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samedi 21 mai 2011

Présomption de sincérité

Ce matin, je suis allé au marché du village voisin. Il n'est pas très grand, mais coloré et agréablement animé, dans la tradition des marchés provençaux. En circulant entre les étals me parvenaient des bribes d'une même conversation qui semblait se dérouler simultanément dans tous les coins de la place, comme par miracle. Je n'ai pas tout entendu, les gens parlaient à mi-voix, mais il était question de cul, de fric, d'américains qui ne rigolent pas. Je parierais que les Danois, nombreux dans nos parages, causaient aussi entre eux de l'affaire. Sûr qu'il s'est passé quelque chose dans la tête des gens.

Ce matin encore, mais beaucoup plus tôt, j'ai regardé sur Agoravox la vidéo d'une interview de Tristane Banon, qui date d'octobre 2008. Elle y parle longuement des épreuves qu'elle a traversées après avoir accusé DSK de viol en 2007. On l'a soupçonnée notamment de chercher à se faire de la publicité pour ses livres, soupçon relancé par certains ces derniers jours. Si je n'ai aucun avis sur l'actuelle affaire DSK, il n'en va pas de même pour l'histoire de cette jeune femme. Dans son cas, c'est une présomption de sincérité qui s'impose à moi. Présomption seulement, puisqu'il lui serait difficile de fournir une preuve de ses assertions, si loin des faits. En dehors de la franchise que je lui prête, la simple exposition des manœuvres déployées pour imposer à la presse le silence sur cette affaire, dont Agoravox témoigne avec humilité ( le site ayant lui-même à l'époque appliqué la censure aux propos de la jeune femme), démontre que quelque chose de grave était bien survenu entre elle et le leader politique. Le fait que ce dernier ne l'ait pas poursuivie en diffamation me semble un argument supplémentaire en ce sens.
Et puisque je pense ainsi, je n'ai pas de raison de le taire.

mercredi 18 mai 2011

Au bal des faux culs

L'affaire de mœurs qui ébranle le monde politique français et abasourdit l'opinion publique est consternante sur tous les plans. Qu'une personnalité comme DSK, porteuse d'autant d'espoirs pour autant de gens, soit jetée à bas de son piédestal d'aussi vilaine manière est un choc. C'est démoralisant pour tous ceux qui l'attendaient en sauveur de la gauche —avec sympathie ou simplement par défaut. Il n'y a rien à dire sur l'aspect judiciaire : l'homme de la rue ne peut décemment se prononcer sur la culpabilité ou l'innocence de DSK quand les défenseurs officiels de ce dernier eux-mêmes ignorent le contenu du dossier.

Il y a en revanche matière à réflexion sur le fait qu'une écrasante majorité de Français ont pris en pleine figure la nouvelle de son arrestation sans avoir le moins du monde conscience des fragilités de cette vedette politique. Pour le dire crûment : se demander s'il n'y a pas eu tromperie sur la marchandise par manque d'information est une question légitime.

Il y a aussi matière à s'interroger sur le bal des faux-culs auquel on assiste avec l'espèce d'omerta que prétendent imposer la caste politique et ses obligés sous l'appellation de présomption d'innocence.

Je ne suis pas insensible au fait qu'un homme pour lequel j'aurais certainement voté se retrouve en proie à l'opprobre du monde entier. Face aux images, j'éprouve de la pitié pour lui. Si j'étais de ses amis, innocent ou coupable, je m'efforcerais de le défendre. Mais je ne le connais pas, je ne suis que l'un de ceux qui pouvaient lui faire confiance pour battre Sarkozy à la présidentielle.

Alors, je suis écœuré des invitations au silence lancées par le pouvoir, parce que cela pourra toujours servir quand reviendront au premier plan des affaires brûlantes ; lancées par mon propre camp que j'aurais souhaité moins hypocrite ; lancées par la confrérie des puissants et de leur cour qui se serrent les coudes.

