vendredi 8 janvier 2010

Fièvre post-grippale

À propos de la grippe A, sur France Inter, ce soir, on a pu entendre un intervenant qualifié (j'ai oublié son nom) évoquer les soupçons qui pèsent sur l'indépendance de l'OMS vis-à-vis des grands laboratoires. L'alarmisme de l'Organisation Mondiale de la Santé pourrait bien avoir été encouragé par ces derniers… Il ne serait pas étonnant que cette organisation se retrouve bientôt à porter le chapeau de la gabegie financière qui en a découlé. Cela ferait une belle bouée pour le gouvernement français, noyé dans la polémique sur le coût des vaccins.

Ceci dit, le débat à propos des excès d'application du principe de précaution dans l'épidémie de grippe porcine a quelque chose de surréaliste. Frédéric Lefebvre et ses pareils ont beau jeu de s'exclamer qu'il vaut mieux trop de précautions que pas assez, et que des accusations féroces n'auraient pas manqué dans une situation inverse. Si l'épidémie avait été aussi ravageuse que certaines du passé, et si le gouvernement n'avait rien prévu, en effet, cela lui aurait sans doute valu au minimum un scandale comparable aux suites de la canicule meurtrière en 2003. C'est un fait, il faudrait être de mauvaise foi pour le nier.

Il reste cependant que la maladresse des exécutants de M. Sarkozy a été considérable. On est déjà gêné que la ministre de la santé, ancienne employée de l'industrie pharmaceutique, puisse passer d'aussi faramineux contrats avec les laboratoires dans des conditions si obscures, que les parlementaires eurent de la peine à simplement en prendre connaissance. Surtout, l'organisation de la vaccination s'est révélée en définitive un véritable échec, puisque notre pays est un de ceux où le pourcentage de la population vaccinée a été le plus bas (7%, contre 61% en Suède, d'après le Figaro).

Il est probable que la manière autoritaire de mener l'opération vaccinale, symptomatique de l'autocratie sarkozyste, y est pour beaucoup. Si au lieu d'être obligé de se rendre dans des centres souvent éloignés du domicile, de devoir attendre des bons de vaccination dispensés, non par la caisse de sécu locale, mais par on ne sait quelle autorité supérieure, le médecin généraliste avait pu prescrire à chacun le vaccin, sans doute le résultat aurait-il été meilleur.

Les rumeurs de défiance vis à vis de la vaccination, multiples, souvent absurdes, encouragées par la méthode caporaliste adoptée, ont joué aussi un rôle, c'est évident. Rien n'empêchait de laisser aux médecins et aux patients l'appréciation de l'intérêt d'une protection, et la pratique de l'injection. Il n'était peut-être même pas nécessaire, en dehors évidemment de l'indication médicale, d'être «piqué» par un professionnel… Mon épouse ayant besoin de cette protection, elle se vaccine et je me vaccine, chaque année contre la grippe classique. Nous le faisons nous même, c'est enfantin…

Quoi qu'il en soit, dans ce cas précis, l'application du principe de précaution à grande échelle a été un fiasco. Non seulement des sommes énormes ont été dépensées en vain, mais insuffisamment de gens auraient été immunisés (du moins on l'espère), en cas d'épidémie grave. Je ne trouve pas indifférent d'apprendre que la vaccination a été mieux accueillie dans les quartiers aisés que dans les autres. Cela me rend plus odieux les discours fumeux qui se sont répandus sur internet pour en dénier l'utilité. Cette grippe est bénigne pour la majorité des personnes, mais le contraire était possible, et dans ce cas, nous serions mal partis aujourd'hui.

P-S. sur le blog de Dedalus, je vous recommande la présentation d'un spectacle intitulé «Fièvre», dont il dit le plus grand bien. Grâce à lui, ces veinards de parisiens auront même la possibilité de le voir à prix réduit au théatre des Mathurins, entre le 13 et le 22 janvier. Et si cette période ne leur convient pas, la location c'est par là
Sarkofrance tourne la page de la disparition de Philippe Seguin«Panique à la défense!» un récit à lire sur PMÂ, mais «Entre la cave et le salon», c'est chez Arf…

11 commentaires:

Epamin' a dit…

Pour faire passer ta fièvre post-grippale, je pense que certains vont avoir du mal à avaler la pilule...

Le coucou a dit…

Epamin',
oui, reste à savoir qui devra la digérer… ;-)

Nicolas a dit…

Le Coucou,

On a déjà discuté de l'utilité du virus, notamment pour les personnes fragiles que je ne renie pas.

Je ne suis pas vacciné (mais en tant que buveur de bière, je ne suis que rarement touché par des virus !).

"Les rumeurs de défiance vis à vis de la vaccination, multiples, souvent absurdes, encouragées par la méthode caporaliste adoptée, ont joué aussi un rôle, c'est évident." Oui. Il n'empêche que tout ce qu'on disait a été vérifié. Le machin est scandaleux, la grippe est passé sans rien faire malgré un faible taux de vaccination et ça a couté la peau des fesses pour enrichir les actionnaires des labos.

Qu'on ne nous reproche pas d'avoir eu raison au prétexte qu'on aurait pu avoir tort !

(merci pour le lien).

Le coucou a dit…

Nicolas,
pas tout à fait d'accord: sur l'ampleur excessive de la campagne, les doutes sur la dangerosité du virus, oui, les réserves émises par certains milieux médicaux étaient fondées.
Le déchaînement de conneries et de rumeurs sur les dangers de la vaccination, sa prétendue inutilité dans l'absolu, par contre, a illustré le côté sommaire qui domine dans la blogosphère. Cette vaccination était gratuite, accessible à tout le monde sans exception: les riches en ont davantage profité que les pauvres, cependant! Si la maladie avait réellement fait des dégâts, la connerie aurait été sanctionnée.

dedalus a dit…

Le principe de précaution est un des pires concept que nous avons inventé ces dernières années. Pour faire court, je dirais que c'est un principe de mort. Un principe qui nie l'homme et sa marche en avant un principe réactionnaire. Terrible tout de même qu'il nous faille nécessairement basculer du laisser faire au rien faire. Un principe de raison gardée et de prise de risque maîtrisée et assumée serait plus... épanouissant.

