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samedi 16 juillet 2011

Je n'en parlerai peut-être jamais

« … amis blogueurs, vos interdits, vos réticences, vos sujets casse-gueules, quels sont-ils ? » Telle est la question que pose Marco après avoir pris connaissance des sujets que ne traite pas Sarkofrance. Invité à répondre, je me plie volontiers à l'exercice et j'avoue qu'il y a en effet des matières que je n'aborderai peut-être jamais, sans en être certain.

En tête de ceux-ci, je range ce qui fait partie d'un débat intime pour lequel je n'ai pas de réponse, état de fragilité que la pudeur ou un orgueil élémentaire me retiennent d'exposer, du moins sous la forme hâtive d'un exercice quotidien. Le définir plus précisément ce serait déjà me contredire.

Ensuite viennent des choses sur lesquelles je refuse tout simplement de m'exprimer, tel le conflit iraélo-palestinien qui met tant de gens mal à l'aise, ou ce qui relève du fait divers.

Je m'efforce également d'éviter les attaques à la personne physique d'un adversaire politique —ce qui signifie que je ne suis pas sûr de toujours l'éviter dans l'emballement d'un billet. C'est un procédé qui nous vient de l'extrême droite, je trouve par exemple consternant de voir Sarkozy associé à des qualificatifs ridiculisant ce qu'il est —dont il est innocent—, plutôt que ce qu'il fait —dont il est responsable.

Je parle très peu du sport devenu une arme d'abrutissement massif, et, pour le railler lorsque cela me démange, j'autocensure le dédain qu'il m'inspire.

Par crainte de me faire trop d'ennemis dans la blogosphère, sauf lorsqu'on m'y oblige, j'évite soigneusement de médire du tapage diurne ou nocturne sous forme de chanson.

Enfin, je n'aurais jamais traité le sujet du 14 juillet 2011 un 15 juillet 2011. Mon éthique m'impose de n'y sacrifier qu'un 16 juillet 2011, ce que je m'empresse de faire pour prendre la défense d'Eva Joly. La défense des causes perdues étant une spécificité française, le lecteur y trouvera la preuve de l'authenticité de ma francitude.

Sur le défilé militaire en lui même, je n'aurais rien eu à dire à priori sans la polémique qui a suivi les propos de Mme Joly. Nos troupes défilaient : elles sont éminemment utiles à la nation, alors pourquoi pas ? C'est que je n'avais jamais pris garde au fait que notre pays bombe ainsi le torse avec la Russie, la Chine, et la Corée du Nord… Du coup, j'en suis gêné, mais je n'en ferai tout de même pas une maladie puisque je ne considère pas la France comme une démocratie.

Il faut toutefois noter que la parade militaire est une invention du Sénat et d'un gouvernement qui, en 1880, souhaitaient entretenir l'humeur belliqueuse des Français dans le dessein de reconquérir un jour prochain l'Alsace et la partie de la Lorraine arrachées en 1871 par l'Allemagne. Avant cela, quand on le célébrait (ce qui n'avait pas toujours été le cas depuis la Révolution), le 14 juillet était une fête populaire. La tradition du bal sur toutes les places du pays vient de là, c'est la seule qui me semble mériter de survivre, bien que je ne danse pas…

Restent les attaques xénophobes de la droite sur la jeunesse de la nationalité française d'Eva Joly. 50 ans, ça fait pourtant déjà un joly bail, à peine moins bien que François Fillon qui n'a que 7 ans de francitude en plus (il est né en 1954), et mieux en tout cas que Marine Le Pen. Elles sont évidemment très basses, ces attaques —voyez ce que je disais plus haut—, d'autant plus qu'il s'agit de pure tactique politique pour faire écumer le peuple de droite en période électorale.

Et restent aussi les critiques vertueuses de la gauche, de Mélenchon à Aubry, en passant par Valls (je n'ai pas entendu Montebourg ou Hollande, mais je suis dur de l'oreille gauche)… Là aussi, nous sommes dans la prise de position électoraliste, et ma nausée n'en est pas moins forte.
Il  y a une chose que je ne m'interdis pas sur ce blog, c'est de relever la profonde démagogie du personnel politique, alors qu'il n'a que ce mot à la bouche, démagogie, pour flétrir ceux qui attendent la démocratie.

samedi 9 juillet 2011

La chanson de l'été ?

Lolobobo a le tag généreux. Il vient de lancer une chaîne qui consiste à lui proposer notre chanson de l'été. Je n'ai pas compté combien de blogueurs sont conviés à cette espèce de karaoké par délégation d'interprète, mais il y en a vraiment beaucoup. Par malchance, je suis du nombre ; malchance relative, du reste, puisque je suis en train de me plier à l'exercice, plutôt satisfait de ne pas laisser le blog vide ce soir… Malchance tout de même parce que je n'écoute quasiment jamais d'autres chansons que celles dont les radios se croient obligées de farcir leurs émissions. Si je suis à portée du poste, je baisse le son provisoirement et je ne retiens ni les titres ni les noms des chanteurs.
Je n'ai pas trouvé sur Youtube de version satisfaisante de ce que j'aime aujourd'hui, mais j'y ai tout de même récupéré quelque chose qui me plaisait dans ma jeunesse, quand je ne braillait pas du Johnny comme tout le monde. 



Je ne demande à personne de prendre la suite : Lolobobo me semble avoir invité tout le monde, mais évidemment, si le sujet vous inspire, allez donc faire un tour chez lui pour apprendre la règle du jeu et en avant la musique…

P-S. J'ai malencontreusement oublié que je voulais féliciter chaudement le Docteur Traqueur Stellaire qui vient d'être élevé au grade de Docteur d'État en biologie marine, après soutenance de sa thèse : « Contribution à l’étude de la toxicité de Pseudo-nitzschia : régulation de la production d’acide domoïque et synthèse d’analogues chimiques»

samedi 18 juin 2011

Sept choses à ne pas répéter

On m'a refilé une chaîne étrange qui s'apparente à un petit problème de logique amusante, ou même à un paradoxe insoluble.  Nicolas, mon pourvoyeur, l'énonce de cette manière : « il s'agit de dévoiler sept secrets vous concernant »

Il vous aura immédiatement sauté à l'esprit que lorsque je tape sur mon clavier : dévoiler sept secrets vous concernant, je m'impose un défi intenable. Comment pourrais-je porter à la connaissance de la blogosphère sept de vos secrets —oui les vôtres, aimable visiteur que je ne connais ni d'Ève ni d'Adam ? Sans compter qu'il passe quelquefois du monde par ici… Il me faudrait obtenir la collaboration d'un sorcier du web capable de me concocter je ne sais quel abaque informatique produisant sept nouveaux secrets par visite.

Tout au plus suis-je à même de vous révéler deux petites choses mal connues dans la blogosphère :

1- dans un tutorial de mon cru mettant en scène une leçon de blogage sur iPhone par Nicolas, ce dernier m'a censuré. À sa demande, j'ai fait disparaître un paquet de cigarettes et le baril de bière qui figuraient au premier plan de la vidéo.

2- c'est Zette, contaminée par une certaine Vermicel, qui a contagionné Nicolas avec cette chaîne. L'incubation va de 48 h à 24 h dans mon cas.

D'un autre côté, il est possible de résoudre la difficulté en inversant carrément le sens de l'énoncé, au mépris de la logique. Ce qui donne : « dévoiler sept secrets me concernant »… On voit tout de suite que la difficulté s'estompe, mais que le paradoxe se confirme. Car enfin, comme l'a relevé Nicolas lui-même, si je dévoile mes secrets ce ne seront plus des secrets et je n'aurai pas résolu le problème posé par cette chaîne ! 