Je veux rester libre. Libre de ricaner demain comme je l'ai fait au cours des mois passés, sur l'affaire Sarkozy-Woerth-Bettencourt. Je veux pouvoir m'interroger à propos l'attentat de Karachy, des rétro-commissions, ou d'autres scandales d'état, sans me sentir tenu à une auto-censure péteuse par honnêteté intellectuelle. L'affaire DSK est également dramatique parce qu'elle piège notre société dans ses contradictions.

vendredi 13 mai 2011

Quand je roulais en Rolls

J'avais dans le temps un ami Libanais qui habitait la région parisienne. Il possédait une Rolls noire d'un modèle ancien qu'il avait achetée pour satisfaire un vieux fantasme. C'était sa passion, tout son fric passait dans l'entretien du beau monstre. Un jour, il m'a fait faire un tour dans Paris. J'ai même téléphoné aux anges avec le téléphone factice qui décorait l'espace arrière où je me prélassais comme un schah.

J'aurais très bien pu la conduire, sa Rolls-Royce je ne sais quoi, cet ami n'était pas un pignouf : il ne me manquait que le permis. Oui, j'ai passé très tard le permis de conduire, pour sauver l'honneur de ma famille provinciale obligée de cacher aux voisins qu'à vingt ans passés, je n'avais pas encore ce diplôme essentiel entre tous. En tout cas, vous imaginez le ramdam dans la presse, si j'avais été candidat à la présidentielle. Ah ! j'allais oublier de préciser qu'en ces temps lointains j'avais la carte du parti communiste.

À la même époque, j'étais aussi le fier propriétaire d'un costume sur mesure. Mes grands-parents ouvriers, du fin fond de l'Aveyron, s'inquiétaient de me savoir parti à la conquête de Paris sans cette pièce indispensable dans la garde-robe d'un jeune homme d'avenir. Ils avaient donc écrit à un neveu marchand de drap à Montmartre, le priant de remédier à cette lacune et de leur envoyer la facture. Le neveu (et par conséquent mon petit-cousin), m'invita à choisir un tissu parmi les coupons de sa boutique, puis il me prit par le bras et m'emmena chez son tailleur, au coin de la rue. Je l'ai encore, ce costard, impeccable, de la belle ouvrage ! Comme j'ai pas mal maigri ces dernières années, il m'arrive même de le porter dans les grandes occasions, depuis que les costumes devenus inutiles ont disparu de ma penderie. Peut-être qu'on me l'enfilera pour le dernier tour de voiture noire.

Toutes choses égales d'ailleurs, un costume sur mesures pour un jeune coco qui aime parader en bagnole de luxe, avouez que c'était louche ! Que n'aurait pas écrit France Soir, le meilleur canard pour garnir le fond de poubelle quand le sac a craqué, si j'avais été candidat à la présidentielle contre Pompidou !

Bon, où voulais-je en venir ? Aux accusations contre DSK, pardi ! La droite et ses roquets essaient de rendre à la gauche la monnaie de sa pièce contre Sarkozy, dont on connaît les multiples écarts de moralité républicaine. L'ennui, c'est qu'il me semble légitime de montrer quelques faiblesses vis à vis de belles choses que l'on s'offre dans le cadre de la vie privée, sans porter préjudice au bien public.

Il en va autrement lorsqu'une fois parvenu au pouvoir, on accepte les largesses de gros industriels et financiers dont les activités dépendent en partie de l'état. De même il est particulièrement choquant de voir un président mener un train de nabab avec l'argent public. Nicolas Sarkozy est dans ce cas, ce qui change tout.

mercredi 30 mars 2011

Demain, le PS et les médias

Le survol de la presse en ligne, ce matin, avant d'attaquer en chantant une nouvelle journée exaltante, m'offre un avant-goût de la future politique du PS en matière médiatique. Libération.fr expose les grandes lignes de son projet, si la gauche l'emporte en 2012. Une nouvelle loi lessiverait alors toutes les mesures imposées par Sarkozy dans sa reprise en main de l'audiovisuel. Exit les nominations des présidents dans la salle à manger de l'Élysée, plafonnement à 30% de la part d'audience concédée aux groupes privés, démocratisation des conseils d'administration des télé et radio publiques, etc.

C'est très encourageant, on aurait envie d'applaudir sans un détail qui retient les mains… Il ne sera pas question de mettre un terme au viol de l'opinion publique par les patrons d'affaires propriétaires de télés ou de journaux. On continuera à fermer les yeux sur les relations incestueuses entre l'argent et l'information.

