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lundi 4 mai 2009

Avec nos pires vœux…


Aujourd'hui, est l'anniversaire d'une catastrophe européenne, sinon mondiale: il y a trente ans, Margaret Thatcher arrivait au pouvoir en Grande-Bretagne. Il paraît qu'elle est malade et, là-bas, beaucoup d'ouvriers, de syndicalistes, qu'elle a brisés autrefois avec un sectarisme devenu célèbre, économisent déjà pour acheter bouteilles et victuailles destinées à fêter sa mort.

Chez nous, dans douze jours, nous pourrons faire une minute de silence en souvenir d'une autre catastrophe: la prise de fonction de Nicolas Sarkozy. Par contre, celui-ci est en excellente santé et compte bien s'incruster à l'Élysée pour au moins huit ans de plus… Qui se souvient encore de son allocution lors de la cérémonie d'installation? Un de ces beaux discours chargés d'émotion, comme il est totalement incapable d'en écrire lui-même.
Il disait alors, sans rire:
«Je pense avec gravité au mandat que le peuple français m’a confié et à cette exigence si forte qu’il porte en lui et que je n’ai pas le droit de décevoir. […]
Exigence de résultat parce que les Français en ont assez que dans leur vie quotidienne rien ne s’améliore jamais, parce que les Français en ont assez que leur vie soit toujours plus lourde, toujours plus dure, parce que les Français en ont assez des sacrifices qu’on leur impose sans aucun résultat. Exigence de justice parce que depuis bien longtemps autant de Français n’ont pas éprouvé un sentiment aussi fort d’injustice, ni le sentiment que les sacrifices n’étaient pas équitablement répartis, ni que les droits n’étaient pas égaux pour tous…»

Ces anniversaires, celui de la fée Carabosse du libéralisme, et celui de notre Attila du progrès social, n'incitent guère à l'optimisme. Il faut se donner du mal pour trouver quelque chose qui ressemble de loin à une bonne nouvelle! De loin, j'en ai trouvé une, mais à l'examen, je crains qu'elle ne fasse aussi partie des mauvaises. Jugez plutôt…

Dans Le Monde, daté Dimanche 3 - Lundi 4 mai, Frédéric Lemaître signe un article sur la finance… M. Lemaître nous explique que, tandis que nous défilions pour le 1er Mai, nigauds que nous sommes, nous avons ignoré une nouvelle de première importance: la crise est finie!
« […] la où la crise a commencé, la crise s'achève. Au sud de l'île de Manhattan, à Wall Street, là où, c'est bien connu, travaillent les plus brillants cerveaux de la planète, l'heure est de nouveau à la fête. En tout cas, on s'y prépare. Assez discrètement pour ne pas provoquer la colère des «cols bleus» de Chrysler et de General Motors […]»
En 2010 prévoit M. Lemaître, les bonus devraient à nouveau pleuvoir comme si de rien n'était dans le monde de la finance. Les banques américaines ont, en effet, retrouvé des profits, et font d'ores et déjà des provisions, en écureuils avertis, pour distribuer des primes scandaleuses le moment revenu… Cela se monterait, paraît-il, à 36 milliards de dollars pour le moment. Bref, les banquiers disent merde au monde entier et s'assoient sur la moralisation promise. Ce n'est pas tout: toujours selon M. Lemaître, chez nous, l'Autorité des marchés financiers reçoit à nouveau de la part des banques des demandes d'agréments de produits «hautement complexes (on les appellera toxiques dans un second temps)» Et cætera…
Les financiers, les banquiers, les patrons, n'ont rien compris. Les hommes politiques non plus. On finira par trouver la révolution désirable.

