement, cela devrait se traduire par quelques dizaines de millions de mécontents qui défilent. Un truc aussi énorme que la tempête dans le sud-ouest.
(Entre parenthèse, je souhaite aux malheureux habitants des lieux dévastés un retour à la normale plus rapide que dans ma région. Nous avons eu, nous aussi, un gros coup de chien, quoique plus localisé, avec des vents dépassant 150 km/h. Et des semaines plus tard, des câbles téléphoniques traînent toujours à terre, les arbres gisent en partie tronçonnés au bord des routes, le câble d'alimentation électrique de notre maison reste provisoire —mais nous ne sommes sans doute pas les seuls!)
Donc, la semaine française à venir sera vraisemblablement marquée par la réussite ou l'échec du mouvement de protestation contre la politique de M. Sarkozy. Le signal qu'il est temps de mettre un terme à la destruction de notre société aura-t-il la force espérée? Si tel est bien le cas, le signal sera-t-il compris du pouvoir, ou celui-ci continuera-t-il à jouer avec le feu, imperturbable?

Notre république est ainsi faite que la légitimité d'un Nicolas Sarkozy lui est acquise, à la manière d'un cadeau tiré d'une pochette surprise électorale, jusqu'au terme de son mandat. Cette légitimité repose sur un simple souvenir de majorité sortie des urnes, une pure fiction aujourd'hui. De Gaulle était capable, dans le doute, de mettre sa légitimité à l'épreuve d'élections provoquées, ou d'un référendum —c'est comme ça que nous l'avons congédié. Oui, mais, c'était de Gaulle, passons…
En attendant, nous avons un président qui met en place une république autoritaire, bien décidé à modeler un avenir selon son goût. Nous ne pouvons que lui manifester notre désapprobation, suffisamment massive pour le faire hésiter. Le dernier mot lui appartiendra encore, malheureusement. Que l'on réprouve ses méthodes autocratiques et les allures consulaires qu'il donne à nos institutions, il n'a cependant jamais prétendu vouloir s'affranchir d'un jugement électoral au bout du quinquennat. C'est donc encore à un président républicain que nous avons à faire; un président républicain qui devrait s'abstenir d'acculer son peuple au désespoir.

PS. Ne manquez pas, chez Didier Goux , son billet : «À tous les kékés II»

mercredi 21 janvier 2009

Une tatane pour François Fillon ?

Le tapage sans précédent à l'Assemblée, où l'opposition a été jusqu'à demander la démission du président, M. Accoyer, mériterait de ne pas quitter trop vite les feux de l'actualité. Sous la république de plus en plus ouvertement autoritaire que nous subissons, la parcelle de démocratie qu'il est possible de repérer à la loupe dans la constitution, réside dans la seule représentation nationale. La souveraineté du peuple, confisquée de longue date, est confiée pour sa plus noble partie à ces députés qui le représentent tant bien que mal. Ce sont eux qui contrôlent le gouvernement et débattent du bien fondé de lois qui, dans un régime politique honnête, devraient être de leur seul ressort —mais ce n'est pas le cas, nos lois émanent du gouvernement, comme nous le savons… La voix du peuple, ses yeux, sa pensée, ce sont les députés, et eux seuls. On peut regretter comme moi que la rapacité politique se soit appropriée la parole du peuple, et que nous n'ayons pas la possibilité d'intervenir directement dans nos propres affaires, mais c'est ainsi pour un certain temps encore. C'est pourquoi le respect de notre haut personnel politique envers nos représentants devrait être absolu. Il en résulterait notamment que le pouvoir ne puisse légiférer pour entraver les droits de l'opposition parlementaire. Par définition, l'opposition est minoritaire, donc théoriquement faible, obligée d'utiliser les rares armes à sa disposition pour se faire entendre de l'opinion publique et embarrasser quelque peu la majorité. Par exemple en prolongeant la durée d'un débat aussi longuement qu'il lui est possible de le faire. C'était son droit absolu, cela doit le rester.
Quand M. Fillon prétend que l'opposition a «insulté» M. Accoyer en demandant sa démission, c'est une partie du peuple français qu'il insulte lui-même, car il est légitime d'inviter à tout moment au départ un personnage déconsidéré. Il se pourrait bien que la démission de François Fillon lui-même soit réclamée à l'occasion de la grève générale du 29 janvier —et pourquoi pas l'abdication de l'autocrate qui tire les ficelles en coulisses?

