vendredi 21 mai 2010

Votre avis ne se partage pas !

Jean-Louis Masson est un sénateur non inscrit de Moselle, ancien de l'UMP, qui souhaite faire interdire l'anonymat des blogueurs par la loi. J'ai appris cela en lisant un article de Mediapart… Pour «mieux protéger les éventuelles victimes de propos inexacts, mensongers ou diffamations», ce monsieur souhaite que «le blogueur soit assimilé au directeur de la publication d'un journal», et pour cela communique à ses lecteur, ses nom, prénoms, adresse, et numéro de téléphone*.

Cette proposition, si elle aboutit un jour, traduit évidemment une volonté de censurer le web, et plus précisément la prise de parole par les citoyens ordinaires.
Je ne suis pas un chaud partisan de l'anonymat en général, mais il est évident qu'il existe bien des cas où il est indispensable, pour permettre aux gens de s'exprimer. On a vu des employeurs licencier des blogueurs ou des blogueuses à cause du contenu de leurs billets, on connaît des cas de personnes habitant un village, dont les proches ont eu à souffrir de sarcasmes et de médisance en raison de leur activité sur internet.

Attaquer l'anonymat du blogueur sur le web traduit d'autre part une évidente hypocrisie, puisque le prestataire du service de blogs, comme le fournisseur d'accès internet, connaissent les coordonnées du blogueur. Quiconque se prétend diffamé peut demander réparation en justice avec l'assurance de se retrouver au tribunal en présence d'une personne en chair et en os, et non devant un fantôme insaisissable de corbeau.

Un citoyen ordinaire, s'il tient des propos d'humeur, ou rapporte des événements sous une forme qui s'apparente de loin au journalisme, n'est cependant pas une entreprise de presse. Il ne dispose pas d'un siège, de bureaux, où peuvent être domiciliés les responsables de la publication. C'est donc l'adresse de son domicile et son téléphone privé que l'on voudrait l'obliger à divulguer en même temps que son nom. Les sénateurs, les députés, les ministres, sont-ils tenus de faire figurer ces mêmes informations sur tous les documents publics, à la portée des citoyens mécontents d'eux? On voit bien à cette exigence sournoise qu'il s'agit ni plus ni moins d'intimider les citoyens. «Taisez-vous! Votre avis ne se partage pas! »

Cela faisait longtemps que couvait dans la société française une mésentente profonde avec le personnel politique, sinon un divorce. L'épanouissement d'internet est venu à point pour permettre à tous ceux qui le souhaitent de louer ou critiquer les politiques, selon leur appréciation de la vie publique. Croit-on qu'en bâillonnant les citoyens ont apaisera leur ressentiment envers ceux qui s'arrogent le pouvoir de décider de tout sans contestation possible?

Cette loi n'est pas encore votée, heureusement, mais la volonté de faire taire les esprits insoumis est déjà à l'œuvre. Mon ami Rimbus vient d'en faire les frais, sommé par un avocat de supprimer toute allusion à un certain personnage, cité par l'un de ses billets, dans le contexte de l'affaire Karachi…

Un journal dispose d'avocats conseils capables de déceler si telle ou telle phrase d'un article est de nature diffamatoire, ou si au contraire, il est possible d'affronter un plaignant devant la justice avec de bonnes chances de l'emporter. Un blogueur, non. Un blogueur, c'est vous, c'est moi, c'est le voisin, la voisine…, presque toujours désarmé lorsque l'on brandit la loi au dessus de sa tête.
Vous me direz: il faut bien qu'un sénateur montre de temps à autre qu'il existe, et essaie de faire croire à son utilité.
*sources: Mediapart

P-S Je viens de découvrir sur ce même sujet
un billet d'Éric, à lire! Mathieu donne de bons conseils à un jeune enseignant

11 commentaires:

le-gout-des-autres a dit…

Finalement, une loi risque d'être votée qui va nous accorder le droit de nous taire...

ju a dit…

Ici en Egypte, ils ont trouvé la parade ! Une asso des droits de l'homme, avec le fric de Soros, publie un journal mensuel dont sont tirés de billets de blogs sur des sujets tabous et/ou sensibles.
Cela n'empeche pas les arrestations de blogueurs comme en janvier dans le sud du pays où ls blogueurs ont du faire la grève de la faim pour etre liberes. Leur crime ? avoir voulu enqueter.
Sans tomber dans les extremes, la France, c'est d epire en pire. Bientôt, effectivement, ceux qui continueront à écrire librement auront dees proces toutes les semaines.... et on assignera à outrance pour se faire quelques sous...