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PS. Mathieu relaie un appel à créer 2 millions d'emplois… Un vrai bon anniversaire à Balmeyer qui fête les deux ans de son blog!

lundi 9 mars 2009

Jean-Claude Trichet voit venir la reprise

Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne croit à la reprise de l'économie en 2010. D'où lui vient cet optimisme? Tout d'abord de sa perception d'éléments laissant penser que nous approchons du moment annonciateur de l'arrivée probable d'un commencement où apparaîtront les signes du redressement.
Ensuite, M. Trichet a la foi, il croit à la reprise parce que le ciel de la finance l'inspire. Tous les matins au saut du lit, il se recueille devant les cours de la bourse de Tokio et de Wall Street, puis récite son acte de foi, dit Credo du symbole de Davos. Il s'agit d'une prière peu connue, dont les grands de ce monde gardaient jusqu'à ce jour jalousement les paroles secrètes. Le coucou a cependant réussi à se procurer le texte du dit credo et le communique en exclusivité à ses lecteurs:

«Je crois en un seul dieu, le Profit tout puissant, créateur du capitalisme et de la finance ainsi que de tous les bénéfices, visibles et invisibles. Je crois en son fils unique, l'Argent, né de la banque au début des siècles, nerf de la guerre, régal de la paix, engendré des affaires, consubstantiel au Profit, par qui tout a commencé. Qui, pour nous gens des pouvoirs et pour notre félicité, a germé dans les têtes, s'est incarné du Marché et de la Spéculation, et s'est fait monnaie. Frappé par la crise sous John Law, il a souffert le krach de Vienne, le 9 mai 1873, et les trois jours NOIRS de 1929, et a été vilipendé, et crucifié par le communisme.
Il est ressuscité conformément à la loi des Marchés.
Il est entré à la Banque Centrale et siège à la droite du président, où il pèse le crédit des vivants et paie la dette des morts, et il reviendra à la Reprise.
Je crois au Marché, qui est du bel Argent, qui distribue des dividendes, qui procède du Profit et de la finance, qui est glorifié avec la Bourse et la Banque, qui parle par la bouche des libéraux. Je crois au capitalisme, au libre-échange, et à la mondialisation. J'attends la reprise prochaine et la Sainte Croissance éternelle. Amen.»
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PS. Les éditions Filaplomb lancent sur leur site un concours basé sur une BD, et doté de prix alléchants. Avis aux amateurs!

PPS. Tous ceux qui regrettent la disparition de Mitslav et de son blog —ils sont nombreux—, seront ravis d'apprendre que de l'au-delà, il a trouvé le moyen de pousser loin l'art du trollage. Il s'exprime désormais en hantant le blog des autres. Mitslav chez Didier Goux et Marie-Georges…

mardi 3 février 2009

Les Martiens et l'économie.


Les extraterrestres sont parmi nous, ce sont eux qui tirent les ficelles des marionnettes qui gouvernent la planète. Difficile de dire à quelle époque récente l'invasion s'est produite, mais ils sont bien là, comme on va le voir. Oh, ne croyez pas que vous les croisez chaque jour dans la rue ou le métro! Non, ils ne sont pas assez nombreux pour cela, et se cachent au sein de quelques professions choisies avec soin. De celles qui procurent discrètement une influence décisive sur la marche des affaires du monde. La plupart sont économistes, banquiers, conseillers des gens de pouvoir…
Tenez, il y en a un dont nous parlions ici même voici quelques jours, avec une innocente sympathie. À première vue, il est comme vous et moi —enfin, en plus intelligent quand même—, mais il s'agit selon toute vraisemblance d'un Martien. Il serait aisé de le vérifier au vu de l'immatriculation de sa soucoupe volante, garée sur le toit du journal Le Monde, à Paris… En effet, cet ET, connu sous l'identité terrienne de P.A. Delhommais, tient dans ce quotidien du soir une rubrique hebdomadaire d'économie, excellente dans son genre au demeurant.
A l'examen un tant soit peu attentif des derniers écrits de ce monsieur, il saute aux yeux qu'il ne saurait en aucune façon appartenir au commun des mortels. Que l'on en juge plutôt: «On l'a presque déjà oublié, mais l'économie mondiale a connu pendant deux décennies une sorte d'"âge d'or", pour reprendre l'expression qu'avait employée, en juin 2007, l'ancien directeur général de la Banque des règlements internationaux (BRI), Malcom Knigh, qui en pressentait la fin imminente : une croissance exceptionnellement forte, mieux partagée - le taux de pauvreté dans les pays en développement est revenu de 52 % à 26 % -, des taux d'intérêt et un chômage tombés à des niveaux historiquement bas»…, disait donc M. Delhommais dans le Monde du dernier week-end.
Deux décennies, cela nous ramène à la fin des années 1980… Quelque lecteur de ce blog, je veux dire un citoyen ordinaire de la planète Terre, aurait-il le sentiment d'avoir vécu vingt années d'opulence?
Pour ma part, mon impression est de parvenir aujourd'hui à l'apothéose d'une crise rampante, qui m'aura accompagné la majeure partie de ma vie. J'avais 27 ans lorsqu'en 1973 survint le premier choc pétrolier. Une augmentation foudroyante des cours du pétrole. En riposte au soutien apporté par les USA à Israël, dans la guerre du Kippour, l'Arabie Saoudite fit flamber les prix de 70%. C'est l'année suivante que V. Giscard d'Estaing fut élu président, et que l'on inventa, pour pallier aux conséquences dramatiques de ce choc pétrolier, la notion de «licenciement économique».
Au cours des décennies qui suivirent, les entreprises mirent un nombre grandissant d'employés ayant dépassé la cinquantaine au «chômage économique», ou bien en préretraite, comme ce fut le cas de mon père. Et cela ne s'est plus arrêté. La société telle que je l'ai connue, baigne depuis 1973 dans une atmosphère de crise. Aussi, lorsqu'aujourd'hui on porte à notre connaissance que, pour je ne sais quelle fraction de la population, vingt années de liesse financière et de prospérité viennent de s'écouler, je ne peux que constater qu'il y a dans ce pays des gens très différents de moi, de vous peut-être. Leurs oreilles n'entendent pas ce que j'entends, leurs yeux voient ce que je suis incapable de percevoir. Des extraterrestres.

