vendredi 7 janvier 2011

Salut à François Mitterrand

Yann et Nicolas m'invitent chacun à sa manière à évoquer François Mitterrand —on va célébrer demain l'anniversaire de sa mort. Fort bien, mais il me faut commencer par un aveu : je ne me souviens plus de ce que j'ai réellement éprouvé à l'annonce de sa fin. Sans doute une certaine mélancolie, parce que son arrivée à la présidence de la République avait marqué ma vie, mais une mélancolie sans tristesse. Sa mort n'était du reste pas une surprise : il n'en finissait plus de mourir, on attendait cette annonce. Je ne me rappelle pas non plus avoir regardé particulièrement les images de ses obsèques à la télévision.

Par contre, je n'oublierai sans doute jamais ce soir du 10 mai 1981 où, à la maison, nous étions fascinés par l'écran, aussi remplis d'espoir que d'appréhension. Quand l'annonce de l'élection de François Mitterrand est tombée, nous exultions ; la tête déconfite de Jean-Pierre Elkabbach et de ses invités de droite décuplait notre bonheur. J'attendais ce moment depuis que j'avais obtenu le droit de vote à 21 ans, j'en avais 35. Dans les petits reportages télé de ce grand moment, on voyait des gens bien plus âgés pleurer de joie : pour eux l'attente avait été interminable !

Il y a néanmoins une image qui ne me quitte pas, de ce soir d'élection ou bien de la cérémonie plus tardive au Panthéon, je ne sais… Une foule se pressait au passage de François Mitterrand, un vieux bonhomme ému aux larmes lui tendait les bras… François Mitterrand lui serra la main, et comme les gens autour l'acclamaient, il eut un geste de modération, pinçant les lèvres. «Merde, être aussi constipé dans un moment pareil, ce n'est pas possible ! »

Ça l'était, ce héros du peuple de gauche avait la froideur et la distance d'un poisson. Je suppose que ce n'était pas totalement le cas pour ceux qui l'ont vraiment connu, mais je n'ai jamais senti de chaleur, autre que celle des mots, émaner de cet homme. Comme beaucoup, je l'ai admiré de nous avoir conduits, nous, citoyens de gauche, au pouvoir, et me suis senti plein de gratitude envers lui pour l'humanité qu'il ramenait dans la république avec l'abolition de la peine de mort, les lois sociales du premier gouvernement…

En écrivant ce billet, j'ai sous les yeux le numéro du Monde des dimanche 24 - lundi 25 mai 81… Un éditorialiste écrivait ceci : «Redécouvrir la notion de solidarité et élargir le champ du social, tel est le sens de la nouvelle dénomination «ministre d'État, ministre de la solidarité nationale»… On voit dans quels bas-fonds politiques nous avons dégringolé depuis avec le retour de la droite, jusqu'à son ministre de l'identité nationale !

L'époque de Mitterrand était une époque d'espérance. Ne serait-ce que pour cela, je préfère oublier les côtés tortueux du personnage, et associer François Mitterrand aux années heureuses.

jeudi 6 janvier 2011

Zut, pas de titre à plagier !


J'ai l'impression que la nouvelle bataille des 35 heures fait toujours rage, au moins dans la presse… Ce n'est pas un sujet pour moi —trop technique—, même si je ne suis pas sans opinion sur l'affaire. Devrait-on se plier aux désirs du patronat que nous vivrions encore comme au Moyen Âge, au boulot du chant du coq au crépuscule. Et encore ! Grâce à la fée électricité, rien n'empêcherait Mme Parisot de militer pour la journée de travail de l'aurore à minuit. Le débat se limiterait alors à la durée légale du sommeil…

À propos de la fée électricité : à mon avis, elle s'appelle ERDF, car c'est en son nom que deux vaillants génies ont débarqué à la maison ce matin. Sous la pluie, ils ont changé le câble endommagé par la tempête de novembre 2008 (photo). Ma gratitude s'envole vers eux, vers l'agent qui est venu examiner le problème l'autre jour, et vers celui, inconnu, qui a réveillé la fée sur un ultime coup de fil désespéré… Il ne reste plus qu'à recevoir la pièce grillée de la pompe à chaleur installée chez nous par Nature et énergie Sud, pour baigner dans une tiède félicitée.

