vendredi 3 septembre 2010

Cancans délinquants

Au journal de 13h sur France-Inter, le président de l'Union Syndicale des Magistrats était invité à donner son avis sur les réactions diverses qui ont suivi la remise en liberté sous contrôle judiciaire du suspect de braquage, à Grenoble. Pour l'essentiel, il est resté sur le terrain du droit en rappelant que le dit suspect est présumé innocent jusqu'à nouvel ordre. Ses arguments étaient clairs et précis, le citoyen sans culture juridique que je suis n'y a rien vu à redire.

Si j'étais flic, quotidiennement confronté à la petite ou la grande délinquance, sans cesse plongé dans une atmosphère délétère qui me minerait le moral, je suppose que je serais furieux, comme le sont aujourd'hui les syndicats de policiers. À vrai dire, je n'ai pas vraiment d'avis sur ce genre de situations, faute de vraiment connaître les réalités qu'elles recouvrent. Écouter les arguments des uns et des autres, et tenter de fonder mon jugement personnel sur ce qu'on nous dit de la loi: voilà mon attitude.

Le représentant des magistrats rappelait judicieusement que la présomption d'innocence de M. Woerth n'avait pas fait protester grand monde en haut-lieu jusqu'à présent. Et citant Nicolas Sarkozy, qui a évoqué les «policiers qui se sont donné tant de mal pour retrouver ce délinquant», il a noté que c'est la deuxième fois que le président fait peu de cas de cette présomption d'innocence. La première fois, c'était dans son lapsus au sujet de D. de Villepin qualifié de coupable avant tout jugement.

Cela donnerait presque envie de lui rendre la monnaie de sa pièce en prenant les devants sur une possible évolution des affaires qui le visent avec son entourage. Imaginez que la presse se mette à parler d'un président délinquant, successeur d'un autre délinquant, qui nomme un ou plusieurs délinquants comme ministres… On finirait tous par hurler contre ces magistrats qui les laissent gouverner en liberté, sans même les astreindre au contrôle judiciaire, au lieu de les flanquer au trou.

P-S: Gaël a publié également un billet sur France-Inter. Autrement, l'autre événement, c'était le Kremlin des blogs d'hier, on parle ici et là aussi

7 commentaires:

captainhaka a dit…

C'est une réaction prévisible pour un exécutif qui a juré la mort du juge d'instruction. Jeter l'opprobre sur les indésirables pour le système et les donner en pâture à la vindicte c'est leur spécialité en ce moment.

Gaël a dit…

merci pour le lien !

profitons tant qu'il reste des juges d'instruction...

marsupilamima a dit…

où est passée la séparation des pouvoirs? comment un ministre de l'intérieur peut-il critiquer violemment une décision d'un magistrat?

Le coucou a dit…

Captainhaka,
la tactique est aussi vieille que le pouvoir en effet: déconsidérer ceux que l'on veut abattre.

Gael, c'est ce que je me suis dit: vite un lien à Gael pendant qu'il reste des juges d'instruction! (désolé pour le trémas sur ton e, mais mon claviers est en panne) :-))

Marsupilamima la séparation des pouvoirs? Cela a toujours été plus ou moins une fiction dans notre république confiscatoire, mais sous Sarkozy, on atteint des sommets dans sa négation!

Homer a dit…

La loi est la loi, et le juge ne fait que l'appliquer, même si ce délinquant risque de se barrer à tout moment...
Pas d'avis là-dessus.

Marie a dit…

Merci pour le lien !

Le coucou a dit…

Homer,
avant la loi, c'est hors la loi, après la loi, ça l'est encore ! ;-) On est d'accord, je crois.

Marie,
de rien!