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PS. De beaux billets vous attendent sur un blog qui vient de s'ouvrir: «Femmes engagées»

dimanche 26 octobre 2008

Une semaine de crise et de sexe.

Bizarre, la semaine qui s'achève ! Je ne sais pas comment vous l'avez ressentie, mais moi je l'ai trouvée très sexe. Elle a commencé avec la vie privée de Dominique Strauss-Kahn dénoncée par la presse américaine. Le sexe n'est plus en odeur de sainteté aux États Unis, qui rejoignent là-dessus les cultures de la macération et de la convoitise honteuse. Nous y avons longtemps été soumis, quand la religion occupait une place excessive dans la société. Ce n'est plus le cas, et d'une manière générale en Europe, nous méprisons plutôt ceux qui fouinent dans l'intimité d'autrui, ou crachent sur la joie de vivre… Mais les américains n'étant pas plus cons que nous, il est probable que l'on cherchait plutôt à pousser DSK hors du F.M.I., par l'ouverture d'une enquête. C'était bien le diable si l'on ne trouvait pas quelque abus de pouvoir, ou du moins, un de ces gros mensonges qui, là-bas, ne se pardonnent pas. Apparemment c'est loupé. Je m'en félicite à double titre : les pisse-aigre sont déçus, et M. Strauss-Kahn reste en Amérique. Il parait qu'il y est très utile en ce moment, et je ne suis pas pressé personnellement de le revoir dans notre paysage politique.
Cette semaine a aussi été remarquable par les efforts déployés par M. Sarkozy et tous ceux qui comptent dans le monde, pour restaurer la confiance des peuples. La crise va mettre sur la paille des dizaines de milliers de travailleurs, peut-être même beaucoup plus que l'on n'en a jamais vus. Je ne sais plus quel important personnage a laissé paraître son angoisse de voir une explosion de fureur mondiale balayer le capitalisme. Cela, m'a immédiatement éclairé sur le sens des gesticulations sarkoziennes et de l'émoi de ses comparses : ils veulent baiser les peuples par un simulacre de réforme du système financier. Le comble, c'est que dans cette coucherie virtuelle, nous allons payer pour être baisés.
Il y eut aussi les funérailles de Sœur Emmanuelle, suivies de près, pendant que l'émotion était chaude, de la campagne de promotion de son livre posthume. Et, l'aurions nous cru, cette sainte femme au voile de travers, en a de très vertes à raconter. Ses masturbations, ses bouffées d'attirance aventureuse… Reposez en paix, Sœur Emmanuelle, les américains ne peuvent plus rien contre vous !