sources image (retouchée), billet : Le Monde, Le Nouvel Obs


PS. À lire d'urgence: «10 moyens de vaincre l'overdose d'information», sur «Crise dans les médias!», et une pétition pour réclamer un nouveau Premier ministre, chez Ruminances

lundi 17 novembre 2008

Ombre et lumiere du PS

Je lis la presse pour m'informer, version papier ou internet, et j'écoute la radio. Les infos de France Inter me conviennent mieux par leurs horaires que celles de France Culture, pourtant plus pertinentes, et surtout allégées de la graisse rance des faits divers dont Inter raffole. En fait France Inter m'irrite souvent, depuis le spectaculaire déclin de qualité amorcé à l'époque de Jean-Luc Hess. Si mes souvenirs sont bons, il n'en resta pas le patron longtemps, mais dès son arrivée fut supprimé l'excellent magazine culturel du journal de treize heures.
Aujourd'hui, plusieurs années plus tard, la place de la culture et même celle des véritables informations, se sont encore rétrécies au profit de la sporcherie et de la chanchon, essentiellement. Bon, tout n'est pas à jeter, loin de là, et j'écoute donc pas mal de choses sur Inter, à commencer par les informations.
Comme tous les médias, cette radio est portée à privilégier de façon outrancière les événements importants, ou jugés tels. Il y a eu ainsi la crise, puis la montée en puissance du congrès de Reims. Et maintenant la crise du PS, ou présentée telle, traitée aujourd'hui encore d'un ton si jubilant, qu'on croirait tous les journalistes encartés à l'UMP. Soupçon qui me vient d'ailleurs souvent à l'esprit à les entendre nous imposer chaque jour une tranche de Sarkozy. Bien entendu, c'est une opinion exagérée, car les divers intervenants d'un journal contribuent en général à établir un équilibre à peu près satisfaisant. Donc, aujourd'hui furent dramatisés à souhait les déchirements du PS, avec le revirement nauséabond de M. Delanoë.
Pour moi qui ne suis qu'un sympathisant —je le redis—, je vois simplement dans les conflits de personnes en cours au PS, la manifestation d'une certaine démocratie. La lutte se passe au grand jour, et se sont les militants de base qui auront le dernier mot. En ce moment même, au sein de l'UMP dont les porte-flingues se répandent sur les ondes pour se gausser du PS, se déroulent des luttes assassines en vue des prochaines élections. Cela s'y passe sans témoins comme dans les mauvaises familles, et les adhérents ne sont pas consultés. Presse et radio, à ma connaissance n'en parlent guère…
Je reviens toutefois au PS et à la démocratie en son sein, que j'ai qualifiée de certaine, la trouvant indéfinie pour ne pas dire faible. C'est qu'il y a du chemin à faire de ce côté-là aussi, en dehors du choix d'une tête d'affiche! Et comme par hasard, les trois candidats au secrétariat représentent chacun, grosso-modo, une vision de ce que pourrait être la démocratie interne du parti.
Martine Aubry, c'est le retour aux traditions perturbées par l'irruption de Ségolène Royal à la dernière présidentielle, qu'on peut schématiser ainsi : l'appareil du PS se coopte, il gouverne, les militants ferment leur gueule et collent les affiches.
De M. Hamon je connais mal les intentions, mais tout montre qu'il irait dans le même sens une fois en poste.
Ségolène Royal a l'immense mérite de vouloir mettre à bas les mauvaises habitudes du passé érigées en règles, et veut donner aux militants une importance qu'ils n'ont jamais eue.
Je terminerai par une illustration de la démocratie interne telle que la conçoivent Mme Aubry et ses soutiens. Marc Vasseur, que les lecteurs de blogs avertis connaissent sans doute, milite au Parti Socialiste depuis 1993. Il a été à ce titre élu d'une ville entre 1995 et 2008. Exclu du PS pour une raison que j'ignore en 2002, il a été réintégré en 2006, sans pour autant avoir quitté son groupe d'élus ni avoir cessé de cotiser dans cet intervalle. Le commun des mortels en conclura comme moi qu'il est donc socialiste depuis plus de dix ans…
Cette année, le voici candidat au poste de Secrétaire Fédéral de la fédération socialiste du nord, contre le titulaire sortant … proche de Martine Aubry.
Il faut croire que Marc Vasseur représentait une grave menace aux yeux du baron en place, puisque l'on vient de lui signifier qu'il ne peut être candidat à ce poste, faute d'avoir trois années consécutives d'ancienneté au PS. Ne riez pas! À la lettre du règlement, si j'ai bien compris, il manquerait deux ou trois mois au décompte, avant 2006 où il fut réintégré officiellement après l'éclipse signalée plus haut… On voit donc quelles pratiques douteuse Mme Aubry et les siens souhaitent faire perdurer.

