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mercredi 22 juin 2011

L'UMP contre la démocratie

L'UMP a peur des primaires socialistes, l'UMP a peur de la démocratie. Que les tentatives de sabotage du parti de Sarkozy échouent, et vous imaginez l'allure qu'ils auront, ces godillots marchant au scrutin sous les ordres du président candidat auto-désigné ? Tout est bon aux Coppé, Guéant, et autres Juppé pour essayer d'empêcher les français sympathisants du PS de choisir librement leur champion. 

La peur de l'exemple : à ma gauche un homme ou une femme portant réellement les espérances des citoyens qui l'auront préféré(e) à plusieurs autres, à ma droite un bout d'autocrate dont personne n'aurait voulu dans sa propre famille politique, s'il n'avait le pouvoir de s'imposer.  D'un côté la naissance de nouvelles pratiques, proches des gens, de l'autre la continuité des mœurs claniques, la sclérose d'une autorité détestable. 

Alors l'UMP sort les arguments les plus bas : on va ficher les sympathisants, repérer les opposants en recoupant les listes d'émargement. C'est faux, le PS a pris des mesures strictes, des engagements clairs. Il fallait que ce soit dans notre vieille France, croupissoir de la démocratie confisquée, qu'un parti veuille empêcher les citoyens de faire de la politique autrement. Aux États Unis, les primaires sont la règle dans tous les partis depuis fort longtemps… Qui a jamais entendu les Républicains accuser les Démocrates de ficher les électeurs, ou l'inverse ?

Comme les accusations mensongères pourraient être insuffisantes à décourager du vote des Français lassés de souffrir de sarkozychia coli, le pouvoir multiplie les obstacles à l'organisation des primaires. Des préfets, des maires (comme Juppé, maire de Bordeaux) refusent de communiquer les listes électorales ou de prêter des salles publiques au PS…

Pour tout savoir sur l'organisation des primaires consultez les pages du site suivant :
Les primaires citoyennes, c'est vous qui décidez !
La carte des villes et régions qui bloquent…

mardi 14 juin 2011

Prendre une vessie pour un référendum populaire

Au journal de treize heure de France Inter étaient évoqués les résultats du référendum en Italie. Si je m'étais trouvé dans le studio avec Claire Servajean et son invité Noël Mamère, je les aurais bouffés crus. Comme je n'étais pas en situation d'écrire le moindre billet le gros de ma colère est retombé depuis, ce qui n'est pas plus mal, son motif étant dérisoire au regard du peu de cas que l'on fait de la démocratie dans ce pays.

À l'ouverture de son journal, Mme Servajean a donc annoncé l'abandon du nucléaire par les italiens au nombre des sujets abordés, ajoutant que l'on parlerait de ses implications en France. Puis, elle s'est demandé «où en est le référendum d'initiative populaire qui est pourtant inscrit dans la constitution ?» C'est là que mon taux d'adrénaline a commencé à grimper, pour atteindre son maximum lorsqu'il fut réellement question de notre Arlésienne référendaire avec Noël Mamère.

Que les naïfs qui pullulent sur le web gobent cette appellation et la reproduisent à l'occasion est excusable. En revanche, qu'une journaliste responsable du principal journal de l'antenne et un député de l'opposition entretiennent complaisamment la confusion entre initiative populaire et initiative parlementaire est de la malhonnêteté. Ils savent de quoi ils parlent.

Le référendum d'initiative des italiens est populaire parce qu'il suffit à cinq cents mille électeurs (ou cinq conseils régionaux) de le demander pour qu'il soit organisé —à condition que les questions posées soient autorisées par la loi.

Le référendum d'initiative à la française est anti-populaire, car il ne peut être exigé que par un cinquième des parlementaires (députés et sénateurs), qui doivent ensuite, et ensuite seulement, obtenir le soutien de 4,5 millions d'électeurs. C'est un référendum d'initiative parlementaire.
De toute façon, cet instrument pseudo-démocratique n'a qu'une existence théorique puisque Sarkozy n'a pas encore autorisé la discussion et le vote au parlement de la loi qui le rendraient applicable.

Ni Claire Servajean ni Noël Mamère n'ont souligné cette différence considérable entre les deux options référendaires. Ce n'est pas innocent : l'écrasante majorité des élus s'estiment propriétaires de la démocratie, confisquée par la mise au rebut de la Constitution de l'An 1. Il ne faut pas attendre des journalistes habitués à être de connivence avec eux qu'ils les bousculent dans leurs certitudes.

Comme pour le billet d'hier, cela m'amène à conclure sur la perspective ouverte par la prochaine présidentielle. L'inscription d'une version non édulcorée du référendum d'initiative populaire au programme des présidentiables, pourrait être de nature à redonner de l'espoir à gauche. À toute la gauche. La démocratie est après tout un grand dessein. Mais qui serait capable de mettre cette idée en avant au PS, fer de lance de l'opposition ? Pour le moment, je ne vois que Ségolène Royal ou Arnaud Montebourg.

P-S Notre ami Olivier P. s'est éteint au début du mois. Arnaud et Nicolas lui rendent un dernier hommage sur son blog «C'est juste histoire de dire». Au revoir Olivier.

vendredi 29 avril 2011

Que faire du président ?

Pour ou contre une modification du scrutin présidentiel, voire une suppression de l’élection du président au suffrage universel ?
Romain pose dans son Variae cette question d'apparence iconoclaste et me demande d'y répondre. Elle méritait d'être posé, car l'élection présidentielle a beau être le monument sacré de la Cinquième, devant lequel se prosterne la nation, elle n'en est pas moins la source de tous les maux politiques de ce pays. À peine un nouveau président entre-t-il en fonction que la fièvre de l'élection suivante commence à couver chez les politiques ; souvent, elle brûle même certains (voyez Copé), dans les préparatifs d'une échéance plus lointaine. Il y a toujours une présidentielle à venir qui sous-tend la vie politique française et empoisonne petit à petit la république.

Le défaut majeur de cette élection découle de sa fausse apparence démocratique : elle a lieu au suffrage universel et donne donc au président une légitimité équivalente à celle de l'Assemblée Nationale où siègent les représentants du peuple. En réalité, par la lecture qui est faite de la Constitution et les pouvoirs qu'il peut s'octroyer, le président jouit d'une «légitimité» supérieure à celle du Parlement (pour le coup, joignons à contrecœur les sénateurs aux députés). Dire qu'il est roi l'espace de son mandat est devenu un truisme. Il est même davantage qu'un roi, puisque si les Français ont pu s'offrir dans le passé à plusieurs reprises le bonheur de dégommer des monarques, on n'a encore rien vu de tel avec leurs autocrates électifs —sous prétexte qu'ils disposaient au soir de leur élection d'une légitimité réputée acquise une fois pour toutes.