vendredi 24 octobre 2008

Retour vers le bordel

La tirelire Soyouz contenant le multimillionnaire Richard Garriott, a été livrée sans dommage apparent dans la steppe kazahke. Les destinataires ont signé le bon de livraison du récipiendaire cosmonaute sans émettre de réserve. Après quoi, l'heureux élu de l'espace fut extrait du récipient et montré à la presse.
On m'excusera, j'espère, le côté un rien décalé de ce bref compte rendu. En voulant m'informer sur la personnalité de R. Garriott, j'ai appris de Wikipédia que ce monsieur «est une figure proéminente dans l'industrie du jeu vidéo»… Sa proéminence m'a beaucoup impressionné.
Toujours est-il —c'est là que je voulais arriver—, que ce monsieur dynamique débarque en pleine déconfiture mondiale après une absence de douze jours. Même s'il a été tenu plus ou moins au courant du plongeon de ses actions en bourse, à mon avis, de là-haut, il n'a dû se faire qu'une pâle idée du bordel terrestre. Semblable aux voyageurs des romans de science-fiction, le voilà soumis à un paradoxe temporel sans subtilité, que la théorie de la relativité n'avait pas prévu. À son départ, le Dimanche 12 Octobre, le monde était déjà mal en point, certes, mais rien à voir avec ce qu'il va retrouver à la maison.
Douze jours se sont écoulés entre le départ et le retour de M. Garriott. Douze jours de crise en yoyo dans le monde entier. Je ne sais pas ce qui s'est passé au Texas, cher aux œuvres ludiques du 6e touriste spacial, mais je doute que ce soit plus réjouissant qu'ailleurs. Si ça se trouve, il va découvrir qu'il ne lui reste plus un kopek pour payer son billet d'avion de retour, une fois passé son check-up. Ou même pire : que toutes les compagnies aériennes auront déposé leur bilan d'ici là… Au train ou vont les choses, en Russie comme partout, c'est bien possible!
J'ai lu dans Var-Matin aujourd'hui qu'Edwin Aldrin, ancien piéton lunaire, estime que les futurs colons de la planète Mars devront s'attendre à y finir leurs jours, sans espoir de retour. Cela m'a inspiré le moyen d'en finir avec les crises financières du capitalisme. Et si nous envoyions les experts libéraux, les as de la finance acrobatique, tous les fauteurs de crise, pour faire court…, coloniser Mars? Avec Nicolas Sarkozy comme chef.