PS: Partageons mes âneries lance le premier blog à boire et à manger!

vendredi 17 octobre 2008

Peut-on rire de la crise avec tout le monde?

Yves Deligne —Scheiro en costume de scène—, pourfendeur irréductible de la gauche, estime que mon discours ordinaire en ce lieu se fonde sur la doxa : les préjugés populaires pour faire bref… Et de m'opposer un extrait de texte de Sloterdijk, étoile montante de la philosophie, brillante sans doute, mais dont je n'ai rien à foutre pour ce qui concerne mes choix fondamentaux dans la vie. Le monde qui vous entoure vous force à découvrir avant l'âge adulte les mécanismes de l'aliénation sociale, comment se tracent les sillons qui vous feront subir plus ou moins durement la loi des nantis. Le juste et l'injuste, pour rester dans la doxa. On peut ignorer cette vérité banale, et trouver que le monde tourne bien ainsi, ou au contraire s'insurger, lutter contre l'injustice sociale. Élevé dans un pays de mines, par des gens modestes, je suis incurablement imprégné d'une volonté de changer la société. Ainsi, quoique touché à mon porte-monnaie par la crise actuelle, je jubile cependant de la déroute «des riches» (simplification absurde, mais pratique). Mon plaisir naît d'une évidence qu'aucun philosophe ne peut nier : le capitalisme a pris un sale coup. C'est une véritable jouissance que cette revanche offerte aux humbles sur le ramassis des possédants qui en prennent, j'espère, plein la gueule en ce moment. Une seule chose me chagrine : ils ne sautent plus par les fenêtres comme au bon vieux temps. D'un point de vue plus réaliste, je me désole par contre que ma famille politique, la gauche, cantonnée dans l'opposition, ne dispose pas des moyens d'imposer à la prétendue refondation du capitalisme, l'adoption de règles draconiennes : la mise au pas des paradis fiscaux, la fin définitive de la spéculation financière. Car je n'ai aucune illusion sur le retour rapide de ces pratiques. De même qu'il est, hélas, écrit que ceux qui rient aujourd'hui seront frappés par la récession demain…
Le capitalisme infligera toujours des crises aux populations qui, in fine, en seront les principales victimes, tant qu'une loi d'airain mondiale n'en décidera pas autrement. En attendant qui sait si , la France débarrassée de Nicolas Sarkozy, un gouvernement de gauche n'entreprendra pas de faire dégorger aux financiers les milliards qu'ils vont dévorer ? C'est mon vœu en tout cas. Comme des poissons dans l'eau d'une forme de communication nouvelle, mes amis blogueurs de gauche dénoncent jour après jour la politique clanique de M. Sarkozy. Personne —à commencer par les forgeurs de concepts coupés des réalités—, ne peut savoir aujourd'hui si l'espérance qui les anime, la dissidence qu'ils expriment, ne porteront pas de fruits.

