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vendredi 29 avril 2011

Que faire du président ?

Pour ou contre une modification du scrutin présidentiel, voire une suppression de l’élection du président au suffrage universel ?
Romain pose dans son Variae cette question d'apparence iconoclaste et me demande d'y répondre. Elle méritait d'être posé, car l'élection présidentielle a beau être le monument sacré de la Cinquième, devant lequel se prosterne la nation, elle n'en est pas moins la source de tous les maux politiques de ce pays. À peine un nouveau président entre-t-il en fonction que la fièvre de l'élection suivante commence à couver chez les politiques ; souvent, elle brûle même certains (voyez Copé), dans les préparatifs d'une échéance plus lointaine. Il y a toujours une présidentielle à venir qui sous-tend la vie politique française et empoisonne petit à petit la république.

Le défaut majeur de cette élection découle de sa fausse apparence démocratique : elle a lieu au suffrage universel et donne donc au président une légitimité équivalente à celle de l'Assemblée Nationale où siègent les représentants du peuple. En réalité, par la lecture qui est faite de la Constitution et les pouvoirs qu'il peut s'octroyer, le président jouit d'une «légitimité» supérieure à celle du Parlement (pour le coup, joignons à contrecœur les sénateurs aux députés). Dire qu'il est roi l'espace de son mandat est devenu un truisme. Il est même davantage qu'un roi, puisque si les Français ont pu s'offrir dans le passé à plusieurs reprises le bonheur de dégommer des monarques, on n'a encore rien vu de tel avec leurs autocrates électifs —sous prétexte qu'ils disposaient au soir de leur élection d'une légitimité réputée acquise une fois pour toutes.

Le président, en particulier Nicolas Sarkozy, concentre tous les pouvoirs et n'est responsable de rien. Les représentants du peuple ne peuvent lui demander des comptes, et encore moins le révoquer. Par contre le président a la possibilité de dissoudre l'Assemblée : c'est cette menace majeure qui nous vaut des majorités de godillots, les unes après les autres.

Ceci dit, nous avons si peu de démocratie dans notre vie politique (nous n'en avons même aucune), que le sentiment de pouvoir choisir directement notre maître nous procure de la satisfaction. Rendre aux députés la faculté de désigner le président, comme c'était le cas dans la république précédente, nous semblerait un vol, il n'est pas facile de revenir en arrière. Pour ce faire, il faudrait changer de république et en ouvrir largement portes et fenêtres à la démocratie, enfin. Aux députés la désignation et le contrôle effectif de l'exécutif, aux citoyens le contrôle des effets de la loi sur leur vie quotidienne à travers le référendum d'initiative populaire.

Le problème, c'est que le passé nous a appris qu'une république purement parlementaire débouche à plus ou moins long terme sur l'instabilité gouvernementale et l'impuissance. C'est de cela autant que de la guerre d'Algérie qu'est sortie la constitution de la Cinquième République.
Alors, pour ma part, et dans les limites de ma grande ignorance politique, je me contenterais d'un président élu au suffrage universel, châtré constitutionnellement. Une n-ième révision de la constitution devrait le limiter étroitement à son rôle d'arbitre, et surtout le rendre responsable d'une façon ou d'une autre devant le Parlement.

Au fait, a-t-on vraiment besoin d'un président ?

(À noter : Melclalex, Isabelle et Nicolas ont déjà donné leur avis. J'aimerais bien avoir aussi celui d'Arnaud, d'un «Ruminances», ou de Le-gout-des-autres )

P-S: Merci à Gaël grâce à qui je vais pouvoir ajouter plus aisément de la musique sur mon autre blog… Après «Le jardin de la mairie», Christophe nous lâche face au mur du maquis

lundi 4 avril 2011

Il n'y a pas que le pétrole

Je ne suis pas le seul à l'avoir constaté : le monde part en brioche. Du côté du Japon, avec sa catastrophe nucléaire qui s'ajoute à celle du tsunami, on peut même dire qu'il part en couilles. Je respecte la douleur des Japonais, je sais ce que désarroi veut dire et j'admire leur dignité dans l'adversité. Il n'empêche que le retentissement de leurs déboires nucléaires est planétaire. A leur corps défendant, ils nous ont fichu la frousse et l'on ne sait plus à quel saint électrique s'abandonner.

La guerre en Libye fait monter le prix des carburants, Michel Rocard faisait remarquer hier dans Le Monde qu'un «déclin inexorable» attend la production de pétrole. Fidèle à son emploi habituel d'oiseau de mauvais augure parlant vrai, comme jadis la Mère Denis dans ses pubs pour la lessive, M. Rocard dresse l'inventaire des menaces qui pèsent sur nous et envisage «l'autodestruction de l'espèce humaine». Dans un siècle ou deux, les avortons qui nous auront remplacés lui voueront un culte, ou bien l'Europe radieuse se bidonnera au souvenir de ses prophéties. Allez savoir ce qui va se passer à partir de 2012.

En plus, il n'y a pas que le Japon, et la Libye, il y a aussi la Côte d'Ivoire. Cyniquement, vous vous dites peut-être que la Côte d'Ivoire est sans pétrole et donc que le conflit sanglant qui s'y déroule nous concerne assez peu en définitive ?

En qualité d'êtres humains, nous devrions être concernés par tout ce qui entache cette humanité et repousse indéfiniment notre accès à l'âge de raison. Mais après tout, si telle n'est pas votre préoccupation, tant pis. Songez plutôt que les tarifs du sans-plomb, du gaz-oil, du gaz, et de l'électricité, ne sont qu'une infime partie des misères qui nous attendent. On peut marcher à pied, cuisiner au bois ou manger cru, s'éclairer à la bougie… Par contre, peut-on vraiment vivre sans cacao, dont la Côte d'Ivoire produit 40% des fèves utilisées dans le monde, hein ? Que direz-vous lorsque vous verrez flamber le prix du précieux cacao et s'installer la pénurie de tablettes au coulis de chocolat fin avec un cœur de truffe fondant ? Vous, je ne sais pas, mais moi, j'en resterai sans voix.

mardi 8 mars 2011

Un sondage ça va, deux sondages font la gueule de bois

Quelle baffe, amis de la révolution ! On attendait l'aube de la révolte, le rejet d'un homme, Nicolas Sarkozy, incarnant la plupart des tares du pouvoir personnel. On attendait que le peuple en fureur impose le retour de la justice sociale, le respect à la lettre des valeurs républicaines : liberté, égalité, fraternité. On attendait en bref, une exigence d'équité dans tous les domaines mis à mal par quatre années de caprices réactionnaires, du travail et de la santé au niveau de vie…

C'est un crépuscule dépité qui tombe. Nicolas Sarkozy recueille le mépris qu'il méritait, certes, mais il n'y a pas de peuple, simplement un tas de gens couards comme moi et vous peut-être, dont la rogne se cantonne au choix prudent d'un molosse pour garder la maison. Il semble en définitive que près d'un quart des Français ne voit d'autre remède aux maux du pays que la très ancienne potion au bouc émissaire. C'est une proportion de la société énorme par ce qu'elle introduit d'incertitude dans le devenir électoral. Nous allons jouer le cours des prochaines années à la roulette, et ce sont les mises sur les extrêmes politiques qui le détermineront. Impressionnant, non ?