Mes lectures du jour : Mathieu, Trublyonne, Vogelsong

mardi 21 octobre 2008

Les valeurs du capitalisme

Ce matin, Nicolas Sarkozy a évoqué la «refondation du capitalisme» devant le parlement européen. Voici la dernière insanité qu'il a proférée, en attendant la prochaine : «Ce qui s'est passé, c'est la trahison des valeurs du capitalisme, ce n'est pas une remise en cause de l'économie de marché»… Bon, nous savons, ou nous devrions maintenant savoir tous qu'il s'agit d'un homme pétri de trivialité, guère plus regardant sur la politique qu'un marchand de voitures d'occasion. Pourtant, ce propos m'a fait sursauter. Valeur, au sens où M. Sarkozy utilise ici le mot, désigne la qualité de ce qui a le caractère du beau, du vrai, du bien, du juste.
Le capitalisme a-t-il d'autres valeurs que celles cotées en bourse ?
Selon moi, le capitalisme, perçu universellement, ou presque, comme un monstre sans visage, n'est pas beau. On imagine mal qu'il puisse être à l'origine de ces élans de l'esprit et du cœur qui fondent un idéal. C'est au contraire généralement par calcul et froide conjecture d'en retirer un bénéfice personnel qu'on l'adopte. Les acteurs du capitalisme sont rivaux, rêvent de se «détruire» commercialement, mentent par tactique, trichent. On ne peut donc qualifier le capitalisme de vrai.
Par contre, le fait qu'il soit le principal pourvoyeur de travail, et partant, source de revenu, doit répondre pour certains à la définition du bien. Mais c'est oublier que quel que soit le système politico-économique en vigueur, il faut de toute façon produire, adopter une organisation du travail. Le capitalisme serait-il enterré ou châtré, l'activité de l'humanité demeurerait.
Quand à le trouver juste… Dois-je vraiment prendre la peine d'en illustrer l'injustice ? Sans ouvriers, techniciens, ou employés de toutes spécialités, pas un bien, pas une richesse ne se crée. Sans actionnaires et administrateurs, la société fonctionnerait encore. Et pourtant, ces derniers s'enrichissent au-delà de toute pudeur, tandis que les premiers sont sous-payés.
Qui pourrait encore ajouter foi dans ce pays aux paroles de M. Sarkozy? Le voici aujourd'hui promettant de "refonder" le capitalisme. Qu'a t-il fait pour cela, dans l'urgence et alors qu'il tenait un moyen d'action efficace? Il distribue notre argent aux banques, mais se garde d'imposer la présence de représentants de l'état parmi les administrateurs. Donc les banques pourront bientôt se livrer à nouveau sans contrôle à des activités douteuses sans utilité pour la collectivité nationale. Il prétend vouloir en finir avec les paradis fiscaux, véritable vérole financière, mais se montre incapable d'amener le Luxembourg, l'Autriche, la Suisse, le Liechtenstein, à la table des négociations. Il ne parle même pas des repaires de fraudeurs sur lesquels la France a autorité : Andorre, Saint-Barthélemy —ou possibilité d'agir : Monaco.
Si l'on doit refonder le capitalisme, peut-être faudrait-il tout ramener au niveau des fondations, c'est à dire des entreprises qui produisent des biens ou aident à les produire. Et mettre hors la loi ceux qui s'enrichissent avec du vent, les spéculateurs de tout poil.

lundi 20 octobre 2008

Billet express

Je ne dirai rien de Sœur Emmanuelle, qui s'est envolée au ciel, pas très loin de chez moi, pressée d'aller plaider auprès de Qui-vous-savez, la cause de Dominique Strauss-Kahn, calomnié aux USA par des hordes mormones, baptistes, puritaines —bref protestantes, en vrac. Je ne dirai rien non plus de N. Sarkozy, ni des petits écureuils de la Caisse d'Épargne qui ont perdu trop de sous en jouant à de vilains jeux de grands renards pas faits pour eux. Je comptais aborder aujourd'hui le thème des produits dérivés en finance, qui sont ce que la foi était à Sœur Emmanuelle : un pari sur l'inconnu. Elle avait parié sur l'existence de Dieu, la bonne dame. Maintenant, soit elle empoche la plus-value au paradis, soit elle tombe dans le néant, plus bas encore qu'aucun indice boursier ne peut descendre, du moins pour le moment. De tout cela, je ne vous dirai rien : plus le temps d'écrire un billet aujourd'hui…

Je vous recommanderai seulement d'aller vous cultiver chez Martine, et de lire le dernier épisode de Vendanges chez Balmeyer, si vous avez déjà dîné ce sera une expérience intéressante.

dimanche 12 octobre 2008

Comment soigner la finance et sortir de la crise

Ce qu'il y a de sympa dans la crise actuelle, c'est qu'on peut raconter n'importe quoi à son sujet. Les Diafoirus de l'économie se répandent de tous côtés pour éclairer le «jamais vu» à la chandelle du passé, arc-boutés aux conclusions que leurs prédécesseurs avaient tirées des krachs anciens. Il y a quelque chose d'hilarant à entendre leurs discours souvent contradictoires. Certains diagnostiquent la mort du capitalisme, d'autres pronostiquent au contraire sa métamorphose triomphante, fondée sur l'enracinement de l'individualisme en ce début de XXIe siècle. Quelques esprits affûtés, comme V. Giscard d'Estaing, que j'ai entendu sur France-Inter, font observer que tout ne va pas si mal pour réveiller l'économie : le prix du pétrole a fortement chuté : de 140$ le baril aux alentours de 90$ actuellement, et les matières premières ont suivi le mouvement… Au passage, il accueillait le projet de «nouveau Bretton-Woods» cher à Sarkozy comme une bouffonnerie inadaptée au monde actuel. M. Giscard a d'énormes défauts, mais il n'est pas plus bête que la moyenne des économistes et des politiques, et il est au moins aussi crédible que N. Sarkozy…
Le reproche rédhibitoire que je lui adresse, c'est de ne pas prescrire de clystère financier. Le système a reçu la saignée, c'est bien, c'est même excellent. Mais il faudrait songer à expulser les fèces dures agglomérées dans les paradis fiscaux, afin qu'un flux purificateur s'en suivant, l'organisme financier soit purgé des humeurs venteuses spéculatives. Une bonne convalescence d'un ou deux ans, accompagnée de force tisanes nationalisatoires, avec chapelet tous les soirs au Vingt heures de TF1 et exorcisation des chômeurs possédés par la paresse, devrait assurer la guérison. Et la France pétera de santé comme avant.
Afin de propulser demain notre pays vers les cimes de la croissance, je me permettrai une suggestion à destination de notre élite bancaire nationale. Profitons de la baisse actuelle de l'immobilier pour racheter à bon compte la totalité des lopins de sol martien mis en vente ces dernières années par quelques américains aujourd'hui dans la dèche. Une fois en possession de ce gigantesque lotissement, titrisons le cadastre martien, et fouette cocher ! Mars est pour demain, vive la France !

