dimanche 19 septembre 2010

Jacques Lecanuet non plus

Le 28 mai 1358 débutait la première Jacquerie de notre histoire. J'espère qu'elle ne sera pas oubliée dans le musée cher à M. Sarkozy. «Insurrection paysanne antinobiliaire et donc antimilitaire, née sur les terres riches du nord de l'Île-de-France et de Picardie, encouragée par Étienne Marcel et les bourgeois parisiens, [la Jacquerie] éclate à Saint-Leu-d'Esserent (Oise) et en Beauvaisis; elle se propage rapidement dans le nord du royaume. Le 9 juin, les insurgés de Meaux sont écrasés par la garnison fidèle au dauphin Charles»*… Le lendemain, les Jacques sont encore vaincus à Mello par Charles de Navarre. Fin de la Jacquerie.
Le nom donné à cette révolte de paysans venait de Jacques, sobriquet par lequel on désignait ceux-ci au XIVe siècle.

Curieusement, alors que des floppées de tempéraments révolutionnaires fréquentent la blogosphère, il semble que certains d'entre eux n'ont jamais entendu parler des jacqueries, ni du même coup des jacques. C'est du moins l'impression que me donne leur difficulté à interpréter le rébus de ce dimanche.

Ainsi, parmi les gagnants du jour, Omnibus avouait ne pas voir de Jacques dans l'image, mais il a eu le mérite de s'être cassé la tête pour essayer de caser un archaïque «jà que», déjà que, avant de trouver finalement l'inspiration qu'il fallait… Gildan, qui fait une apparition remarquable dans le palmarès, a vu un jacobin quelque part, c'est méritoire… C'est mieux que ceux qui ont saisi l'énigme par la queue et donné la réponse juste on ne sait trop comment: MathRo7i, et Elmone. D'autres on laissé tomber le prénom, qui est pourtant demandé dans la règle du jeu: Christine, Yann Savidan, Ch. Sanchez.
Terminons avec celles et ceux qui ont trouvé sans rien oublier : Madame.b, Suzanne, Epamin', Celeste, la Mère Castor et son digne époux, Mtislav enfin.
Bravo à vous tous, et à dimanche prochain avec un rébus plus difficile !

*citation extraite du «Journal de la France et des Français, Chronologie politique, culturelle et religieuse de Clovis à 2000»

Source de l'illustration

Le rébus du dimanche n°71


Règle du jeu: trouvez dans ce rébus le prénom et le nom d'une personnalité politique, d'une quelconque région du monde et de n'importe quelle période historique (cliquez sur l'image pour l'agrandir).
Les commentaires seront modérés jusqu'à 20h30, environ…

samedi 18 septembre 2010

Rétifs au recul

Pour le Figaro, Sarkozy est content, il a le sentiment de n'avoir pas «perdu la main» auprès de son électorat. Pour Le Monde, qui cite un sondage de Sud Ouest Dimanche, 71% des Français estiment que l'image du pays à l'étranger «s'est dégradée»… Il resterait donc 29% de durs à cuire sarkolâtres, c'est encore beaucoup. Le commentaire du Monde se conclue sur une hypothèse spécieuse de l'Ifop qui prête aux gens, dans leur perception de la déchéance de la France à l'extérieur, l'idée que le pays serait «perçu comme contestataire et difficile à réformer».

Depuis que les hommes ont inventé le langage et le feu, ils n'ont cessé de chercher à améliorer leur sort, d'approfondir leurs savoir-faire, et d'apprendre à s'entraider. L'histoire humaine a certes été ponctuée de tragédies, de périodes de régression —l'irruption des Huns, la présidence de Sarkozy, par exemple—, mais sur la durée, l'élan général vers le progrès ne s'est jamais démenti. C'est pourquoi ce que Nicolas Sarkozy a tiré des égouts de Neuilly , appelé «réformes», ne peut être qu'une péripétie dont notre pays, l'Europe aussi, pourrait se passer.

Nous avions un excellent système de santé fortement assis sur la solidarité: pourquoi devrions-nous accepter de le laisser dépecer par Sarkozy au profit des intérêts privés de ses proches ou de ses amis?

Nous avions des lois encore imparfaites mais solides, pour régir le monde du travail, harmoniser l'obligation de produire des richesses et l'aspiration à vivre mieux. Celles-là mêmes dont les sociétés encore brutales, comme la Chine, découvrent déjà la nécessité. Pourquoi devrions-nous dénaturer nos lois, afin de rendre plus doux encore le passage sur terre des patrons amis de Sarkozy, et plus dur, plus bref, celui des gens ordinaires?