P-S : d'autres blogs à lire plus ou moins sur le même sujet : PMA, M. Poireau, Yann Savidan, Le Grumeau, Homer, Gularu,

mercredi 12 janvier 2011

Ce qui est bon pour les Islandais serait bon pour nous aussi


J'aime la démocratie, pas ce vomi de la république que vous baptisez ainsi, escrocs politiques, niais du marais, petits ambitieux qui, nous payant de mots, n'attendez que le moment d'y ramasser un fragment de pouvoir. La démocratie commence et s'achève dans les limites où un peuple s'associe à l'exercice du pouvoir par ses représentants. Il ne sert à rien d'espérer de nos élus qu'ils en ouvriront un jour le chemin pour nous, cela ne s'est jamais vu. Lorsque les citoyens d'un pays accèdent à la démocratie, c'est toujours à la faveur d'événements exceptionnels leur permettant d'écarter les anciens gouvernants et de créer de nouvelles règles.

La Suisse, pour dire un mot du modèle habituel en la matière, a vu son organisation évoluer à travers de nombreux conflits. On a coutume de nous la présenter comme une fantaisie, une sorte de vieux bijou de la famille européenne qu'on se montre en souriant avec condescendance, mais qui ne se porte plus. De gauche à droite, pour exorciser le spectre représenté par le droit du citoyen d'ouvrir son caquet, on en souligne volontiers les défauts et l'incommodité qu'il y aurait de nos jours à s'embarrasser d'un colifichet démocratique. Laissons donc la Suisse de côté pour cette fois.

Heureusement, désormais elle n'est plus le seul pays auquel on puisse se référer afin d'illustrer l'étendue de notre dénuement de citoyens français. L'ami Poireau vient d'attirer mon attention sur ce qu'il s'est passé en Islande ces dernières années, dans l'étrange silence de nos médias —et bien entendu de nos politiciens.

J'avais lu à quelques reprises des allusions à ces événements, lesquels étaient toujours présentés d'une manière trop embryonnaire pour les comprendre. Mediapart rompt aujourd'hui cette quarantaine politico-sanitaire en publiant un article dont l'essentiel a d'ailleurs déjà été mis en ligne, fin décembre, sur le site du NPA O6. De quoi s'agit-il ? Pour résumer : d'une révolution pacifique, ni plus ni moins.

En 2008, dans la débâcle du système bancaire, les Islandais sont descendus en masse dans la rue. La droite fut éjectée du pouvoir, au bénéfice de la gauche, laquelle nationalisa les banques… Un écueil ne tarda pas à se présenter avec le projet du nouveau gouvernement de rembourser la dette des banques envers la Grande-Bretagne et le Danemark. Un retour du peuple dans la rue imposa l'organisation d'un référendum sur le sujet, qui vit 93% des voix refuser cette proposition.

Ce n'est pas tout : du bouillonnement révolutionnaire est né, le 27 novembre 2010, une Assemblée constituante chargée de modifier la vieille constitution de 1944… Cette Assemblée est composée de 25 citoyens ordinaires, choisis parmi 522 candidates et candidats dont étaient exclus les élus nationaux. On peut appeler l'Islande une démocratie naissante.

On comprend bien pourquoi nous avons si peu entendu parler de l'Islande : c'est que ce serait un très mauvais exemple à nous donner, aux yeux de la caste politique toute préoccupée de terminer paisiblement son fromage de cinq ans, ou d'être en bonne position pour en rafler la part suivante. Vous ne voyez pas qu'il nous vienne l'idée salubre d'enlever la nappe avant la fin du service ?
source illustration

P-S: Eric met son blog en mode «Curator»… Vous ne savez pas ce que c'est ? Moi non plus, avant de le lire ! Stef est passé à la pompe : il n'en revient pas !

vendredi 12 novembre 2010

Faites-nous rêver !

En ce moment les signatures affluent sur le site ouvert par Politis.fr pour exiger du pouvoir l'organisation d'un référendum sur les retraites. La possibilité d'un tel recours est prévue depuis la révision constitutionnelle de 2008. L'éventualité d'un tel référendum, proposé à l'initiative de 1/5 des parlementaires soutenus par 1/10 des électeurs, est en effet désormais gravée dans le marbre de la Ve République.

Sauf que… pour devenir réellement contraignante pour le régime sarkozyste, il faudrait qu'une loi organique en ait fixé les modalités, rendant cette disposition effective. Or, si Nicolas Sarkozy s'est dépêché de faire valider les modifications constitutionnelles accroissant ses pouvoirs, il s'est en revanche bien gardé de donner vie à deux points essentiels de ces modifications :
—la fin de l'irresponsabilité présidentielle,
—le référendum d'initiative parlementaire.

Autrement dit, nous ne sommes pas assurés qu'un ras-de-marée de signatures le fera davantage fléchir que 3 millions de Français dans la rue, mais ça vaut largement le coup d'essayer !

Et cela me donne l'occasion de revenir sur une préoccupation récurrente dans ce blog : la démocratie. Comme Nicolas le relevait, comme M. Poireau et d'autres encore, je crois que la gauche ne pourra pas gagner en 2012 avec seulement des propositions techniques, de la prudence, et du flou artistique à la Fabius*. Il faut aussi, il faut surtout, nous faire rêver, nous enthousiasmer pour un avenir dans ses pas.

Soyons réalistes cependant et n'espérons pas la démocratie, mais un vrai petit pas vers celle-ci : promettez-nous de revenir sur les dispositions référendaires mort-nées de Sarkozy. Promettez-nous un référendum d'initiative populaire: 1/10 (voire 1/15 si vous préférez) des électeurs déclenchant l'organisation obligatoire de la consultation, que cela plaise ou non aux parlementaires et au pouvoir.

*Fabius : Le NouvelObs, prêtait récemment à Fabius l'évocation d'une citation de Retz, favorite de F. Mitterrand : «En politique, comme en amour, on ne sort de l'ambiguïté qu'à son détriment.»

jeudi 23 septembre 2010

Draguignan: + 40% , à quand la grève générale ?