Un sujet qui m'amuse davantage est cette histoire de plagiat de PPDA, au détriment de Peter Griffin. Des scandales de ce genre, il en survient régulièrement dans la petite république des lettres —pour autant que l'on puisse reconnaître à PPDA la citoyenneté dans celle-ci. Le plus souvent, ils s'éteignent dans la discrétion d'arrangements entre éditeurs. Ici, le bonhomme est profondément antipathique, non seulement parce qu'il a été un présentateur de télé dévoué à la droite, mais aussi parce qu'il collectionne les affaires crapoteuses —de la fausse interview de Fidel Castro à sa condamnation en marge de l'affaire Botton.

Pour sa défense, comme on peut le lire à peu près partout, il parle d'une version de travail de son livre publiée par erreur… J'ai du mal à me représenter ce que peut-être la version de travail d'un ouvrage où l'on s'exerce à dire la même chose qu'un autre auteur en changeant quelques mots, de-ci de-là. Quoi qu'il en soit, ce qui semble étonnant dans sa défense et celle des Édition Arthaud, c'est qu'un livre ait pu être imprimé sans que l'auteur ait donné son «bon à tirer».

Le coup de grâce a été porté par l'Express qui publie la photo d'une dédicace de PPDA figurant sur un livre offert à un ami journaliste… Je ne sais pas où vont les morts, mais si Hemingway et Griffin sont quelque part ensemble, ils doivent bien se marrer.

P-S rejoignez Martine au théâtre de MontreuilVivement la fête de la cuisine !

mercredi 5 janvier 2011

Il y a Conférence et Conférence

Michel Mercier, ministre de la Justice a reçu les représentants de la Conférence nationale des procureurs de la République. Depuis quelque temps déjà, les procureurs ne supportent plus de passer pour des suppôts du pouvoir en général et de Nicolas Sarkozy en particulier. D'autant que pour la Cour européenne de justice, le procureur français n'est pas une autorité judiciaire, par manque d'indépendance vis à vis de l'exécutif. Une condamnation qui a été réitérée au mois de décembre dernier.

Donc les procureurs sont blessés, ils réclament notamment que les conditions de leur nomination soient réformées… Las, pour les émanciper de la tutelle du ministère de la Justice (et par conséquent de Nicolas Sarkozy : n'oublions pas que nous vivons sous le règne d'un autocrate), il semblerait qu'il faille modifier la Constitution. Impensable lors d'une année pré-électorale !

Quelle curieuse dénomination a cette structure : «Conférence nationale des procureurs de la République». Elle fait irrésistiblement penser à la «Conférence des évêques de France», non ? Laquelle rassemble les évêques et les cardinaux que l'on n'a jamais vus oser la moindre critique du pape. Eux aussi sont nommés par le grand patron. Benoît XVI a-t-il la même liberté, quand ils déplaisent, de les muter in partibus (disons: au diable), que Nicolas Sarkozy 1er avec les procureurs indociles ? En tout cas, la proximité des appellations est amusante.

Il paraît que les procureurs qui font bien leur métier souffrent du «soupçon» de partialité qui pèse parfois sur eux. Cela se comprend, mais le mot soupçon est faible à côté du sentiment réellement éprouvé par le citoyen en certains cas. Ainsi, quand le procureur Courroye s'octroya l'exclusivité des enquêtes sur l'affaire Bettencourt, scandale d'état qui pouvait —et peut encore—, compromettre son ami Nicolas Sarkozy, ce que ressentaient bien des gens dans le pays n'avait pas la fadeur du doute, mais la force de l'indignation.