Je vais toutefois tenter l'impossible par amitié, en considérant que j'ai déjà livré deux réponses.

Mon troisième secret me paraît certains jours si pesant que je me demande s'il ne devrait pas figurer en premier.
Mon quatrième secret découle du cinquième, ce qui vous étonnera sans doute puisque vous n'êtes pas dans le secret.
J'ai longtemps caressé le rêve du cinquième qui ne pouvait se réaliser qu'à la condition de consentir aux termes du quatrième.
Mon sixième concrétisa un fameux engagement pris avec la personne impliquée dans le premier. Comme je ne vous ai rien dit de celui-ci, il est inutile d'en parler.
Mon septième, plus léger que les six autres réunis, est une promesse faite à moi-même. Il faudrait que je me retrouve avant de l'ébruiter…

Voilà, c'est fou ce que l'on respire mieux, une fois libéré de tous ces secrets ! Je vais conseiller à Dedalus, Dadavidov, Gaël, Constance, Le Faucon, et Gildan d'essayer le même traitement.

mercredi 25 mai 2011

Lagarde a peur [de la fin du monde], mais ne se rend pas.*

Samedi dernier, ce devait être la fin du monde. Romain de Lyonnitude(s) avait demandé pour l'occasion à une flopée de blogueurs, dont j'étais, ce que je ferais s'il me restait 12 heures avant la fin du monde… Je n'ai pas très bien compris comment lui-même occuperait son temps, la lecture de la Bible, ou une intense méditation sur la manière dont il occuperait ses dernières heures lors de la prochaine fin du monde, en décembre 2012 ?

Je viens de me souvenir de sa question, parce que j'ai du mal à nourrir l'idée de titre qui m'est venue : Lagarde a peur, mais ne se rend pas —ceci dans le cadre du concours de titres débiles qui s'est déchaîné depuis quelques jours dans les blogs. On aura reconnu un détournement de la fameuse réplique de Cambronne à la barre de la CIJ de Waterloo, lorsque accusé par le procureur Anglais d'avoir favorisé l'enrichissement d'un copain de l'empereur Nicolas 1er, il fut sommé d'avouer. Au passage, on notera l'absurdité de cette parole historique qui n'a aucun sens : il aurait dû s'exclamer «Cambronne a peur, mais etc. », car enfin il ne se nommait pas Lagarde ! Il s'agit en fait de l'un des premiers effets connus du politiquement correct, toutes les personnes présentes à l'audience l'ayant bel et bien entendu crier : «Lagarde vous emmerde !» Cette apparence incohérence s'éclaircit si l'on veut bien se souvenir que  Cambronne répondait à l'affectueux sobriquet de Lagarde auprès du personnel de son ministère. Il en était très fier.

Or donc, faute d'avoir eu le temps de me documenter sur la question dans la presse en ligne, j'ai laissé choir Lagarde. Plus grave, alors que N. Sarkozy est donné largement devancé au premier tour de la présidentielle par François Hollande comme par Martine Aubry, je me suis trouvé dans l'incapacité de récupérer un titre auquel je tenais  pour habiller les résultat du sondage !

Voilà pourquoi, j'ai finalement préféré vous dire que si la fin du monde nous était promise dans douze heures, je serais le plus heureux des hommes. J'ouvrirais une bonne bouteille (en plus, avec la chaleur, elle va s'abîmer), je prendrais un bon bouquin et j'irais attendre la délivrance au salon. Je n'aurais même pas la funeste tentation d'allumer la télé pour voir ça en direct : la mienne ne marche plus depuis hier, où nous sommes «passés à la TNT». Impossible de comprendre les subtils rapports entre le mode d'emploi chinoisé du décodeur et la notice danoise du téléviseur… Alors, ce serait un chouette programme, la fin du monde!

P-S : Le négus est À la traîne, comme moi en lecture chez Christophe … Un conseil de visite chez Orlando… Et un petit coup de pub pour mon blog annexe

lundi 23 mai 2011

Lectures SF ?


Guillaume, le Traqueur Stellaire, m'a fourgué un tag dans une chaîne sur les blogueurs et la SF. Il aurait mieux fait de m'oublier, je prends ça comme de la provocation —innocente je crois, mais provocation enfin.

Néanmoins, puisque le mal est fait, je ramasse le machin et je regarde ce que j'ai envie de répondre à la question suivante, adressée aux blogueurs : «De Lovecraft à Orwell, d’Asimov à Herbert, de l’anticipation sociale au space opéra, de Dune à 1984… Quel est leur livre de SF préféré (ou bien fantastique/fantasy) ? Quel ouvrage les a le plus marqué et pour quelles raisons ?»


J'ai lu beaucoup de science-fiction et de fantastique, de Lovecraft à Bordage. J'ai aimé trop de ses classiques pour perdre mon temps à les énumérer tous ici, sans savoir d'ailleurs par quel bout commencer ? «La Fin de l'éternité» (Assimov), «Le Temps n'a pas d'odeur» (G. Klein), «Planètes à gogos» (Pohl / Kornbluth), «Les sirènes de Titan» (Vonnegut), «Croisière sans escale» (Aldiss), «Un cantique pour Leibowitz» (Miller) : il y a bien une centaine de titres et d'auteurs que j'aimerais citer, surnageant d'un flot de merde heureusement effacé de ma mémoire et envolé de ma bibliothèque. Sans compter certaines nouvelles qui firent date, cachées dans ce qui reste de ma collection de «Fiction» débutant au n° 24 de Novembre 1955.

Ceci dit, puisque M. Traqueur m'invite à donner mon livre préféré et que j'ai perdu toute disposition à prendre des gants ou jouer au modeste, je réponds sans hésiter : «La Dame de cuir» (Denoël, Présence du futur). Un ouvrage dont ma femme et moi fûmes les auteurs —je ne sais même plus si je devrais le préciser au présent : vous dire si tout ça a disparu «Dans l'abîme du temps» (Lovecraft).
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P-S: La même question a été posée à Lolobobo, Homer, mtislav, Olympe, Dada, Éric, El Camino, isabelle, Cui cui fit l’oiseau, Alter Oueb, Disparitus, Nicolas, et Nicolas, Noldenol , Captainhaka

mardi 10 mai 2011

Le 10 mai le plus beau

Melclalex demande : «Et vous ce 10 mai 1981 vécu ou non quel est votre avis sur ce jour entré dans l'histoire de France ?»

Comme la question m'est posée et que j'étais déjà né en ce jour de gloire, je vais essayer de répondre.

Depuis la débâcle de la gauche aux législatives tournant la page de Mai 68, treize ans plus tard, en 81, mon enthousiasme militant avait du plomb dans l'aile. La victoire à la présidentielle nous était déjà passée sous le nez à plusieurs reprises, il y avait de quoi désespérer. Et pourtant, c'était plus fort que nous : à la maison, nous nous mettions à rêver de succès à chaque échéance du mandat présidentiel. C'est long un septennat de droite, on a envie de croire aux miracles.

Aussi, quand le nom de François Mitterrand s'est inscrit sur notre écran, au soir du 10 mai 1981, nous avons sauté de joie. La tête défaite de Jean-Pierre Elkabbach annonçant le résultat était à elle seule un plaisir, tant il avait fini par symboliser une télévision aux ordres de la droite… Notre petit village de la côte n'était pas d'humeur aux réjouissances, c'est donc chez nous, scotchés devant le téléviseur jusqu'à la fin des programmes, que nous avons fêté l'événement, buvant les images de la liesse populaire comme le champagne que nous n'avions pas.

L'ivresse des foules —celle des jeunes surtout, dont nous étions encore—, l'émotion des gens âgés qui versaient parfois des larmes de bonheur sur un triomphe de la gauche attendu pendant toute une vie, faisaient de cette nuit une grande nuit de l'Histoire.