En partant manifester, ce matin, j'écoutais de fort mauvaise humeur les propos hypocrites de la poignée de jaunes de France Inter… Productrice et journalistes croyaient sans doute se dédouaner du mauvais coup qu'ils portaient au mouvement de grève dans leur maison, en traitant des retraites et de la journée de protestation. Avec une cautèle de jésuites, ils distillaient des propos laissant entendre que la mobilisation pourrait peut-être bien ne pas tout a fait atteindre le niveau espéré par les syndicats. De quoi ôter l'envie d'aller défiler à ceux et celles qui hésitaient encore à le faire, et de quoi donner un petit coup de main discret à Sarkozy…

Difficile de dire en milieu d'après-midi ce qu'aura été en définitive la mobilisation au niveau national. Mais en tout cas, dans le Var, nous n'aurons pas à rougir : 28 000 manifestants à Toulon.
Et nous étions 3 500 à Draguignan : 999 personnes de plus que lors de la précédente journée d'action du 7 septembre qui, pour mémoire, avait réuni 2 501 personnes. Ce qui traduit une progression de presque 40% ! (calcul confirmé de tête par Nicolas, c'est dire!)











À Draguignan, il y avait Céleste et Hermes, comme d'habitude, et d'après ce que l'on raconte ailleurs, il y a eu du monde partout : voyez par exemple chez ValLeNain, ou chez Gaël —en vidéo s'il vous plaît !

mercredi 22 septembre 2010

Demain on manifeste

Demain donc, on manifestera dans toute la France, et probablement ce sera un succès de mobilisation. Rien toutefois ne permet d'espérer que cela permettra d'ébranler l'entêtement de Nicolas Sarkozy, obnubilé par sa vision politique. Celle-ci se résume comme partout en Europe à inverser le flux de ce que l'on appelle souvent l'État Providence: désormais au bénéfice des plus riches et au détriment du plus grand nombre, les gens modestes.

Pour le contraindre à reculer réellement, c'est une grève générale qu'il faudrait ! Ou alors, les syndicats et l'opposition devraient s'inspirer de la stratégie des défenseurs de l'enseignement privé, en 1984… Rappelez-vous: le PS avait caressé l'envie de nationaliser l'enseignement privé, une guérilla ponctuée de manifestations des deux camps plus ou moins réussies, durait depuis plusieurs années…

Finalement, soutenus par des sondages leur accordant un large appui de la population, les cathos organisèrent en Juin 84 une manifestation monstre aux Champs Élysées : 1 300 000 personnes.
Dans la foulée, Charles Pasqua déposa une motion qui demandait à François Mitterrand de consulter les Français par référendum…

Compte tenu du rapport des forces défavorable dans l'opinion publique, le président se serait pour le coup retrouvé avec une légitimité mise à mal, après un échec prévisible au référendum. Pas fou, il trouva une échappatoire et la loi Savary sur l'enseignement privé passa à la trappe…
Cela ressemble tout de même beaucoup au conflit sur la réforme des retraites, non?

mercredi 5 mai 2010

Journée d'action pour défendre l'art et la culture

Demain 6 mai, sera une journée nationale de grève et d'action pour défendre l'art et la culture. Dans le prolongement des actions du 29 mars, une manifestation débutera à 14h30 qui se rendra du Cirque d'Hiver au Centre Pompidou… Les organisateurs appellent non seulement les artistes et tous les acteurs de l'action culturelle à les rejoindre, mais aussi les personnes attachées à la poursuite d'une politique culturelle de qualité.

En tête des évolutions que dénoncent les organisateurs de cette journée, on trouve le retrait de compétence des régions et départements en matière d'art et de culture. Prévu par la réforme des collectivités territoriales, il mettra notamment en péril l'organisation de nombreux festivals à travers le pays. Cette réforme est à rapprocher de la suppression de la taxe professionnelle qui, appauvrissant brutalement les départements, aura de lourdes répercussions sur la vie culturelle. Je me suis déjà fait l'écho ici à deux reprises des effets des transferts de charges non compensées par l'état sur les budgets locaux, à propos du Salon de littérature de la jeunesse en Seine-Saint-Denis…

On trouvera sur FaceBook le détail de cette journée d'action, je me contenterai d'y relever encore le quatrième point des menaces qui pèsent chez nous sur la culture. Il s'agit du Conseil de la création artistique, que préside Nicolas Sarkozy, président de la république, et digne héritier de l'honnête homme des lumières. Ce conseil, animé par M. Karmitz, est appelé à «exercer les prérogatives de la création artistique du ministère de la Culture», disent les signataires de l'appel. On voit donc naître un nouvel instrument de contrôle échappant aux règles normales de fonctionnement de l'état…

Il se trouve que sur le portail du gouvernement, on peut prendre connaissance de «dix projets pour la démocratisation de la culture» dévoilés par ce Conseil de la création artistique. On y trouve en 6e position l'intention de «Permettre l'accès de tous à l'art contemporain». Il y est écrit: «Frédéric Mitterrand et Marin Karmitz souhaitent aller à la rencontre des publics pour leur permettre d'accéder aux oeuvres du 20e siècle. Pour ce faire, ils ont demandé le soutien des élus locaux et des relais associatifs et éducatifs»

Tiens donc! Non seulement les collectivités locales seront privées de ressources et de la possibilité d'aider comme elles le souhaiteraient les activités culturelles de leur région, mais on leur dictera ce qu'elles doivent soutenir avec les trois sous qui leur resteront?
Le 6 mai, c'est demain. Manifestation à Paris et dans les grandes villes de province (détails par ici)

P-S: Epamin' est tellement en rogne, qu'elle a rédigé un billet presque politique! Rencontre à La Comète entre Corinne Lepage et des bloggeurs, elle est pour une 6e république… Lundi, Hypos revenait sur le 1er Mai et la responsabilité syndicale… Si vous aimez le théâtre et que vous êtes Parisien, il vous reste très peu de temps pour suivre les conseils avisés de Martine!

mercredi 28 avril 2010

Blocages sur le Karachigate

Libération et Le Monde reprennent les propos du député PS Bernard Cazeneuve, rapporteur de la mission d'information parlementaire sur l'attentat de Karachi. En particulier ceux-ci: «Jamais je n'ai été confronté à autant de difficultés pour accomplir une mission…» D'autres expressions qu'il utilise pour qualifier la non-collaboration de l'exécutif avec les parlementaires de la mission sont encore plus éloquentes: «blocages absolus», par exemple.

Les amis dictateurs chinois de Nicolas Sarkozy ne trouveraient certainement rien à redire à cette situation, ça doit être pour ce genre de raisons qu'il se sent bien avec eux. Dans les pays de sensibilité démocratique par contre, pareille situation ne pourrait pas durer longtemps. Il n'y a qu'en France qu'un pouvoir soupçonné de corruption peut traiter par le mépris les représentants du peuple.

Il y a deux jours, on regrettait ici dans un billet sur le Karachigate, que les médias français, la presse en particulier, n'investissent pas davantage d'efforts pour enquêter sur une affaire aussi grave. En commentaire, Martine qui connaît bien la question, nous rappelait que nos plus grands journaux n'ont pas les moyens de détacher deux journalistes pour enquêter durant des mois sur un sujet. Ce fut le cas du Washington Post, dans le scandale du Watergate: on conçoit que les ressources de la presse américaine n'ont rien de comparable aux nôtres…

Il n'empêche qu'en écoutant le journal de 13 h sur France Inter, j'ai été sidéré par la manière dont l'audition d'Édouard Balladur par les parlementaires a été expédié en quelques secondes. Pas le moindre retour sur les soupçons qui pèsent sur lui, et par voie de conséquence sur le président Sarkozy son ministre du Budget de l'époque, et son porte-parole durant la campagne électorale (ils se sont un peu rattrapés au journal de ce soir).