P-S: Un bel article de Vogelsong sur l'ouvrage de S. Hessel ; et encore un autre sur les 35 heures, chez Seb Musset,… Dedalus teste le billet-télégraphique… Nicolas livre 5 conseils pour l'image de son blog —je vais le relire, vu que mon coucou a perdu deux places au Wikio

mardi 4 janvier 2011

Y a des élites qu'ont le mal de mer

Mediapart et Libération s'intéressaient aujourd'hui à la réponse de Luc Chatel, ministre de l'Éducation, à une question écrite d'un député PS. Celui-ci demandait en substance au ministre ce qu'il comptait faire pour que Nicolas Sarkozy apprenne à s'exprimer dignement, sans faute de langage. La question datait de février 2010, Luc Chatel a médité sa réplique jusqu'en décembre. On imagine que onze mois de réflexion et d'efforts d'une équipe spéciale de conseillers n'étaient pas de trop pour trouver des arguments de défense…

Le point fort de cette riposte du ministre de l'Éducation me semble résumé par ce bref extrait : «[…] le Président de la République parle clair et vrai, refusant un style amphigourique et des circonvolutions syntaxiques qui perdent l'auditeur et le citoyen.»

Amphigourique : se dit d'un discours embrouillé, obscur. Voyons le parler clair et vrai de Sarkozy :
« […] vous savez dans la crise, y a beaucoup de gens qui perdent leur sang froid, surtout parmi les élites. Dans une grande caractéristique. On se demande parfois, plus ils ont fait d'études…, à part Patrick…, mais c'est franchement par moment…, par moment on se demande c'est à quoi ça leur a servi toutes ces années là pour avoir autant de mauvais sens. Alors, ouof ! certains de mes amis sont des amis, mais… la colonne vertébrale… Faut dire qu'y a des grosses vagues, hein, alors quand y a de grosses vagues, y en a qui ont l'impression d'avoir le mal de mer avant d'avoir le mal de mer» …
(Nicolas Sarkozy chez Alstom, en 2009. Transcription d'un extrait vidéo de Mediapart).

À la place de M. Chatel, j'aurais esquivé le défi impossible à relever que lui lançait ce député. J'aurais plutôt mis en valeur l'aspect visionnaire de la personnalité de M. Sarkozy. Qu'on en juge par cette autre brève transcription :
« Parce que je crois à l'avenir de la construction navale, pour les paquebots de la dernière génération, pour les méthaniers de la dernière génération, et comme y aura l'allongement de la durée de la vie, y aura de plus en plus de gens qui voudront partir faire des tours en croisière »…

Quel flair, si j'ose dire, que celui de notre président ! Il envisage déjà tout le parti à tirer demain des quantités de vieux embarqués sur un paquebot couplé à un navire méthanier qui récupèrera leurs flatulences. Non seulement notre construction navale va prospérer, mais la France deviendra un modèle dans le recyclage des énergies renouvelables.

P-S Dans la foulée des propos de Valls, les réflexions sur le temps de travail en France se multiplient : Gérard Filoche, comme PMA, démontrent que les 35 heures n'ont jamais été verrouillées, Rimbus sort des statistiques solides…
Autrement, Solveig médite sur les lendemains de fêtes, et Lucia Mel sur les éclipses…

lundi 3 janvier 2011

Rester calme, nouvel épisode

(sur fond musical) Elle, voix suave : « ERDF, gestionnaire de réseaux de distribution électricité, bonjour ! Ce service de dépannage est réservé aux clients privés d'électricité et aux interventions de sécurité. Afin de traiter votre appel dans les meilleurs délais, merci de prêter attention aux choix qui vous sont proposés… Veuillez saisir les cinq chiffres du code postal de votre commune…
Moi : — tip tip tip tip tip …
Elle : — Vous n'avez plus d'électricité : tapez 1. Vous voulez une mise en service, une augmentation de puissance, ou des renseignements sur votre facture : tapez 2. Pour tout autre problème, tapez 3.
La chatte : —Miaou !
Moi : — tip (j'ai choisi 3, parce que la tension électrique de la maison est sans doute irrégulière)
Elle : — Si vous souhaitez nous signaler une anomalie ou un problème de sécurité sur votre réseau électrique: tapez 1. Votre alimentation électrique présente des variations : tapez 2. Votre appel concerne un problème d'heure creuse ou de chauffe-eau : tapez 3. Vous souhaitez nous signaler une panne sur l'éclairage public : tapez 4.
Moi : — tip (à ma deuxième tentative, j'avais choisi 1 et Elle m'avait répliqué du tac au tip : «vous n'avez plus d'eau chaude : tapez 1. Vos voisins n'ont plus d'eau chaude : tapez 2.» Comme ce n'était pas mon cas, j'avais attendu la suite…, et paf : raccroché ! C'est pour cette raison que j'ai décidé d'enregistrer l'appel suivant. Mais là, j'ai tapé 2…)