Cela dépassait largement le personnage de notre héros, François Mitterrand. Du reste, j'ai toujours regretté ce je ne sais quoi de constipé qu'il afficha dans ces moments bouleversants, déjà happé sans doute par la majesté de sa future fonction. Mais c'est une autre histoire ; l'important, ce fut le bonheur d'une nuit du peuple de gauche, le témoignage d'estime et de gratitude qu'il offrait à son champion. C'était comme si François Mitterrand recevait un mandat supplémentaire, un mandat d'espérance.


vendredi 29 avril 2011

Que faire du président ?

Pour ou contre une modification du scrutin présidentiel, voire une suppression de l’élection du président au suffrage universel ?
Romain pose dans son Variae cette question d'apparence iconoclaste et me demande d'y répondre. Elle méritait d'être posé, car l'élection présidentielle a beau être le monument sacré de la Cinquième, devant lequel se prosterne la nation, elle n'en est pas moins la source de tous les maux politiques de ce pays. À peine un nouveau président entre-t-il en fonction que la fièvre de l'élection suivante commence à couver chez les politiques ; souvent, elle brûle même certains (voyez Copé), dans les préparatifs d'une échéance plus lointaine. Il y a toujours une présidentielle à venir qui sous-tend la vie politique française et empoisonne petit à petit la république.

Le défaut majeur de cette élection découle de sa fausse apparence démocratique : elle a lieu au suffrage universel et donne donc au président une légitimité équivalente à celle de l'Assemblée Nationale où siègent les représentants du peuple. En réalité, par la lecture qui est faite de la Constitution et les pouvoirs qu'il peut s'octroyer, le président jouit d'une «légitimité» supérieure à celle du Parlement (pour le coup, joignons à contrecœur les sénateurs aux députés). Dire qu'il est roi l'espace de son mandat est devenu un truisme. Il est même davantage qu'un roi, puisque si les Français ont pu s'offrir dans le passé à plusieurs reprises le bonheur de dégommer des monarques, on n'a encore rien vu de tel avec leurs autocrates électifs —sous prétexte qu'ils disposaient au soir de leur élection d'une légitimité réputée acquise une fois pour toutes.

Le président, en particulier Nicolas Sarkozy, concentre tous les pouvoirs et n'est responsable de rien. Les représentants du peuple ne peuvent lui demander des comptes, et encore moins le révoquer. Par contre le président a la possibilité de dissoudre l'Assemblée : c'est cette menace majeure qui nous vaut des majorités de godillots, les unes après les autres.

Ceci dit, nous avons si peu de démocratie dans notre vie politique (nous n'en avons même aucune), que le sentiment de pouvoir choisir directement notre maître nous procure de la satisfaction. Rendre aux députés la faculté de désigner le président, comme c'était le cas dans la république précédente, nous semblerait un vol, il n'est pas facile de revenir en arrière. Pour ce faire, il faudrait changer de république et en ouvrir largement portes et fenêtres à la démocratie, enfin. Aux députés la désignation et le contrôle effectif de l'exécutif, aux citoyens le contrôle des effets de la loi sur leur vie quotidienne à travers le référendum d'initiative populaire.

Le problème, c'est que le passé nous a appris qu'une république purement parlementaire débouche à plus ou moins long terme sur l'instabilité gouvernementale et l'impuissance. C'est de cela autant que de la guerre d'Algérie qu'est sortie la constitution de la Cinquième République.
Alors, pour ma part, et dans les limites de ma grande ignorance politique, je me contenterais d'un président élu au suffrage universel, châtré constitutionnellement. Une n-ième révision de la constitution devrait le limiter étroitement à son rôle d'arbitre, et surtout le rendre responsable d'une façon ou d'une autre devant le Parlement.

Au fait, a-t-on vraiment besoin d'un président ?

(À noter : Melclalex, Isabelle et Nicolas ont déjà donné leur avis. J'aimerais bien avoir aussi celui d'Arnaud, d'un «Ruminances», ou de Le-gout-des-autres )

P-S: Merci à Gaël grâce à qui je vais pouvoir ajouter plus aisément de la musique sur mon autre blog… Après «Le jardin de la mairie», Christophe nous lâche face au mur du maquis

mercredi 27 avril 2011

Primaires : Hollande perd pour un mauvais choix de pneumatiques


Ce soir, j'ai une nouvelle chaîne à me mettre sous la dent. Une bonne, longuement mitonnée par Dedalus, et que Nicolas a déjà fait revenir. Ils ont imaginé le scénario des primaires du PS aboutissant à la désignation d'un candidat officiel des plus crédibles. Leurs démonstrations marchent comme des mouvements d'horlogerie bisontine (oui, du tic-tac un peu toc à la française, pas de l'artisanat suisse : on parle de démocratie, faut quand même pas déconner !), j'en suis impressionné. Ils pourraient bien avoir raison, les bougres, mais je ne vous dirai pas quel nom est sorti de leurs cogitations, puisque je dois produire ici mon propre scénario.

Et là, je retombe illico dans l'ennui que m'inspire la liste des candidats déclarés ou supposés au titre de Miss PS. Quoique décidé à voter sans état d'âme pour l'élu(e) du concours —à moins qu'Éva Joly ne triomphe aux primaires vertes, ce qui changerait tout—, apprécier leurs mensurations républicaines, soupeser les chances de chacun(e), prédire quelle tête recevra la couronne, me semble vain. De toute façon, ce sera justement une couronne, si tout se passe bien, un blanc-seing pour régner, ce dont la plupart des français ont marre.

Il se trouve que les chances des leaders socialistes en lice sont inversement proportionnelles à leurs charmes démocratiques, hélas. Ségolène Royal aurait bien fait l'affaire de notre peuple, pour peu qu'elle s'engageât à rabougrir la présidence aux strictes limites constitutionnelles. Soit la réduire à un rôle d'arbitrage, ce qui aurait eu comme avantage supplémentaire de rendre sans objet les polémiques sur son envergure présidentielle.

Arnaud Montebourg, semble avoir compris l'urgence de changer de mœurs politiques et de république en même temps : il serait aussi pas mal. Cependant, il ne pourra compter sur les soutiens de Ségolène et paraît encore trop jeune politique pour bénéficier de réseaux éprouvés au sein du PS.

Martine Aubry, c'est du sérieux, du socialisme conventionnel… Si j'ai bien compris, sa fonction de première secrétaire est un handicap pour mener la campagne interne qu'il faudrait en temps voulu. Pourtant, elle aurait sans doute les moyens de mettre tout le monde d'accord et de rafler un titre qu'elle n'ose pas ouvertement convoiter.

Restent, parmi les beautés sérieuses, François Hollande et Dominique Strauss-Kahn, MM. bonnet blanc et blanc bonnet. Au départ, je n'aurais pas misé un rond sur le premier malgré les qualités intellectuelles qu'on lui prête. Voyez mon flair et la finesse de mes analyses : il est aujourd'hui en passe de détrôner DSK dans la ferveur médiatique, reléguant ce dernier dans un rôle d'arlésienne qui pourrait lui devenir fatal.

