vendredi 7 mai 2010

L'euro n'a pas d'odeur

Il y a quelque temps, interviewé au cours d'un séjour à Athènes au sujet de la crise grecque, Daniel Cohn-Bendit avait critiqué le plan de rigueur imposé à la Grèce. Pour lui, la majeure partie des efforts de ce pays aurait dû porter sur le budget militaire, avec une réduction drastique de celui-ci.

Aujourd'hui, Libération nous dit que D. Cohn-Bendit est revenu à la charge ce vendredi, accusant dans une conférence de presse, MM Sarkozy et Fillon d'avoir obligé les dirigeants grecs à faire passer le militaire avant le peuple. Marchands de canons, nos gouvernants ont conditionné l'aide de la France à la poursuite des contrats d'armement. La même accusation devrait s'appliquer à Mme Merkel, puisque à côté des frégates et autres jouets français, destinés aux Grecs, on trouverait notamment des sous-marins allemands…

En somme, nous allons prêter quelques milliards à nos voisins, pour qu'ils nous achètent du canon, nous remboursent ensuite les intérêts, et enfin le principal, comme disait la cigale à la fourmi. Pendant ce temps, les Grecs perceront de nouveaux trous à leur ceinture pour la serrer plus court.

Le monde est dingue, il grouille de milliers de démonstrations semblables de la non existence de Dieu —et si vous tenez mordicus à ce qu'il soit l'auteur de nos jours, voilà une petite preuve supplémentaire que Dieu s'est suicidé depuis longtemps de désespoir.

Le plus insane de cette affaire, je l'ai découvert dans un article de Jean Quatremer: les Grecs de la rue, ceux qui vont en chier pendant la rigueur, tiennent presque autant que leurs généraux à posséder toujours plus d'engins de guerre. Leurs dépenses militaires sont, en importance, les deuxièmes de l'Otan, juste derrière les USA, ils trouvent ça normal: ils ont peur de la Turquie. L'ennemi immémorial du Grec, c'est le Turc, qui les a occupés du XIVe siècle jusqu'au début du XIXe —sans douceur. N'est-ce pas encore dingue?

La Grèce est dans la zone Euro, comment l'ignorer? La Grèce est un état de l'Union Européenne… Or, on nous a seriné depuis des années que l'Europe a préservé ses peuples de la guerre… C'est très certainement vrai en ce qui concerne ces nations rivales de toujours que sont l'Angleterre, la France, et l'Allemagne, mais apparemment tout le monde n'a pas la même confiance dans la Pax Europa…

Une fois de plus, on est obligé de constater que si l'Europe des épiciers est une réalité, si la mentalité des boutiquiers y prévaut, il n'existe pas de défense européenne qui pourrait rassurer les Grecs. Peut-être avaient-ils imaginé au départ que l'appartenance à l'Union Européenne était une garantie, que les autres états membres se précipiteraient à la rescousse si la Turquie venait à les attaquer? Désormais, avec leur crise financière et la façon dont on les a laissés s'y enfoncer, ils savent ce que solidarité européenne veut dire.

P-S dans mes lectures du jour: le billet de FalconHill , et Laiteuse, un texte alléchant d'Arf, publié sur mon annexe selon le principe des vases communicants (le mien est chez lui). D'autre part, je signale aux lecteurs qu'une discussion intéressante se poursuit sur PMA, après la rencontre de blogueurs avec Corinne Lepage, à la Comète… Celle-ci s'y exprime à plusieurs reprises en commentaires…

11 commentaires:

Gularu a dit…

Sont cons ces romains, euh, ces grecs !

Homer a dit…

Le souci, selon moi, a déjà été d'avoir autorisé des états qui ne correspondaient pas aux critères économiques à entrer dans l'Union européenne à monnaie unique. Premier point. Puis, de n'avoir jamais su uniformiser l'Europe à titre politique. Les décideurs de l'Europe, aujourd'hui, semblent n'avoir aucun pouvoir réel, et comment le pourraient-ils? Ils changent de Président tous les 6 mois, et donc de politique de gestion!

Monsieur Poireau a dit…

Toute la construction européenne a été ratée pour ne pas avoir été faite sur le terrain politique. Nos dirigeants se sont aveuglés de grands mots et n'ont pas agi en ce sens. Peut-être écoutent-ils trop les boutiquiers qui les financent…
:-)

captainhaka a dit…

Voilà une raison importante (parmi d'autres) qui font que la France refuse l'entrée de la Turquie en Europe : la vente d'armes à la Grèce.
Les marchands de mort ne vont quand même pas se tirer une balle dans le pied. Et la crainte du Sarrazin est encore à la mode en Europe.

mtislav a dit…

J'ai lu cette histoire du prêt subordonné à des achats d'arme ce matin dans le journal. Je suis du genre a être scandalisé... Captainhaka a sans doute raison. On m'a montré un manuel scolaire qui parlait de la bataille du champ des merles ; le document était présenté comme la naissance de la civilisation serbe !

Le coucou a dit…

Gularu, forcément, après plusieurs siècles sous les Turcs, ça fait mal et ça rend con…

Homer, oui, je trouve aussi qu'il y a eu une précipitation à gonfler l'Europe économique et financière
désastreuse, au bout du compte. Mais la plus énorme difficulté pour réaliser l'union politique, c'est
qu'il faudrait que nos gouvernants abandonne du pouvoir. Et ça…

M. Poireau, je crois que les concepteurs de l'Europe se disaient que c'était impossible de
bâtir l'Europe sur l'union politique, et que le plus facile était de commencer par l'économie…
Effectivement, jusqu'à présent le truc a marché, mais on est arrivé aux limites.

Captainhaka Je n'avais pas pensé à ça, mais ce n'est pas si mal vu! Les politiques
sont suffisamment cynique pour raisonner de la sorte.

Mtislav, cette histoire de la bataille du Champ des Merles prête à plein de confusion.
Chaque fois que j'ai essayé d'y piger quelque chose, j'ai fini par renoncer.
Les Turcs en marquent aussi la naissance de leur empire… (au fait, que viennent faire
les Grecs là-dedans?)

mtislav a dit…

Oui, les Grecs... qui redoutent l'Ottoman et ne désarment pas. C'est à cause de cela que j'ai pensé aux "origines de la civilisation serbe".

Le coucou a dit…

Mtislav, merci de la précision, je comprends mieux ton idée.

Julien a dit…

Admettons que la Grèce réduise de 100% son budget militaire (soit 3% du PIB sauf erreur), cela ne règle pas le problème de 14% de déficit...

Le coucou a dit…

Julien, d'accord pour suivre ton raisonnement: si par hypothèse fantaisiste, le budget de 6 milliards d'euros (3% du pib) était ramené à 0 sur 3 ans = 18 milliards.
La dette grecque est d'environ 30 milliards… Restent donc 12 milliards : ce n'est plus la même dette. Avec 6 milliards d'économies de plus, le déficit arriverait aux fameux 3% du pib admissibles par l'Europe…

Julien a dit…

Le coucou, la dette grec est de 320 milliards et le déficit de 38 milliards environ. Donc 6 milliards par année sur 3 ans c'est bien mais non suffisant malheureusement.