Ce n'est pourtant pas une mince affaire! On s'attendrait à ce que l'ensemble des médias remette sur le feu à chaque édition, avec autant de constance que pour la burqa, un sujet concernant la probité de nos dirigeants. Lorsque le plus haut personnage de la République est susceptible d'être associé à une affaire de corruption, il n'y a pas de place pour la raison d'état.

Aucune obstruction n'est admissible, même s'il se révèle au bout du compte que le haut personnage n'a rien à se reprocher, et que les «blocages» tenaient davantage à la défense des privilèges de l'exécutif qu'à la dissimulation de preuves. Dans le cas contraire, d'une réelle implication de M. Balladur et de son entourage, dont Nicolas Sarkozy, on serait alors amené à constater une fois de plus que la constitution de la Ve république est une insulte à la démocratie. Nous nous trouverions avec un président indigne de sa fonction, dont la destitution resterait une vue de l'esprit, puisqu'il faudrait que sa mise en accusation soit votée par les deux tiers des parlementaires, Assemblée plus Sénat…


Cette république s'embourbe chaque année un peu plus dans les scandales, tandis que l'exaspération des Français envers les politiques ne cesse de croître. Pourtant l'on chercherait vainement dans les projets de l'opposition la perspective d'en forger une nouvelle, qui accorderait enfin aux citoyens le droit de participer aux décisions, et l'instrument nécessaire à ceci —un véritable référendum d'initiative populaire. Quel crédit pourrait-on encore accorder dans ce pays aux promesses électorales si, parallèlement, on ne dote pas le peuple du moyen efficace d'en contrôler l'application?

P-S, Balmeyer s'est fait engrosser le mollet par Rouky, Céleste chante la polygamie avec Sacha, M. Poireau analyse l'humour extraterrestre, et Gwendal veut lever l'ancre…



Ce billet vous a plu? Vous pouvez le recommander :
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vendredi 23 avril 2010

L'après Sarkozy a-t-il commencé?




Nouvelle chute de Nicolas Sarkozy dans les sondages, avec 35 % d'opinions positives et 62 % de négatives. Il s'agit d'une enquête d'opinion Libération—Viavoice qui vient donc consolider l'impression que le désamour des Français à l'égard du président s'installe pour de bon.  Les commentateurs éprouvés semblent considérer que les gesticulations sécuritaires et la grosse astuce de la loi anti-burqa, destinées à rattraper par la queue les voix de droite n'y changeront rien. Tant mieux.

Bien entendu, M. Sarkozy continuera d'espérer jusqu'aux derniers mois l'embellie économique qui lui permettrait, grâce à son incontestable savoir-faire, de vendre un second mandat d'occasion aux électeurs. Pourtant, on se prend à croire que cela ne servirait à rien: c'est peut-être tout un style d'exercice du pouvoir que les Français vomissent. Les abus du président, régulièrement épinglés, sa vulgarité de langage, de culture, comme de comportement ont fini par le couper de tous ceux pour qui la vie publique ne se résume pas aux bonnes affaires.

On nous a seriné que son mode d'expression, direct et proche de celui de l'illettré lambda plaisait aux jeunes qui pouvaient s'identifier à lui.  Ou bien cette adhésion a été mal mesurée, une majorité de jeunes versant plutôt dans l'opposition, ou bien ces dits jeunes ont mûri dans la première moitié du mandat. Ils ont peut-être fini par se rendre compte que quelque chose cloche, quand le personnage sensé symboliser la République inspire de la gêne quand ce n'est pas de la honte.  Personnellement, je ne vois pas pourquoi Mme Alliot-Marie et tous ceux qui se découvrent devant le drapeau, autre symbole fort, sautent au plafond quand une photographie montre celui-ci maltraité, mais font preuve de complaisance devant l'avilissement de l'image présidentielle.

Ceci-dit, l'image présidentielle ne me semble importante que par rapport au régime politique sous lequel nous vivons. Et il me vient l'inquiétude que, dans l'effondrement accéléré de la cote de N. Sarkozy, l'opposition ne se sente pousser des ailes, et renonce à approfondir sa réflexion sur les changements à mettre en œuvre en cas de victoire. Plus précisément, je commence à craindre qu'il ne soit bientôt plus question que de savoir par qui l'on nous proposera de remplacer M. Sarkozy, de Mme Aubry, à Mme Royal, en passant par DSK, MM Peillon, Valls, ou je ne sais qui. Hisser simplement un(e) président(e) sur le pavois républicain n'est plus de saison.  Il y a un projet économique, fiscal, et social a définir d'urgence, mais il y a aussi quelques gages démocratiques à nous donner.

 

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samedi 3 avril 2010

Martine dessine la gauche

Mediapart publie une interview exclusive de Martine Aubry, interrogée sur la gauche qu'elle veut. De ce long article, ma lecture s'est surtout attachée à la page cinq, qui en constitue la fin. Avec un peu de mauvais esprit, je suis tenté d'y voir la cinquième roue de la charrette, ce que Mediapart et Martine Aubry appellent «la question démocratique».

Je ne doute pas que mes collègues blogueurs, proches du PS ou non, disséqueront les propos de Mme Aubry sur les quatre conventions socialistes qui plancheront sur de nouveaux modèles de société et de développement, sur l'égalité réelle, et la doctrine internationale. Mais je crois qu'ils se fichent pas mal de savoir si la cinquième roue sera bien gonflée ou non: à quelques détails près, tout le monde à l'air de trouver que nous sommes une démocratie.

Ce n'est pas mon cas, et c'est la raison pour laquelle je sens monter mon taux d'adrénaline quand je lis certains propos de Mme Aubry.
D'abord ceci: «Je crois pour ma part par exemple fortement au rôle des universités populaires et des grands débats de société. Il y a un besoin des gens de comprendre, de se saisir des débats publics»
On chercherait en vain dans le prolongement de ces paroles la promesse que ces universités, ces débats, puissent déboucher sur l'expression de la volonté des Français. Au moyen d'un instrument référendaire mis à leur disposition, par exemple…
«Je pense qu'il est bien difficile de changer une société en étant élu pour cinq ans».
On craint de comprendre ainsi qu'il est envisagé, en cas de retour au pouvoir, de ressusciter le septennat et les mandats présidentiels sans limitation en nombre. Voter, comme je le souhaite, pour un(e) candidat(e) de gauche, implique au contraire que le pouvoir de la présidence soit définitivement cassé, au profit du Premier ministre et du Parlement. Qu'il ne soit plus possible de présenter notre pays comme une monarchie républicaine. Dans tout autre cas, personnellement, je préfèrerais garder la droite au pouvoir dans l'espoir d'accélérer une inévitable insurrection populaire. En d'autre termes, je voterai contre une gauche prostituant la démocratie.