C'est pourquoi je vous livre mon scénario avec confiance, mais modestie :
nous avons Hollande qui tente une échappée, l'animal a de l'avance, mais les porteurs de bidons de DSK —Cambadelis, Le Guen—, l'ont immédiatement pris en chasse. Ils ne devraient pas tarder à le ramener dans le peloton. C'est à ce moment que Ségolène et Montebourg démarreront à la faveur d'un changement de pneumatiques des équipes adverses. On sait que le choix de la bonne gomme peut devenir déterminant en quelques circonstances, mais pas celles-ci : DSK et Hollande seront lâchés, ça leur apprendra. Martine Aubry, toutefois, demeurée en selle sur son vélo d'appareil à pneus demi-ballon, se lancera écumante de rage à la poursuite de Sego. Vous voyez le tableau : en définitive, tout va se jouer au sprint sur la ligne d'arrivée entre ces trois là. Mon marc de café ayant entre-temps perdu ses vertus, je ne suis pas en mesure de donner le nom du vainqueur, ni le résultat du contrôle antidopage.

Et pour prendre la suite, je tague : Seb Musset, Louise, Homer, Isabelle, Captainhaka, CC, Hermes, Solveig, Romain

Photos piquées chez Dedalus.

jeudi 14 avril 2011

Les plus vieux clients du monde

L'ami Romain Blachier m'a posé, ainsi qu'à Nicolas et Yann, une question inattendue. Enfin, inattendue pour moi qui avais jusqu'ici zappé ce sujet pourtant d'actualité —les autres me paraissent plus qualifiés pour donner un avis.

«Faut-il pénaliser les clients et la prostitution en général ?» telle est à peu près la question de Romain. Comme lui et Nicolas, je trouve l'idée répressive de la mission parlementaire d'information sur la prostitution mal venue. Cela n'aboutira qu'à renforcer la clandestinité de ce commerce et aggravera un peu plus la misère sexuelle qui l'alimente en partie. On voit bien que les honorables missionnés n'ont pas étudié le problème sur le terrain…

Et moi, me direz-vous ? Zut, je me suis pris au piège du fil de la plume ! Moi, madame, monsieur, j'ai été en fin de compte d'une fidélité d'airain, je suis presque ignorant en la matière. Presque, notez… En fait, j'ai eu l'occasion d'observer de près la prostitution, il y a longtemps. Il me semble d'ailleurs avoir déjà évoqué ceci sur le blog, mais tant pis si je me répète. À la fin des années 60, entre autre petit boulots, j'ai été veilleur de nuit à Paris dans un respectable hôtel pour voyageurs de commerce.

À cette époque, comme cela arrive régulièrement, le pouvoir piqua sa petite crise de tartuferie qui aboutit à chasser les filles de joie de leurs hôtels de passe, les repoussant vers d'autres quartiers. C'est ainsi que l'une d'elle débarqua une nuit dans mon hôtel avec son miché, mais tout d'abord je les pris pour un couple adultère quelconque (ils étaient sans bagages) et leur louai une chambre. Il y eut un incident, car la dame insista lourdement pour que son compagnon me laisse un pourboire quand j'avais pour principe de les refuser. Je crois qu'elle m'eut à l'usure et qu'ils balancèrent un Pasteur de cinq francs par dessus mon comptoir avant de monter à l'étage.

Ils ressortirent prendre l'air ou souper un petit quart d'heure plus tard… C'est au retour de la dame avec un nouveau bonhomme que la lumière se fit dans ma tête, et j'eus comme un creux, là, en pensant aux explications à fournir le lendemain aux patrons. D'autant plus creusé, le creux, que la dame se mit en devoir de faire raquer son miché pour la chambre. «Voyons, vous avez déjà loué cette chambre : elle est à vous !» lui dis-je niaisement.

Elle me fit un dessin, le type à côté d'elle se marrait, prêt à profiter de l'aubaine, mais le portefeuille toujours à la main parce qu'il ne croyait pas réellement qu'on puisse être aussi con. Il paya, ils passèrent, et la dame repassa une bonne dizaine de fois avant le petit matin. La dernière fois, elle me conseilla d'être enfin raisonnable et d'empocher l'argent sans me prendre la tête (l'expression n'avait pas cours à l'époque, mais l'idée est là).

Quand je fis mes comptes, avant l'arrivée des patrons, je trouvais une jolie somme, laquelle multipliée par le nombre de nuits où la dame serait susceptible de revenir, faisait… Seigneur ! en un mois plus que je ne gagnerais en un an ! J'ai donné cet argent tombé du cul en sueur de la dame plutôt que du ciel, aux patrons, leur racontant en détails mon aventure. J'attendais de fermes consignes, une arme réglementaire pour me tirer d'embarras la prochaine fois. Le croiriez-vous ? Ils me dirent de veiller à ce que cela ne se reproduise pas trop souvent, et voilà tout.

Ma femme et moi avons aussi voisiné, dans un immeuble au cœur de l'ancien quartier des halles, avec une charmante kikinésithérapeute en studio, mais c'est une autre histoire qui rallongerait inutilement ce billet. D'autant plus que cela n'a pas grand chose à voir avec la question de Romain, à laquelle j'ai répondu dès le départ : je suis contre la pénalisation.
Mais qu'en penseront Gildan, Isabelle, Homer, et Olympe (une féministe, tiens) ?

jeudi 7 avril 2011

Tu t'abonnes et tu reviens ?

Et toi, pourquoi tu reviens visiter un blog ? Pourquoi tu t'abonnes à un blog ? Nicolas me gâte ces jours-ci : c'est lui qui me pose ces questions après avoir transformé en chaîne un joli billet de Virginie. Il est probable que sans lui, après un survol de l'actualité du jour, je serais sorti regarder pousser l'herbe dans le pré sans toucher au clavier. Bien sûr, l'idée d'avoir Hulot comme candidat d'Europe Écologie-Les Verts me déplaît. Bien sûr, l'impudence de Sarkozy stigmatisant encore les chômeurs pour lécher le cul des électeurs du FN me dérange. Bien sûr, les propos de Claude Guéant sur la garde à vue mériteraient d'être dénoncés, bien sûr les attaques de l'UMP contre les primaires socialistes puent, mais il y a plein de gens qui expriment très bien ce qu'un citoyen de gauche ordinaire tel que moi peut en penser.

Donc, Nicolas m'a offert non seulement un sujet de billet sur un plateau, mais aussi mon premier élément de réponse. Je suis abonné à ses blogs par amitié. Au départ, je l'ai lu par curiosité, je suis revenu chez lui par sympathie et parce que j'apprécie deux choses à travers ses meilleurs billets : sa spontanéité, et sa capacité à me surprendre.

Je ne m'intéresse pas seulement à un blog pour les idées que son auteur défend, mais d'abord pour sa lisibilité. Peu m'importent la conviction et la chaleur des propos tenus si les billets sont confus et plats. Pas de temps à perdre, d'autant qu'en matière politique les blogs sont limités au commentaire et ne font que nous aiguiller vers l'information originale. J'obéis à plus forte raison au même réflexe avec les blogs traitant de tout autres sujets —de la littérature à la cuisine, en passant par les bonsaïs.

Lorsqu'un lien me conduit sur un blog inconnu où je découvre un texte normalement écrit, amusant, bien ficelé, et que je le juge intéressant, je m'abonne. Il y a 173 blogs dans mon agrégateur, dont je suis loin de lire la totalité des billets chaque jour, surtout en ce moment. Ma lecture quotidienne est sélective : je parcours d'abord les billets politiques du groupe des left-blogs dont je fais partie, puis ceux d'une poignée d'auteurs incontournables à mes yeux, et enfin les billets dont le titre ou la première phrase m'ont accroché. C'est ainsi, dans ce dernier cas, qu'il m'arrive de revisiter des blogs de loin en loin.

Sauf erreur, j'ai répondu aux deux questions que je pose maintenant à Ferocias, Olympe, Fidel Castor, Lolobobo, et Hermes

mercredi 6 avril 2011

Petit panier de laïcité

Le débat sur la laïcité se referme, au moins provisoirement, dans l'attente des prolongements que J-F Copé espère y apporter en juin avec les parlementaires. C'est le moment choisi par Nicolas de PMA pour verser sa vision de la laïcité dans la chope du débat et m'inviter avec quelques autres à y couler ma propre contribution.