dimanche 5 octobre 2008

M. Gueant, le G4, et nous

Claude Guéant, secrétaire général de l'Élysée, vient d'appeler la gauche, au lendemain du sommet G4, à «faire preuve d'objectivité renforcée». Il estime aussi que «reprocher à Nicolas Sarkozy et au gouvernement de ne pas avoir prévu il y a un an, alors que personne ne l'a prévu, (...) ce n'est pas bien». En quoi il ne manque pas de culot. On espère bien que la gauche (le P.S. en particulier), fera son boulot d'opposition sans complaisance. Ce sera même l'occasion de juger sur pièces si ses élus se soucient davantage du pays que de leurs luttes internes. Pour ce qui est de l'innocence de nos gouvernants par rapport à la gravité de la situation chez nous, M. Guéant prend les français pour des imbéciles. Le président, son gouvernement, et leurs conseillers, ont négligé l'approche de la crise financière avec une légèreté frisant l'incompétence.
La crise financières des subprimes s'est déclenchée en 2006 aux USA, née de la découverte d'énormes pertes sur les prêts hypothécaires. Dès cette époque, des interrogations sur les conséquences pour notre économie se lisaient dans la presse. La crise couvait donc avant l'élection de M. Sarkozy, mais cela ne l'a nullement dissuadé de songer à importer en France la pratique du prêt hypothécaire… Là-dessus, dans le courant de l'été 2007, le mal américain s'est transformé en crise financière mondiale. Le danger qu'elle représentait pouvait certes nous échapper, à nous simples citoyens, mais était-ce admissible de l'ignorer de la part de personnes qui prétendent gouverner, et gouverner qui plus est avec une soif de pouvoir sans mesure? E. Girardin disait : «gouverner, c'est prévoir», souvent repris par les politiques en guise de profession de foi. Malheureusement, presque sans exception, le personnel politique français gère le pays à la petite semaine, l'œil invariablement fixé sur des échéances proches, d'importance mineure pour le pays, mais toujours jugées essentielles pour la conservation immédiate du pouvoir. Ainsi M. Sarkozy dilapida-t-il les ressources à venir de l'état en créant son paquet fiscal. On ne dira jamais assez combien ce cadeau aux contribuables riches ou simplement aisés fut une faute grave, avec la menace d'une extension de la crise que l'exécutif ne pouvait ignorer. Même sans parler de la crise, c'était inexcusable si l'on songe à l'état d'endettement du pays. Aujourd'hui, si la France est démunie pour résister à l'adversité, c'est à M. Sarkozy qu'elle le doit. Voilà le président réduit à faire les poches des citoyens modestes par le biais d'un détournement de l'épargne sur le livret A, et à imaginer des expédients pour tenir les engagements du pays quant au niveau de l'endettement. Alors non, M. Guéant, «ce n'est pas bien» de nous prendre pour des andouilles et de réclamer notre indulgence.

Source : Le Monde
Résumé de la crise depuis l'origine

mardi 30 septembre 2008

Conte bancaire

La bourse avait la crève dans ce petit matin gris, mais Gédéon Doré n'en sifflotait pas moins en sortant de la salle de bains. À l'heure où la Coronel Bank ouvrait ses guichets, il appela Trouchon, son gestionnaire attitré à la banque, tout en jetant un coup d'œil sur internet aux derniers cours connus.
«Comment va, mon cher Trouchon?
—Ça yoyote, M. Doré, ça yoyote !
—Aïe! Madame avait loupé la ratatouille, hier soir ?
—Non, les Zaxia, lâcha Trouchon d'un ton mourant.
—Oui, bon ! pas de quoi gémir : ils reprennent 8% déjà.
—Hélas, M. Doré, ma femme a vendue nos Zaxia dans mon dos, HIER. Au plus bas !
—…
—Vous êtes toujours là, questionna Trouchon ?
—Qu'est ce qui lui a pris ? dit Doré.
—On avait eu des mots, parce que je trouvais que ce n'était pas le moment qu'elle s'achète des bottes, des Balanciaga à 400 euros… Eh bien, elle a vendu les Zaxia pour se les offrir ! Cent titres à 7,30 M. Doré. Avec la monnaie, elle a pris des escarpins en plus.
—Pfff ! Je compatis Trouchon, mais remettez-vous : tant qu'il y a de la vie…
—Y a de l'espoir, c'est ce que je me dis aussi, soupira le banquier.
—Bon, Trouchon, vous allez me vendre du Pikou.
—Pikou ? Vous n'avez aucune action Pikou en portefeuille… Vous jouez la vente à découvert ?
—On ne peut rien vous cacher, sacré Trouchon !
— Pikou cote à 8 € en ce moment, vous en vendez combien?
— Mettez-m'en dix kilos, dit Gédéon Doré.
— Heu…, 10000 titres ?
— Voilà, 80000 € tout ronds !
— Mmm, c'est faisable, quoiqu'un peu osé par les temps qui courent, si je puis me permettre, estima le gestionnaire.
— Parfait, mon bon Trouchon, vous m'arrangez ça tout de suite.»
Gédéon Doré raccrocha sans attendre de confirmation, assuré que son gestionnaire favori traiterait scrupuleusement son ordre de vendre 10000 Pikou qu'il ne possédait pas.
Il termina son café, prit sa raquette de tennis et son petit baise-en-ville sportif, puis s'en alla dépenser son trop plein d'énergie au Cercle de Lutèce. À l'heure du déjeuner, il vérifia que le cours de Pikou poursuivait sa dégringolade, telle qu'il l'avait conjecturé dans son analyse de la veille.
6,10 € au dessert, 5 € en rentrant chez lui…
Vers 16h Pikou cotait 1,6 €, soit une chute de 20% qui le plongea dans un état proche de l'extase, éperdu en tout cas d'admiration pour lui-même. Il rappela le bon Trouchon et le pria d'acheter ses 10000 Pikou sur le champ.
Il les paya 16000€. Soit le montant exact de ses liquidités du matin. Une pure coïncidence qui les fit rire aux larmes l'un et l'autre. Sauf qu'ayant vendu pour 80000 € de titres inexistants au matin, il liquidait à présent sa position vendeuse et se retrouvait avec un solde de 32000€ sur son compte : joli coup, non ?
L'histoire ajoute une chose fort curieuse en guise de morale : le portefeuille de Gédéon Doré ne se retrouva même pas encombré de ces Pikou foireuses, puisqu'elles n'existaient pas. Il n'y eut que le bénéfice.