«…le second élément majeur est celui des contre-pouvoirs institutionnels. Donner un vrai poids aux collectivités territoriales […] et […] au Parlement en terme de débat démocratique.»«On est aujourd'hui un pays qui nie totalement le débat démocratique»…

Voilà à quoi se résumerait l'horizon démocratique? Bien sûr, je laisse de côté une partie de son discours, et non la moindre, puisqu'elle évoque aussi le non-cumul des mandats, la liberté de l'information, l'indépendance de la justice, pièces d'importance, et les primaires… Mon point de vue est partial, mais je l'assume.
Tôt ou tard, si le personnel politique refuse de comprendre que les citoyens veulent en finir avec les privilèges des élus, et avoir leur mot à dire sur toute chose de la vie publique à travers un référendum d'initiative populaire, ce personnel sera balayé. Et ce sera démocratique.

Source Mediapart: La gauche que veut Martine Aubry


P-S Côté boulevard lance un appel aux dons en faveur de FansoloSee Mee publie l'exclusivité du classement général Wikio et Dagrouik celle des politiques.

vendredi 19 mars 2010

D'un sondage exclusif et du vote obligatoire

La publication des sondages sera interdite à partir de ce soir minuit. J'en profite donc pour faire part à mes lecteurs d'une étude d'opinion dont le Coucou a l'exclusivité.
Le sujet portait sur le second tour des régionales en PACA…
75% des électeurs interrogés se déclarent absolument totalement certains de voter pour la liste d'union rassemblant le Parti Socialiste, Europe Écologie, et le Front de gauche.
L'enquête a porté sur un échantillon représentatif de la proche famille de l'auteur de ce blog, parmi les personnes en âge de voter et inscrites sur les listes de la région PACA. Sur un total de 4 personnes interrogées, 1 se déclare «trop vieille pour aller jusqu'en bas et d'ailleurs elle n'a même pas reçu tous les papiers faut pas l'embêter avec ces histoires» —et donc devrait probablement s'abstenir. En revanche, le reste des sondés, soit les trois quarts, déclare avoir fait un choix définitif: «la question se pose pas ouste je vote pour l'union de l'opposition».

Dans un article qu'il signe dans Libération, Alain Duhamel se déclare en faveur du vote obligatoire, pour en finir avec l'abstention galopante. Il considère que «la citoyenneté (est) à la fois un droit et un devoir». C'est très à la mode ces dernières années, à droite surtout, d'insister lourdement sur le fait qu'avoir des droits implique des devoirs. On entend du reste plus souvent et plus lourdement rappeler les devoirs que les droits.

Pourquoi pas, au fond? Beaucoup estiment que voter doit rester une liberté pour des citoyens libres. La question qui se pose est de savoir si l'on est encore un citoyen lorsque l'on n'use pas de la liberté de choisir ses représentants. Payer ses impôts ne suffit pas (et d'ailleurs en paie-t-on?) à vous rendre partie prenante dans la fameuse souveraineté que l'on prête au peuple français. Même dans cette république que je n'aime pas beaucoup, lui préférant une vraie démocratie, l'exercice du pouvoir d'élire ses représentants me paraît essentiel.

De quel droit débattre, proposer, réclamer, contester, lorsqu'on ne s'implique pas dans la vie politique au moment d'une élection? Toutes proportions gardées, voter est s'acquitter d'un impôt de base du citoyen, un peu comme la noblesse d'autrefois se prévalait de l'impôt du sang (pour n'en payer point d'autre). On conçoit qu'il n'y aurait pas de vie collective possible si nous ne payions aucune sorte d'impôt, de même, si personne ne votait ou seule une minorité de Français, que resterait-il de la république? Alors, oui, quelles que soient les réserves que m'inspire la personne d'Alain Duhamel par ailleurs, je trouve que sa suggestion mérite au moins d'être discutée sérieusement.

P-S, le Jeu d'écriture n°3 se passe aussi chez Arf, et il vaut le voyage!

mercredi 17 mars 2010

Debout les désobéissants!

C'est ce soir que France 2 diffusera son documentaire «Le jeu de la mort»… Ils ont mis le temps: j'en avais fait le sujet d'un billet en Avril 2009. Je viens de le relire, et je vois que je n'ai pas grand-chose à y changer, sinon que mon dégoût de la télé, ma piètre estime pour ses spectateurs ont encore augmenté. La proportion de tortionnaires assassins en puissance est aussi plus forte que je ne l'imaginais à l'époque: près de 80%, semble-t-il. Cela ne m'étonne pas, au fond. Qu'ils soient aux commandes d'un appareil de torture, ou assis derrière un guichet, à l'abri des ordres reçus et des règlements à appliquer aveuglément, les gens sans courage ni réelle humanité font la pourriture dominante du monde. Voici le billet du 25 avril 2009:

Que les désobéissants lèvent le doigt!

Il paraît que France 2 prépare un documentaire qui se présentera comme un «jeu» de télé-réalité d'un nouveau genre. Ce sera basé sur une expérience de psychologie des années 60, conduite par Stanley Milgram, et qui fit grand bruit à l'époque.

Dans le documentaire comme dans l'expérience scientifique, le candidat principal posera des questions à un autre candidat que l'on pourrait appeler «l'élève*», en simplifiant. Chaque fois que ce dernier se trompera, le candidat devra lui infliger une décharge électrique —avec la bonne conscience que donne le respect de la règle du jeu et la bénédiction de l'autorité télévisuelle. Au départ relativement faible, l'intensité de la punition reçue par l'élève augmentera avec le nombre des erreurs… Bon, on nous annonce déjà que l'élève ne sentira rien en réalité, parce qu'il s'agira d'un comédien, tandis que le candidat sera, lui, volontaire pour participer à un jeu télé en toute innocence. Un quelconque pékin comme vous et moi. Enfin, c'est une façon de parler: vous, je ne sais pas, mais moi, je ne me vois pas participer à une émission de télé-réalité, ce qui n'a aucune importance.

L'important résidera plutôt dans le nombre de candidats qui se soumettront à la loi pour torturer leurs semblables. Parce que cela revient à ça: il est interdit de se tromper, sous peine de sanction. Je dois vous punir, alors je punis, et tant pis si vous souffrez. Jusqu'où iront-ils avant de se rappeler qu'ils sont des êtres humains civilisés et qu'il est des cas où l'honneur impose de désobéir?

L'article 5 de la Déclaration universelle des droits de l'homme dit ceci:
«Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.»