Comme lui, je suggère donc aux parlementaires de s'en tenir au premier article de la Constitution : «La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion.»

Evidemment, cela ne répond qu'imparfaitement au sujet, puisque le contenu du mot «laïque» n'est pas précisé. Les rédacteurs du texte fondateur auraient pu au moins se fendre d'un addenda renvoyant à la définition du TLF, judicieusement cité par Suzanne sur cette question —ou du moins au dictionnaire de l'Académie Française, pour rester dans l'institutionnel :

«(2)LAÏQUE adj. (au masculin, on écrit quelquefois Laïc). XIIIe siècle. Emprunté du latin ecclésiastique laicus, de même sens. […] 2. Qui est étranger à toute confession ou doctrine religieuse. Morale laïque. Un État laïque, qui ne reconnaît aucune religion comme religion d'État. Les lois laïques de Jules Ferry, inspirées par le laïcisme. L'enseignement laïque, conforme aux principes de la laïcité. L'école laïque et, subst. (fam. et vieilli), la laïque. Subst. Un laïque, une laïque, personne qui soutient le laïcisme, la laïcité.
(1)LAÏCITÉ n. f. XIXe siècle. Dérivé de laïc.
Caractère de neutralité religieuse, d'indépendance à l'égard de toutes Églises et confessions. La laïcité d'un établissement d'instruction, d'une loi, d'une institution. La laïcité de l'État est inscrite dans la Constitution de la Ve République.»

Les immortels, comme on voit, ne se sont pas foulés, mais on peut tout de même en conclure que les religions n'ont pas leur place dans la vie publique, puisque l'État n'en reconnaît aucune comme sienne. Rien que l'on ne sache déjà, en somme. Pour le reste, on trouve dans la loi de 1905, notamment au Titre V de la Police des cultes, les préceptes nécessaires pour garantir la neutralité religieuse dans la République. Les élus de tout poil, les préfets, n'ont qu'à se servir pour régler les problèmes qui se posent.

Néanmoins, on pourrait proposer aux députés de composer un panier de laïcité fraîche à petits prix qui comprendrait la loi de 1905 avec son extension à l'Alsace-Moselle, région qui est toujours exclue de son champ d'application, et l'affirmation que la morale laïque de la République indivisible implique la mixité dans tout espace public.
Histoire de chatouiller quelques confrères et consœurs de blog avec cette chaîne, je passe à présent le relais à Seb Musset, Zette, Rimbus, Olivier, Davidov, et Solveig.

samedi 26 mars 2011

Bien cirer ses blogs

Nicolas m'a invité à poursuivre une chaîne qu'il a débuté par un billet honteusement long, eu égard à la taille minuscule de sa police de caractères. Je ne lis presque plus de blogs aux billets couverts de pattes de mouches. Chez moi, c'est trop petit aussi, je sais, mais c'est justement Nicolas qui m'a conseillé de réduire la police, et comme je fais confiance à sa science des mœurs du visiteur…

Donc, il y avait longtemps que nous n'avions pas vu passer une chaîne, celle-ci est vraiment originale : on ne comprend pas son sujet. Il semble néanmoins, d'après le titre du billet de départ qu'il s'agit de savoir si nous sommes bien dans nos blogs. L'idée vient en réalité d'un billet d'autosatisfaction de Didier Goux, assez convaincant et du moins facile à lire.

Que vais-je pouvoir inventer ? J'ai lu quelque part qu'on mentirait beaucoup dans les blogs, ce qui est peut-être une solution pour me tirer d'affaire. Parce que je ne peux pas dire que mes blogs me fassent jubiler, quoiqu'ils ne me procurent aucun désagrément particulier. C'est un peu comme les chaussures, disons : avec le temps, l'empeigne serre moins les orteils, on ne risque plus d'ampoule au talon : on est à l'aise. Voilà, je ressens cette impression de confort que vous donne une paire de pompes brisées mais pas encore avachies, à peine troublée par l'idée qu'il va falloir les foutre à la poubelle un jour ou l'autre.

Dans le coucou, mon pied gauche se porte bien. Et pourtant, a marché, a beaucoup marché déjà (Ramuz me pardonne), tant et si bien qu'il rechigne ces temps-ci à cheminer. Ce n'est pas que l'actualité laisse ma tête indifférente, mais j'ai le sentiment que tout a été dit et redit cent fois au moment où je pourrais écrire mon billet, ce qui réduit mon état d'esprit à de la lassitude. Un handicap pour la pratique du billet d'humeur, principale production de ce blog.

Toutefois, l'agréable sensation procurée ici par l'impression d'être lu, ou du moins cette illusion, a jusqu'ici empêché ces passages à vide de durer. Preuve que la chaussure gauche est de cuir épais. Indépendamment de l'espèce de réussite constituée par un billet plus visité que la moyenne, j'apprécie particulièrement le rendez-vous dominical avec les amateurs du rébus. Cet interlude puéril lancé en collaboration avec ma femme au printemps 2009, m'apporte chaque fois une bouffée d'air frais et une sensation d'arrêter le temps difficile à expliquer.

En revanche, dans l'annexe principale les choses sont moins gratifiantes, peut-être parce qu'il s'agit d'une chaussure dépareillée. Cela ne m'empêche pas de m'y sentir bien, c'est un blog tranquille où je suis rarement interpellé, car on n'y pratique pas le lien. Ayant ouvert le coucou dans des circonstances agitées, au moment des municipales de mars 2008, je l'avais conçu comme un refuge destiné également à prolonger sur le web la collaboration avec ma femme. Les fins connaisseurs de la blogosphère m'ont conseillé à diverses reprises de mouiller ma chemise virtuelle à le promouvoir, si je voulais le tirer de sa léthargie. Plus facile à dire qu'à faire.

J'ai enfin une godasse de secours, que je chausse en principe pour aller me divertir au bistro à cloche-pied. Ça n'a l'air de rien, mais c'est en définitive fatigant : ma dernière sortie date de l'an dernier.

Il ne me reste plus qu'à proposer à Dedalus, Céleste, Captainhaka, Eric Citoyen, et Gildan de prendre la suite, si le cœur leur en dit…

P-S : je profite de ce billet pour émettre une vigoureuse protestation contre la mise à jour Firefox 4.0… Quelle mouche a piqué Mozilla de mettre les onglets au dessus de la barre d'adresse, et le bouton de rafraîchissement d'une page à droite de cette dernière ? Quand on a acquis plusieurs années de réflexes contraires, le résultat est désastreux. Entre autre inconfort, je n'arrête plus de perdre des onglets.

mardi 8 mars 2011

Sarkozysme et lepenisme dans un bateau

Je vais terminer la journée comme je l'ai commencée, en revenant sur la montée du Front National. Hier, Yann Savidan avait lancé une chaîne avec son billet «Est-ce que tu iras éteindre le feu ?». Il m'avait demandé, ainsi qu'à quelques autres, ce que je ferais dans le cas d'un face à face M. Le Pen - N. Sarkozy au second tour de la présidentielle. Le réveil maussade, j'avais laissé entendre dans ma réponse que je voterais pour éliminer Sarkozy. Depuis, j'ai eu le temps de réfléchir et de conclure définitivement que je m'abstiendrais.

Un duel entre la peste et le choléra ne me concerne pas. Il serait coupable de donner au gagnant d'un tel scrutin l'illusion d'en retirer une autre légitimité que celle de la loi électorale prise à la lettre. Avec la moitié ou plus des citoyens et citoyennes boudant les urnes, il (elle) ne disposerait que d'une fiction de pouvoir destiné à s'effriter plus ou moins vite au contact du pays réel.