Le président, en particulier Nicolas Sarkozy, concentre tous les pouvoirs et n'est responsable de rien. Les représentants du peuple ne peuvent lui demander des comptes, et encore moins le révoquer. Par contre le président a la possibilité de dissoudre l'Assemblée : c'est cette menace majeure qui nous vaut des majorités de godillots, les unes après les autres.

Ceci dit, nous avons si peu de démocratie dans notre vie politique (nous n'en avons même aucune), que le sentiment de pouvoir choisir directement notre maître nous procure de la satisfaction. Rendre aux députés la faculté de désigner le président, comme c'était le cas dans la république précédente, nous semblerait un vol, il n'est pas facile de revenir en arrière. Pour ce faire, il faudrait changer de république et en ouvrir largement portes et fenêtres à la démocratie, enfin. Aux députés la désignation et le contrôle effectif de l'exécutif, aux citoyens le contrôle des effets de la loi sur leur vie quotidienne à travers le référendum d'initiative populaire.

Le problème, c'est que le passé nous a appris qu'une république purement parlementaire débouche à plus ou moins long terme sur l'instabilité gouvernementale et l'impuissance. C'est de cela autant que de la guerre d'Algérie qu'est sortie la constitution de la Cinquième République.
Alors, pour ma part, et dans les limites de ma grande ignorance politique, je me contenterais d'un président élu au suffrage universel, châtré constitutionnellement. Une n-ième révision de la constitution devrait le limiter étroitement à son rôle d'arbitre, et surtout le rendre responsable d'une façon ou d'une autre devant le Parlement.

Au fait, a-t-on vraiment besoin d'un président ?

(À noter : Melclalex, Isabelle et Nicolas ont déjà donné leur avis. J'aimerais bien avoir aussi celui d'Arnaud, d'un «Ruminances», ou de Le-gout-des-autres )

P-S: Merci à Gaël grâce à qui je vais pouvoir ajouter plus aisément de la musique sur mon autre blog… Après «Le jardin de la mairie», Christophe nous lâche face au mur du maquis

samedi 5 mars 2011

Pour Jacques Chirac, c'est du billard !

Selon Le Monde, la défense de Jacques Chirac, prévenu de droit commun dans l'affaire des emplois fictifs à la mairie de Paris, vient de réussir un joli coup de billard. Un avocat de l'ex-président va déposer une question à propos de la constitutionnalité des poursuites, qui pourrait reporter celles-ci à la Saint Glin-glin, voire les annuler à terme dans trois volets de l'affaire…

Les avocats font leur boulot, difficile de leur reprocher cela. Néanmoins, une fois de plus l'écœurement me saisit devant la volonté de soustraire M. Chirac à la justice. Non pas qu'il me soit particulièrement antipathique, loin de là, mais parce que une telle issue serait la confirmation donnée au personnel politique qu'il peut tout se permettre.

C'est la première fois sous cette république que l'un de ses éminents serviteurs devrait répondre devant le peuple de ses actes passés. Que le puissant réseau de complicités et d'intérêts inavouables à l'œuvre dans l'ombre de M. Chirac parvienne à ses fins, et l'existence chez nous d'une caste politique deviendra flagrante. De gauche ou de droite, quel citoyen digne de ce nom pourrait accepter cela ?

P-S : Dadavidov et Melclalex nous rappellent que c'est jour de collecte des Restos du cœur. La vidéo qui réveille, c'est chez Isabelle que je l'ai trouvée ce matin… Et je voudrais encore vous recommander la lecture du dernier texte de Xavier «[la] #5»…

jeudi 3 mars 2011

Le sénat dans ses œuvres

Hier, les sénateurs ont rejeté un amendement du PS visant à rétablir une peine de prison pour les parlementaires fraudeurs. Il s'agissait à l'origine de sanctionner les fausses déclarations patrimoniales des parlementaires dans le cadre d'une élection. Cette disposition figurait dans un projet de loi débattu à l'Assemblée nationale, mais avait été supprimée à la demande de Jean-François Copé, nous dit Le Monde.fr.

Les sénateurs, notamment de l'UMP, estiment que l'amende de 30 000 euros et la perte des droits civiques pouvant entraîner une inéligibilité pendant cinq ans, toujours prévues par le texte, constituent un châtiment largement suffisant. «L'inéligibilité (…) équivaut à une mise à mort politique», dit le rapporteur UMP cité par Le Monde.fr…

La preuve : Alain Juppé, condamné en 2004 par la justice et devenu par conséquent inéligible, avait choisi de s'exiler au Québec pour inhumer son ambition politique. Ne nous méprenons pas : l'homme reconnu coupable de malversations financières, autrefois «exécuté» par les juges, n'a rien à voir avec le ministre des Affaires étrangères d'aujourd'hui. Ce dernier Alain Juppé est un spectre revenu d'entre les morts via le purgatoire : il est tout propre désormais.

Une majorité de parlementaires, députés et sénateurs, se place au-dessus de la société. Ces gens veulent à tout prix maintenir un rempart de privilèges autour du personnel politique. Leurs réflexes comme leurs actes réfléchis sont ceux d'une caste insolente incapable de s'amender de son plein gré. L'approche d'élections, la publication de programmes d'avenir, constituent la dernière chance des hommes et des femmes politiques intègres de proposer aux Français le renouveau pacifique de la vie politique. Sinon, il ne restera plus que la révolte, dont le jour viendra, pour chasser la nouvelle aristocratie de nos palais nationaux.

P-S : le dégel est amorcé chez Mtislav

mercredi 12 janvier 2011

Ce qui est bon pour les Islandais serait bon pour nous aussi


J'aime la démocratie, pas ce vomi de la république que vous baptisez ainsi, escrocs politiques, niais du marais, petits ambitieux qui, nous payant de mots, n'attendez que le moment d'y ramasser un fragment de pouvoir. La démocratie commence et s'achève dans les limites où un peuple s'associe à l'exercice du pouvoir par ses représentants. Il ne sert à rien d'espérer de nos élus qu'ils en ouvriront un jour le chemin pour nous, cela ne s'est jamais vu. Lorsque les citoyens d'un pays accèdent à la démocratie, c'est toujours à la faveur d'événements exceptionnels leur permettant d'écarter les anciens gouvernants et de créer de nouvelles règles.

La Suisse, pour dire un mot du modèle habituel en la matière, a vu son organisation évoluer à travers de nombreux conflits. On a coutume de nous la présenter comme une fantaisie, une sorte de vieux bijou de la famille européenne qu'on se montre en souriant avec condescendance, mais qui ne se porte plus. De gauche à droite, pour exorciser le spectre représenté par le droit du citoyen d'ouvrir son caquet, on en souligne volontiers les défauts et l'incommodité qu'il y aurait de nos jours à s'embarrasser d'un colifichet démocratique. Laissons donc la Suisse de côté pour cette fois.