Peut-être est-il impossible d'envisager des bouleversements plus profonds ? On voit bien que l'état de la presse écrite ne lui permet pas de tourner le dos à des bailleurs de fonds solides. Il n'empêche que ce serait l'une des premières mesures à prendre pour moraliser les mœurs médiatiques et favoriser la liberté de l'information.

P-S : M. Poireau médite sur le sport, ce matin —enfin, je crois… Yann observe le grand cirque électoral… La fin du monde a commencé à Bicêtre

jeudi 18 novembre 2010

La vérité dans un puits anglais

En ce moment la presse se fait assez largement un devoir de relever les mensonges et contrevérités débités par Sarkozy au cours de son entretien télévisé. Il y en aurait entre 5 et 9, selon l'élasticité du sphincter moral de chacun, j'imagine. Arrêt sur image en dresse l'inventaire, qu'il conviendra d'ajouter au catalogue déjà impressionnant des impostures du bonhomme.


Ce ne sont pas tant les libertés prises par Sarkozy avec la vérité qui m'étonnent —on commence à bien connaître le matamore—, que l'incapacité des interviewers à le contredire sur le champ. Soit ils n'étaient pas à la hauteur de l'événement par méconnaissance des sujets traités, soit ils se cantonnaient au rôle de faire-valoir par lâcheté.


Et cela nous ramène à cette étrange complaisance dont nous faisons preuve chez nous avec l'éthique politique, ou plus simplement avec la moralité publique. On nous dit souvent que les Français sont indulgents, et c'est particulièrement vrai en matière de vie privée, ce qui semble justifié. On constate qu'ils le sont aussi parfois avec des hommes politiques convaincus de malversations, ce qui est plus dérangeant.


Les médias —la télé d'abord, une partie de la presse— ont leur part de responsabilité là-dedans, en ne se risquant qu'avec un luxe de précautions édulcorantes sur le terrain de la probité des élus. Il faut admettre toutefois que ce n'est pas facile dans notre pays, comme le démontrent les péripéties des scandales d'état que sont les affaires Karachi et Bettencourt.


Nous ferions bien néanmoins de méditer la réaction de nos voisins Britanniques apprenant la nomination d'Alain Juppé au ministère des Armées. Ainsi le Nouvel-Obs nous rapporte que deux journaux londonniens, se basant sur la réaction d'un député conservateur, se disent choqués par cette nomination d'un «criminel condamné».


Certes, la version anglaise de Métro et le Daily Mail ne sont sans doute pas des modèles de raffinement, mais ils nous enseignent du moins que l'on peut très bien porter un tel regard sur un homme politique condamné en justice.


Ce rappel tonitruant du passé d'Alain Juppé, qui n'est pas le pire de nos élus ex-délinquants, beaucoup s'en faut, a le mérite d'attirer également notre attention sur la souplesse sans pareille de la parole d'honneur des politiques français. Qui se souvient encore des promesses de Juppé, main sur le cœur, de se consacrer désormais à sa seule bonne ville de Bordeaux? Allez donc écouter le petit rappel sonore concocté par Slovar sur son blog, que le journal Sud-Ouest a trouvé bon de reprendre dans ses pages !


P-S: je vous signale une démonstration limpide du caractère inapplicable de l'extension des jurys populaires promise par Sarkozy, à lire chez Me Eolas

vendredi 12 mars 2010

Prix du Net-citoyen à une iranienne


Parvin Ardalan est iranienne, féministe, journaliste et blogueuse. Féministe et iranienne, on imagine tout de suite que ce n'est pas le bonheur chaque jour… Iranienne, féministe, journaliste, et blogueuse: on voit que son cas est grave, presque désespéré. On pourrait la prendre pour un phénomène en son pays, une espèce de kamikaze unique. Mais ce n'est pas le cas, elles sont une vingtaine de femmes comme elle, pour animer le site Changement pour l'égalité (www.we-change.org, si vous lisez l'iranien)…

Ce site créé en 2006 s'efforce de mobiliser la population contre les lois discriminatoires visant les femmes. En quatre ans il est «devenu une source d'information et de référence sur le droit des femmes dans la société iranienne». On imagine à quelles embûches ces femmes et celles qu'elles accompagnent et soutiennent sont quotidiennement exposées. «À ce jour, plus de cinquante militantes ont été convoquées, arrêtées et emprisonnées depuis le lancement du site», nous dit le dossier de presse que j'ai consulté. Bref, il existe des pays où bloguer demande tout simplement du courage, un vrai courage.

