À cette heure, Frédéric Mitterrand devrait se dire que sa peau de ministre de la culture ne vaut plus un clou. L'hallali est sonné de l'extrême droite à la gauche. Ce qui rend sa position particulièrement fragile, c'est qu'à la différence de son collègue de l'intérieur, Brice Hortefeux, au lendemain de sa répartie raciste, on le sent en voie d'abandon par son propre camp. La répugnance à le défendre se relève jusqu'au sein du gouvernement. Et pourtant, il y a dans cette nouvelle affaire quelque chose qui m'embarrasse. Pour essayer de comprendre, il m'a semblé utile de faire un tri dans mes sentiments contradictoires.
Il y a d'abord le cas Roman Polanski, auquel M. Mitterrand se trouve mêlé par l'incroyable impudence du soutien qu'il apporte au cinéaste. On admettrait cette indulgence de la proche famille d'un coupable, assurément pas d'un ministre de la république, laquelle n'a de raison d'être au premier chef, que pour assurer la protection des faibles. Le viol d'une fillette mineure est un acte ignoble appelant justice dès lors que son auteur peut être arrêté. Que la fuite de M. Polanski ait duré des années, qu'il soit une figure éminente de ce que l'on appelait naguère «le beau monde», ne saurait le dispenser de rendre des comptes à la société qui était la sienne à l'époque des faits. M. Mitterrand, égaré par un de ces réflexes claniques devenus monnaie courante dans la clientèle sarkozyste, a entaché l'honneur de sa fonction, celui du gouvernement, par sa prise de position en faveur du cinéaste. Du même coup, il a pour son malheur attisé des rancœurs et suscité des curiosités assassines, débouchant sur la dénonciation de ses écrits par Marine Le Pen.
Rien à dire du numéro de vertu outragée de celle-ci: elle a sauté comme une louve sur l'animal malade du gouvernement, jouant pleinement son rôle politique qui est d'affaiblir ce dernier. De la même manière, les «jeunes» figures montantes du PS embarquent dans ce nouveau train de la morale populaire vengeresse. Mais est-ce bien le même?
Je n'ai pas lu le bouquin en question, seulement les extraits du passage autobiographique incriminé. On comprend que l'on y parle de tourisme sexuel. À priori (sauf précision contraire qui ne pourrait venir que de l'auteur lui-même, ou d'un témoin inattendu), il n'y est cependant question que de relations sexuelles avec de jeunes adultes. Il n'y a pas de pédophilie là-dedans. «J'imaginais Tony Leung à vingt ans. Il a ri comme s'il avait gagné à la loterie quand j'ai fait appeler son numéro (…) J'apprendrai plus tard qu'ils ne viennent pas tous les soirs, sont souvent étudiants, ont une petite amie et vivent même parfois avec leur famille, qui prétend ignorer l'origine de leur gagne-pain.»
Il y a d'abord le cas Roman Polanski, auquel M. Mitterrand se trouve mêlé par l'incroyable impudence du soutien qu'il apporte au cinéaste. On admettrait cette indulgence de la proche famille d'un coupable, assurément pas d'un ministre de la république, laquelle n'a de raison d'être au premier chef, que pour assurer la protection des faibles. Le viol d'une fillette mineure est un acte ignoble appelant justice dès lors que son auteur peut être arrêté. Que la fuite de M. Polanski ait duré des années, qu'il soit une figure éminente de ce que l'on appelait naguère «le beau monde», ne saurait le dispenser de rendre des comptes à la société qui était la sienne à l'époque des faits. M. Mitterrand, égaré par un de ces réflexes claniques devenus monnaie courante dans la clientèle sarkozyste, a entaché l'honneur de sa fonction, celui du gouvernement, par sa prise de position en faveur du cinéaste. Du même coup, il a pour son malheur attisé des rancœurs et suscité des curiosités assassines, débouchant sur la dénonciation de ses écrits par Marine Le Pen.
Rien à dire du numéro de vertu outragée de celle-ci: elle a sauté comme une louve sur l'animal malade du gouvernement, jouant pleinement son rôle politique qui est d'affaiblir ce dernier. De la même manière, les «jeunes» figures montantes du PS embarquent dans ce nouveau train de la morale populaire vengeresse. Mais est-ce bien le même?
Je n'ai pas lu le bouquin en question, seulement les extraits du passage autobiographique incriminé. On comprend que l'on y parle de tourisme sexuel. À priori (sauf précision contraire qui ne pourrait venir que de l'auteur lui-même, ou d'un témoin inattendu), il n'y est cependant question que de relations sexuelles avec de jeunes adultes. Il n'y a pas de pédophilie là-dedans. «J'imaginais Tony Leung à vingt ans. Il a ri comme s'il avait gagné à la loterie quand j'ai fait appeler son numéro (…) J'apprendrai plus tard qu'ils ne viennent pas tous les soirs, sont souvent étudiants, ont une petite amie et vivent même parfois avec leur famille, qui prétend ignorer l'origine de leur gagne-pain.»
En revanche, on voit parfaitement tout le parti que les Toto-la-vertu peuvent tirer des situations scabreuses et de la misère morale illustrées par ce texte. La prostitution, l'homosexualité, le commerce de la jeunesse et du plaisir… Pas très ragoûtant, quand le retour à l'ordre moral débuté dans les sociétés anglo-saxonnes est en train de gagner le monde. Cependant, la loi réprimant le tourisme sexuel dès lors qu'il s'attaque à des enfants, n'a pas lieu de s'appliquer dans un tel cas. Pour des fins politiques, on fait à Frédéric Mitterrand un procès qu'il gagnerait devant n'importe quel tribunal, s'il devait avoir lieu. Poursuit-on en justice les touristes mâles étrangers qui, chez nous, ont des relations tarifées avec de jeunes prostitué(e)s majeur(e)s? Cela doit pourtant arriver fréquemment. Ce n'est pas le fait qu'une opposition cherche à marquer un point en poussant le ministre à la démission, qui me gêne. C'est que l'arme, cette fois, peut-être infamante et meurtrira un homme bien au delà de la lutte politique. Quant aux jugements que j'ai entendus, ou lus, sur ses écrits, ils me semblent méconnaître l'idée si souvent vérifiée, selon laquelle on ne fait pas de bonne littérature avec les seuls bons sentiments.
P-S je me bornerai aujourd'hui à conseiller à mes lecteurs la lecture de billets qui traitent du même sujet, soit directement comme Les Coulisses de Sarkofrance, Dr. No, Hermes, et Reversus, soit indirectement, comme Rimbus.
P-P-S. je rajoute après coup à ma liste de conseils: «Laissez venir à moi les petits enfants», un billet de Suzanne que je n'avais pas encore lu…

