vendredi 15 janvier 2010

Justice debout, télé sur le cul

Beaucoup de blogs ont réagi à la seule information de politique française valable, de la soirée d'hier: la dénonciation par Vincent Peillon de l'opération de recyclage du ministre Besson sur France 2. Tout le monde est loin d'être d'accord… Je n'ai pas regardé ce débat, et je n'ai pas encore d'opinion arrêtée sur M. Peillon lui-même, mais je trouve qu'il a porté un coup mérité aux tenants de la télévision publique conçue comme boniche de l'état. La guerre politique allumée par Nicolas Sarkozy a l'hypocrisie comme arme de prédilection, et le président nous a montré le premier qu'elle est sans foi ni loi. Il n'y a donc aucune raison qu'elle se fasse en dentelles. Dès lors qu'il était évident que Mme Chabot avait pour tâche domestique essentielle de décrotter Éric Besson, en le tirant l'espace d'une soirée de sa fonction de mangeur de honte, face à Marine Le Pen en interlocutrice privilégiée, il était justifié de saccager l'émission. Ce qui fut fait et bien fait, puisque l'éclat de Vincent Peillon a éclipsé le débat truqué.

Je regrette pour ma part qu'un autre épisode des batailles allumées un peu partout dans la société par N. Sarkozy soit passé sous silence dans la blogosphère, du moins parmi les sites que je connais le mieux. Je veux parler de la manifestation des magistrats pendant le discours de François Fillon lors de l'audience solennelle de la Cour de cassation. Ils étaient des centaines dehors, d'après ce que j'ai entendu hier à la radio, scandant «assis, debout, mais pas couchés», tandis que François Fillon essayait de faire croire à leurs collègues que, «ni l'indépendance de la justice», «ni la séparation des pouvoirs» (à la Française, s'entend), ne seront remises en cause.
Ce qui se passait là était d'importance, il est dommage que la population ne se sente pas davantage concernée par la suppression du juge d'instruction. On sait pourtant qu'il s'agit exclusivement pour le pouvoir de stopper la mise en lumière et la condamnation des malversations financières ou politique. C'est l'instauration, sinon le retour, d'une justice de classe: les nantis au-dessus des lois, une minorité d'une part, et puis tous les autres… Si Nicolas Sarkozy peut parfaire son œuvre, nous aurons alors une société parfaitement harmonieuse: une justice inégalitaire, une santé à deux vitesses, des salariés réduits à merci, dans une société incomparablement plus injuste qu'à son arrivée.



12 commentaires:

solko a dit…

Mais qu'est-ce que vous avez avec ce Peillon ? C'est rien qu'un rusé de la télé qui n'a rien de plus à à dire que les autres, mais tente son coup politique en se croyant important. Que des injures à la bouche, aucune argumentation valable, récite son catéchisme en guigant un fauteuil... Peut quart d'heure de gloire à la Warhol... Gens de peu.

Le coucou a dit…

Solko,
je n'ai rien de particulier avec Vincent Peillon, je ne me suis pas encore fait une opinion à son sujet.
Pour le reste, je vois les choses autrement que vous: je m'explique brièvement là-dessus dans le billet.
Je viens par ailleurs de lire le vôtre sur le sujet (Tout ça rime avec…), il n'est pas mal dans son genre, mais en fait ne permet pas plus que le mien de trancher la question du mérite ou du déshonneur de V. Peillon…

Jerrk a dit…

Il y a des moments où les choses comme elles sont donnent aussi envie de pousser un coup de gueule, de casser... On n'est pas obliger de devoir supporter les hurlements des loups qui nous disent que l'on peut débattre de tout que M Besson est qq'un d'estimable, que Marine Le Pen a qq chose s'intéressant, d'humain à dire. Peillon m'a soulagé, je me sens déjà un peu mieux, je sais qu'il faut rester éveillé. Le glissement de FR2 sur ce débat aussi scabreux doit nous alerter, il s'agit de la chaîne publique. De Carolis est en-dessous de tout, cela m'attriste pour lui. Arlette Chabot est out. Merci Vincent.

Monsieur Poireau a dit…

Globalement je donne raison à Peillon, les acteurs ont le devoir de dénoncer l'inanité de la pièce qu'on entend jouer devant les citoyens.
Concrètement, tu le dis bien avec la manifestation des juges, c'est un peu de spectacle de plus dans une société du même acabit, ça ne fabrique rien pour les citoyens ! :-))

Le coucou a dit…

Jerrk,
pour ma part, rien ne peut m'attrister au sujet de De Carolis ou A. Chabot. Je n'ai d'estime ou d'intéret pour rien de ce qui appartient à la télévision.

M. Poireau,
c'est vrai que l'on peut se demander ce qui sortira de concret pour les citoyens de tout ça. Mais la justice contribue beaucoup à créer l'atmosphère de la société, sans parler de son rôle direct, pour tous ceux directement concernés par ses actes.

Dr No a dit…

Peillon n'a porté de coup qu'à sa propre crédibilité. S'il avait refusé de participer avant en se fendant d'un communiqué expliquant pourquoi il ne souhaitait pas participer il aurait sans doute gagné gagné la hauteur qu'il a perdu pour avoir refusé de participer à un débat dont les règles n'ont pas été modifiées après son accord d'y participer ...

Et je suis indulgeant car sur le fond je suis entièrement d'accord avec lui : il ne faut pas servir la soupe à ces connards ...

Le coucou a dit…

Dr No, salut.
Je ne partage pas ta vision de l'incident. S'il avait refusé dans les règles, quelqu'un d'autre aurait été invité à tenir le rôle de faire valoir. L'opération de manipulation aurait réussi. V. Peillon a saboté l'opération Besson, c'est méritoire.

BA a dit…

A Marseille, Gaudin voit « des musulmans déferler. »

Débat sur l'identité nationale, hier à Marseille, en présence du ministre de l'immigration, Eric Besson. Où les participants, pourtant triés sur le volet, ont fustigé les propos du maire qui, peu avant, lors d'une rencontre avec les militants UMP, avait parlé de « 15.000 à 20.000 musulmans déferlant dans les rues de Marseille » le soir de la victoire de l'équipe d'Algérie contre l'Egypte.

Pas de quoi émouvoir Eric Besson, qui affirme que Nicolas Sarkozy « aura mis fin à l'expansion du Front national ».

http://www.mediapart.fr/journal/france/160110/marseille-gaudin-voit-des-musulmans-deferler

Dr No a dit…

Il restait une solution plus explosive et même plus méritoire : venir sur le plateau et foutre le brin en expliquant en direct qu'il ne souhaitait pas servir de larbin pour un débat arrangé par avance.

Le coucou a dit…

BA,
E. Besson est un peu la vésicule biliaire du sarkozisme: il est là pour faciliter la digestion du FN.

Dr No,
c'était une autre solution, en effet, mais à mon avis plus difficile à réussir, tant les animateurs TV et leurs réalisateurs disposent de moyens pour étouffer l'imprévu sur un plateau.

Nicolas a dit…

Tiens ! Je regrette de n'avoir pas lu ce billet avant (je n'ai lu les blogs qu'en diagonale, ce week-end et reviens progressivement aujourd'hui) tant tu exprimes de façon de penser : il était justifié de saccager l'émission !

Le coucou a dit…

Nicolas,
oui, j'ai vu qu'on est sur la même longueur d'onde, à peu près, avec V. Peillon. ;-)