C'est pour cela que dans le cadre de la Journée mondiale contre la cyber-censure de ce 12 mars, Reporters sans frontières —partenaire de Google pour l'occasion—, a décerné le premier Prix du Net-citoyen à ces femmes de Changement pour l'égalité, représentées par Parvin Ardalann.
source photo RSF/ tbwa-corporate.com

S'il existait un prix de l'opportunisme médiatique, en revanche, il y aurait pas mal de journalistes qui pourraient concourir en France. Ils font un boulot de moins en moins facile, certes. En témoigne le mépris avec lequel ils sont régulièrement traités par le pouvoir, comme les deux reporters de France 3 retenus en otages depuis 70 jours en Afghanistan.

Cela n'empêche pas certains de faire preuve à l'occasion d'un sacré culot. Ainsi Laurent Jaufrin qui affichait aujourd'hui une vertu de tartufe à propos de la rumeur récente visant le couple Sarkozy. Libération ne mange pas de ce pain là, dit-il en substance, pas de ragots sur la vie privée du président chez nous.

À la lettre, on l'approuve, cette infecte plaisanterie lancée sur internet n'aurait mérité que le silence, sans l'intérêt qu'elle avait suscité à l'étranger. Laurent Jaufrin se targue donc d'avoir refusé d'en parler, «la vie privée des hommes politiques n'est pas pour nous un objet d'investigation»… Mais que faut-il penser alors de l'article consacré le 6 février 2008 au SMS prétendument envoyé par Nicolas Sarkozy à son ex épouse Cécilia?

P-S M. Poireau nous parle aussi, entre autres, des femmes… Je viens de m'apercevoir que le billet de Nicolas parle aussi du Prix Net-citoyen, mais il n'a pas choisi la même photo, tout va bien!

lundi 11 janvier 2010

Les actionnaires du ciel et de la terre

Mediapart et Libération font écho à la chronique de Sephane Guillon, aujourd'hui. Avec sa verve mordante, l'humoriste y brocardait une phrase prêtée à Philippe Val, directeur de France Inter, par un article du Monde.

La vidéo de cette chronique est visible un peu partout, notamment chez Dedalus. Comme moi, ce dernier se demande combien de temps encore Stephane Guillon sera maintenu à l'antenne de la station, avant que «l'actionnaire» n'obtienne sa tête… L'actionnaire, tel qu'en parle P. Val, c'est l'état, ou plus évidemment dans l'esprit des hommes qui le servent: Nicolas Sarkozy. On voit tout de suite l'énormité de la gaffe qu'a reproché S. Guillon à l'ancien patron de Charlie… L'actionnaire, ce sont les citoyens français, ce sont eux que France Inter doit traiter avec respect —ce que fait S. Guillon en ayant l'audace de dénoncer les travers du régime et de ses serviteurs.

Dans un tout autre domaine, Benoït XVI n'est pas mal non plus comme provocateur. Il paraît qu'il vient de prétendre: «la liberté ne peut être absolue, parce que l'homme n'est pas Dieu»… «le chemin à suivre ne peut être fixé par l'arbitraire ou le désir». On voit bien que l'idée générale n'est pas mauvaise en soi: après tout, le pape en connaît un rayon, question morale… Sauf, qu'il s'agissait là de flétrir les lois qui tendent à bouleverser la famille catholique, comme hier l'avortement, et aujourd'hui le mariage homosexuel que vient d'autoriser le parlement portugais. Du coup, on a envie de lui répondre (comme on pourrait le faire à l'autre vicaire du seigneur, Philippe Val), à propos de ce maître qu'il voudrait nous imposer: le monde, la vie, appartiennent à ceux qui sont plongés dans leur dureté et y souffrent. En plus l'avenir de l'homme est dans la démocratie, on ne peut plus entendre le discours du pape sans rire. L'humanité pourrait peut-être, s'il a un bon programme, décider de réélire Dieu comme dieu, mais certainement pas pour un mandat éternel.