Pourquoi devrions-nous laisser détruire impassiblement des services efficaces créés pour tous, tels que ceux associés à l'électricité, à la poste, à l'hôpital public? Nos pères avaient imaginé les Droits de l'homme, dont notre pays tirait un rayonnement qui lui valait la sympathie de l'étranger —la brute sera toujours considérée en brute, le démocrate avec respect. Pourquoi laisserions-nous Sarkozy dilapider deux cents ans d'héritage pour qu'il puisse peut-être s'offrir sept ans de pouvoir ?

Alors oui, si réformer c'est organiser une régression, notre pays n'est sans doute pas réformable. Il résiste, en attendant que le balancier de la petite histoire reparte dans l'autre sens, et que la marche au progrès nous emmène plus loin encore.

P-S: «Kafka's Monkey», c'est aux Bouffes du Nord en passant par chez Martine Le vertige, c'est chez Christophe que vous l'attraperez…
P-P-S: J'ai oublié de me faire de la pub : nouvel épisode des Poussegrain dans le jardin


vendredi 17 septembre 2010

Ostraciser Sarkozy ?

Dans Libération, Alain Duhamel s'interroge, de sa plume grassouillette perpétuellement étonnée, à propos de l'aversion que de plus en plus de gens ressentent pour Nicolas Sarkozy. Après avoir évoqué le moindre rejet dont ses prédécesseurs furent tour à tour la cible, Il s'interroge gravement sur «les facteurs qui ont déclenché cet ostracisme spécifique». Pour le coup, je sursaute, et je parcours fébrilement les unes de l'info sur internet: aurait-on expulsé le fauteur de désordres pendant que j'avais la tête ailleurs? Hélas non, il semble bien qu'il occupe toujours une fonction qui lui va comme le veston d'Olivier Hardy aurait convenu à Stan Laurel.

L'ostracisme, d'un point de vue historique, est le bannissement par le peuple Athénien d'un citoyen trop ambitieux.
En pratique, c'est encore l'exclusion du pouvoir d'une ou plusieurs personnes, et plus largement l'hostilité d'un groupe qui vous tient à l'écart.

Alors oui, si nous étions le peuple unanimement excédé d'une démocratie, il y a déjà un bon moment que nous aurions dû ostraciser Nicolas Sarkozy! L'envoyer manu militari en exil, vendre des gadgets foireux sur les marchés de l'autre bout du monde. Mais c'est loin d'être le cas, côté démocratie d'une part, côté majorité d'autre part, puisqu'il ne semble même pas acquis que la politique du bonhomme à l'égard des Roms révulse suffisamment de monde.

Les raisons de débarrasser le pays de M. Sarkozy ne manquent pourtant pas, toutes plus excellentes les unes que les autres. Cependant M. Duhamel ne doit pas penser ainsi, quoiqu'il feigne de dresser un inventaire largement lacunaire des fautes du bonhomme. On comprend qu'il craignait de rester à l'écart de la flambée d'anti-sarkozysme que l'on peut lire dans une partie de la presse depuis quelque temps. C'est son job de commenter la politique, hein ! Mais mon Dieu, comment faire pour traiter du sujet en restant soi-même: comment dire que la porte est ouverte sans déplaire aux amateurs de courant d'air ni fâcher le portier?

Flash spécial: je ne l'ai pas encore lu, mais il y a un nouveau texte chez Balmeyer !

jeudi 16 septembre 2010

M. Sarkozy humilié, la reine prudente

Il paraît que Nicolas Sarkozy s'en est pris à José Manuel Barroso, président de la Commission européenne… Il paraît aussi qu'il aurait lancé aux autres dirigeants: «la Commission a blessé la France». Que nenni! La vanité de M. Sarkozy a peut-être été blessée, la France non. Pour cela il faudrait que nous nous serrions à soixante cinq millions comme un seul homme clamant sa dignité outragée, mais c'est loin d'être le cas. Une bonne partie des Français se réjouit au contraire de la gifle donnée à ce personnage ridicule. S'il y a de la blessure, de la honte dans l'air, c'est ce que doivent ressentir les gens honnêtes qui ont naïvement voté Sarkozy. Ceux qui n'en voulaient pas, comme moi, ne sont pas surpris de l'opprobre atteignant aujourd'hui cet homme de toute part, ils applaudissent Viviane Reding et la Commission —une fois n'est pas coutume.