En tout cas, les gens de gauche se trouveraient face à une situation radicalement différente de celle d'avril 2002. Il était alors envisageable de départager la droite honorable représentée par Chirac, de celle de Le Pen —à la fois le qualificatif et le héros de la seconde. Tel ne serait plus le cas demain : entre sarkozysme et lepenisme je ne choisirais pas. De toute façon, nous sommes là en pleine fiction, une réalité plus pressante nous attend le 20 mars avec le premier tour des cantonales.

vendredi 7 janvier 2011

Salut à François Mitterrand

Yann et Nicolas m'invitent chacun à sa manière à évoquer François Mitterrand —on va célébrer demain l'anniversaire de sa mort. Fort bien, mais il me faut commencer par un aveu : je ne me souviens plus de ce que j'ai réellement éprouvé à l'annonce de sa fin. Sans doute une certaine mélancolie, parce que son arrivée à la présidence de la République avait marqué ma vie, mais une mélancolie sans tristesse. Sa mort n'était du reste pas une surprise : il n'en finissait plus de mourir, on attendait cette annonce. Je ne me rappelle pas non plus avoir regardé particulièrement les images de ses obsèques à la télévision.

Par contre, je n'oublierai sans doute jamais ce soir du 10 mai 1981 où, à la maison, nous étions fascinés par l'écran, aussi remplis d'espoir que d'appréhension. Quand l'annonce de l'élection de François Mitterrand est tombée, nous exultions ; la tête déconfite de Jean-Pierre Elkabbach et de ses invités de droite décuplait notre bonheur. J'attendais ce moment depuis que j'avais obtenu le droit de vote à 21 ans, j'en avais 35. Dans les petits reportages télé de ce grand moment, on voyait des gens bien plus âgés pleurer de joie : pour eux l'attente avait été interminable !

Il y a néanmoins une image qui ne me quitte pas, de ce soir d'élection ou bien de la cérémonie plus tardive au Panthéon, je ne sais… Une foule se pressait au passage de François Mitterrand, un vieux bonhomme ému aux larmes lui tendait les bras… François Mitterrand lui serra la main, et comme les gens autour l'acclamaient, il eut un geste de modération, pinçant les lèvres. «Merde, être aussi constipé dans un moment pareil, ce n'est pas possible ! »

Ça l'était, ce héros du peuple de gauche avait la froideur et la distance d'un poisson. Je suppose que ce n'était pas totalement le cas pour ceux qui l'ont vraiment connu, mais je n'ai jamais senti de chaleur, autre que celle des mots, émaner de cet homme. Comme beaucoup, je l'ai admiré de nous avoir conduits, nous, citoyens de gauche, au pouvoir, et me suis senti plein de gratitude envers lui pour l'humanité qu'il ramenait dans la république avec l'abolition de la peine de mort, les lois sociales du premier gouvernement…

En écrivant ce billet, j'ai sous les yeux le numéro du Monde des dimanche 24 - lundi 25 mai 81… Un éditorialiste écrivait ceci : «Redécouvrir la notion de solidarité et élargir le champ du social, tel est le sens de la nouvelle dénomination «ministre d'État, ministre de la solidarité nationale»… On voit dans quels bas-fonds politiques nous avons dégringolé depuis avec le retour de la droite, jusqu'à son ministre de l'identité nationale !

L'époque de Mitterrand était une époque d'espérance. Ne serait-ce que pour cela, je préfère oublier les côtés tortueux du personnage, et associer François Mitterrand aux années heureuses.

mercredi 15 décembre 2010

Questions sur l'enfance, une chaîne

Rome, Athènes, Madrid, Barcelone, Prague: une partie de l'Europe manifeste et s'enflamme. Pour Albin Chalandon, soupçonné dans une affaire de paris clandestins, on invente la garde à vue en pantoufles. La cote de DSK monte toujours… C'était le menu du jour dans l'information, mais je n'y ai pas touché et ne me suis intéressé qu'au dessert. En l'occurrence, il s'agit d'un gentil questionnaire sur ma vie en culotte courte, transmis par Isabelle dans le cadre d'une chaîne. Voici :

1. Quand vous étiez petit(e), que répondiez-vous à la question : " Et toi, que veux-tu faire quand tu seras grand(e) " ?

J'ai déjà évoqué le sujet dans un billet sur Nicolas 1er. J'écrivais alors: «Quand j'étais gosse et que je pensais à ce que je ferais plus tard, je voulais être avaleur de sabre. Ce fut l'une de mes premières vocations irrévocables… Autant qu'il m'en souvienne c'est une séance d'échauffement à la petite cuillère, au sortir d'un de ces repas de famille d'autrefois, clôturé par des «îles flottantes» accompagnées de massepain, qui m'amena à vomir finalement ce petit métier de rien, avaleur de sabre.»
Par la suite, j'ai eu bien d'autres projets de carrière, généralement calqués sur les occupations des héros de mes lectures préférées : enfant loup (merci Kipling), trappeur, gentlemen cambrioleur, cosmonaute bien sûr, mais curieusement je n'ai jamais éprouvé d'attirance pour un métier convenable. Ce doit être pour ça que j'ai fini par écrire.

2/ Quels ont été vos BD et dessins animés préférés ?

J'ai lu les Tintin, mais je préférais les romans. J'ai été pensionnaire dès le Cours Moyen, nous avions de longues soirées «d'étude» (je suppose que l'on dirait aujourd'hui «permanence», ou quelque chose de ce genre), en tout cas, la lecture de romans m'apportait mon évasion quotidienne.

3/ Quels ont été vos jeux préférés ?

Ceux que je partageais, en vacances chez mes grands parents, avec un petit paysan de mon âge. Il avait un merveilleux talent pour transformer en jouets les objets au rebut, comme les vieilles boîtes de conserve. Tout en gardant les vaches (déjà un jeu en soi, pour moi), nous construisions des autos, des camions, des trains, que nous faisions circuler sur un réseau complexe de routes tracées dans l'argile grise…

4/ Quel a été votre meilleur anniversaire et pourquoi ?

Mes parents souhaitaient les anniversaires à la va vite, c'est donc à l'âge adulte qu'ils ont pris de l'importance. Le premier dont je me souvienne est celui de mes 21 ans, l'âge de la majorité à l'époque. C'était à Paris avec des amis, dans un cabaret qui doit avoir disparu…

5/ Qu'est-ce que vous auriez absolument voulu faire que vous n'avez pas encore fait ?

La liste des choses indispensables que je n'aurai plus le temps de faire est trop longue. Tiens, il y en a une qui est encore réalisable : poursuivre et terminer la Véridique histoire des Poussegrain, sur le blog à côté.

6/ Quel était votre premier sport préféré ?

Aucun, je n'aime pas le sport. J'ai néanmoins fait de la bicyclette, parce que dans mon enfance c'était le seul engin qui me donnât un minimum d'indépendance. J'ai aussi pratiqué le judo quelques années : j'étais interne dans un collège, prendre des leçons de judo me permettait de passer une soirée par semaine hors du pensionnat.

7/ Quelle était votre première idole de musique ?

Je n'avais pas d'idole. C'était les débuts du yéyé… Mis à part Johny Halliday, je me souviens pourtant d'un groupe que j'écoutais : «Les chaussettes noires»…

8/ Quel a été le plus beau cadeau de Noël (ou équivalent) que vous ayez reçu ?

Un harmonica. Je séjournais depuis des mois dans un préventorium (j'ai finalement passé beaucoup d'années en internat, d'une façon ou d'une autre), et nous avions eu droit à des cadeaux au pied d'un grand sapin. Moi, on m'a donné ce gros harmonica, trop grand pour ma bouche et surtout pour mes dons musicaux, mais j'étais ébloui.