Heureusement, désormais elle n'est plus le seul pays auquel on puisse se référer afin d'illustrer l'étendue de notre dénuement de citoyens français. L'ami Poireau vient d'attirer mon attention sur ce qu'il s'est passé en Islande ces dernières années, dans l'étrange silence de nos médias —et bien entendu de nos politiciens.

J'avais lu à quelques reprises des allusions à ces événements, lesquels étaient toujours présentés d'une manière trop embryonnaire pour les comprendre. Mediapart rompt aujourd'hui cette quarantaine politico-sanitaire en publiant un article dont l'essentiel a d'ailleurs déjà été mis en ligne, fin décembre, sur le site du NPA O6. De quoi s'agit-il ? Pour résumer : d'une révolution pacifique, ni plus ni moins.

En 2008, dans la débâcle du système bancaire, les Islandais sont descendus en masse dans la rue. La droite fut éjectée du pouvoir, au bénéfice de la gauche, laquelle nationalisa les banques… Un écueil ne tarda pas à se présenter avec le projet du nouveau gouvernement de rembourser la dette des banques envers la Grande-Bretagne et le Danemark. Un retour du peuple dans la rue imposa l'organisation d'un référendum sur le sujet, qui vit 93% des voix refuser cette proposition.

Ce n'est pas tout : du bouillonnement révolutionnaire est né, le 27 novembre 2010, une Assemblée constituante chargée de modifier la vieille constitution de 1944… Cette Assemblée est composée de 25 citoyens ordinaires, choisis parmi 522 candidates et candidats dont étaient exclus les élus nationaux. On peut appeler l'Islande une démocratie naissante.

On comprend bien pourquoi nous avons si peu entendu parler de l'Islande : c'est que ce serait un très mauvais exemple à nous donner, aux yeux de la caste politique toute préoccupée de terminer paisiblement son fromage de cinq ans, ou d'être en bonne position pour en rafler la part suivante. Vous ne voyez pas qu'il nous vienne l'idée salubre d'enlever la nappe avant la fin du service ?
source illustration

P-S: Eric met son blog en mode «Curator»… Vous ne savez pas ce que c'est ? Moi non plus, avant de le lire ! Stef est passé à la pompe : il n'en revient pas !

mercredi 22 décembre 2010

L'Arlésienne

C'est reparti : l'escroquerie du référendum d'initiative parlementaire a été tirée de la naphtaline où l'autocrate l'avait enfermée, dans l'espoir que sa mémoire s'éteigne doucement oubliée de tous. À vrai dire, il aurait été plus honnête de laisser crever d'inanition cet attrape-couillons qui L'Aest un outrage à la démocratie. Dans les jours à venir, des journalistes, des parlementaires, des hommes politiques, vont nous mentir effrontément en parlant de la mise en route du référendum d'initiative populaire: c'était déjà le cas ce matin à la radio.

Alors rabâchons : supposons que la chose est faite… Pour qu'un motif de référendum apparaisse, c'est à dire une proposition de loi, il faudra qu'un député convainque un cinquième des parlementaires de la soutenir, soit 184 parlementaires (577 députés + 343 sénateurs = 920 parlementaires). Après quoi, et après l'initiative de ces parlementaires seulement, on condescendra à rechercher le soutien de 4,5 millions de citoyens environ. Celui-ci obtenu, le Parlement aura un délai de douze mois pour débattre de la proposition de loi. S'il ne le fait pas, le président devra décider l'organisation du référendum —mais en réalité, le président gardera toute latitude de faire rejeter dans l'intervalle la loi en question par sa majorité (loi supposée présentée par l'opposition): exit le référendum.

Résumé : les parlementaires ont l'initiative, en fait, le pouvoir décide.
Dans une démocratie, un référendum d'initiative populaire est mis en œuvre à la demande d'un nombre significatif, mais non pas malhonnêtement élevé, de citoyens — et d'eux seuls.

Enfin, la loi qui rendra peut-être un jour effectif le référendum parlementaire n'est pas encore votée. Lorsque ce sera fait, il est évident que Nicolas Sarkozy prendra son temps pour sortir le décret d'application… Ce sera donc lors du prochain quinquennat, au mieux, que les politiques pourront jouer à nous prendre pour des cons.

P-S: «Les bonnes truffes de Grignan», c'est chez Rimbus… La foi en DSK, c'est tout Melclalex… La leçon d'équitation, c'est Lediazec… Le poème en prose des taxes, c'est Hermes

lundi 22 novembre 2010

Défense de toucher aux secrets

François Fillon vient de refuser de donner au juge Renaud Van Ruymbeke l'autorisation de perquisitionner des locaux de la DGSE, le service de renseignement français. Ceci en vertu du fait que les lieux abritant la DGSE sont protégés par le secret défense. Mais au fait, de quoi est pétri ce fameux «secret défense» que l'on oppose régulièrement à la curiosité de ceux qui sont sensés nous représenter, ou enquêter et juger en notre nom ?

Il repose sur l'article 413-9 du Code pénal :
«Présentent un caractère de secret de la défense nationale au sens de la présente section les procédés, objets, documents, informations, réseaux informatiques, données informatisées ou fichiers intéressant la défense nationale qui ont fait l'objet de mesures de classification destinées à restreindre leur diffusion ou leur accès.

Peuvent faire l'objet de telles mesures les procédés, objets, documents, informations, réseaux informatiques, données informatisées ou fichiers dont la divulgation ou auxquels l'accès est de nature à nuire à la défense nationale ou pourrait conduire à la découverte d'un secret de la défense nationale.

Les niveaux de classification des procédés, objets, documents, informations, réseaux informatiques, données informatisées ou fichiers présentant un caractère de secret de la défense nationale et les autorités chargées de définir les modalités selon lesquelles est organisée leur protection sont déterminés par décret en Conseil d'Etat.»

Dans le cas évoqué plus haut, s'agissant des locaux de nos services de renseignement, on convient sans chicaner qu'ils relèvent de la défense nationale. En refuser l'accès à un juge d'instruction peut donc reposer sur des bases légitimes, et la décision de F. Fillon s'explique (ou plutôt la décision de N. Sarkozy, tant on imagine mal Fillon renouer ses propres lacets sans l'aval du premier).

Toutefois, on sait que le juge n'enquête ni sur notre arme atomique, ni sur nos agents en Afghanistan. Non, il s'agissait pour lui de rechercher des documents sur d'éventuelles rétro-commissions, dans le contexte précédant l'attentat de Karachi.

Ces rétro-commissions, si elles ont bien existé, sont interdites par la loi, et constituaient des malversations financières banales, comme ces pots-de-vin échangés par des trafiquants ordinaires. Bien sûr, l'importance des sommes en jeu et le fait qu'elles étaient peut-être destinées notamment à des hommes politiques, incite à qualifier l'opération de scandale.