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P.S. tardif : J'informe mes lecteurs clavésiens que le site de l'opposition municipale, Claviers Ensemble est à nouveau ouvert, tout beau, tout nouveau.
Mon billet d'aujourd'hui ne me permettait guère de créer des liens vers les blogs que j'apprécie. Mais je vous recommande encore une fois la lecture d'un texte de Monsieur Poireau, décidément en verve, et de Nicolas : «obèse quand on veut». Enfin, j'ai lu comme chaque jour la page de Didier Goux, presque invariablement impeccable sur le plan littéraire, souvent peu en phase avec mes idées, ce qui ne me gêne pas.




mercredi 11 juin 2008

Vous avez dit pantin* ?

Par les temps d'eau tièdasse dans lesquels nous baignons, il serait illusoire d'attendre des candidats à l'exercice de fonctions électives d'un petit village, qu'ils se présentent à leurs concitoyens non seulement avec un programme crédible d'ambitions communales, mais aussi avec des objectifs politiques clairement annoncés. Par exemple, l'affichage d'une volonté de se soucier des droits de l'homme dans le pays et au-delà, ou de soutenir au niveau régional les mouvements de lutte contre les discriminations, voire pour les plus audacieux, d'annoncer une intention de faire œuvre sociale au niveau communal. On reconnaîtra là des préoccupations plutôt de gauche, à première vue, mais les femmes et les hommes de droite qui les partagent ne sont pas si rares. Chez nous, comme dans quantité d'autres villages, nous avons voté sans savoir vraiment quelle sorte d'hommes et de femmes nous choisissions. La moindre des choses aurait pourtant été de nous faire une petite idée sur la proximité de pensée que nous pouvions ou non avoir avec les gens qui sollicitaient nos suffrages. C'est une mauvaise habitude que la nôtre, de les encourager à dissimuler leurs opinions. La faute nous revient partiellement. Et le résultat, c'est que nous avons une majorité municipale invertébrée, constituée de bric et de broc, avec un maire qui a piqué le programme de ses anciens compagnons pour suppléer au vide consternant des propositions de ses nouveaux alliés. Nous ne savons pas qui nous conduit ni où, ni quelles sont les qualités humaines ou les travers de ces gens, sinon que leur passivité citoyenne touche à pleutrerie. Un élu est non seulement là pour veiller au balayage des trottoirs, mais aussi pour faire marcher la démocratie, parce qu'il représente des êtres pensants et non des veaux.

(*Le maire nouveau a qualifié de rôle de pantin celui de simple conseiller… Il n'est pas encore prouvé qu'il fera mieux lui-même)