samedi 18 septembre 2010

Rétifs au recul

Pour le Figaro, Sarkozy est content, il a le sentiment de n'avoir pas «perdu la main» auprès de son électorat. Pour Le Monde, qui cite un sondage de Sud Ouest Dimanche, 71% des Français estiment que l'image du pays à l'étranger «s'est dégradée»… Il resterait donc 29% de durs à cuire sarkolâtres, c'est encore beaucoup. Le commentaire du Monde se conclue sur une hypothèse spécieuse de l'Ifop qui prête aux gens, dans leur perception de la déchéance de la France à l'extérieur, l'idée que le pays serait «perçu comme contestataire et difficile à réformer».

Depuis que les hommes ont inventé le langage et le feu, ils n'ont cessé de chercher à améliorer leur sort, d'approfondir leurs savoir-faire, et d'apprendre à s'entraider. L'histoire humaine a certes été ponctuée de tragédies, de périodes de régression —l'irruption des Huns, la présidence de Sarkozy, par exemple—, mais sur la durée, l'élan général vers le progrès ne s'est jamais démenti. C'est pourquoi ce que Nicolas Sarkozy a tiré des égouts de Neuilly , appelé «réformes», ne peut être qu'une péripétie dont notre pays, l'Europe aussi, pourrait se passer.

Nous avions un excellent système de santé fortement assis sur la solidarité: pourquoi devrions-nous accepter de le laisser dépecer par Sarkozy au profit des intérêts privés de ses proches ou de ses amis?

Nous avions des lois encore imparfaites mais solides, pour régir le monde du travail, harmoniser l'obligation de produire des richesses et l'aspiration à vivre mieux. Celles-là mêmes dont les sociétés encore brutales, comme la Chine, découvrent déjà la nécessité. Pourquoi devrions-nous dénaturer nos lois, afin de rendre plus doux encore le passage sur terre des patrons amis de Sarkozy, et plus dur, plus bref, celui des gens ordinaires?

Pourquoi devrions-nous laisser détruire impassiblement des services efficaces créés pour tous, tels que ceux associés à l'électricité, à la poste, à l'hôpital public? Nos pères avaient imaginé les Droits de l'homme, dont notre pays tirait un rayonnement qui lui valait la sympathie de l'étranger —la brute sera toujours considérée en brute, le démocrate avec respect. Pourquoi laisserions-nous Sarkozy dilapider deux cents ans d'héritage pour qu'il puisse peut-être s'offrir sept ans de pouvoir ?

Alors oui, si réformer c'est organiser une régression, notre pays n'est sans doute pas réformable. Il résiste, en attendant que le balancier de la petite histoire reparte dans l'autre sens, et que la marche au progrès nous emmène plus loin encore.

P-S: «Kafka's Monkey», c'est aux Bouffes du Nord en passant par chez Martine Le vertige, c'est chez Christophe que vous l'attraperez…
P-P-S: J'ai oublié de me faire de la pub : nouvel épisode des Poussegrain dans le jardin


10 commentaires:

elmone a dit…

D'accord sur le constat.
Et j'ai aimé votre conclusion optimiste.

des pas perdus a dit…

Il ne faut tout mettre sur le dos de Sarkozy... lequel applique souvent les directives européennes...On sera tout même content quand il ne sera plus à l'Elysée.

Le coucou a dit…

Elmone,
bonne chose alors!

Des pas perdus,
mettre sur le dos de l'Europe? Et puis quoi encore! Toutes les directives ont été voulues et souvent inspirées par les chefs d'états ; sans leur accord, pas de directives. Je ne suis pas du tout contre l'Union européenne, je la voudrais différente…

Accent Grave a dit…

De l'autre côté de l'océan nous pourrions dire à peu près la même chose, au Canada avec Harper, homme de droite, plus à droite que Bush!

Le problème c'est que les économies mondiales inter-agissent de plus en plus, à l'avantage de certains (peu nombreux) et au désavantage des autres.

Pas facile de rester sans bouger et conserver nos modes de vie intacts.

Accent Grave

Le coucou a dit…

Accent Grave,
bougeons alors: rentrons violemment dans le lard des fauteurs de régression…

captainhaka a dit…

Éternel combat entre pot de fer et pot de terre.
Pour obtenir un truc qui marche, il faut de l'antagonisme. C'est le principe qui fait tenir en équilibre les choses. Le problème est que les droites ont toujours adossé leurs idées au plus près des instincts humains, c'est pour ça qu'elles gagnent et c'est pour cela que historiquement le malheur et la guerre prédominent. Les principes de partage et de solidarité humaine que nous défendons et que nos prédécesseurs ont réussi à inscrire opportunément dans le marbre républicain n'ont été que péripétie . Ceci montre d'une part la force considérable de ces principes et en même temps leur grande faiblesse car on se rend bien compte que le plus insignifiant des maîtres du moment arrive à les mettre à mal.

Monsieur Poireau a dit…

Ce ne sont plus nos représentants qui gouvernent mais les représentants du grand commerce mondialisé !
:-)

Le coucou a dit…

Captainhaka,
en fait, tu inverses ma théorie —enfin, plutôt mon simple sentiment—, en faisant des progrès de la vie en société autant de péripéties. Soit, mais il y a une constante: les gains en humanité demeurent, malgré les conflits et ces derniers sont perçus comme autant de catastrophes…

M.Poireau,
c'est du moins l'impression générale!

captainhaka a dit…

Coucou, oui j'admets passer un moment de doutes. :)
Les gains en humanité demeurent et n'empêchent pas , malgré tous les précédents, d' enrayer la machine à produire la misère et le malheur.
Nous ne laisserons les pitres détruire ce capital d'humanité, je me joins à ton sentiment.

Le coucou a dit…

Captainhaka,
savoir qu'il est presque impossible d'empêcher les guerres, les crises majeures, sont des une choses sur lesquelles on se laisse tous facilement aller au fatalisme.
Régresser, par contre, je doute que ce soit durablement supportable par les peuples…