En 1960, Stanley Milgram avait fait l'effrayant constat que 62,5% des sujets de son expérience étaient capables de pousser l'intensité des chocs électriques au maximum, gravissant avec plus ou moins de bonne volonté tous les degrés de la cruauté.
62,5% de lâches potentiellement malfaisants, à vue de nez, cela fait une proportion crédible. Cela fait 4,190 milliards d'individus sur terre. Et l'on se prend à rêver d'une arithmétique anarchiste: sans eux, il resterait 2,514 milliards de citoyens du monde indociles, mais respectueux d'autrui, à priori. La plupart des affamés de pouvoir aurait disparu. La surpopulation, ses nuisances, la crise du logement, tout ça…, deviendraient de l'histoire ancienne. Il y a juste un hic: c'est qu'il faudrait sans doute appartenir aux 62,5% pour nettoyer le monde…

*c'était le cas dans l'expérience de Stanley Milgram

vendredi 5 mars 2010

La liberté fond, le conformisme monte


Deux informations m'ont frappé aujourd'hui, à priori sans contenu politique —mais je suis de ceux qui trouvent de la politique partout. Fort éloignées l'une de l'autre à la fois dans l'espace et dans leurs implications, elles me paraissent pourtant témoigner pareillement de la bien-pensance fétide qui gagne le monde.

La première de ces informations vient des États-Unis, une famille avait renouvelé le genre un peu figé du bonhomme de neige en le féminisant. Plus exactement, elle avait modelé dans son jardin une femme nue, à l'imitation d'une statue antique. Un voisin anonyme, choqué, leur a envoyé la police… Les détails sont à lire sur le site de Libération.

J'ai trouvé la seconde sur Rue89 qui y consacre un article fouillé: Lalie Walker, auteur de romans noir, est poursuivie pour diffamation et injures par les propriétaires du Marché Saint-Pierre, à Paris (XVIIIe). Dans son dernier ouvrage, «Aux Malheurs des dames», elle a en effet commis un délit jusqu'à présent inconnu de la littérature romanesque, celui d'en situer l'action dans un cadre réel.

Pire: elle a inventé à ce haut lieux du débit de tissu deux frères fictifs pour le diriger, lesquels sont soupçonnés dans l'intrigue des pires turpitudes… En bref, Lalie Walker et les éditions Parigramme sont traînés en justice. Les gestionnaires et les propriétaires du Marché Saint-Pierre réel réclament l'arrêt de la vente du roman, ainsi que deux millions d'euros de dommages et intérêts. Une paille.

Si cette plainte impudente n'est pas rejetée par la justice, un bel avenir de castra est promis aux écrivains en général et aux auteurs de polars en particulier. Il ne sera plus possible d'utiliser des édifices connus, des contextes plus ou moins calqués sur la réalité, sans en assurer parallèlement une prudente promotion. Recevoir l'imprimatur des commerciaux associés au lieu du péril deviendra une nécessité. Les écrivains de polars pourront toujours se reconvertir dans la science fiction —en attendant que la NASA les assigne en justice.
Source illustration

P-S Nicolas expert en Wikio auprès de la blogosphère, dissèque le classement général de Mars… Je n'ai pas parlé de N. Sarkozy aujourd'hui, mais CC y a pensé! Côté littéraires, Balmeyer est enfin retourné chez le coiffeur, au bout de dix mois! Arf publie un texte d'Isabelle… Isabelle invite Arf chez elle…

mardi 9 février 2010

Loppsi 2 : le bonheur est pour demain

Demain, bientôt, nous allons enfin pouvoir vivre dans une France sûre. Un nid qui aura un peu l'austère apparence de l'aire de l'aigle, mais dont le sein, capitonné par la laine des moutons, sera réconfortant. Toute l'Europe nous enviera. Que dis-je! Le monde entier en béera d'admiration, comme il le fait déjà devant notre génial président.

Les caméras pulluleront dans nos rues, à un point tel que le fameux avertissement légal: «zone ou établissement, placé sous vidéo-surveillance», sera devenu sans objet. C'est à l'aéroport que les visiteurs étrangers recevront avis qu'ils sont entrés dans un «pays placé sous vidéo-surveillance». Il n'y aura pas que l'état, bien entendu, pour veiller sur nous, n'importe qui pourra implanter ses caméras sur la voie publique. J'espère que ma municipalité en posera une près des bennes à ordures, au bout du chemin. Comme ça, le policier municipal pourra pincer le saligaud qui abandonne régulièrement des gravats.

Comme les pouvoirs de la police municipale auront été augmentés, ils pourront flanquer le saligaud en garde à vue, enfermé dans la remise de la mairie. Et si le pauvre bougre de super-garde-champêtre est débordé, qu'à cela ne tienne: nous aurons la «réserve civile», une milice légale réunissant les citoyens les plus sourcilleux sur la paix publique. Ça sera bien le diable si on ne coince pas le salopard.

En ville, évidemment, ça risque d'être plus remuant… Les interpellations devenant plus nombreuses un problème se posera, au moins pendant le temps qu'il faudra aux petits délinquants pour comprendre que la fête est finie. Que faire de tous ces prévenus, comment les juger, alors que notre justice est déjà si lente? Va-t-on constituer une «réserve civile» de juges volontaires bénévoles? Non, c'est très simple: les magistrats siégeront en vidéoconférence. Le justiciable pourra comparaître du centre de détention, s'il est un sans papiers, du commissariat peut-être, ou, qui sait, de chez lui, par le biais d'internet… La peine sera ainsi prononcée au plus bref: il ne restera plus au contrevenant qu'à payer son amende, à rendre son permis, ou à rejoindre la prison au jour dit, par exemple…

Il ne sera pas question de prétexter une absence à l'audience par une soi-disant panne d'ordinateur qui vous aurait privé de connexion avec le tribunal. La police spécialisée, qui aura toute latitude pour filtrer le web, s'installer dans votre ordinateur à distance, lire vos mails, écouter vos chats parlés, sera parfaitement au parfum. Peut-être même qu'elle observera votre indécision devant l'écran…

Dans un avenir un peu plus lointain (mais faisons confiance à Nicolas Sarkozy pour presser le mouvement du progrès lors de son second quinquennat), les problèmes de financement de la justice seront résolus. Le corps des magistrats de toutes postures, debout comme assise, sera dissout. À la place, un super ordinateur installé au ministère, sous la direction d'un Garde du code informatique, instruira en temps réel, tiendra audience jour et nuit, du nord au sud, d'est en ouest.
Et nous serons heureux, enfin.

Les syndicats de la Magistrature et des Avocats de France ont publié un communiqué commun sur Loppsi 2…

vendredi 15 janvier 2010

Justice debout, télé sur le cul

Beaucoup de blogs ont réagi à la seule information de politique française valable, de la soirée d'hier: la dénonciation par Vincent Peillon de l'opération de recyclage du ministre Besson sur France 2. Tout le monde est loin d'être d'accord… Je n'ai pas regardé ce débat, et je n'ai pas encore d'opinion arrêtée sur M. Peillon lui-même, mais je trouve qu'il a porté un coup mérité aux tenants de la télévision publique conçue comme boniche de l'état. La guerre politique allumée par Nicolas Sarkozy a l'hypocrisie comme arme de prédilection, et le président nous a montré le premier qu'elle est sans foi ni loi. Il n'y a donc aucune raison qu'elle se fasse en dentelles. Dès lors qu'il était évident que Mme Chabot avait pour tâche domestique essentielle de décrotter Éric Besson, en le tirant l'espace d'une soirée de sa fonction de mangeur de honte, face à Marine Le Pen en interlocutrice privilégiée, il était justifié de saccager l'émission. Ce qui fut fait et bien fait, puisque l'éclat de Vincent Peillon a éclipsé le débat truqué.