D'autant plus que l'opération se serait finalement terminée dans le sang, avec la mort de 11 Français, sur 14 victimes. Quoique l'on se retrouve plutôt dans le registre criminel, il n'y a rien là-dedans qui mette en péril la sécurité du pays. C'est la réputation d'une poignée d'hommes, leur condamnation possible qui est en question, rien de plus.

Alors que vient faire le secret défense là-dedans ? Si un jour prochain Nicolas Sarkozy écrasait en voiture un promeneur sur une route déserte, ferait-on retomber la chape du secret défense sur l'homicide par imprudence ? La République gagnerait en propreté en sanctionnant l'abus du secret d'état —ne parlons pas de démocratie : la France en est de toute façon trop éloignée !

P-S : Sur le site des familles de victimes de l'attentat de Karachi se trouve une pétition demandant au chef de l'État de tenir ses engagements. Elle n'a recueillie actuellement que 2788 signatures… J'avais relayé l'appel à signatures, voici plusieurs mois, mais j'insiste auprès de vous…

vendredi 12 novembre 2010

Faites-nous rêver !

En ce moment les signatures affluent sur le site ouvert par Politis.fr pour exiger du pouvoir l'organisation d'un référendum sur les retraites. La possibilité d'un tel recours est prévue depuis la révision constitutionnelle de 2008. L'éventualité d'un tel référendum, proposé à l'initiative de 1/5 des parlementaires soutenus par 1/10 des électeurs, est en effet désormais gravée dans le marbre de la Ve République.

Sauf que… pour devenir réellement contraignante pour le régime sarkozyste, il faudrait qu'une loi organique en ait fixé les modalités, rendant cette disposition effective. Or, si Nicolas Sarkozy s'est dépêché de faire valider les modifications constitutionnelles accroissant ses pouvoirs, il s'est en revanche bien gardé de donner vie à deux points essentiels de ces modifications :
—la fin de l'irresponsabilité présidentielle,
—le référendum d'initiative parlementaire.

Autrement dit, nous ne sommes pas assurés qu'un ras-de-marée de signatures le fera davantage fléchir que 3 millions de Français dans la rue, mais ça vaut largement le coup d'essayer !

Et cela me donne l'occasion de revenir sur une préoccupation récurrente dans ce blog : la démocratie. Comme Nicolas le relevait, comme M. Poireau et d'autres encore, je crois que la gauche ne pourra pas gagner en 2012 avec seulement des propositions techniques, de la prudence, et du flou artistique à la Fabius*. Il faut aussi, il faut surtout, nous faire rêver, nous enthousiasmer pour un avenir dans ses pas.

Soyons réalistes cependant et n'espérons pas la démocratie, mais un vrai petit pas vers celle-ci : promettez-nous de revenir sur les dispositions référendaires mort-nées de Sarkozy. Promettez-nous un référendum d'initiative populaire: 1/10 (voire 1/15 si vous préférez) des électeurs déclenchant l'organisation obligatoire de la consultation, que cela plaise ou non aux parlementaires et au pouvoir.

*Fabius : Le NouvelObs, prêtait récemment à Fabius l'évocation d'une citation de Retz, favorite de F. Mitterrand : «En politique, comme en amour, on ne sort de l'ambiguïté qu'à son détriment.»

lundi 27 septembre 2010

La république du mensonge

Libération nous apprend aujourd'hui que le bouclier fiscal a du plomb dans l'aile, puisque la droite envisage désormais sa suppression. Et cela au nom de l'harmonisation fiscale avec l'Allemagne ! Libé a la bonne idée de nous rappeler précisément les propos de Nicolas Sarkozy lorsqu'il prétendait que le bouclier fiscal est inscrit dans la constitution allemande. L'homme qui affirmait «dire la vérité aux Français» est un menteur.

Hélas, le mensonge n'est pas un délit qui permettrait de le poursuivre un jour en justice. On objectera qu'il se retrouvera de toute façon un jour au tribunal électoral, d'où il ne sera pas assuré de repartir indemne. Oui, mais dans notre république, c'est un moment de vérité où il est coutume de mentir impudemment, les citoyens bernés n'ont aucun moyen de s'opposer aux effets de l'imposture…
_______________

En retirant la plainte de la Mairie de Paris contre Jacques Chirac, Bertrand Delanoë s'est porté au secours d'un système politique dont bientôt plus personne dans ce pays ne voudra… excepté les professionnels de la politique. Ceux-là mêmes qui nous exaspèrent et confisquent la démocratie.

Disons-le encore une fois: ce n'est pas pour en tirer vengeance que l'on aurait souhaité voir jugé un Jacques Chirac pareil à n'importe quel citoyen présumé indélicat. Mais parce qu'il serait salutaire de démontrer qu'un président de la république française peut avoir un jour des comptes à rendre.

L'irresponsabilité, l'impunité, resteront la règle. Il faudra se souvenir de cela, le jour où M. Delanoë apportera son soutien à un candidat du PS.

mercredi 7 juillet 2010

Quand la presse fait son travail

Dans la blogosphère, on a suffisamment reproché à la presse l'ambiguïté de ses relations avec le pouvoir, sa complaisance parfois manifeste à l'égard de celui-ci, pour ne pas la saluer lorsqu'elle mérite l'estime. C'est le cas de Mediapart dont le parcours, depuis sa création en 2007, témoigne d'une parfaite indépendance. Sans publicité, tirant ses ressources des abonnements de ses lecteurs, il se rapproche tranquillement du seuil de rentabilité, environ 40 000 abonnés, que son directeur pense atteindre en 2012 (entretien d'Edwy Plenel dans le journal suisse Le Temps). Neuf euros par mois pour un journal d'information libre, c'est un prix plus qu'honnête —surtout si l'on compare avec les tarifs de la presse-papier, soumis il est vrai à d'autres contraintes…

Tiens, cela ressemble à un petit coup de pub ? C'est bien mon intention, en effet, depuis que je me suis demandé comment manifester ma solidarité avec ces journalistes en butte aux représailles verbales du pouvoir. Nous avons tous reçu plus ou moins l'écho des propos outranciers de la garde rapprochée de Nicolas Sarkozy —les plus récents lâchés par la bouche de Nadine Morano. Évoquant «des sites internet qui utilisent des méthodes fascistes», la secrétaire d'Etat relayait ainsi l'accusation de Xavier Bertrand, qui vaut à ce dernier d'être poursuivi en diffamation par Mediapart.