sources Mediapart, Le Parisien.fr

P-S les journalistes ne sont pas, loin s'en faut, toujours amis des blogueurs, c'est ce que constataient récemment Eric et Rimbus dans leurs billets. Au classement Blogonnet que j'ai vu chez Nicolas, il est à noter la spectaculaire place de n°l conquise par Mtislav dans la catégorie Culture. Jusqu'à présent, pour rêver de grands anciens fabuleux, nous n'avions guère que l'Atlantide, mais Ferocias nous offre une nouvelle civilisation, Amazonienne celle-ci, dont l'existence pourrait bien être plus facile à prouver que celle de la cité engloutie.

jeudi 19 novembre 2009

Politique à la maison

Le métier politique se corse, ces derniers temps. Normalement, ce n'est qu'avec des pincettes que j'associe le mot «métier» à celui de «politique», tant cet assemblage me choque. Pour plagier la dernière lubie du mangeur de honte de la République, M. Besson, ministre de l'immigration et de l'identité nationale, je dirais volontiers qu'il s'agit là d'un mariage gris. Une escroquerie démocratique à but carriériste, comme il parle «d'escroquerie sentimentale à but migratoire» dans le dessein de stigmatiser les couples d'origines mixtes Français / étrangers… Mon intention n'est pourtant pas de m'en prendre ce soir à ceux qui fondent une carrière sur la politique, mais presque de les plaindre, pour une fois.

Imaginez: l'idée médiatique à la mode en ce moment, c'est de faire inviter un responsable politique par une famille française. La Chaîne Parlementaire et Dailymotion, s'y mettent déjà… Bientôt TF1 peut-être, puis les chaînes du service présidentiel? Oui, franchement, je les prends un peu en pitié, nos hommes et femmes politiques qui, après une journée chargée, passée à remplir les obligations de leurs mandats, sans compter les participations aux débats et interviews inévitables, vont devoir s'appuyer une soirée questions-entre-quatre-yeux (ou plus).

Ça me rappelle certaines fins de journées héroïques de mon petit métier à moi, lorsqu'on va gaiement à la rencontre de jeunes lecteurs… Trois classes le matin, trois classes l'après-midi, à répondre aux questions, à parler, parler jusqu'à la limite de l'extinction de voix… Eh bien, il arrive après ça, alors que vous êtes à des centaines de kilomètres de chez vous, que l'on vous loge chez l'habitant plutôt qu'à l'hôtel. Ah, les braves gens! Ils sont toujours sympas, accueillants, avec des enfants géniaux qui adorent la lecture… Et vous vous tapez la dernière «animation» de la journée, alors que vous rêvez de plumard et de silence.

Donc, il se pourrait bien que pendant quelque temps au moins, certains grands élus des deux sexes aient à rajouter le dîner chez l'habitant à la palette de leurs activités. Pour l'heure, il ne semble pas prévu de remake des fameux repas en famille de M. Giscard d'Estaing, avec Nicolas Sarkozy dans le rôle-titre, mais ça viendra… En attendant, Vincent Peillon a inauguré ce nouveau style de téléréalité pour Dailymotion, dont l'émission «Politique à domicile» est diffusée sur internet.

C'est toujours un peu périlleux d'essuyer les plâtres, et de servir peut-être à mettre en lumière certains défauts du concept qui seront corrigés par la suite, au bénéfice d'un adversaire politique. D'un autre côté, il a tout de même de la chance: le genre démarre, on ne se bouscule pas encore pour s'attabler chez les gens. Et puis, on lui a déniché une famille d'intellectuels aptes à tenir le débat à un niveau valorisant. Imaginez que ce soit déjà la cohue, que les vedettes politiques se retrouvent à courir la gamelle pour toutes les chaînes de télévision…

Les aléas de l'organisation auraient pu conduire à ce que M. Peillon fût invité au second étage d'une HLM, par Dailymotion, cependant que Ségolène Royal dînait au troisième pour France 2. J'entend d'ici les éclats de voix, les rires stridents de celle-ci, peut-être ses trépignements de talons, juste pour embêter son rival au-dessous. Et celui-ci, rouge de colère, qui finit par taper au plafond avec un manche à balai! Ça ferait de l'audimat, mais pas sûr que l'image de nos élus y gagnerait…

On peut évidemment concevoir des conjectures moins tragiques pour la gauche, et trouver une table pour Mme Aubry au premier, tandis que Frédéric Lefevbre devrait se contenter d'un sixième sans ascenseur, essuyant les quolibets de tout l'immeuble. Quoi qu'il en soit, si la mode s'installe, nos politiques finiront par la trouver saumâtre.