Vlad a dit…

Si la loi devait être votée, les blogueurs ne feraient pas le poids. En revanche, la loi concernerait aussi tous ceux qui sont dans des réseaux sociaux et là ils sont autrement plus nombreux ! Je ne pense pas que cette loi puisse voir le jour.

Le coucou a dit…

Le-gout-des-autres, remarque, s' "ils" veulent nous considérer comme des patrons de presse, qu'ils nous donnent la carte qui va avec… Il n'y a pas que des inconvénients au statut.

Ju, il est évident aussi qu'il y a des pays où tenir un blog est autrement plus risqué que chez nous —où jusqu'à preuve du contraire, nous gardons la liberté de parole.
Ton commentaire le montre…


Vlad, d'après l'article-source, la proposition a été "prise au sérieux" par la "commission de la culture", ce qui heureusement ne suffit pas pour autant à la mettre vraiment sur les rails…

Vlad a dit…

Merci le coucou, affaire à suivre donc. N'empêche que ça fait plein d'années qu'on essaye d'éduquer les ados notamment, qui (pour certains) mettent en ligne trop de données personnelles. Je trouve que cette proposition de loi va à l'encontre d'un principe de précaution nécessaire sur le net. Me concernant je déblatère plein d'inepties sur mon blog qui ne prêteraient pas à conséquence si je brisais l'anonymat. Pour autant, je ne suis pas sûr que ce soit le cas de tout le monde...Et puis il y a un truc que tout le monde a relevé et que je ne comprend pas : s'il y a des commentaires insultants sur un blog, on peut facilement trouver l'identité du taulier. Inutile alors de demander la fin de l'anonymat. Dernière chose, quid des profils facebook, myspace et autres ? On dévoile tout ? le nom, prénom, adresse, téléphone...? Pareil pour le site genre cherchecoquine.gouv ? Arf

Eric a dit…

Il semble qu'avec certains, la politique se résume au droit d'interdire. Interdire n'importe quoi plutôt que rien...

Nouvel Hermes a dit…

L'anonymat sur le net est compréhensif: le blogeur n'est pas rémunéré, il n'a pas, comme une entreprise de presse, une cohorte de conseils juridiques. Le blogeur est un être seul qui protège son environnement -humain, familial - Et l'anonymat n'est pas une façon d'injurier ou de diffamer. La plupart des blogs sont très modérés. En fait je m'aperçois que ce sont plutôt dans les commentaires qu'il y a des problèmes! Or le blogeur n'étant pas toujours derrière son écran, il ne peut pas contrôler les commentaires. D'ailleurs les journaux ne le font pas toujours et c'est là qu'on lit le pire.
En tout cas, ne soyons pas trop inquiets. Ce sécateur n'est bon qu'à couper les nouilles.

Le coucou a dit…

Vlad, cette proposition ne peut s'expliquer que par une volonté d'intimidation… Mais voir le commentaire d'Hermes, plus bas…

Eric, oui, la politique c'est de manière de plus en plus claire, le goüt du pouvoir avant tout, qui ne tolère aucune critique.

Hermes, nous sommes d'accord sur tout, et ce sont souvent les commentateurs qui mettent le blogueur dans l'embarras. Quant à estimer que cette loi n'est pas vraiment une menace, je le crois aussi.

Monsieur Poireau a dit…

C'est amusant ce projet de Loi. Il me semblait avoir vu un Fansolo et un Olivier Bonnet envoyé devant les tribunaux pour ce genre de faits. je veux souligner qu'il n'y a donc pas actuellement d'anonymat !
:-))

[On a son téléphone à Masson ? J'ai 2 mots à lui dire pour me plaindre ! :-)) ].

Le coucou a dit…

M. Poireau, dans le cas de Fansolo, l'enquête de son opposant a été particulièrement coûteuse, d'où le montant scandaleux de la somme qui lui incombe…

Le coucou a dit…

Poireau, il n'est pas dans l'annuaire, Masson? Ce n'est pas normal!