Il s'agit évidemment d'une contre-offensive d'intimidation de la presse dans son ensemble, que Nicolas Sarkozy souhaite museler au plus vite. On sait maintenant depuis longtemps avec quelle hostilité le président des Grandes Fortunes considère le monde d'internet et sa liberté de parole. Les hommes du président ne manquent jamais la moindre occasion d'installer dans les esprits la confusion entre critique politique et perversion, entre humeurs pamphlétaires et escroqueries diverses. Et comme la presse en mutation traverse une crise particulièrement sévère, qui incite ses patrons et ses journalistes à voir dans internet une concurrence sans foi ni loi, on comprend bien que ces accusations du pouvoir ne sont pas gratuites.

En quelque sorte, Mme Morano, M. Bertrand, et leurs comparses, appliquent une tactique qui sent l'affolement, mais a certainement été définie par l'Élysée. Couper Mediapart du monde de la presse classique et le discréditer aux yeux de l'opinion publique, en le ravalant au rang de «site internet qui utilise des méthodes fascistes à partir d'écoutes qui sont totalement illégales».

Il n'empêche que c'est l'honneur de ces journalistes d'avoir révélé aux Français les liens douteux qu'entretiennent leurs gouvernants avec le monde de l'argent. Il est probable qu'il sera impossible d'apporter la preuve que des enveloppes d'argent sont passées entre les mains de M. Woerth, et de M. Sarkozy. Il restera que des situations équivoques ont bien existé, indignes de personnes qui s'apprêtaient à occuper les plus hautes fonctions de la République.

Pris la main dans le sac, le pouvoir et ses pitoyables soutiens, tels Mme Veil et M. Rocard, voudraient nous faire croire qu'il serait antidémocratique de risquer d'attiser la colère du peuple. Détrompons-les: la démocratie passe précisément par le fait de ne rien dissimuler au peuple. Et pour cela, on n'a pas encore inventé mieux qu'une presse indépendante et incisive. C'est le travail de Mediapart.

P-S: bon anniversaire à Lyonnitude(s) qui fête ses trois ans!

mardi 6 juillet 2010

L'affaire Sarkozy se complique

Ça n'est pas près de finir, chaque jour nous amène un nouveau rebondissement dans l'affaire Sarkozy. Quand on pense que cela va durer jusqu'en 2012, on se demande dans quel état le pays va en sortir?

Comme n'importe quel homme qui s'est accaparé tous les pouvoirs, Nicolas Sarkozy a droit à la présomption de culpabilité. Il n'a peut-être pas participé, en qualité de ministre du budget d'E. Balladur, à l'organisation de rétro-commissions illicites pour financer la campagne de celui-ci. Le doute est faible, mais avait-il besoin de ça, alors qu'il ne touchait peut-être pas des enveloppes d'argent de la famille Bettencourt, en n'allant pas dîner régulièrement dans son hôtel particulier? S'il dînait chez les Bettencourt, il n'avait pas besoin de créer une société fictive pour récupérer l'argent des contrats d'armement. D'un autre côté s'il ne dînait pas, ou que les enveloppes contenaient simplement des conseils éclairés pour réussir sa vie de couple, alors la société au Luxembourg s'avérait utile…

Dans tous les cas de figures, nous sommes en présence de l'un de ces hommes politiques que l'on qualifie de forts. Le monde en a connus beaucoup: l'homme fort de Bagdad, celui du Kremlin, du Congo, de l'Argentine… Ce sont des gens qui détiennent les trois quarts du pouvoir dans leur pays, et qui, pour le quart restant, désignent leurs affidés aux postes clefs afin de dormir tranquilles. L'inconvénient de ce genre de situation, c'est que l'homme fort est légitimement soupçonné d'être la cause de tout ce qui va de travers chez lui.

Si Nicolas Sarkozy n'avait pas éprouvé une grande admiration pour l'argent, ni manifesté un besoin de mener grand train de vie, son entourage aurait-il fumé autant de cigares, se serait-il senti autorisé à prendre autant de liberté avec les biens de la République? Lorsqu'on appartient à la cour d'un personnage puissant attiré par ce qui brille, n'est-il pas de bonne politique personnelle de chercher à scintiller avec tous les moyens du bord?

On nous dit que la présomption de culpabilité ne saurait s'appliquer aux hommes politiques, qui sont des hommes comme les autres. Ils en ont les faiblesses, en effet, mais les ayant élus parmi des millions d'autres, un peuple attend d'eux qu'ils se hissent au-dessus du commun par leur sens du devoir, et non par l'accumulation de privilèges. Ayant déjà tous les pouvoirs, on ne pourrait leur accorder la même présomption d'innocence qu'au premier venu. La discrétion, le quasi-silence imposés qui découleraient d'une innocence supposée jusqu'à preuve du contraire, deviendraient des instruments efficaces à la dissimulation de la vérité.

Le régime de Nicolas Sarkozy a débuté en fanfare dans l'esbroufe impudente, il en meurt aujourd'hui qu'est en passe d'être démontrée sa cupidité. Il est sain et normal que les Français attendent la démission d'Éric Woerth, parce qu'il est inadmissible qu'un ministre se retrouve dans une situation aussi ambiguë que la sienne. Ce n'est pas compatible avec le service du pays. Cela ne devrait pas cependant nous faire perdre de vue que la déchéance de ce régime a un responsable principal, Nicolas Sarkozy. Dans cette affaire, M. Woerth fait irrésistiblement penser à Petit-Jean, le portier du juge Perrin Dandin:

«On apprend à hurler, dit l’autre, avec les loups.
Tout Picard que j’étais, j’étais un bon apôtre,
Et je faisais claquer mon fouet tout comme un autre.
Tous les plus gros monsieur me parlaient chapeau bas ;
Monsieur de Petit-Jean, ah ! gros comme le bras !
Mais sans argent l’honneur n’est qu’une maladie.
Ma foi, j’étais un franc portier de comédie,
On avait beau heurter et m’ôter son chapeau,
On n’entrait pas chez nous sans graisser le marteau.» (Racine: Les Plaideurs)

P-S Stupéfiant: la confession de M. X dans un billet fleuve qui ne rentrerait pas dans une enveloppe kraft de qui vous savez… Arf étudie le colonialisme

lundi 5 juillet 2010

La république Irréprochable est en route

À l'origine, on racontait à propos du Point qu'il avait été fondé par des transfuges de l'Express qui trouvaient ce dernier magazine trop à gauche… Classer l'Express de l'époque à gauche prêtait à rire, mais la rigolade mise à part, je ne me souviens plus s'il y avait ou non un fondement à cette explication. En tout cas, je viens de m'en souvenir en lisant Le Point en ligne de ce jour, à cause du rire jaune qu'il m'a communiqué…

Le site de l'hebdomadaire consacre un article au micro-évènement constitué par la démission de deux ministres. Il cite ainsi, notamment, des propos de Dominique Paillé, porte-parole de l'UMP, et de Nadine Morano allant dans le même sens: «Nous sommes dans la république Irréprochable qu'est en train de construire le président de la République».
Sonnez trompettes des anges ! Je me suis permis d'inverser les capitales de la citation du point: république Irréprochable, plutôt que République irréprochable, parce que c'est tout de même, de la part de Mme Morano et M. Paillé, l'annonce d'un bouleversement considérable. À l'avenir, l'histoire de France ne parlera plus de la Ve République, mais de la Constitution de la république Irréprochable.