Pour continuer cette chaîne, je passerai le relais à Romain, B-Mode, Mathieu, Gildan, Elmone, et Bérénice








lundi 13 décembre 2010

Vite dit

Ma livebox ayant décidé de jouer à cache-cache avec internet, voici un bout de billet furtif qui se glissera peut-être entre deux pannes…

Si ma mémoire n'est pas trop mauvaise, en 2007, Michel Rocard avait rendu visite à Ségolène Royal quelques semaines avant le premier tour de la présidentielle et lui avait dit quelque chose du genre : «désiste-toi en ma faveur». (vérification faite, c'était en Mars 2007)

On ne sait combien de cases se sont perdues exactement dans l'accident cérébral qui l'a frappé en Inde, mais en tout cas pas celle de la rancune. Il vient de confier à Nice Matin ne pas aimer la candidature de Mme Royal. Il ne la croit pas «capable de faire ce métier», et paf !

Quelqu'un qui parle de métier pour une fonction politique, fut-elle la plus convoitée des arrivistes de tous bords, devrait être poussé dans la première fusée expérimentale vers Pluton.
C'est pourquoi, pour répondre du même coup à une question posée par Stef à la blogosphère mondiale, lors de la prochaine campagne électorale, je serai évidemment dans le camp du vote utile.

C'est à dire en faveur du candidat ou de la candidate qui promettra de saborder immédiatement la présidence autocratique à la Française. Rien ni personne ne peut être plus utile. Dans le cas contraire, au moins choisissons de favoriser l'explosion libératrice qui viendra tôt ou tard.

mardi 7 décembre 2010

Le retour de l'adjudant ?

Ce matin, Romain s'interrogeait et nous interrogeait dans son billet sur l'opportunité de rétablir le service militaire, ou du moins un grand service civil obligatoire pour les jeunes des deux sexes. L'opinion avancée par l'inspirateur de Romain est qu'il manque à notre société un instrument de cette sorte, capable de fournir aux jeunes, aujourd'hui livrés à l'individualisme, un sens du collectif…

S'il faut entendre par là qu'une telle expérience pourrait les imprégner d'un minimum de civisme pour vivre en république, je trouverais cette renaissance heureuse. Le service militaire d'autrefois, sur la fin, fonctionnait un peu comme un rite initiatique réservé aux garçons, il était aussi devenu au fil des ans pacifiques, vide de sens, ressenti comme une perte de temps absolue.

La raison en était sans doute que le contingent n'était plus reconnu comme une composante combattante des armées. Depuis de Gaulle, les gouvernements successifs n'avaient que l'armée de métier en tête, et le service national était considéré comme un énorme machin à bestiaux, où parquer les jeunes par respect des traditions. Quand il y avait encore des interventions militaires, elles se faisaient hors des frontières, où il ne pouvait être question d'envoyer le contingent. Les appelés se sentaient inutiles, enfermés dans cette parenthèse tenant davantage du folklore que de l'histoire.

Et pourtant, je trouve que le vieil idéal du peuple en armes était supérieur au concept de cette armée de professionnels que l'on nous a forgée —quelles que soient les qualités de celle-ci par ailleurs. Quand de Gaulle eut à faire face au putsch d'Alger, le contingent ne suivit pas les rebelles dont les appuis se trouvaient plutôt parmi les engagés, minoritaires. Une armée faite du peuple, réunie par devoir plutôt que par le rassemblement de projets de carrières, sied tout de même mieux à la République.

Mais enfin… Cela coûtait cher, paraît-il, beaucoup trop cher. Si bien que l'on imagine mal, en ces temps de vaches maigres, la renaissance d'un tel mythe. Un service civil obligatoire, oui, pourquoi pas ? À condition que personne n'y échappe, et que l'activité des jeunes qui s'y trouveraient incorporés leur procure le sentiment d'être utiles au pays…

Comme Romain a déjà tagué la moitié de la blogsophère, je ne vois pas à qui faire chausser les croquenots… Si quelqu'un de passage a des idées sur la question, qu'il (ou qu'elle) n'hésite pas !

lundi 29 novembre 2010

Tant qu'il y aura des blogs pour râler

Yann, Juan, et Nicolas sont à l'origine d'une sorte de chaîne sur l'avenir des blogs de gauche en cas de victoire de la gauche en 2012. Tous trois pronostiquent plus ou moins clairement la mort des blogs de gauche, parce que la critique devient moins aisée quand vos amis ou les amis de vos amis sont au pouvoir… C'est une évidence pour la presse proche aujourd'hui de l'opposition, mais je ne crois pas du tout que le citoyen de base mettra sa langue dans sa poche pour autant. En particulier si le prochain monarque électif à sortir du chapeau doit être DSK, alors qu'aucun pas n'aura été fait vers la démocratie. La télévision et la radio seront peut-être un petit peu moins dociles qu'aujourd'hui, parce qu'à gauche, on manque de conviction pour gueuler : « au pied ! ».

Quant à savoir ce que deviendra ce blog dans 18 mois, je l'ignore totalement, n'accordant qu'un intérêt limité à sa survie. Il y aura apparemment un billet ce soir, et sans doute d'autres dans les jours à venir, mais je n'ai signé aucun engagement avec moi-même. À mon âge, c'est un peu comme dans la jeunesse : 18 mois ça fait loin, trop loin pour savoir si on sera encore là, bien que le temps passe beaucoup plus vite qu'autrefois.

Néanmoins, si la gauche revient aux affaires, ce que je souhaite ardemment, je n'en continuerai pas moins à pester contre d'éventuels choix de gouvernement que je n'approuverais pas. Si j'ai encore un blog sous la main, cela devrait s'exprimer dans son cadre, parce que c'est finalement plus gratifiant que de ronchonner dans sa cuisine.

Tenez, avant de prendre connaissance des propos pessimistes de mes amis sur la mort des blogs de gauche, je méditais plutôt un billet vengeur sur le Foutage de gueule Public, que je défendis l'autre jour sous l'appellation désuète de Service Public… Au lieu de m'étouffer de rage au téléphone, comme ce fut le cas en fin de matinée, je pouvais concocter une froide vengeance à faire partager dans la blogosphère…

Il n'est malheureusement plus temps de vous raconter en détails comment nous avons trouvé samedi un avis de passage du facteur concernant un paquet de bouquins arrivé en notre absence. Le paquet sera disponible demain à La Poste du village, à partir de 10h30. Pas aujourd'hui, lundi, à huit ou neuf heures, non : mardi, à partir de 10h30. Naïvement, j'ai voulu appeler le bureau de notre patelin de 668 habitants, pour m'enquérir auprès du postier sympa que je connais, si par hasard le colissimo ne serait pas déjà disponible, malgré tout.

Je cherche le numéro d'appel dans l'annuaire… 36 31, aïe ! Vous imaginez la suite ! «Si vous voulez parler à un conseiller financier, faites le 1 ; si, si…» Quand j'ai obtenu une conseillère, travaillant je ne sais où en France, il m'a été impossible de la convaincre de me passer mon bureau de poste. «On ne peut pas déranger la file d'attente au guichet »… Quatre personnes dans le local, et c'est la foule, chez nous. Bref, j'ai eu beau me montrer plus qu'impoli, rien n'y a fait, et la malheureuse qui appliquait son règlement n'a même pas été fichue de me dire que je devais attendre le paquet jusqu'à demain parce que le bureau de Claviers est fermé le lundi ! J'aurais dû le savoir, mais je l'ignorais encore ; vous aussi, mais vous voilà prévenus.

mardi 23 novembre 2010

Vingt ans de service public en bloguant

20 novembre 2030… C'est poisson, il me revient un truc… Non, je me goure de mot, on ne disait pas poisson. On disait…, on disait : amusant, ou marrant. Marrant c'est plus amusant, en fait. Donc c'est marrant, il me revient un truc… Enfin, au départ je crois qu'il me revenait quelque chose en mémoire, mais je ne sais plus quoi.