P.S. Cette semaine, j'ai goûté à Eaux dormantes, à la suite de «Vendanges» de Balmeyer, et au billet de D. Goux chez Zoridae




mercredi 8 octobre 2008

Le crépuscule des traders

Hier, je suis allé visiter le musée de la banque, rue de l'Ancienne Bourse. J'avais mon caddie avec moi, comme toujours, celui où j'ai planqué mes économies. Enfin, planqué, c'est une façon de parler : tout le monde a son caddie ou sa petite carriole de biftons, de nos jours. En tout cas, le gardien n'a pas voulu me laisser entrer avec le caddie, j'ai demandé si c'était par crainte du vol, mais non, c'est pas ça. Ils ont peur qu'on dépose de l'argent à l'intérieur. C'est débile, mais c'est le règlement ! Donc, j'ai laissé mon caddie accroché à la rampe avec l'antivol, comme à la boulangerie, et je suis entré. C'est intéressant, il y a une chambre forte avec une exposition de coffres-forts, des appareils à calculer, du boulier chinois à l'ordinateur d'avant la Grande Crise. Et puis des scènes bancaires reconstituées à l'aide de mannequins en cire : la guichetière, des clients, tout ça… Si vous êtes aussi âgés que moi, vous devez vous en souvenir encore un peu. Mais le clou de la visite, c'est la salle des marchés. Parce que là, il y a de vrais traders en chair et en os, parfaitement vivants. Tous en bras de chemise, pâles, ils interprètent une sorte de parade rituelle avec des roulements de prunelles extatiques, le téléphone à l'oreille, autour d'écrans pleins de chiffres, de courbes colorées . On ne peut pas vraiment entrer dans la salle, parce qu'il y a une vitre blindée de protection. À cause des virus qu'on pourrait leur refiler. Ils sont très fragiles et ce sont les dix derniers. Ils sont inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco, pensez!