En attendant la démission de M. Woerth qui ne saurait tarder, compte tenu de ces nouvelles dispositions et de l'impossibilité de garder au gouvernement un ministre à la réputation entachée de soupçon, je me suis demandé si nous avions bien le Bayard qu'il nous faut à la tête d'une telle république? Bayard, vous vous rappelez? Le chevalier sans peur et sans reproche de nos livres d'écoliers… Nicolas Sarkozy remplit apparemment la première condition: il n'a peur de rien, en tout cas pas de l'opinion publique. Mais sans reproche?

Le soir de son élection, il se retire au Fouquet's pour une réception offerte à ses amis de la finance, des affaires et du show-biz.

Peu de temps après, l'industriel Vincent Bolloré met un jet Falcon à sa disposition pour rejoindre le yacht «Paloma» qu'il prête également, afin que M. Sarkozy se repose des fatigues de la campagne présidentielle. Ce nouveau mélange des genres, après celui du Fouquet's, fait scandale et la croisière qui devait durer dix jours sera réduite à deux…

Par la suite, le preux Nicolas, qui ne craint l'opprobre ni des médias ni du peuple, est invité pour des vacances par des amis milliardaires dans une propriété de Wolfeboro (New Hampshire, USA). Arrivé et reparti vertueusement en avion de ligne, le couple présidentiel est néanmoins escorté d'un Falcon 900 bourré de gardes du corps et autres accompagnateurs. Le Canard Enchaîné avait à l'époque chiffré les frais entraînés par cette escorte à 200 000€…

Le jet privé de V. Bolloré conduira encore Nicolas Sarkozy et sa compagne en Égypte, pour des vacances de Noël dans un palace.

En août 2008, le président Sarkozy se passionne pour le raccordement au tout-à-l'égout de la villa de sa belle-famille, au Cap Nègre. On raconte qu'un an plus tard, le préfet du Var est flanqué au placard pour n'avoir pas résolu assez vite les problèmes de chasse d'eau de la première famille de France…

Arrêtons là, il ne faut pas faire de billets trop longs, répète souvent Nicolas —pas Sarkozy, l'autre, qui va en week-end en Bretagne dans sa voiture personnelle.
Si nous devons assister à l'avènement d'une république Irréprochable, croyez-vous que Nicolas Sarkozy soit vraiment à sa place à l'Élysée?

samedi 3 juillet 2010

Parlez tout bas, le peuple écoute

Dans une tribune du journal Le Monde signée en commun, Simone Veil et Michel Rocard volent au secours du pouvoir et crient «Halte au feu !» Leur point de vue, tissé de ces formules creuses dont se gargarisent les politiques en représentation, vise à rétablir l'union sacrée de façade du monde politique. Torchons les fesses de la république sarkozyste dans l'ombre, loin des yeux du peuple. «Vrai démocrate», chacun de ces deux là appelle à «rejeter l'intolérance», et se décerne des brevets «d'indépendance d'esprit» et de «courage» pour avertir ses pairs que l'affaire Bettenwoerth risque de «démonétiser» la parole politique…

Je n'ai pas grand chose à reprocher à Mme Veil, femme de droite respectable, si ce n'est qu'elle est un pur produit de la Ve République. Il y a en revanche longtemps que Michel Rocard est totalement, irrémédiablement démonétisé. De fait, nous avons là deux alliés objectif de Nicolas Sarkozy qui s'efforcent de lui rendre service.

Ils parlent d'intérêt public, de démocratie, et s'inquiètent du coup qui serait porté à la république par les réactions indignées de ces derniers jours, dont on devine qu'ils les jugent outrancières.

Et pourtant, nous avons simplement assisté à la faveur d'une série de révélations tragi-comiques à la mise en pleine lumière de la nature du sarkozysme. Le bien public traité par le mépris, la république mise au service des intérêts privés des amis du pouvoir. On le savait dès le premier jour du mandat présidentiel, mais cette dernière affaire le démontre avec un éclat particulier.

Espérons que l'esprit de démocratie appelant à mettre au rancart les ministres perdus d'honneur politique, soufflera de plus en plus fort cet été. Et qu'il soufflera en tempête pour faire place nette et nous donner enfin une nouvelle république, dans laquelle il n'y aura plus de place pour les discours truqués.

P-S: l'exclusivité du classement Wikio, où ce blog descend d'une place est publiée par Nicolas.

vendredi 28 mai 2010

À quand la saisine du peuple par lui-même ?

Les sujets importants d'inquiétude ou de mécontentement ne manquent pas, à commencer par celui des retraites. On pourrait y adjoindre d'autres préoccupations essentielles, telles que le chômage, et pousser son couplet indigné sans la moindre chance d'être entendu dans le concert discordant des théories dominantes. De toute façon, les Français sont sourds: ils serrent les fesses devant ces problèmes, mais on entend mal avec son cul.

Rien ne changera chez nous avant longtemps, alors autant s'agacer les dents sur de gros petits scandales de peu d'importance réelle, mais qui pourrissent lentement notre république. Le refus du pouvoir de laisser toucher au train de vie de ses ministres en est un. Partout en Europe, les politiques de haut rang acceptent de réduire sensiblement leurs avantages pour accompagner les efforts de rigueur exigés de leurs peuples. Chez nous, rien. Ainsi, des amendements du député apparenté PS René Dosière, visant à empêcher les ministres de cumuler les indemnités de leurs mandats locaux avec leur rémunération principale, ont été rejetés par l'Assemblée. Ce n'est pas de bon augure pour voir les ministres accepter de diminuer leur salaire… Et encore moins pour la réduction du budget de l'autocrate élyséen, qui a encore augmenté comme tous les ans…

Les optimistes peu regardants pourront, par contre, pousser un cocorico sur la première audience publique du Conseil constitutionnel. Pour l'occasion, ses membres ont rendu enfin justice aux titulaires étrangers de pensions civiles ou militaires, qui ne touchaient pas la même chose que les Français. C'est un effet heureux de la nouvelle «procédure de question prioritaire de constitutionnalité», ouverte en théorie à tous les justiciables.

En théorie, parce qu'en pratique, avant de pouvoir saisir le Conseil, il faut aux citoyens passer par l'intermédiaire de la Cour de cassation, ou du Conseil d'Etat, qui jugent si la demande est recevable ou non… À comparer avec tous les autres pays européens, un poil plus avancés que nous en démocratie. Par exemple avec l'Allemagne, où n'importe quel citoyen peut déposer un recours lorsqu'il estime que ses droits fondamentaux on été violés… Dans les faits, il y a bien entendu beaucoup plus de réclamations déposées en Allemagne, que finalement acceptées, mais l'accès direct du citoyen n'y est pas un vain mot.

