lundi 27 septembre 2010

La république du mensonge

Libération nous apprend aujourd'hui que le bouclier fiscal a du plomb dans l'aile, puisque la droite envisage désormais sa suppression. Et cela au nom de l'harmonisation fiscale avec l'Allemagne ! Libé a la bonne idée de nous rappeler précisément les propos de Nicolas Sarkozy lorsqu'il prétendait que le bouclier fiscal est inscrit dans la constitution allemande. L'homme qui affirmait «dire la vérité aux Français» est un menteur.

Hélas, le mensonge n'est pas un délit qui permettrait de le poursuivre un jour en justice. On objectera qu'il se retrouvera de toute façon un jour au tribunal électoral, d'où il ne sera pas assuré de repartir indemne. Oui, mais dans notre république, c'est un moment de vérité où il est coutume de mentir impudemment, les citoyens bernés n'ont aucun moyen de s'opposer aux effets de l'imposture…
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En retirant la plainte de la Mairie de Paris contre Jacques Chirac, Bertrand Delanoë s'est porté au secours d'un système politique dont bientôt plus personne dans ce pays ne voudra… excepté les professionnels de la politique. Ceux-là mêmes qui nous exaspèrent et confisquent la démocratie.

Disons-le encore une fois: ce n'est pas pour en tirer vengeance que l'on aurait souhaité voir jugé un Jacques Chirac pareil à n'importe quel citoyen présumé indélicat. Mais parce qu'il serait salutaire de démontrer qu'un président de la république française peut avoir un jour des comptes à rendre.

L'irresponsabilité, l'impunité, resteront la règle. Il faudra se souvenir de cela, le jour où M. Delanoë apportera son soutien à un candidat du PS.

6 commentaires:

toff de aix a dit…

c'est marrant, mais je n'ai pas entendu une seule voix, à droite comme à gauche (surtout au PS en fait) pour dénoncer cet "accord" qui est proprement SCANDALEUX. A moins que je ne sois devenu subitement sourd?
Comment empêcher par la suite que le citoyen moyen (dont je suis) ne puisse faire le seul raccourci qui s'impose : tous les mêmes, tous pourris jusqu'à la moëlle...

Monsieur Poireau a dit…

Je suis embêté par cet accord de Delanoë. J'ai tendance à vouloir moi aussi que Chirac, dont pas une année de ma vie ne s'est écoulée sans qu'on parle de ses "affaires" mêlant corruptions, détournement et pourriture morale, finisse dans les prisons de la République. Mais n'est-ce pas plus utile, à la sauce américaine, d'obtenir un accord de dédommagement immédiat (qq chose comme 2 millions d'Euros !) plutôt que de perdre à nouveau une bonne quinzaine d'années et des sommes mirobolantes de frais d'avocats en justice ?
Je me demande.
Sur le terrain des symboles, bien sûr, on y perd !
:-))

captainhaka a dit…

J'ai entendu ce matin sur Inter, Mme Hidalgo. Avant de reconnaître sa voix, j'ai mis un bon moment pour tenter de deviner de quel bord politique était l'interviewée.
Encore une belle occasion pour le PS de montrer sa différence sans doute.

GdeC a dit…

et oui, effectivement, nous sommes plusieurs à dénoncer cet accord de Delanoe avec l'UMP et Chirac, non pas par esprit partisan, mais simplement parceque l'effet sera désastreux sur la population, qui pourra continuer de penser, avec la cerise Woerth sur le gâteau, que l'impunité est la régle, et que selon que tu seras puissant ou misérable, la justice n'officiera pas de la même manière...

Acheter la justice, est-ce donc de cette société là dont nous voulons ?

Moi pas.

Quant au fait que le ptit teigneux soit un menteur patenté, rien de nouveau sous le soleil... il est grand temps cependant de déloger l'indélicat qui est en train de vider nos caisses avant de aprtir avec ses amis au soleil...

Omnibus a dit…

Assez d'accord avec monsieur Poireau. Si Jospin n'avait pas perdu bêtement la présidentielle de 2002 (qui lui était offerte sur un plateau), Chirac n'aurait pas pu faire traîner en longueur son immunité. Mais aujourd'hui, du point de vue pratique que signale M. Poireau, c'est pas la plus mauvaise solution. D'un point de vue symbolique aussi : imaginons un Chirac en vieillard chenu (car ses conseillers l'inciteraient sûrement à cesser de se teindre les cheveux), forçant sur sa surdité, sur le banc des accusés. Pas sûr que l'opinion prenne le parti de la justice. On crierait à l'acharnement.
Dommage : début années 80, j'ai été harcelé par un huissier pour non-paiement des impôts locaux (1000 francs, à l'époque, mais je les avais pas). Quand j'ai su que ce fric servait en partie à payer des permanents RPR, je l'ai eu vraiment mauvaise. Et la condamnation riquiqui de Jupé pour les mêmes faits laisse rêveur... Il risquait quoi, le Chirac ? Une amende salée ? Même pas. Une inéligibilité. Pour un ripou qui va sur ses 80 piges, tu parles d'une sanction!
Cela dit, pour le principe, d'accord avec toi, Coucou. Hélas, c'était déjà trop tard. Enfin, il me semble.

Le coucou a dit…

Hou là ! Il est temps de répondre ici, excusez-moi…

Toff,
si, il y a eu des voix au PS pour désapprouver, des filets de voix, ce qui explique que l'on ne s'en souvienne pas…

M Poireau,
la somme détournée est beaucoup plus importante, d'une part. D'autre part, l'enjeu est aussi de rabaisser la puissance insensée des présidents. Juger et peut-être condamner l'un d'entre eux est un signal utile. Tant qu'on ne changera pas de république, c'est tout ce dont nous disposons pour leur casser les dents.

Captainhaka,
on a écouté la même diffusion, je crois. Moi aussi, j'ai été frappé par sa complaisance.

GdeC,
ceci rejoint cela ! Juger Chirac, le condamner, comme je le disais à Poireau, ce serait un message adressé à l'autocrate. Personnellement, si c'était en mon pouvoir, je jugerais un jour Sarkozy quoi qu'il advienne…

Omnibus,
tes arguments sont raisonnables, mais on ne doit pas laver un homme de pouvoir de ses fautes éventuelles en raison de l'âge. Poussé à l'extrême, c'était s'attendrir sur une pourriture comme Pinochet, qui aurait dû mourir en cellule et non dans son lit.