Je regrette pour ma part qu'un autre épisode des batailles allumées un peu partout dans la société par N. Sarkozy soit passé sous silence dans la blogosphère, du moins parmi les sites que je connais le mieux. Je veux parler de la manifestation des magistrats pendant le discours de François Fillon lors de l'audience solennelle de la Cour de cassation. Ils étaient des centaines dehors, d'après ce que j'ai entendu hier à la radio, scandant «assis, debout, mais pas couchés», tandis que François Fillon essayait de faire croire à leurs collègues que, «ni l'indépendance de la justice», «ni la séparation des pouvoirs» (à la Française, s'entend), ne seront remises en cause.
Ce qui se passait là était d'importance, il est dommage que la population ne se sente pas davantage concernée par la suppression du juge d'instruction. On sait pourtant qu'il s'agit exclusivement pour le pouvoir de stopper la mise en lumière et la condamnation des malversations financières ou politique. C'est l'instauration, sinon le retour, d'une justice de classe: les nantis au-dessus des lois, une minorité d'une part, et puis tous les autres… Si Nicolas Sarkozy peut parfaire son œuvre, nous aurons alors une société parfaitement harmonieuse: une justice inégalitaire, une santé à deux vitesses, des salariés réduits à merci, dans une société incomparablement plus injuste qu'à son arrivée.



mercredi 30 décembre 2009

Le rapport annuel de RSF et le web

Le rapport de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse dans le monde vient d'être publié. Comme les précédents, il n'est pas réjouissant: 76 journalistes tués, soit une hausse de 26% par rapport à l'an dernier, 573 emprisonnés, plus du double menacés…

Puisque nous sommes sur le web, j'ai retenu plus particulièrement ce qui le concerne. Un blogueur est mort en prison, tandis que 151 autres étaient arrêtés par les polices de leurspays, et 61 agressés. On recense en outre 60 pays où sévit la censure d'Internet.

La répression de la liberté d'opinion sur le web concerne plus particulièrement une dizaine d'états: la Chine en tête bien entendu, suivie par l'Iran, la Tunisie, la Thaïlande, l'Arabie saoudite, le Viêt-nam, l'Ozbékistan, la Corée du Sud, l'Egypte, et je ne sais plus quel état, l'Azerbaïdjan, peut-être…

C'est au bout du monde, me direz-vous? Oui, mais RSF relève aussi que «les pays démocratiques ne sont pas en reste». Des état européens étudient des mesures de contrôle d'internet «au nom de la lutte contre la pédopornographie ou le téléchargement illégal».
Alors que des lois existent pour réprimer ces crimes et délits, que des brigades de police spécialisées peuvent être créées, ou le sont déjà, pour traquer ceux-ci, on devine que les nouveautés en préparation serviront surtout à prendre le contrôle de la toile. L'Australie pourrait ainsi instaurer un système de filtrage obligatoire, qui donnera des idées à beaucoup d'autres…

«D’une année sur l’autre, le nombre de pays touchés par la censure d’Internet a été multiplié par deux. Une tendance inquiétante qui illustre le renforcement du contrôle exercé sur les nouveaux médias alors que des millions de net-citoyens sont de plus en plus mobilisés sur la Toile», dit le rapport de RSF.

Le 12 mars 2010, Reporters sans frontières organisera une mobilisation contre les «Ennemis d'Internet». Nous en serons.

P-S Il est aussi question de journalisme chez Hermes, mais d'un œil critique… Tout comme chez Intox2007, dans le cadre d'une opération dont je parlais déjà hier… Quant aux souhaits et bilans de fin d'année, vous en trouverez chez Arf, Epamin', et Constance …

jeudi 19 novembre 2009

Politique à la maison

Le métier politique se corse, ces derniers temps. Normalement, ce n'est qu'avec des pincettes que j'associe le mot «métier» à celui de «politique», tant cet assemblage me choque. Pour plagier la dernière lubie du mangeur de honte de la République, M. Besson, ministre de l'immigration et de l'identité nationale, je dirais volontiers qu'il s'agit là d'un mariage gris. Une escroquerie démocratique à but carriériste, comme il parle «d'escroquerie sentimentale à but migratoire» dans le dessein de stigmatiser les couples d'origines mixtes Français / étrangers… Mon intention n'est pourtant pas de m'en prendre ce soir à ceux qui fondent une carrière sur la politique, mais presque de les plaindre, pour une fois.

Imaginez: l'idée médiatique à la mode en ce moment, c'est de faire inviter un responsable politique par une famille française. La Chaîne Parlementaire et Dailymotion, s'y mettent déjà… Bientôt TF1 peut-être, puis les chaînes du service présidentiel? Oui, franchement, je les prends un peu en pitié, nos hommes et femmes politiques qui, après une journée chargée, passée à remplir les obligations de leurs mandats, sans compter les participations aux débats et interviews inévitables, vont devoir s'appuyer une soirée questions-entre-quatre-yeux (ou plus).

Ça me rappelle certaines fins de journées héroïques de mon petit métier à moi, lorsqu'on va gaiement à la rencontre de jeunes lecteurs… Trois classes le matin, trois classes l'après-midi, à répondre aux questions, à parler, parler jusqu'à la limite de l'extinction de voix… Eh bien, il arrive après ça, alors que vous êtes à des centaines de kilomètres de chez vous, que l'on vous loge chez l'habitant plutôt qu'à l'hôtel. Ah, les braves gens! Ils sont toujours sympas, accueillants, avec des enfants géniaux qui adorent la lecture… Et vous vous tapez la dernière «animation» de la journée, alors que vous rêvez de plumard et de silence.

Donc, il se pourrait bien que pendant quelque temps au moins, certains grands élus des deux sexes aient à rajouter le dîner chez l'habitant à la palette de leurs activités. Pour l'heure, il ne semble pas prévu de remake des fameux repas en famille de M. Giscard d'Estaing, avec Nicolas Sarkozy dans le rôle-titre, mais ça viendra… En attendant, Vincent Peillon a inauguré ce nouveau style de téléréalité pour Dailymotion, dont l'émission «Politique à domicile» est diffusée sur internet.