Et si le seul sujet qui vaille, parce qu'il contient l'amélioration de tous les autres, c'était la démocratie? Et si on essayait de l'imposer dans notre république de merde?

samedi 8 mai 2010

6e République? Oui, mais…

Pas de vrai billet ce soir, simplement l'envie d'attirer votre attention sur ce qui me semble avoir été l'événement de la semaine, dans le réseau de blogueurs que je fréquente. Je veux parler de la rencontre à la Comète entre quelques uns de ces derniers et Corinne Lepage, ancienne ministre, présidente de Cap21, députée au Parlement européen. Si j'énumère ses titres politiques, ce n'est pas seulement par courtoisie, mais aussi pour souligner l'intérêt particulier que représente sa prise de position en faveur d'une sixième république.

J'ignorais qu'elle en soit partisane et ce fut donc pour moi une vraie bonne surprise de l'apprendre à travers les compte-rendus publié par Nicolas.
Mme Lepage, qui renvoie à un document officiel pour retrouver plus précisément sa proposition de constitution, énumère en dix points sa vision de cette 6e République. Il n'est pas question pour moi d'en reprendre en détail tous les aspects (que les lecteurs retrouveront sur le texte évoqué, et sur «Partageons mon avis»), mais d'émettre une critique.

Si les gens de ma sorte sont tentés d'applaudir à cet essai de réponse «aux attentes d'un idéal démocratique», il y a tout de même un point qui me choque énormément. En dehors d'une volonté proclamée de rétablir un régime de séparation des pouvoirs, ce dont on se félicite, on constate que la démocratie y demeure la neuvième roue de sa charrette…

«9 La reconnaissance de nouveaux droits pour les citoyens : réclamer un referendum, demander l’examen d’une proposition de loi, invoquer devant les tribunaux l’exception d’inconstitutionnalité»

On dirait vraiment que ces nouveaux droits (et des droits bien vagues!) ne sont là que pour faire de la décoration dans un projet qui perpétuerait par ailleurs un régime politique confiscatoire.
Si l'on prétend nous promettre la démocratie, il est bien évident que l'organisation d'un référendum d'initiative, automatique à partir d'un certain seuil de demandes émanant des seuls citoyens, doit figurer aux premières places d'un tel projet. Et c'est à l'aune des propositions que l'on nous fera sur cette question cruciale qu'il faudrait nous déterminer au moment de voter.

Enfin, je conseille à ceux qui ont envie d'être mieux informés sur les propos tenus par Corinne Lepage, de se reporter aux blogs des participants à la rencontre. Outre Nicolas, ce sont: Seb Musset, Yann Savidan, Polluxe, et Olive

vendredi 30 avril 2010

Charles Pasqua sorti, la Cour fait grincer des dents

Charles Pasqua se tire donc comme une fleur —ou presque— des pattes de la Cour de Justice de la République. Un an de prison avec sursis, exit les quatre ans, dont deux fermes, l'amende de 200 000 euros, et surtout la privation des droits électifs qui avaient été requis par le ministère public…

Tous ces temps récents, depuis ses rodomontades tonitruantes contre Jacques Chirac et on ne sait trop qui, lors de son premier procès, plus d'une fois l'envie m'a démangé de faire de M. Pasqua le sujet d'un billet. Ce prurit de commentaire est cependant resté sans suite, non par manque d'inspiration, mais bien parce que je me suis trouvé piégé dans mes contradictions. À plusieurs reprises, depuis les débuts du Coucou, l'occasion m'a été donnée d'exprimer un sentiment sans doute saugrenu, pour beaucoup de lecteurs. À savoir que l'on peut avoir des opinions fermement encrées à gauche depuis toujours, et reconnaître du panache à un forban de droite. Il me semble avoir dit quelque part qu'il pourrait être moins déprimant de cohabiter sur une île déserte avec un tel personnage, qu'avec quelqu'un de gauche vertueux, mais insipide.

La société de Charles Pasqua est peut-être moins marrante qu'il n'y paraît, allez savoir… En tout cas, c'est le genre de bonhomme sur lequel j'ai du mal à taper, fusse par l'intermédiaire d'un clavier. Le premier venu n'a pas forcément le cran d'entrer en résistance à 15 ans, ni le deuxième venu, non plus d'ailleurs que le vingt millionième venu et tous ceux qui remplissent l'intervalle. Proportionnellement à l'ensemble d'une population, rares sont toujours ceux qui sont capables de prendre des risques, moraux aussi bien que physiques. Et ce bonhomme était de ceux-ci —ce qui ne m'a jamais retenu de l'exécrer dans l'exercice de ses fonctions politiques, du reste.
Paix donc pour moi à Charles Pasqua.

En revanche, et en pleine contradiction avec ce qui précède, le verdict me choque. Un homme politique peut donc être condamné par une Cour de Justice ordinaire et relaxé, ou quasiment, devant une Cour d'exception composée majoritairement de politiques, ses pairs —comparses, serait sans doute excessif?

On sent tout de suite que quelque chose cloche et que la justice des politiques n'est pas celle des citoyens ordinaires. Déjà, à l'époque du passage de Laurent Fabius devant la dite Cour de Justice de la République, comme beaucoup de Français, j'avais été écœuré. Prononçant mon propre arrêt d'intime conviction, j'ai cessé de compter M. Fabius, que l'on n'a pas retiré de la vie publique, pour un homme politique. Je ne voterai jamais pour lui —et difficilement pour ses alliés. Peut-être était-il innocent, après tout? Aucune envie de tirer cela au clair ne m'habite, puisque c'est tout ce qui fait du personnel politique une caste qui m'est insupportable.

Ce sont les privilèges du monde politique, en cette matière judiciaire comme dans beaucoup d'autres, qui paraissent les plus choquants dans le cas Pasqua. Le verdict laisse un goût douteux.

jeudi 29 avril 2010

Entêtement karachique

Falconhill et Nicolas commentaient hier un billet du nouveau blog d'Éric, s'attardant sur les huit habitudes du blogueur efficace. À la lecture des uns et des autres, je constate que, si je suis grosso modo d'instinct chacun des préceptes énoncés, le résultat d'ensemble ne suffit pas à me rendre le moins du monde efficace.

Néanmoins, appliquant en cette fin de matinée les deux premiers commandements de ces tables de la loi bloguesques, je remets sur le métier mes humeurs karachiques pour émettre une réflexion obstinée sur le possible scandale d'état croupissant dans un secret honteux.