P-S. D'autres billets à lire à propos de la chaîne «Qu'est-ce qu'un blog», c'est sur Tes reins et terroirs, et chez Rimbus

mardi 20 octobre 2009

Ces médias qui font du mal à Nicolas Sarkozy

J'en suis encore aux séquelles de la promotion intestine du fils Sarkozy. Ça ne passe pas. Nous avons papa Sarkozy qui donne l'impression de vouloir nous fourguer son rejeton avant de se retirer des affaires politiques… Il n'a droit qu'à deux mandats n'est-ce pas? Mais il n'est pas interdit de cauchemarder en imaginant qu'il pourrait laisser son fauteuil présidentiel, encore chaud de ses augustes fesses, à son fils Jean, alors âgé de 31 ans. Lui-même, bien entendu, deviendrait son Premier ministre, inspiré par la méthode Poutine. C'est un peu gros, mais l'homme est bien de la race d'un Poutine, au moins pour l'estime que je lui porte, et d'autre part, il s'agit d'un cauchemar…
Il faut bien en parler encore de cette affaire de mauvaises mœurs politiques, puisque Nicolas Sarkozy a donné mission à ses portes-flingues de tirer sur les médias, d'un feu aussi nourri que possible pour faire diversion. On a entendu hier le plus hargneux d'entre eux, Frédéric Lefebvre, dénoncer le «monde politico-médiatique qui cherche par tout moyen à détruire le président de la République». Détruire, c'est lui qui le dit et le mot est fort, mais c'est peut-être après tout ce qu'il nous faudrait, la destruction de cet insupportable bonhomme. Destruction politique, s'entend. Une chute si profonde dans l'estime des Français, que son orgueil sans limite le pousserait à jeter l'éponge en 2012, plutôt que de s'exposer à une défaite à la Giscard d'Estaing…

En attendant, F. Lefebvre et ses pareils feraient mieux de méditer sur ce qu'est devenue la liberté d'expression dans notre pays, depuis que Nicolas Sarkozy s'est emparé de la présidence pour en faire une chose indéfinissable, entre despotisme fruste et autocratie. Dès qu'il fut dans la place, les attaques contre les médias, les intimidations et pressions diverses, se succédèrent. Aujourd'hui les résultats sont là, qui se passent de commentaire: au palmarès annuel de la liberté de la presse, publié par Reporters sans frontières, la France a encore dégringolé de 8 places, se retrouvant au 43e rang (elle en avait déjà perdu 4 en 2008, où elle s'était classée 35e)…
Voici en guise de conclusion un extrait de cette sorte de Wikio du moindre mal, qui mesure la vitalité de la liberté de la presse dans le monde. Le tableau complet est à consulter sur le site de Reporters sans frontières.
1 ex-aequo: Danemark, Finlande, Irlande, Norvège, Suède.
6 Estonie
7 Pays-Bas et Suisse
9 Islande
10 Lituanie
11 Belgique et Malte
13 Autriche, ex-aequo: Lettonie, Nouvelle-Zélande
16 Australie
17 Japon
18 Allemagne
19 Canada
20 Etats-Unis, ex-aequo: Luxembourg, Royaume-Uni
23 Jamaïque
24 République Tchèque
25 Chypre et Hongrie
27 Ghana
28 Trinidad et Tobago
29 Uruguay
30 Costa Rica, ex-aequo: Mali, Portugal
33 Afrique du Sud
34 Macédoine
35 Grèce et Namibie
37 Pologne et Slovénie
39 Bosnie-Herzégovine, ex-aequo: Chili, Guyana
42 Surinam
43 France
[…] L'Espagne est 44 e, l'Italie 49e […] la Corée du Nord, 174e, l'Erythrée, dernière du classement est 175e

Encore un effort, M. Sarkozy, il y a moyen de faire pire encore!