C'est toujours un peu périlleux d'essuyer les plâtres, et de servir peut-être à mettre en lumière certains défauts du concept qui seront corrigés par la suite, au bénéfice d'un adversaire politique. D'un autre côté, il a tout de même de la chance: le genre démarre, on ne se bouscule pas encore pour s'attabler chez les gens. Et puis, on lui a déniché une famille d'intellectuels aptes à tenir le débat à un niveau valorisant. Imaginez que ce soit déjà la cohue, que les vedettes politiques se retrouvent à courir la gamelle pour toutes les chaînes de télévision…

Les aléas de l'organisation auraient pu conduire à ce que M. Peillon fût invité au second étage d'une HLM, par Dailymotion, cependant que Ségolène Royal dînait au troisième pour France 2. J'entend d'ici les éclats de voix, les rires stridents de celle-ci, peut-être ses trépignements de talons, juste pour embêter son rival au-dessous. Et celui-ci, rouge de colère, qui finit par taper au plafond avec un manche à balai! Ça ferait de l'audimat, mais pas sûr que l'image de nos élus y gagnerait…

On peut évidemment concevoir des conjectures moins tragiques pour la gauche, et trouver une table pour Mme Aubry au premier, tandis que Frédéric Lefevbre devrait se contenter d'un sixième sans ascenseur, essuyant les quolibets de tout l'immeuble. Quoi qu'il en soit, si la mode s'installe, nos politiques finiront par la trouver saumâtre.

P-S. D'autres billets à lire à propos de la chaîne «Qu'est-ce qu'un blog», c'est sur Tes reins et terroirs, et chez Rimbus

mercredi 4 novembre 2009

L'ouverture à droite pour demain?

Quand une idée est dans l'air, quelqu'un finit toujours par l'attraper. J'avais pensé, la semaine dernière, un soir de panne d'inspiration, suggérer au PS de rendre à Nicolas Sarkozy la monnaie de sa pièce en pratiquant l'ouverture à droite. Et pour cela, offrir à Rama Yade de rejoindre les rangs de l'opposition, puisqu'elle semble en disgrâce au sein de la cour.

Évidemment, s'agissant d'une ministre, forte d'une belle popularité, il n'aurait pas été question de lui proposer une place debout parmi les militants, non plus qu'un strapontin dans les instances départementales… Il eut fallu autre chose, mais quoi? Je me heurtai à mes lacunes dans la politique de haut niveau, où il est nécessaire d'avoir au moins des notions de parachutisme, ce qui n'est pas mon cas. C'est la raison pour laquelle je renonçai finalement à m'amuser sur ce sujet.

Pour être franc, je dois ajouter que la crainte des critiques acerbes qu'un billet aussi désinvolte aurait pu me valoir, a aussi joué. On m'aurait dit, avec raison, que le PS et le peuple de gauche ont besoin de gens de conviction, pas d'opportunistes. Je sais bien que la tentation aurait été grande pour moi de rétorquer en demandant combien de personnes, dans l'appareil dirigeant du PS, ont choisi d'adhérer à ce parti pour défendre l'idéal socialiste, et combien par carriérisme? Les nomades de la blogosphère étant pour la plupart des jeunes gens encore attachés à des illusions, mon objection aurait peut-être choqué.

Quoi qu'il en soit, cette suggestion d'apparence farfelue a gagné aujourd'hui droit de cité, puisque la presse prête à Michèle Sabban, vice-présidente du PS en Île-de-France l'intention «d'accorder l'asile» à Rama Yade. Les détails sont à lire dans le Canard Enchaîné de cette semaine, ou sur le site du Nouvel-Obs, sans garantie d'y trouver mieux qu'une présentation de la dernière blague anti-sarkozyste.
À l'heure où j'ai lu l'article on pouvait noter des réactions indignées, conformes à ce que j'envisageais plus haut: certaines condamnant le peu de cas fait des convictions de Mme Yade, d'autres fourrant celle-ci dans un sac d'exécrations sarkozystes, d'autres enfin lui ouvrant les bras par avance. On comprend ces derniers, la dame étant des plus séduisantes. J'ajoute que je ne puis me défendre d'une vraie sympathie à son égard, depuis son arrivée au gouvernement. On ne lui confia que des rôles ingrats de potiche, auxquels elle parvint à donner parfois un peu de relief, et, ces derniers temps, certaines de ses prises de position ne manquaient pas de courage. Je fais allusion aux affaires F. Mitterrand et J. Sarkozy, non aux histoires de niches sportives qui m'indiffèrent.

Quant à l'immoralité de ces jeux de chaises musicales, même théoriques, elle me semble trop évidente pour mériter de s'y étendre. Restaurer les valeurs de notre république n'est pas une question de casting, mais de démocratie. On y viendra peut-être un jour?

P-S. «Il n'existe probablement aucune société qui ne traite ses morts avec égards», écrivait C. Lévi-Strauss dans Tristes tropiques. Lui même vient de mourir, mais Didier Goux juge que la blogosphère ne lui accorde pas la place qu'il méritait… J'ai trouvé ce soir au moins un autre article qui lui est consacré, chez Ferocias, un blog littéraire, il est vrai —sans compter le billet d'Olivier Bonnet, plus politique.

P-P-S. À ne pas louper chez Seb: un très bon article sur La peur du déclassement

samedi 26 septembre 2009

Contre la privatisation de la Poste, prenons l'initiative!


C'est lundi que débuteront les votations citoyennes sur l'avenir de la Poste, partout dans le pays. Entre le 28 septembre et le 3 octobre, les Français soucieux de la privatisation rampante de ce service public, voulue par le gouvernement, auront la possibilité de faire savoir à celui-ci qu'ils la désapprouvent, ou au contraire la soutiennent…
Ce véritable «référendum d'initiative populaire», puisque organisé au nez et à la barbe du pouvoir sarkozyste sans l'aval de celui-ci, est dû à la volonté des syndicats et d'un collectif de partis d'opposition de faire obstacle à la privatisation. De nombreux Conseils municipaux ont décidé d'ouvrir leurs mairies pour faciliter la votation à travers le pays, mais le gouvernement tente de s'y opposer en faisant multiplier par ses préfets les référés contre ces dispositions locales. Il est évident que le gouvernement craint de se retrouver face au désaveux des Français, car si un tel scrutin n'a évidemment aucune base légale, son résultat, en cas de succès de participation, n'en exprimera pas moins la volonté populaire. Et le souverain, c'est le peuple.
À supposer que les actes du pouvoir sarkozyste aboutissent à interdire aux mairies de participer activement aux votations, il sera toujours possible aux citoyens de s'exprimer en d'autres lieux, en utilisant les urnes placées ailleurs par les syndicats. Ne nous laissons pas intimider par l'état et ses exécutants: c'est nous au contraire qui allons les intimider par nos votes, dès lundi. Défendons notre service public de la poste!

P-S. Abadinte dresse un inventaire désopilant d'indiscrétions politiques ; le dernier billet de Balmeyer évoque un petit métier mal connu ; Falconhill réfléchit sur la loyauté dans le débat politique, à travers la taxe des indemnités d'accident du travail ; Suzanne vous attendrira sans doute comme moi, avec les premiers pas de Guénolé…