Si nous étions en démocratie, il n'y aurait aucune considération au monde qui retiendrait nos gouvernants de révéler au grand jour la totalité des documents concernant l'affaire des ventes d'armes au Pakistan.

Le fait d'en dissimuler des éléments sous le secret d'état, de faire la sourde oreille aux demandes des députés de l'opposition est, en soi, un aveu de mauvaise conscience politique.

Que l'on ne vienne pas nous resservir le contre-argument dilatoire de la présomption d'innocence. Puisqu'il a des choses à cacher au peuple souverain, le pouvoir est au moins coupable de dissimulation. D'ailleurs tout pouvoir qui s'exerce dans le refus d'un contrôle total de la représentation nationale est suspect par essence.

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vendredi 23 avril 2010

L'après Sarkozy a-t-il commencé?




Nouvelle chute de Nicolas Sarkozy dans les sondages, avec 35 % d'opinions positives et 62 % de négatives. Il s'agit d'une enquête d'opinion Libération—Viavoice qui vient donc consolider l'impression que le désamour des Français à l'égard du président s'installe pour de bon.  Les commentateurs éprouvés semblent considérer que les gesticulations sécuritaires et la grosse astuce de la loi anti-burqa, destinées à rattraper par la queue les voix de droite n'y changeront rien. Tant mieux.

Bien entendu, M. Sarkozy continuera d'espérer jusqu'aux derniers mois l'embellie économique qui lui permettrait, grâce à son incontestable savoir-faire, de vendre un second mandat d'occasion aux électeurs. Pourtant, on se prend à croire que cela ne servirait à rien: c'est peut-être tout un style d'exercice du pouvoir que les Français vomissent. Les abus du président, régulièrement épinglés, sa vulgarité de langage, de culture, comme de comportement ont fini par le couper de tous ceux pour qui la vie publique ne se résume pas aux bonnes affaires.

On nous a seriné que son mode d'expression, direct et proche de celui de l'illettré lambda plaisait aux jeunes qui pouvaient s'identifier à lui.  Ou bien cette adhésion a été mal mesurée, une majorité de jeunes versant plutôt dans l'opposition, ou bien ces dits jeunes ont mûri dans la première moitié du mandat. Ils ont peut-être fini par se rendre compte que quelque chose cloche, quand le personnage sensé symboliser la République inspire de la gêne quand ce n'est pas de la honte.  Personnellement, je ne vois pas pourquoi Mme Alliot-Marie et tous ceux qui se découvrent devant le drapeau, autre symbole fort, sautent au plafond quand une photographie montre celui-ci maltraité, mais font preuve de complaisance devant l'avilissement de l'image présidentielle.

Ceci-dit, l'image présidentielle ne me semble importante que par rapport au régime politique sous lequel nous vivons. Et il me vient l'inquiétude que, dans l'effondrement accéléré de la cote de N. Sarkozy, l'opposition ne se sente pousser des ailes, et renonce à approfondir sa réflexion sur les changements à mettre en œuvre en cas de victoire. Plus précisément, je commence à craindre qu'il ne soit bientôt plus question que de savoir par qui l'on nous proposera de remplacer M. Sarkozy, de Mme Aubry, à Mme Royal, en passant par DSK, MM Peillon, Valls, ou je ne sais qui. Hisser simplement un(e) président(e) sur le pavois républicain n'est plus de saison.  Il y a un projet économique, fiscal, et social a définir d'urgence, mais il y a aussi quelques gages démocratiques à nous donner.

 

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mercredi 7 avril 2010

Martine casse la glace: sept ans de malheur

La maison Sarkozy s'efforce de victimiser le président dans l'espoir de voir celui-ci regagner un peu de popularité en suscitant la pitié des Français. L'intérêt médiatique se porte donc sur le prétendu complot qui serait à l'origine de rumeurs dont tout le monde se fiche. Et pendant que l'on parle de ces balivernes, on laisse de côté des débats d'une autre importance…

Ainsi en va-t-il par exemple, des récentes réflexions de Martine Aubry à propos du quinquennat, extrêmement choquantes. Dans le billet de samedi dernier je m'étais fait l'écho de l'entretien que Mme Aubry avait accordé à Mediapart. Elle y disait notamment: «Je pense qu'il est bien difficile de changer une société en étant élu pour cinq ans», ce qui résume sa pensée et le problème qu'elle pose.

Mediapart est revenu hier sur ce point qu'il qualifie avec raison de «perle de l'entretien», relevant que la première secrétaire du PS a reçu le soutien de Dominique de Villepin. «(…) je pense que le septennat donne la possibilité au président d'une plus grande respiration», dit notamment celui-ci. Pendant que le président respire, le peuple Français immanquablement soupire, quel que soit l'élu qui pose ses augustes fesses dans le fauteuil élyséen. Sous la Cinquième république, il n'y a pas un seul exemple de président qui n'ait à un moment quelconque joué du pouvoir en monarque.

Mediapart a demandé l'avis d'éminents constitutionnalistes: Olivier Duhamel, Guy Carcassonne, Dominique Rousseau. Aucun des trois ne témoigne la moindre indulgence vis à vis de la vision rétrograde et des mauvais arguments de Mme Aubry et M. de Villepin. On se reportera à l'article pour lire ce qu'ils ont à dire de ces velléités de révision d'une réforme approuvée du peuple Français par référendum.

Le citoyen ordinaire que je suis, ne peut que s'insurger devant le coup bas porté par Mme Aubry, mine de rien, à notre succédané de démocratie. Et il est urgent d'en tirer les leçons puisque le PS, parti dominant de l'opposition, s'apprête à débattre de son avenir et du nôtre. Plus qu'hier encore, il paraît nécessaire d'attirer l'attention de ceux qui vont forger les propositions de la prochaine campagne électorale sur le profond divorce entre les citoyens et le personnel politique.

Ce n'est pas d'ajouter du poids au président, déjà lourd à supporter, qui arrangera les choses. L'hystérie et les abus de la pratique du pouvoir actuel ne seraient nullement atténués par deux années supplémentaires, c'est dans la mentalité de Nicolas Sarkozy que gît le problème. Et ce n'est pas non plus parce qu'un(e) autre président(e) userait avec davantage de discrétion des pouvoirs qui lui sont accordés par la constitution qu'ils seraient moins excessifs.

S'ils ne sont pas capables de nous promettre l'avènement d'une Sixième République au président tenu en laisse par le Parlement, les socialistes devraient au minimum faire un pas vers la démocratie. Le peuple français a besoin d'exercer lui-même un contre-pouvoir pour reprendre confiance dans ses représentants. Pour cela, il n'y a d'envisageable que le référendum d'initiative populaire. S'engager solennellement à sa création, ce serait gagner des voix pour les socialistes. L'ignorer, c'est s'exposer à donner des voix à la droite, par représailles.

P-S à lire sur Piratage(s): De la vulgarité