Une source éloignée

mardi 7 octobre 2008

La cagnotte de L. Jospin et le guignon de N. Sakozy

La gauche était au pouvoir en ce temps là. Je me souviens de cette époque pas si lointaine où Lionel Jospin, premier ministre de Jacques Chirac, gouvernait la France. Il se passa cette année là une chose extraordinaire, un événement devenu plus rare pour notre pays que le passage de la comète : le budget de l'état fut moins déficitaire que prévu ! Il n'avait manqué que 50 milliards au pays au lieu des 80 milliards d'endettement programmés. Que croyez-vous qu'il arriva ? La droite, alors dans l'opposition, qui avait eu vent de cette embellie inattendue, cria sur les toits qu'il existait une cagnotte de 30 milliards ! Et le terme fut bientôt repris par des voix s'élevant de tous les partis. La cagnotte, en France on connaît, parce qu'on joue au loto. M. Jospin, ne sut pas réfuter à temps le terme de cagnotte, concernant un pays aussi lourdement endetté que le nôtre (la dette publique n'atteignait pas encore le cap des 1000 milliards, aujourd'hui largement dépassé, mais elle était déjà énorme). En un rien de temps, M. Jospin se trouva contraint de distribuer un argent fictif, et il creusa le déficit à la profondeur prévue par le budget initial.
Pourquoi je parle de ça ? Parce que Lionel Jospin pensait alors à sa cote de popularité en vue de la présidentielle à venir, et pour rapprocher cet épisode de celui du paquet fiscal de M. Sarkozy. Quand ce dernier a été élu, le plafond des 1000 milliards était bel et bien crevé, la crise financière était en incubation. Persuadé qu'il allait créer de la croissance en France en laissant plus d'argent à dépenser aux milieux favorisés chers à son cœur, il instaura le bouclier fiscal et fit les petits cadeaux que l'on sait.
Le résultat c'est qu'aujourd'hui nous sommes non pas au bord du gouffre, mais dedans, et sans un rond pour en sortir. Je reviens à mon parallèle avec L. Jospin afin de rappeler que la distribution de la "cagnotte" , contraire à une bonne gouvernance, ne l'empêcha pas de perdre l'élection présidentielle. M. Sarkozy prend le même chemin.

PS: faute de temps, pas de lecture à vous proposer ailleurs, mais ma liste de blogs compte plusieurs auteurs qui traitent de la crise financière.

dimanche 5 octobre 2008

M. Gueant, le G4, et nous

Claude Guéant, secrétaire général de l'Élysée, vient d'appeler la gauche, au lendemain du sommet G4, à «faire preuve d'objectivité renforcée». Il estime aussi que «reprocher à Nicolas Sarkozy et au gouvernement de ne pas avoir prévu il y a un an, alors que personne ne l'a prévu, (...) ce n'est pas bien». En quoi il ne manque pas de culot. On espère bien que la gauche (le P.S. en particulier), fera son boulot d'opposition sans complaisance. Ce sera même l'occasion de juger sur pièces si ses élus se soucient davantage du pays que de leurs luttes internes. Pour ce qui est de l'innocence de nos gouvernants par rapport à la gravité de la situation chez nous, M. Guéant prend les français pour des imbéciles. Le président, son gouvernement, et leurs conseillers, ont négligé l'approche de la crise financière avec une légèreté frisant l'incompétence.
La crise financières des subprimes s'est déclenchée en 2006 aux USA, née de la découverte d'énormes pertes sur les prêts hypothécaires. Dès cette époque, des interrogations sur les conséquences pour notre économie se lisaient dans la presse. La crise couvait donc avant l'élection de M. Sarkozy, mais cela ne l'a nullement dissuadé de songer à importer en France la pratique du prêt hypothécaire… Là-dessus, dans le courant de l'été 2007, le mal américain s'est transformé en crise financière mondiale. Le danger qu'elle représentait pouvait certes nous échapper, à nous simples citoyens, mais était-ce admissible de l'ignorer de la part de personnes qui prétendent gouverner, et gouverner qui plus est avec une soif de pouvoir sans mesure? E. Girardin disait : «gouverner, c'est prévoir», souvent repris par les politiques en guise de profession de foi. Malheureusement, presque sans exception, le personnel politique français gère le pays à la petite semaine, l'œil invariablement fixé sur des échéances proches, d'importance mineure pour le pays, mais toujours jugées essentielles pour la conservation immédiate du pouvoir. Ainsi M. Sarkozy dilapida-t-il les ressources à venir de l'état en créant son paquet fiscal. On ne dira jamais assez combien ce cadeau aux contribuables riches ou simplement aisés fut une faute grave, avec la menace d'une extension de la crise que l'exécutif ne pouvait ignorer. Même sans parler de la crise, c'était inexcusable si l'on songe à l'état d'endettement du pays. Aujourd'hui, si la France est démunie pour résister à l'adversité, c'est à M. Sarkozy qu'elle le doit. Voilà le président réduit à faire les poches des citoyens modestes par le biais d'un détournement de l'épargne sur le livret A, et à imaginer des expédients pour tenir les engagements du pays quant au niveau de l'endettement. Alors non, M. Guéant, «ce n'est pas bien» de nous prendre pour des andouilles et de réclamer notre indulgence.