P-S. M. Poireau se lance dans la critique automobile, et PMA élargit le propos de la première partie de ce billet…

mercredi 5 août 2009

Miroir, mon beau miroir, dis-moi tout…


Rien ne coupe la faim de sondage, pas même le soleil de l'été, et la certitude que 90% des Français en train de se bronzer les fesses à la plage se contre-fichent de tout. Il manque d'ailleurs un élément d'une certaine importance dans l'exposé technique des enquêtes d'opinion de l'été: combien de sujets ont été questionnés par téléphone mobile sur leur lieu de villégiature? Parce qu'on peut se demander si le cerveau d'une personne interrogée alors qu'elle se trouve les doigts de pieds en éventail, sa tendre moitié lui oignant la viande d'huile solaire, est bien en capacité de répondre avec le sérieux souhaitable. À l'inverse, la parole de quelqu'un coincé au boulot, ou prisonnier de son appartement surchauffé pendant que les collègues se la coulent douce en vacances, est-elle vraiment fiable? Cela mériterait sans doute une de ces pondérations acrobatiques dont les sondeurs d'opinion ont le secret, pour tenir compte des variations saisonnières du sentiment.

Ainsi par exemple, Nicolas Sarkozy vient de gagner 12 points d'un coup dans un sondage de VDS, lequel proclame qu'il «fait un bon président» pour 53% des Français.
L'enquête a bien entendu suivi de près le malaise du président, et la proportion de l'échantillon attribuant à celui-ci des qualités humaines précieuses, dynamisme, courage, sympathie, oscille de 63 à 90%.
Étonnant, lorsque l'on songe où il en était avant d'avoir un accès de vapeurs. Il est vrai aussi que ces sondages, invariablement pipés par la rigidité des choix qu'ils vous concèdent, ne se prêtent guère à la nuance, en dépit des apparences. Ainsi, on ne vous offre jamais la possibilité de répondre, par exemple, que le président vous donne envie de vomir.

Le sondage de VSD, effectué les 29 et 30 juillet, en dit tout de même long sur la niaiserie de l'opinion publique, quand on le compare à un autre réalisé presque au même moment. En effet, du 27 au 29 juillet, le journal l'Humanité faisait sonder les Français sur leur appréciation des luttes ouvrières de ces derniers temps. Et là, on découvre que 62% des gens comprennent les séquestrations de patrons, 50% les menaces de destructions de sites industriels…
Il semble donc y avoir une majorité de Français bigleux, qui ne voient pas Nicolas Sarkozy tel qu'il est. Il faudrait organiser une vaste distribution de lunettes.

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vendredi 26 juin 2009

Bambi est mort, la décence aussi


Heureusement que Philippe Val est désormais aux commandes de France Inter! Grâce à la salutaire leçon que le nouveau directeur de la radio de service public administra à sa rédaction en virant Frédéric Pommier, une hiérarchisation de bon aloi prévaut enfin dans l'information. Le journal de treize heures d'aujourd'hui, ainsi que celui entendu ce matin, sont à cet égard tellement exemplaires que je me bornerai à en reproduire les titres pour faire mon billet.

Iran: l'ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de la république, déclare que la mort de Michael Jackson est une perte irréparable pour la démocratie islamique. Ce pur génie était attendu prochainement à Téhéran où il devait saluer le triomphe électoral du président Mahmoud Ahmadinejad dans un grand concert, avec notamment la reprise de «Beat it».
Antilles: Nicolas Sarkozy a exhorté les Français d'outremer à l'apaisement et au recueillement après la disparition de Michael Jackson, qui frappe notre patrie au cœur, et plus particulièrement son ventricule antillais où se mêlent le noir et le blanc, comme chez cet incomparable artiste.
Karachi: selon une fuite non confirmée proche de l'instruction, à la demande de M. Balladur, M. Sarkozy alors ministre du budget, aurait donné son aval à la création d'une maison de disques fictive, dans un paradis fiscal. Officiellement destinée à la production d'un album inédit du prodigieux Michael Jackson, la firme aurait en fait pu servir à un trafic de pots-de-vin, en contrepartie d'une vente de clips pornographiques à des militaires Pakistanais. En passant de vie à trépas dans la journée d'hier, Michael Jackson a emporté malheureusement dans la tombe une partie essentielle de la vérité, puisqu'il devait être prochainement entendu dans sa maison de Bel Air par des enquêteurs Français. On ne connaîtra sans doute jamais le fin mot de l'affaire, et il se murmure déjà dans les milieux informés que certains services secrets pourraient avoir joué un rôle dans la crise cardiaque du génie.

