mardi 5 janvier 2010

Jour de bran

Je me souviens, ce matin, j'ai abordé cette journée à reculons. Je ne la sentais pas: un paradoxe, puisqu'il s'agissait d'une journée de merde. Pourtant, en ouvrant péniblement un œil devant mon ordinateur, j'ai trouvé dans mes chaussons l'exclusivité du Wikio —béni soit son nom jusqu'au mois prochain. Ça ne commençait pas trop mal, même si je reculais d'une place au classement: Dagrouik récupérait son troisième fauteuil, je trouvais ça naturel. Au réveil, je suis disposé à aimer le monde entier.

Donc, ce matin, après le Wikio —béni soit son nom les 31 jours prochains—, je n'ai pas traîné devant l'écran. Ma femme et moi avions un rendez-vous important à la grand-ville. On monte bientôt dans l'auto, et en route! Trois kilomètres plus loin, des trucs se mettent à clignoter au tableau de bord, un F de mauvais augure et un pictogramme en forme de clef anglaise. Il faut vous dire que c'est une petite voiture, une Corsa, mais avec des vitesses semi-automatiques… Ce qui s'est traduit par une impossibilité de redémarrer une fois qu'une curiosité malsaine m'eût incité à faire halte. À 35 minutes du rendez-vous, je me suis légèrement énervé, mais pas trop: j'avais un téléphone mobile dans ma poche.

En principe, je n'apprécie pas vraiment ce bidule, dont je me suis équipé voici pas mal d'années pour rassurer mes vieux parents quand je partais en déplacement. Ils pouvaient me joindre partout, comme on dit aujourd'hui. La nuit où mon père est mort, je l'avais oublié à la maison.

Revenons à ma journée de bran… Je dégaine mon mobile et l'allume pour prévenir que nous serons en retard au rendez-vous. Surprise: le répertoire téléphonique a disparu depuis hier! Je me suis énervé un chouia de plus, mais raisonnablement, car je disposais du numéro de téléphone du garage Opel, en ville. Ils ont été très sympas, compatissants et tout, mais il leur fallait l'année de mise en circulation. J'ai dû demander à ma femme de me trouver cette saloperie de carte grise en vitesse, vu que la communication était mauvaise. «2003,» j'ai dit finalement. Ils m'ont répondu que la garantie constructeur ne pouvait plus jouer, et ils m'ont conseillé de me «rapprocher de mon assurance», pour me faire remorquer jusque chez eux. Une putain de bonne idée, que j'ai pensé, en voyant le numéro de l'assistance collé sur la lunette arrière.

Pour être franc, c'est ensuite que j'ai recommencé à m'énerver, avec la voix du standard automatique qui me demandait d'appuyer sur la touche étoile, puis sur 1 si j'étais un particulier, sur 2 si j'étais un professionnel, sur 3 si j'appelais de l'Élysée… Quelques sélections plus tard, la pétasse virtuelle m'intima: «Dites: panne, si vous avez un problème mécanique. Accident, si votre véhicule est accidenté. Incendie, si la voiture brûle. Hémorragie, si un de vos passagers perd son sang. Mort, s'il ne respire plus… — Panne! Panne bordel!» j'ai gueulé avant la fin sans la faire taire. L'obstacle franchi, elle me demanda de dicter mon immatriculation, non sans me faire subir au préalable l'écoute de divers exemples entre les plaques minéralogiques à l'ancienne mode, et les nouvelles… Finalement, me fut infligé l'épreuve d'une insupportable musiquette, pendant une telle durée, que je finis par couper la communication.

L'heure du rendez-vous était dépassée, il faisait un froid de canard. À ma deuxième tentative, au terme du même parcours initiatique et d'une attente encore plus longue, une vraie voix de femme (elle avait même un prénom que j'ai oublié) se manifesta pour écouter ma plainte.
«Quel est le nom de l'assuré? elle fait. —Merde!» je hurle. Pas pour l'insulter, mais parce que je ne savais plus si c'était moi l'assuré, ou ma femme, ou les deux, que je n'avais plus les papiers sous la main, et que la communication était exécrable. Vous croyez que, devinant tout ça de son bureau bien chauffé, elle aurait fait preuve d'une once de compréhension? Pas du tout: «Vous n'êtes pas le seul, figurez-vous! Ce n'est pas en me disant merde que vous gagnerez du temps!» Et elle m'a recollé si bien en attente que mon crédit de communication s'est épuisé.

Bon, ces sottises insignifiantes font un billet trop long. Un voisin est passé… Un garagiste ami est venu… J'ai réussi a conduire la voiture à la ville (dix-neuf kilomètres en première), sous son escorte… Chez Opel, ils m'ont prêté un véhicule de courtoisie dont j'ai fait le plein d'essence en imaginant ma voiture immobilisée pour longtemps, alors que je dois aller chercher quelqu'un à la gare demain matin… J'ai été faire des courses au Carrefour du coin…

À la sortie, je ne savais plus où était garé mon véhicule sur le parking, de quelle couleur il était, son numéro d'immatriculation, ce genre de choses qui peuvent rendre service. J'ai erré vainement pendant près d'une heure avant de me souvenir qu'on m'avait donné un document au garage… L'immatriculation y figurait, bien entendu, comme elle figurait sur le porte-clef que j'avais dans la poche.