Source : Le Monde
Résumé de la crise depuis l'origine

mardi 30 septembre 2008

Conte bancaire

La bourse avait la crève dans ce petit matin gris, mais Gédéon Doré n'en sifflotait pas moins en sortant de la salle de bains. À l'heure où la Coronel Bank ouvrait ses guichets, il appela Trouchon, son gestionnaire attitré à la banque, tout en jetant un coup d'œil sur internet aux derniers cours connus.
«Comment va, mon cher Trouchon?
—Ça yoyote, M. Doré, ça yoyote !
—Aïe! Madame avait loupé la ratatouille, hier soir ?
—Non, les Zaxia, lâcha Trouchon d'un ton mourant.
—Oui, bon ! pas de quoi gémir : ils reprennent 8% déjà.
—Hélas, M. Doré, ma femme a vendue nos Zaxia dans mon dos, HIER. Au plus bas !
—…
—Vous êtes toujours là, questionna Trouchon ?
—Qu'est ce qui lui a pris ? dit Doré.
—On avait eu des mots, parce que je trouvais que ce n'était pas le moment qu'elle s'achète des bottes, des Balanciaga à 400 euros… Eh bien, elle a vendu les Zaxia pour se les offrir ! Cent titres à 7,30 M. Doré. Avec la monnaie, elle a pris des escarpins en plus.
—Pfff ! Je compatis Trouchon, mais remettez-vous : tant qu'il y a de la vie…
—Y a de l'espoir, c'est ce que je me dis aussi, soupira le banquier.
—Bon, Trouchon, vous allez me vendre du Pikou.
—Pikou ? Vous n'avez aucune action Pikou en portefeuille… Vous jouez la vente à découvert ?
—On ne peut rien vous cacher, sacré Trouchon !
— Pikou cote à 8 € en ce moment, vous en vendez combien?
— Mettez-m'en dix kilos, dit Gédéon Doré.
— Heu…, 10000 titres ?
— Voilà, 80000 € tout ronds !
— Mmm, c'est faisable, quoiqu'un peu osé par les temps qui courent, si je puis me permettre, estima le gestionnaire.
— Parfait, mon bon Trouchon, vous m'arrangez ça tout de suite.»
Gédéon Doré raccrocha sans attendre de confirmation, assuré que son gestionnaire favori traiterait scrupuleusement son ordre de vendre 10000 Pikou qu'il ne possédait pas.
Il termina son café, prit sa raquette de tennis et son petit baise-en-ville sportif, puis s'en alla dépenser son trop plein d'énergie au Cercle de Lutèce. À l'heure du déjeuner, il vérifia que le cours de Pikou poursuivait sa dégringolade, telle qu'il l'avait conjecturé dans son analyse de la veille.
6,10 € au dessert, 5 € en rentrant chez lui…
Vers 16h Pikou cotait 1,6 €, soit une chute de 20% qui le plongea dans un état proche de l'extase, éperdu en tout cas d'admiration pour lui-même. Il rappela le bon Trouchon et le pria d'acheter ses 10000 Pikou sur le champ.
Il les paya 16000€. Soit le montant exact de ses liquidités du matin. Une pure coïncidence qui les fit rire aux larmes l'un et l'autre. Sauf qu'ayant vendu pour 80000 € de titres inexistants au matin, il liquidait à présent sa position vendeuse et se retrouvait avec un solde de 32000€ sur son compte : joli coup, non ?
L'histoire ajoute une chose fort curieuse en guise de morale : le portefeuille de Gédéon Doré ne se retrouva même pas encombré de ces Pikou foireuses, puisqu'elles n'existaient pas. Il n'y eut que le bénéfice.

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P.S. tardif : J'informe mes lecteurs clavésiens que le site de l'opposition municipale, Claviers Ensemble est à nouveau ouvert, tout beau, tout nouveau.
Mon billet d'aujourd'hui ne me permettait guère de créer des liens vers les blogs que j'apprécie. Mais je vous recommande encore une fois la lecture d'un texte de Monsieur Poireau, décidément en verve, et de Nicolas : «obèse quand on veut». Enfin, j'ai lu comme chaque jour la page de Didier Goux, presque invariablement impeccable sur le plan littéraire, souvent peu en phase avec mes idées, ce qui ne me gêne pas.