Elle : — Veuillez patienter quelques instants, nous essayons de vous mettre en relation avec un opérateur… (musique)
Conformément à la législation en vigueur, les conversations sur cette ligne seront enregistrées. (miaou ! musique)

Miracle : effectivement, une voix d'homme vivant a pris la suite. Un gars sympa à qui j'ai pu expliquer que ma pompe à chaleur est en panne depuis cinq jours, parce qu'une pièce électronique n'a sans doute pas résisté à des baisses de tension électrique… C'est du moins l'opinion d'un pompier à chaleur émérite. Au bout du fil, l'homme a compati, surtout quand je lui ai dit le prix de la pièce de rechange que j'hésite encore à commander.

Le croiriez-vous ? Après trois (3) tentatives de me faire comprendre par la blonde standardiste automatique, voilà que mon interlocuteur décide en cinq minutes de me dépêcher illico un agent du service dépannage. Et le gars est venu, à l'heure dite !

Bon, ce n'est pas lui qui va réparer la pompe, bien sûr : ERDF ne s'occupe pas du petit matériel des patients en souffrance. Mais il a vu de ses yeux, dans la triste lumière du jour déclinant, le triste état du câble aérien d'alimentation de la maison en électricité. Je l'ai déjà raconté ici à plusieurs reprises : ce câble est affecté d'une réparation provisoire depuis une tempête de novembre 2008.

Le sang de l'agent n'a fait qu'un tour, dans le même sens que celui du devoir : il a mesuré l'ampleur du problème, il a sondé la vitalité du compteur d'appendices tâteurs… Après quoi, il m'a annoncé la venue d'une équipe d'ici quelque temps.

Je l'ai regardé dans les yeux, il a eu un demi-sourire, puis :
— Je sais, on vous a déjà dit ça, hein?
— Oui, deux fois.
Il a hoché la tête, et on s'est souhaité le bonsoir sur une poignée de main dans la nuit tombante. Je vous laisse : c'est l'heure de remettre du bois dans le poêle.

P-S : à par ça, il y a des gens à qui la déclaration de Valls sur les 35 heures fait mal aux seins… Mais Christophe garde encore un peu la tête à la fête…

dimanche 2 janvier 2011

Le rébus entre en gare

Comme il arrive souvent dans le rébus du dimanche, l'énigme d''aujourd'hui était trop simple pour ne pas dérouter les joueurs. Elle reposait entièrement sur l'unique personnage, stylisé, duquel l'absence de seins et la présence d'un bedon de buveur de bière dénonçait le genre masculin. Le décor —rails, hall, wagon—, ne servait qu'à suggérer la profession du brave homme, information indispensable pour parvenir à la solution. Fidel Castor et Madame ne s'y sont pas trompés, tout comme Lol, et Epamin'. Ce sont les seuls gagnants du jour, un grand bravo à tous les quatre !

Le rébus du dimanche n° 86


Le petit jeu du rébus aura deux ans d'existence au printemps, mais pour le moment le voici embarqué avec vous dans une nouvelle année… Rappel des règles : trouvez à l'aide de cette image (que vous pouvez agrandir en cliquant dessus), le prénom et le nom d'une personnalité politique. Celle-ci peut être notre contemporaine ou appartenir à l'histoire de n'importe quelle région du monde…
Comme d'habitude, les commentaires seront modérés jusqu'aux environs de 20h30.