Et puis, pour commenter en sus le post scriptum : merci pour le relai, si bien exécuté. J'ajoute que dépend de la fréquentation parisienne le fait que ce spectacle puisse partir en maraude réjouir des spectateurs bien au-delà du périphérique.

Bon W.E.

Le coucou a dit…

Dedalus,
nous ne l'avons pas inventé: la France était très en retard sur le principe de précaution, adopté par beaucoup de pays avant elle. Nous l'avons mis en œuvre à cause de l'affaire du sang contaminé, qui a été un crime de gouvernement inexpiable (puisse la totalité de ses auteurs crever un jour dans la rue, réduits à la mendicité, et non pas le cul au chaud à l'Assemblée nationale, ou dans des retraites douillettes), car l'application du principe de précaution aurait dû les dissuader de céder à leurs calculs mercantiles.
Mais cette affaire de grippe démontre que ce principe est à double tranchant et qu'il ne protège pas les gouvernants d'erreurs d'appréciation. Ceci dit, comparons le coût d'une opération mise à peu près directement à la disposition de la population et les milliards dépensés pour les banques…
Il y a dans Le Monde, un entretien avec un «philosophe du risque», fort intéressant, qui va d'ailleurs un peu dans le sens de ton commentaire, sans pousser aussi loin, me semble-t-il.

BA a dit…

Avec les laboratoires, un accord serait en passe d’être trouvé. La France tente de reconvertir sa commande initiale en un droit de tirage futur auprès des trois laboratoires. Plutôt que devoir payer des indemnités sonnantes et trébuchantes à Pasteur-Sanofi, GSK et Novartis, qui pourraient s’élever à plus de 100 millions d’euros, l’Etat prendrait l’engagement de commander auprès de ces trois firmes ses prochains vaccins, en versant dès aujourd’hui des arrhes pour des livraisons futures. De quoi donner un peu de trésorerie aux entreprises et rassurer des marchés financiers, inquiets par ces annulations en chaîne dans l’industrie pharmaceutique.

http://www.lejdd.fr/Societe/Sante/Actualite/Grippe-Bachelot-et-les-labos-proches-d-un-accord-163528/

Contribuables français, préparez-vous à payer des arrhes pour des livraisons futures !

Roselyne Bachelot ? Les laboratoires pharmaceutiques lui disent merci !

captainhaka a dit…

La question sur le principe de précaution est directement liée à celle de la pertinence et le choix des "scientifiques" prescripteurs. Je mets exprès les guillemets, non pas pour leur dénigrer leurs qualités, ce sont certainement des gens qui ont fait des études brillantes et des recherches intéressantes, néanmoins, il subsiste le doute tout à fait légitime sur leur liberté d'action. Comme toutes personnes normalement constituées (malheureusement), elles subissent les pressions de leurs employeurs et financeurs. Lesquels parfois ont la lourde tendance à ne présenter que les études favorables à leur dessein. Souvenons-nous de Monsanto qui employait lui même les personnes qui étaient censées le contrôler ! Alors, les résultats ...
Pour ce qui est de la grippe, il ne faut pas oublier qu'elle avait déjà touché l'hémisphère sud. Des chiffres avaient été publiés ainsi que des statistiques pondérées, qui mettaient en doute l'hypothèse d'une mortalité sévère. Puis il y a un gouffre entre prendre ses précautions et signer pour 90 millions de doses ! On connaît les liens qui unissent fortement les labos et quelques décideurs nationaux et internationaux et en ce qui me concerne, une pétition pour demander la démission de Bachelot devrait déjà être déposée au ministère de la santé depuis longtemps.

Le coucou a dit…

BA,
je viens moi aussi d'entendre ça aux informations…

Captainhaka,
je ne me souviens plus de l'enchaînement exact des choses, mais il se pourrait que les gouvernements aient donné des assurances à l'industrie pharmaceutique avant que l'on connaisse l'importance exacte de l'épidémie dans l'hémisphère sud. Sinon, je suis d'accord avec vous: le lobby des labos a trop de poids dans la vie publique, et le cas de R. Bachelot est particulièrement choquant.

Monsieur Poireau a dit…

Je crois qu'on réécrit un peu l'histoire quand même mais c'est assez fréquent à notre époque sans mémoire. En effet, si on relis les communiqués de l'OMS, on ne trouve pas vraiment de message stipulant la grande dangerosité du virus mutant mais plutôt un appel parce que ce virus est très contagieux. Une campagne de vaccination envers les plus faibles, notamment ceux qui n'ont pas accès aux soins et au virus annuel aurait pu largement suffire pour faire face.
Je ne pense pas que la Suède, par exemple, ait finalement moins de contaminés que la Pologne qui a refusé la vaccination. Ce pays est un des rares a ne pas avoir céder à la pression des labos et à leurs contrats par lesquels ils reportaient la responsabilités des éventuels dangers du vaccins, sur les politiques. C'est peut-être bien ce détail médical des accords qui a mis la puce à l'oreille quant à la fiabilité de ces injections !
:-)))

Le coucou a dit…

M. Poireau,
tu as raison d'attirer l'attention sur la Pologne. Ce sera très intéressant de comparer après l'épidémie, les statistique des divers pays, en fonction du plan adopté. :-))