La nouvelle digne d'intérêt de ce jour est ailleurs: c'est la rencontre entre le souverain pontife Benoît 16 et la reine d'Angleterre… Je ne sais pas si vous avez jeté un coup d'œil à la photo de l'entrevue, mais elle est étonnante. On y voit ces têtes couronnées —la dame de l'un de ses bibis extravagants à faire baver d'envie Amélie Nothomb, le monsieur d'une calotte blanche—, se sourire d'un air constipé. Élisabeth semble sur ses gardes avec son petit baise-en-ville près des pieds. On se demande ce que peut bien contenir le sac à main de la reine ? Certainement des babioles de reine à côté des photos de ses enfants et petits-enfants: un poudrier, une couronne pliante, un bâton de rouge à lèvres en forme de sceptre… Mais cela n'explique pas qu'elle conserve le bagage à ce point à portée de main… Une seule explication paraît logique: elle a glissé dedans une bombe lacrymogène pour pouvoir faire face à l'éventuelle attaque lubrique de ce papiste en chef.

mercredi 15 septembre 2010

Ne pas confondre Vichy et vichy

Bien sûr que la France de Sarkozy n'est pas Vichy, quelle idée ! Rien de ce qu'on reproche à cette France n'est à l'échelle du passé. On regroupe bien les futurs expulsés dans quelques centres, mais ce ne sont pas à proprement parler des camps d'internement. On ne déporte pas des enfants vers un pays exterminateur —d'ailleurs, M. Sarkozy le souhaiterait-il, qu'il n'y en a plus dans le proche environnement européen—, on les expulse de temps en temps, ce n'est pas la même chose. On ne livre personne à la Gestapo, pour la même raison. On ne marque pas les vitrines des épiceries arabes d'un croissant infamant. On n'apprend pas aux écoliers à chanter «Sarkozy nous voilà !», mais demain la Marseillaise. On met en avant le travail, la famille, la patrie, mais c'est seulement pour liquider les 35 heures, flatter les entrailles du franchouillard, et l'inciter à vomir les critiques de l'étranger. Quand on couche avec le patronat, ce n'est pas pour matraquer le gréviste, c'est pour accoucher de lois qui nous ramèneront sans heurts au Moyen-âge. Et ainsi de suite…

Il faut aussi noter que la politique du régime de Pétain était soutenue par de solides alliés: l'Allemagne, l'Italie, la Turquie, l'Espagne dans une moindre mesure… Celle de Nicolas Sarkozy est largement réprouvée par tous nos voisins, et jusqu'à présent ni la Corée du Nord, ni la Chine, ni la Russie ne se sont manifestées pour lui apporter leur appui.

Certes, il y aurait le fait que le pays est largement composé d'héritiers des Français pétainistes, dont on pourrait attendre, dans l'ensemble, les mêmes réflexes de passivité coupable. Ce serait alors oublier trop vite que nous sommes également héritiers des sans-culotte de 1789, et que Nicolas Sarkozy n'est pas à l'abri d'un salutaire coup de sang national. En attendant, la France n'est pas plus vichyste que le Canada Dry n'est whisky. C'est une question d'époque: aujourd'hui les choses se font en petit.

P-S À lire chez Constance: L'homme sur le banc

mardi 14 septembre 2010

Des plombiers au téléphone

En 1973, il y avait eu le Watergaffe, sous la présidence de Georges Pompidou. Si vous n'étiez pas né, sachez qu'à cette époque un journaliste du Canard enchaîné avait surpris de faux plombiers, vrais agents de la DST, en train de poser des micros dans les locaux du journal. Le but était de trouver l'origine des fuites alimentant le Canard en informations sur les turpitudes du pouvoir.

En 2010, les fuites restent d'actualité dans cette Ve république de plus en plus vétuste et corrompue: on a toujours besoin de plombiers au sommet de l'état. Ça suinte avec le Karachigate, ça pisse dru avec le Woerthgate… Alors on fait appel aux services de renseignements, dans le parfait mépris de la loi sur la protection des sources, que Nicolas Sarkozy lui-même avait fait adopter.

Aujourd'hui, à l'Élysée on nie ce détournement de la DRI*, en principe au service du pays pour prévenir des risques graves. L'intérêt de M. Sarkozy à empêcher que l'on sache à quoi s'en tenir sur sa probité et celle de son entourage peut-il se confondre avec la sécurité du pays? Certainement pas.

Quand François Fillon pousse un seau hygiénique chez MAM, en le justifiant par «les fuites répétées émanant» de son cabinet, ajoutant que «la République ne peut pas accepter» la violation du secret de l'enquête, il apporte en quelque sorte un démenti indirect aux protestations vertueuses de la Maison Sarkozy…

De plus en plus, le président et son gouvernement se comportent comme une bande acculée, prête à se permettre tous les coups pour durer. Car on ne rappellera jamais assez qu'on essaie d'étouffer aujourd'hui des scandales, Karachi, Bettencourt, Woerth, derrière lesquels chancelle la légitimité de Nicolas Sarkozy.

*Direction centrale du renseignement intérieur