À l'issue de l'essentiel du journal, dont je n'ai retenu ici que les titres principaux, trois ou quatres minutes furent consacrées à un tour d'horizon rapide de l'impact du décès de Michael Jackson sur la politique hexagonale. Il fut très fort, quoique le temps ait manqué pour mesurer sa profondeur exacte.
La même durée, voire un peu plus, nous permit de tout savoir sur la malencontreuse rencontre de Mathieu Bastareaud avec un angle de sa table de nuit, à l'hôtel, alors que, passablement éméché de son propre aveu, il essayait d'imiter les pas de danse de Michael Jackson dans «Thriller», chef-d'œuvre entre les chef-d'œuvres…
(Le contenu de ce billet est fictif, s'il était besoin de le préciser).

P-S. M. Frédéric Mitterrand, ministre de la culture a rendu hommage à la «star universelle» et «génie musical et du spectacle» Michael Jackson.

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P-S. l'approche d'un orage m'empêche de rechercher les billets de blog voisins de celui-ci…

jeudi 4 juin 2009

La petite musique de France Inter

Ce matin, Nicolas Demorand, l'animateur du 7/10 de France Inter, recevait François Bayrou, dans le cadre de sa campagne subliminale à l'élection présidentielle de 2012. Comme M. Bayrou observait, avec juste raison, que jamais le pays, journalistes compris, n'aurait dû accepter la désignation par Nicolas Sarkozy des présidents de l'audiovisuel public, M. Demorand a réagi avec vivacité. On le dit parfois impertinent avec ses invités politiques de tous bords. Moi, je le trouve généralement moins incisif avec les gens du pouvoir —du moins les plus puissants. Ainsi donc ce matin a-t-il contré Bayrou sèchement, ce qui ne m'aurait nullement dérangé sur tout autre sujet que celui de la liberté des médias, puisque F. Bayrou n'est pas ma tasse de thé.
En gros, il ressortait de la riposte de N. Demorand que les nominations orchestrées par le président de la république n'avaient en rien affecté la liberté des journalistes de France Inter, pas plus qu'elles ne l'entameraient à l'avenir.
«La petite musique qui consiste à dire que nous sommes pieds et poings liés, est une petite musique que je conteste…», «Sur France Inter tout va bien […] et je peux vous rassurer, au présent et au futur, ça durera»
C'est là que je trouve les propos de N. Demorand irritants, d'une courtisanerie à l'égard de sa hiérarchie mal dissimulée sous le ton frondeur adopté avec son invité.
Affirmer, comme ses propos le laissent entendre, que rien n'a changé à France Inter depuis l'arrivée de Jean-Luc Hees et Philippe Val, est une chose qu'il peut se permettre. Il sait de quoi il parle, et il n'a jamais montré jusqu'à ce jour de penchant à la langue de bois. Par contre, soutenir avec une certaine agressivité qu'il en sera de même dans les mois qui viennent, est une autre chose. Il n'en sait rien, et parle d'une politique d'antenne —celle de la nouvelle présidence et de sa direction—, qui n'existe pas encore. À moins qu'il faille considérer sa défense du service public sous tutelle élyséenne comme l'application d'une consigne venue de plus haut. Cette sortie, et de piteuses remarques de la part d'autres personnes présentes dans le studio, est dans la parfaite continuité de l'intervention de Jean-Luc Hees à l'antenne, il y a peu. Le moment serait-il venu de servir la soupe aux patrons?

enregistrement de l'émission ici (l'échange se situe entre 7:15 et 10:09)

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PS. Abadinte, Tim, et Nicolas nous donnent 7 raisons de voter Socialiste dimanche…
«Compartir mi opinión», un blog clandestin serait classé en tête du Wikio ibérique…
Ce qu'il nous reste est à voir dans une vidéo poignante: Le jour et la nuit