mercredi 2 septembre 2009

Bon anniversaire, colonel Kadhafi!


Alain Joyandet est secrétaire d'Etat à la coopération dans le gouvernement de Nicolas Sarkozy. Non, pardon! Vérification faite, comme il se doit, M. Joyandet appartient plutôt au gouvernement d'un certain François Fillon.
Venons en aux faits: le ministre (on dit M. le ministre aux secrétaires d'état, c'est plus sympa. De même, si vous invitez MM. Giscard d'Estaing ou Chirac à dîner chez vous, le premier aimait bien ça, il est poli de leur donner du «Monsieur le Président», même s'ils ne sont plus rien de ce genre et si vous n'y êtes pas absolument obligé. C'est d'ailleurs la même chose avec un ancien premier ministre, comme M. Rocard, ou l'ancien président de la société de chasse de votre patelin… ), donc venons-en où je voulais en venir… Il ne faut jamais faire de longues phrases sur un blog. Ça fatigue le passant, et il passe trop vite et va voir ailleurs

Alors voilà: ce ministre, M. Joyandet a été dépêché à Tripoli par N. Sarkozy pour souhaiter à sa place un bon anniversaire au colonel Khadafi. C'était une astuce de l'Élysée, destinée à faire plaisir au seigneur de la Lybie, sans se mettre dans une position délicate vis à vis de l'opinion Française.
Le JDD, où j'ai puisé l'inspiration de ces quelques lignes, rapporte que M. Joyandet aurait notamment déclaré: «La France doit maintenir la pression et sa présence»
Sur l'instant, j'ai pensé que notre secrétaire d'état était chargé de la noble mission d'intervenir auprès du dictateur en faveur de nos amis suisses. Oui, il se trouve que la Suisse attend désespérément le retour de deux otages (c'est le terme approprié, quoique les hommes dont il est question ne soient pas emprisonnés), retenus par les Lybiens en représailles d'un affront fait à la progéniture du colonel.
M. Sarkozy, on le sait, avait brillamment œuvré à la libération des infirmières Bulgares par le même Kadhafi: on pouvait supposer que solidarité européenne aidant, on allait plaider la cause de nos voisins. Imaginez que le président de la Confédération Helvétique est allé en personne faire des excuses au colonel le mois dernier, et qu'il avait naïvement espéré pouvoir rentrer avec les otages… Bon, inutile de s'étendre, ces deux Suisses sont toujours là-bas. On ne sait pas s'ils ont au moins été invités aux festivités en l'honneur des 40 ans de la prise de pouvoir du génial dictateur.
Notre ministre l'était, invité. Et pour en revenir à la pression qu'il avait semble-t-il mission d'exercer, il s'agissait apparemment de fourguer au colonel ces foutus avions «Rafale», de la maison Dassaut, si difficiles à caser. Je ne sais pas s'il y a songé, mais il aurait sans doute été apprécié par ses hôtes qu'il aille prendre des nouvelles de la santé du dernier héros Lybien en date, le terroriste cancéreux libéré par la Grande-Bretagne en cadeau d'anniversaire. Nos amis Anglais doivent aussi avoir des avions à placer, ou quelque chose du même tabac…
En tout cas, si l'on ne sait pas très bien ce que M. Joyandet a pu dire à son hôte chamarré comme un maréchal d'opéra, le JDD nous rapporte ce qu'il a raconté à notre intention: «les droits de l'homme sont présents en permanence dans mon action». Nous pouvons donc lui faire confiance quand il nous informe que M. Kadhafi «est devenu fréquentable». Nous voilà rassurés.
source image

P-S. M. Poireau nous offre un quartier d'orange avec une méditation sur le MoDem, Rimbus nous fait partager les entrailles de son blog, et Sarkofrance planche sur la réforme du juge d'instruction…

10 commentaires:

HERMES a dit…

Tout ceci n'est qu'un théâtre d'ombre où s'agitent des personnages shakespeariens qui n'ont, on l'oublie trop souvent, aucune grandeur mais qui ne sont hantés que par les spectres d'un désir qui les rend lâches.
Aïe, je m'aperçois que je deviens littéraire...
Et vive la rentrée des blogs!

Le coucou a dit…

Hermes,
Kadhafi est assez sanguinaire pour être shakespearien, les autres, heu… A.J. c'est plutôt dans la figuration qu'il faudrait le classer.
Pour la rentrée, moi qui ne suis pas parti, je me tâte. ;-)

HERMES a dit…

Je comprends la dernière phrase... Camus écrivait :"Il faut imaginer Sysiphe heureux." Mais est-ce suffisant?
A chacun sa réponse. Mais chaque voix, et la tienne plus que la mienne, compte!

Eric citoyen a dit…

Oui, un bon anniversaire !

YOUPPIIIII

Bésitos

babelouest a dit…

Ce cher colonel lybien mérite effectivement la qualification de shakespearien : à la fois tragique, effrayant, pitoyable, risible, le bonhomme se taille une belle présence internationale.

En revanche, nos politiciens seraient plutôt à leur aise avec un certain personnage lyonnais, bien connu des enfants. Comme lui, ils n'aiment pas les gendarmes, bien que les coups de bâton soient plus virtuels que chez les poupées animées. Plus ridicules que lui, leur présence sur les écrans relève d'un art de la comédie burlesque. Il est vrai que leur chef de file y excelle, et que ses apparitions médiatiques et vibrionnantes sont de pures scènes du théâtre de boulevard.

Bonne rentrée, les blogs : vous allez encore avoir du grain à moudre. Seul souci à se faire : connaissant son aversion pour cette Toile qu'il méconnaît et craint, on ne peut que lui lancer un message : Ne Coupez Pas !

Le coucou a dit…

Hermes,
… compte pour rien. Il faudrait être naïf pour croire le contraîre!

Eric,
merci pour lui! Je fais savoir à l'ambassade de Lybie que tu roules une pelle d'anniversaire à Kadhafi.

Babelouest,
guignol est devenu un participant à la vie politique.
La rentrée s'annonce riche en tensions, mauvais coups du pouvoir…, comme toute rentrée sarkozyste. Il faut surtout, ne pas se lasser de parler.

Nicolas a dit…

Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, Colonel, joyeux anniversaire !

Le coucou a dit…

Nicolas,
ne bois pas trop à sa santé, pense à la tienne!

Monsieur Poireau a dit…

Pas lu les commentaires.
Pour la libération des otages par l'ex-madame Sarkozy, les dernières infos parlent bêtement du versement d'une rançon à la Lybie. Je trouve que ça minimise à la fois la diplomatie sarkozyenne mais aussi le rôle des droits de l'homme dans son quinquennat !
:-))

Le coucou a dit…

M. Poireau,
s'il y a eu rançon, c'est pas brillant comme succès diplomatique, tu as raison, mais ça serait adapté à l'envergure du personnage.