Ce n'est pas tout, il y aurait encore un bon paquet de minuscules emmerdements à raconter, de ceux qui vous foutent les nerfs en pelote peu à peu. Par exemple, la conduite d'une vieille bagnole sans direction assistée, mais avec une pédale d'embrayage dont on ne se sert plus depuis des années. Et puis, au bout de l'après-midi, le garage qui vous appelle à la maison pour vous demander de venir reprendre votre véhicule réparé. Une petite panne de rien du tout: deux ampoules de stop grillées, et le bazard électronique du bord qui se met en alerte et coupe tout… Rien du tout, vous dis-je! Si ça se trouve, il aurait suffi que je donne quelques coups de pied violents à l'arrière de cette saloperie de bagnole pour que tout rentre dans l'ordre.


16 commentaires:

Rimbus a dit…

tu es un vrai geek toi ! ;-)

Marc a dit…

ah oui, sympa comme concept de faire un cumul sur une seule journée de toutes les VDM d'un mois complet :)

Le coucou a dit…

Rimbus,
n'est-ce pas! :-D

Marc,
et encore, j'ai résumé un peu, c'était un trimestre de VDM d'un coup. :-))

Homer a dit…

1/ Ce matin, le lien wikio is dead.
2/ Quelle journée. A coté, l'aventure de ma bouilloire parait insignifiante.

Nicolas a dit…

Homer,

Oui, Wikio est HS ce matin (pas le lien ! le site !).

Le Coucou,

Beau billet ! Ca fait du bien non ?

Le coucou a dit…

Homer,
1/ j'espère que ce n'est pas parce qu'ils se sont trompés…
2/ ce qui se passe dans et autour d'une bouilloire peut être terrible, il ne faut pas minimiser comme ça! Belle journée.

Nicolas,
ça soulage un peu, pas complètement (je n'ai pas donné libre cours à ma fureur contre Nokia, marque de mon mobile, et contre la MAAF, mon assurance), il faudra que je remette ça. Enfin, bon, ce matin je reviens de la gare à l'instant, sans problème: on dirait que la journée sera bonne…

FalconHill a dit…

Il est bien ce billet :) Avec Nicolas, vous êtes au top pour les billets d'histoire de voiture.

Non, c'est un joli billet. Sympa à lire. J'imagine aussi (et j'espère) à écrire.

Je te souhaite une bonne journée (elle doit être belle ta Provence en cet hiver...)

marsupilamima a dit…

les machines doivent marcher, ça devrait être dans le contrat, on a déjà assez à faire avec nos humains

Fidel Castor a dit…

Bonjour, très beau témoignage sur ces petits emmerdements qui prennent la tête, et je vous comprends aisément, aviez vous seulement un mouchoir pour vous éponger le front, :)

Le coucou a dit…

Falcon,
Je crois que le soulagement de pouvoir mettre un point final à la journée l'a emporté.
Aujourd'hui les collines sont particulièrement belles, en effet, avec le ciel d'un bleu d'hiver, intense. Bonne journée ! :-))

Martine,
d'accord avec vous. Ça devrait même être inscrit dans la Constitution: aucun appareil n'a le droit de tomber en panne dans des circonstances stressantes.

Fidel,
éponger le front n'était pas nécessaire: un bord de route communale glacial… Une thermos d'infusion de tilleul brulante aurait fait l'affaire (je crois que le tilleul est calmant).

floreal a dit…

Bein aujourd'hui, c'est le jour des Rois...

mathRo7i a dit…

:-) ce n'est pas en corsa la phonétique de l'assurance ....
Ravie du succès de votre blog.

Le coucou a dit…

Floreal,
zut! On a oublié la galette, cette année!

MathRo,
merci! Dans les motifs de colère que j'ai laissé de côté, il y avait aussi un bout de discussion avec l'assurance, où la «conseillère» qui me parlait a essayé de me fourguer une option d'assistance à zéro kilomètre pour la prochaine fois!

Monsieur Poireau a dit…

Mort de rire !
Oui, je sais, ce n'est pas très sympa de rire du malheur des autres mais là, quand même, le sort s'acharne !
Le coup des machines qui répondent au téléphone, ça devrait simplement être interdit chez les assureurs !
:-)))

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Didier Goux a dit…

Alors, là, je compatis sévère ! Voire grave ! Il y a des jours comme ça où on a la certitude que le monde extérieur a été créé uniquement dans le but de NOUS faire chier...

Le coucou a dit…

M. Poireau,
j'en ai ri aussi, entre deux bouffées de colère, et surtout avant de dormir…
J'espère que les accidentés ont droit à une réponse prioritaire… Ou alors, la machine doit leur dire: «avez-vous pensé à vous rapprocher des pompiers?»

Didier,
merci! C'est exactement ça: des jours où on se sent élu, on sait que tout a été fait pour nous mettre dans la merde!