21 novembre 2030. Ça y est, je l'ai retrouvée ! Elle était tombée derrière le bureau, dans la baignoire… C'est que j'y tiens, à ma clef USB, je ne sais pas ce que je deviendrais sans elle. Comme ça faisait à peu près un mois ( ou peut-être deux, allez savoir) que je m'abstenais à cause du froid, ce matin j'ai décidé de me laver les pieds. Donc, j'ai poussé de côté la caisse du bureau pour dégager la bassine… Avec la douceur des jours derniers, la glace a fondu et qu'est-ce que j'ai vu au fond de l'eau ? Du rouge…, ma clef USB !

N'allez pas croire que je l'ai reconnue tout de suite, non : je n'avais pas mes lunettes sur le nez. Remarquez, même avec les lunettes, ça demande un effort, vu que le verre gauche est fêlé en étoile. Bon, en tout cas, j'ai fini par me réjouir d'avoir retrouvé la clef, et pour fêter ça, j'ai ouvert immédiatement une boite de soja à l'armoricaine. Avec la clef, c'est facile à ouvrir : vous glissez la languette de la boite dans la prise USB, et vous poussez doucement pour dessouder tout autour du couvercle. Avec les doigts, on n'y arrive jamais, et avec un caillou tranchant vous bousillez tout. Ces nouveaux systèmes de conserves ne valent rien.

22 novembre 2030. Le fait d'être à nouveau en possession de ma clef m'a drôlement secoué, mine de rien. J'ai passé toute la nuit éveillé, à m'agiter dans le lit, tellement qu'à un moment j'ai roulé du matelas… Faut comprendre mon émotion : il y a un sacré bout de ma vie, dans cette clef ! Des fois, j'ai envie de m'offrir un porteur du Service à la personne pour qu'il m'emmène sur son dos à la ville. Je trouverais bien un coin d'ordinateur où enfiler ma clef : à la Poste, il paraît qu'il n'y a plus que ça, quatre murs couverts de machines.
J'ai rêvé éveillé à tout ce que contient ma clef —je veux dire : le trésor de mon passé, parce que bien sûr il ne faudrait pas me demander d'en dresser le catalogue, ni même un résumé. J'ai oublié. Exprès. Il me semble qu'il y a plein de choses écrites, et puis des images avec des gens que j'ai aimés, des trucs d'avant, quoi.

23 novembre 2030. C'est bizarre, depuis que j'ai la clef, on dirait qu'un pêne a glissé dans la purée de mon cerveau. Quelque chose s'est entrebâillé et il y a de la mémoire qui coule… Par exemple, le truc qui me revenait l'autre fois et qui s'est envolé aussitôt, eh bien, je le tiens : c'est un souvenir du temps où je bloguais. Une jeune femme m'avait demandé sur le web d'exprimer mon attachement au service public, et le même jour, d'autres m'avaient mis au défi : «imaginez-vous blogueur en 2030»… J'avais haussé les épaules derrière mon écran, en grommelant : «jeunes couillons, ce n'est pas une idée pour moi, ça !».

Eh bien, 2030 j'y suis ! Quatre-vingt-quatre ans, et quoique je me sois juré autrefois d'en finir avant d'être vieux, je blogue encore… Comme quoi, le verbe crâne, les nerfs décident, et je blogue. Tous les matins, quand j'ai réussi à me mettre debout, je me traîne devant le bureau, je m'assieds comme autrefois, et j'ouvre le couvercle de mon portable. Je passe mon coude sur l'écran pour enlever la poussière, et aux jeunes rayons du soleil qui filtrent par les interstices de la cabane, je me mire dedans.

L'écran est sombre, évidemment, mais cela donne à mon reflet une certaine distance. On dirait que quelqu'un me regarde d'une pièce à côté. «Alors, quelles nouvelles ?» je lui demande. Il me répond n'importe quelle sottise, histoire d'alimenter un brin de conversation. On se moque tous les deux de nos généreux engagements de jadis, la démocratie, la sécu, la défense du service public, et le reste… Toutes ces choses qui rendaient la vie confortable dans notre jeunesse, et qui se délitèrent en une grosse dizaine d'années. Je ris avec cet autre moi dont la bouche est un trou noir dans le noir moiré de la barbe blanche, je ris parce que j'ai oublié comment on fait pour pleurer. Au bout d'un moment, quand j'ai fini d'envoyer des mails vers l'en-dedans, l'ailleurs, et l'au-delà, je referme le couvercle du portable et je sors pisser à pas comptés.


Cette fiction a été inspirée par deux tags : d'abord celui de See Mee, qui me demandait de dire mon attachement au Service public —c'est une sorte de réponse en creux… Ensuite, celui de Nicolas qui, en écho à Lomig, proposait de s'imaginer toujours blogueur dans 20 ans…
J'invite Gildan, M.Poireau, Le solitaire de la lune, Ruminances, Elmone, à prendre la suite…

samedi 13 novembre 2010

Promouvoir son blog avec Facebook

Elmone s'est penché, à la suite d'une ribambelle de blogueurs, sur l'art de promouvoir son blog sur Facebook. Il expédie l'affaire en neuf lignes et me met en demeure de livrer mes secrets sur la question… Je vais essayer de faire au moins aussi bien que lui.

Et pour commencer, je viens de me rendre sur Facebook pour scruter mon profil et mon «mur»… J'ai 120 amis, ça ne fait pas grand monde, mais il est vrai que je prends rarement la peine de répondre aux mails de demandes «d'amitié», et plus rarement encore de solliciter quelqu'un moi-même.

Sur le mur qui m'est dédié, j'ai retrouvé tous mes billets de blog, estampillés de loin en loin du pouce levé d'une aimable passante qui «aime ça». La dernière est Isabelle.B, que je mets ici en lien, afin de fournir un exemple de promotion via Facebook…

Depuis combien de temps suis-je inscrit sur cet étrange machin indiscret ? Aucune idée, mais je me souviens d'avoir sué comme un galérien au début pour parvenir à mettre les flux de mon blog dans le bazar. Par la même occasion j'avais créé aussi une entrée «Le coucou de Claviers» (une Page ?), laquelle ne semble contenir qu'un vieil extrait de billet, complètement périmé… J'ai certainement loupé quelque chose quelque part…

Toutes les semaines, je reçois un récapitulatif de l'activité de ma Page. Le dernier disait ceci: «3 monthly active users +1 since last week. 14 visits this week +11 since last week», toutes les autres informations sont égales à 0. Et ce relevé est loin d'être le plus pessimiste…
D'autre part, d'après Google Analytics, Facebook m'a apporté 45 visites sur le Coucou depuis le 13 octobre.

Voilà. Je n'ai pas de temps à perdre pour aller papoter sur le mur de Facebook, et je ne comprends rien au fonctionnement de ce machin. S'il me fallait remettre le nez dedans pour défaire ce que j'ai fait, je n'y arriverais plus —ainsi je n'aime vraiment pas l'idée que Facebook puisse s'approprier le contenu de mon blog !

Résumé: j'ai lâché mon compte sur Facebook avec une sorte de coup de pied aux fesses pour lui donner de l'élan. Depuis il avance sur son erre…

Pour prendre la suite de cette chaîne passionnante, je tague Nicolas Sarkozy et Frédéric Lefebvre.